‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 146 sur 279 · R. 34. — DE HEIDELBERG A FRANCFORT · texte numérisé non relu

R. 34. — DE HEIDELBERG A FRANCFORT

Le Mellbocufi ou Malchen, la plus haute montagne qui domine la Bergstrasse, est un cône boisé, haut de 543 mèt., et couronné d’une tour carrée, élevée de 28 mèt., que fit bâtir, en 1772, le landgrave Louis IX. L’ascension en est aussi facile qu’agréable; car elle ne demande pas une heure. Un guide coûte 24 kr. ; mais on peut s’en passer. En général, on redescend par le château d'Auerbach à Auerbach. Cette excursion, séjour compris, prend trois heures. — N. B. Si l’on veut monter au haut de la tour, il faut avoir le soin d’en prendre la clef soit à Alsbach (chez Brœder), soit à Auerbach (chez Heil); de 36 à 48 kr. de gratification. — Du sommet du Melibocus, que sa forme singulière fait reconnaître de si loin, et surtout du haut de la tour, car les arbres gênent la vue, on découvre un vaste panorama. On voit à ses pieds la plaine du Rhin , au milieu de laquelle on distingue Spire, Mannheim, Frankenthal , Worms, Mayence, Darmstadt, et que terminent les montagnes du Haardt et des Vosges. Au S. on aperçoit la Forêt Noire, au N. et au N. O. le Taunus et les montagnes du Rhin; le Donnersberg attire surtout les regards. A l’E. s’étend la chaîne boisée de l’Odenwald; presque en face se dresse le Felsberg; plus au S. on remarque le Schriessheimerberg.

1 h. suffit pour aller du Melibocus au Fehberg, dont le sommet, haut de 504 mèt., offre un panorama encore plus étendu, et près duquel on va voir la colonne des Géants (F. R. 35).

A 15 m.env. de Zwingenberg on laisse à dr., au-dessus du v. d 'Alsbach, 1 ’Alsbachcr Schloss (15 m.), construit on ne sait pas au juste à quelle époque, et détruit au xvii* siècle (belle vue). Après avoir ensuite dépassé la station de Bickenbach, on laisse h dr., — les montagnes s'abaissent et s’éloignent, — Ingenheim , au pied du Heiligenberg, sur lequel s’élevait jadis un couvent de nonnes : — on voit encore les ruines de l’église ; — puis Seeheim, où le grand-duc de Hesse possède une belle propriété, et enfin Frankenstein, le dernier des châteaux de la Bergstrasse. Au delà de la station d ’Eberstadt, on traverse une grande forêt de pins avant d’arriver à

8 mil. 2/10. Darmiitadt, — (Hôt : Darmstxdter lîof, Traube, Hàtel Kœhler au chemin de fer : chambre, 48 kr. ; dîner, h 1 h., sans vin, 48 kr. ; thé ou café, 24 kr. , Hessicher

Hof, etc. Droschlcen, 15 m., 12 kr., une ou deux personnes), chef-lieu du grand-duché de Hesse, résidence du grandduc, V. de 32,000 h., dont 2500 cath., formant deux parties bien distinctes : la vieille ville, derrière le vieux château ; et la ville neuve, entre le château et le chemin de fer. La rue du Rhin, devant laquelle on passe, à quelques pas de son beau débarcadère, conduit au vieux château. Avant d’arriver au vieux château, on traverse la place Louise, au milieu de laquelle s’élève une colonne cannelée, de grès rouge, haute de 44mèt. 60 cent., et couronnée parla statue du grand-duc Louis 1er, mort en 1830. Cette statue est de Schwanthaler ; elle a été inaugurée en 1844. Un escalier de 172 marches conduit (18 kr. de pourboire) au haut de la colonne, d’où l’on voit bien la ville et ses environs. C’est le grand-duc Louis Iw qui a commencé la construction de la ville neuve.

A dr. de cette colonne est le palais actuel du grand-duc, bâtiment simple, construit en 1803-1804; à g. s’élève le collège, derrière lequel se trouve la place Mathilde, qui aboutit à la porte du Mein et à la route de Francfort.

Le vieux château , habité par le prince héréditaire, a été bâti en grande partie dans le cours du siècle dernier. Un fossé converti en jardin l’entoure de tous côtés. Il contient le musée de peinture, le musée d’histoire naturelle, la bibliothèque, le musée des antiquités, le cabinet de physique, la collection des estampes, les collections d’armes, d’objets curieux, etc.

Le musée de peinture, ouvert tous les jours, comme ces autres collections, de 11 h. àl h., le dimanche excepté, se compose de 700 tableaux, dont quelques-uns seulement ont une certaine valeur artistique. On y remarque :

Salle 1 . — Des tableaux de l’école allemande , parmi lesquels on distingue la sainte Genovefa, de Steinbruck (93); des paysages d ’Achelbuch, de Schilbach et de Radl.

Salle 2. — Un Soleil couchant , de Seger.

Salle 3. — Le Melibocus, par Lucas.

Salle 4. — 1 a Mortde la Vierge (136), par Schoreel. — Luther et sa femme(166). —Albert de Brandebourg (137). — Une Madone (138), par Cranacli. — Un Portrait (201), par Holbein. — Une Madone , par Hemling; et des tableaux de maîtres inconnus.

Satie 4. — Intérieur d’une étable (266), par Potier (?).

Salle 5. — Portrait de la femme de Rembrandt (366), par Rembrandt. — Des paysans , par Teniert. — Le Christ au mont des Oliviers (383), par Philippe de Champagne.

Salle 6. — Un Vieillard (402), par Fan der Helst. — Guillaume III, d’Angleterre (452) , par Schalken. — Une tète d'homme, par Eckhout. — La Vierge et l’Enfant (420), par Van Dyck. — Un Hollandais et sa femme , par P. de Hooge-

Salle 7. — Des portraits de Louis XIV, de Louis XV, par Fan Loo ; du cardinal Mazarin, par Rigaud; de Marie Leezinska, ,de Marie-Antoinette , du cardinal Fleury, de madame du Barry.

Salle 8.— Une Vénus (558), par Titien (Y).

Salle 9. — Le prophète Nathan et le roi David (627), par le Dominiauin — Un Enfant (585), par Velasquez. — Saint Jean dans le désert (607) , par Raphaël.

Parmi les antiquités romaines, conservées au château de Darmstadt, se trouvent une belle mosaïque d’un bain romain, découverte en 1849 près de Vilbel, de beaux vases d’airain, de belles lampes en bronze, etc. Les objets les plus curieux de la Collection d'antiquités et d'objets précieux sont les ciselures en ivoire et les anciens émaux. Les médailles comptent un certain nombre de bracteatæ du moyen âge.

Le musée d'histoire naturelle possède d’intéressants fossiles, décrits dans un ouvrage publié par le docteur Kaup. Les plus curieux de ces fossiles, des débris de mastodontes et d’un deinothcrium animal amphibie aussi gros qu’un éléphant, ont été trouvés h Eppelsheim, près d’Alzey, avec des coquilles marines.

La bibliothèque , ouverte tous les jours de 9 h. à midi, et de 2 h. à 4 h., contient 110,000 vol., 90,000 broch. et 500 manuscrits.

En face du château, dont la tour renferme un carillon qui sonne à toutes les heures, sont les deux statues de Philippe le Clément et de son fils Georges I", les fondateurs de la famille grand-ducale (par Scholl). A dr., en tournant le dos au château, est le Théâtre , bâti en 1819; à g.VExercierhaus , vaste salle remarquable par sa toiture, bâtie pour faire faire l’exercice aux soldats par le mauvais temps, et servant de dépôt d’armes. Entre ces deux bâtiments s’ouvre le Herrengarten ou le Groshersogliches Bosquet, joli jardin assez peu entretenu, où repose la margrave Henriette-Caroline, la bisaïeule du roi de Prusse actuel, morte en 1774. Elle avait choisi elle-même le lieu où elle désirait être enterrée, et Frédéric le Grand fit inscrire l’épitaphe suivante sur l’urne qui indique son tombeau : « Femina sexu. ingenio vir. » — Les jardins du

prince héréditaire et du prince Émile (Rosenhœhe), et la Karlshof offrent aussi d’agréables promenades.

En 1852, on a élevé sur la place de Marie un obélisque en l'honneur des soldats hessois tués dans les guerres de 1792 à 1815.

JJ église catholique, bâtie par Moller, architecte de Darmstadt, en 1827, mérite une mention. L’extérieur est en briques j l’intérieur — une rotonde de 75 mèt. de diamètre, et de 41 mèt. de haut, soutenue par des colonnes de 16 mèt. 60 cent., — offre un aspect imposant.

Darmstadt est une ville peu intéressante pour un étranger qui y a passé quelques heures, et ses environs ne peuvent pas l’y retenir beaucoup plus longtemps. La promenade favorite des habitants est celle qui monte par le v. de Bessungen, qui possède un beau jardin grand-d*ical, à Ludurigshœhc, hauteur d’où l’on jouit d’une assez jolie vue. A l’E. s’élève le Kirschberg , dont le versant sud porte VEmmelinenhütte , près de laquelle un monument simple indique la place où, après une longue séparation, la grande-duchesse de Hesse, l’impératrice de Russie et la reine de Bavière eurent le bonheur de se revoir.

Darmstadt n’a été élevée au rang de ville qu’en 1330. Elle appartenait alors aux comtes de Katzenelnbogen , qui l’entourèrent de murs et de fossés. En 1479, elle passa par mariage dans la maison de Hesse ; en 1516, Franz de Sickingen l’assiégea vainement. Trente ans plus tard, elle fut prise et pillée par le comte Biiren, qui commandait les troupes impériales. En 1567, elle devint la résidence du landgrave Georges Ier, le fondateur de la ligne de Hesse-Darmstadt , qui la rebâtit et l’embellit. Mais la guerre de Trente ans et celle de la succession d'Orléans devaient lui être aussi fatales qu’à toutes les autres villes de la Bergstrasse, dont l’histoire est à peu près la .même. En 1622, l'électeur palatin s’en empare ; puis les Impériaux et les Français la prennenttour à tour ; amis et ennemis la. rançonnent. En 1641, en 1645, en 1647, Turenne la met à contribution. La paix de Westphalie lui rend un peu do tranquillité; mais plus tard le maréchal de Lorges, après l’avoir occupée, fait sauter ses fortifications jusqu’à la tour Blanche. Depuis, elle s’est constamment embellie et étendue.

Le GRAND-DUCHÉ DE HESSE-DARMSTADT, dont elle

est la capitale, se compose de deux portions principales, l’une au N. et l'autre au S., séparées du Nassau par une partie de territoire de la Hesse électorale et par la république de Francfort; bornées au N. par la Hesse-Cassel et une enclave de la Prusse ; à l’O. par la Prusse et le Nassau; àl’E. parla Hesse-Cassel, la Bavière et Bade; au S. par Bade et le Palatinat bavarois. Sa superficie est de 8405 kil. carrés. On y compte 66 villes, 49 bourgs et 1060 v. ou ham. Sa population s’élève à 852,679 h., dont plus de 580,000 prot., 205,000 cath. et 27,000 juifs. Il est divisé en trois provinces : Starkenburg, chef-lieu Darmstadt; Ober- Hessen, chef- lieu Giessen ; Rhein - Hessen, chef-lieu Mayence. Comme État de la Confédération germanique, il occupe le neuvième rang à la diète, où il a une voix dans les assemblées ordinaires et trois voix à lui seul dans le plénum. Son budget en équilibre se monte à 7,795,555 fl. Sa dette est de 2,800,000 th. Dans le nouveau plan d’armée fédérale, il figure pour 17,053 hom. avec 34 canons ; il contribue aux dépenses communes pour 19,489 th. 16 sgr. 3 pf.

Ce n’est qu’en 1806, après plusieurs cessions ou acquisitions de territoire , qui changèrent complètement la circonscription de son landgraviat, que le landgrave Louis X, entrant dans la Confédération du Rhin, prit le titre de grand-duc et le nom de Louis Ier. En 1815, il céda à la Prusse ses possessions de la Westphalie, mais il s’étendit sur les bords du Rhin ; enfin, en 1816, il rendit aux landgraves de Hesse-Hombourg leur souveraineté, dont ils avaient été dépouillés en 1806.

Depuis 1820 (17 déc.), la Hesse grand-ducale est une monarchie constitutionnelle. A défaut d’héritier mâle, les femmes sont appelées à la succession. La représentation nationale se compose de deux chambres (en ail. kammer). En vertu d’une réforme introduite le 1er septembre 1849, la première chambre, qui était héréditaire, était devenue élective comme la seconde, et le principe du cens, qui d’ailleurs en fait est peu élevé, ne subsistait que pour la première chambre. D’autre part, l’égalité devant la loi, la liberté de la presse et des cultes , toutes les libertés avaient été garanties par la constitution. En 1851 la loi électorale et la loi sur la presse ont été profondément modifiées; et les Grundrcchte de Francfort ont disparu ;

toutefois la constitution a supporté cette épreuve sans y succomber.

DeDarraitadt à Alzev, H. 29,7 mil. 5/4.; i. les j., en 5 h. 3/4, pour 2 fl.; — i Creuinach, R. 32, — par WœlUtein, 9 mil. 1/4.; t. les j., en 6 h. 3/4, pour 2 fl. 26 kr.;— 4 Erbach , R. 35. 7 mil.; I. les j,, en 5 h. 20, poar 1 fl. 30^ kr.; — à Mayence, R. 41, 4 mil. 1/2.; par Grossgeran , 2 mil.; 2 dil . par j. , en 3 h. 1/4, pour 1 fl. 20 kr.; — à Oppenheim, R. 28, 3 mil. 1/2.; t. les i ., en 2 h. 1/2, pour 1 11.

De Darmstadt à Francfort, le chemin de fer traverse une contrée plate, sablonneuse et monotone ; il s’arrête à Langen. sort de la Hesse grand-ducale avant de laisser à dr., sur une hauteur, la tour de Sachsenhausen, et franchit le Mein un peu au-dessous de

11 mil. 8/10. Francfort (F. R. 36).

L’Odenwald est cette contrée montagneuse qui s’étend du Mein (N.) au Neckar (S.) , terminée à l'O. par la Bergstrasse et bornée à l’E. par le Mein, la Mudau et l’Elz. L’origine de son nom est inconnue. Elle appartient presque tout entière au grand-duché de Hesse-Darmstadt (le reste au grand-duché de Bade) , et compte 100,000 h., sur une longueur de 8 mil. et une largeur de 7 mil. Aucun de ses points culminants n’atteint 666 mèt. Ses plus hautes sommités sont le Katzenhuckel, près d’Eberbach, la Neunlcircherhœhe , le Tromm , le Kræhberg (F. ci-dessous pour ces diverses montagnes), le Af elibocus (F. R. 34), et le Felsberg (F. ci-dessous). Ses eaux coulent au N. dans le Mein, au S. dans le Neckar, à l’O. dans 1» Rhin. Elle se compose de basalte, de chaux, de grès, de gneiss, de granit, de porphyre et de siénite. Du reste ses roches se montrent rarement à nu : ses hauteurs comme ses vallées sont presque partout couvertes de bois, de champs et de prairies. D’excellentes routes, réunies par des chemins et des sentiers, la traversent dans tous les sens. Les piétons peuvent y faire d’agréables et intéressantes promenades, dont les principales vont être indiquées ci-dessous.

R. 35.— L'ODEN W ALD.

Page 1