‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 165 sur 279 · DE MANNHEIM A MAYENCE PAR LE RHIN · texte numérisé non relu

DE MANNHEIM A MAYENCE PAR LE RHIN

La navigation est plus active du Mannheim k Mayence que de Strasbourg à Mannheim; mais elle n'est pas plus intéressante. Cent en chemin de Ter qu’il faut aller de Mannheim à Mayence, et non en bateau à vapeur.

5 bat. à vap. partent chaque jour de Mannheim pour Mayence, k h h., 8 h. et 11 h. S/4 du matin (vérifier les heures de départ qui changent souvent). En outre, la compagnie des Pays-Bas en fait partir un autre k 4 h. 1/ 2 du matin. Le trajet se fait en 3 h. 1/2 A la descente, et en 4 h. 3/4 4 la remonte. — On paye, de Mannheim à Worms, 9 et 6 *gr .; de Mannheim à Mayence, 1 th. 6 sgr., et 24 sgr.

Les principaux pays que l’on aperçoit à dr. et à g., eu descendant le Rhin, de Mannheim à Mayence, sont :

Rive dr. Sandhofen, v. qui possède deux églises.

Rive g. Frankenthal (F. R. 28, p. 236).

Rive dr. Lampertheim , b. de 3000 h. (Hesse -Darmstadt).

Rive g. Roxheim, v. de 1000 h. situé sur le vieux Rhin qui ressemble k un lac sinueux.

Rive g. Worms (F. R. 28, p. 237).

Rive g. Hemxheim, v. entouré de murs, situé à 30 ni. du Rhin. Son château appartient au duc de Dalberg. — Le prince primat y est né.

Rive g. Rheindurkheimer Fahrt.

Rive dr. Cternsheiin, — (Hdt. : Lamm), pet. V. de 3000 h.

H-’O U. il.— DE MANNHEIM A MAYENCE,

d'où un omnibus conduit il (3 mil.) Darmstadt ( F . R. 34; pour 30 kr. On y a érigé en 1836 une statue en grès (par Scholl) à Pierre SchœfFer, qui y est né. — Ce fut Pierre Scbœffer, gendre de Fust, qui, en 1454, inventa les caractères fondus. — Au delà de Gernsheim on a creusé un canal pour éviter un des plus longs détours du Rhin. Au milieu du coude que fait le fleuve, sur la rive dr. , près d ’Erfeldcn, Gustave-Adolphe a élevé un monument en souvenir de son passage du Rhin dans l’hiver de 1631 (7 déc.). — C’est une colonne appelée Schwedensæule et surmontée d’un lion. — D’après la tradition Gustave-Adolphe passa le Rhin sur la porte d'une grange. Du bateau à vapeur on ne voit pas ce monument.

Le Rhin se rapproche ensuite de la route décrite page 240 et suiv. (R. 28). On laisse à g. Oppenheim et Nierstein (F. R. 28), puis à dr. Trebur ou Tribur, où les rois carlovingiens avaient un château dont il ne reste aucun vestige, et, après avoir dépassé (rive g.) Nakenheim, Bodenheim, Laubenheim et Weissenau, et (rive dr.) Crinsheim. v. près duquel le Schwarzbach se jette dans le Rhin, on laisse à dr. l’embouchure du Mein en arrivant à

Mayence, — (Hôt. : 1” classe, de l 'Europe, du Rhin, de Hollande, de Hesse, d 'Angleterre. Prix : chambre, 48 kr. et au-dessus, thé ou café, 30 kr. , dîner à 1 h. , avec vin,

1 fl. 15 kr. , service, 24 kr. — 2' classe, R heinberg et Stadt Cobleri z, Drei Reichskronen, etc. — A Castel, hôtel Barth (F. R. 38).

cafés. Volts, en face du pont du Rhin ; café de Paris, sur la place du Théâtre.

confiseurs-pâtissiers. Voltz, près du théâtre.

restaurants. Café-Restaurant en face de l’hôtel du Rhin, Volk, Emmeransgasse.

droschken. A 1 chev. (1 ei 2 pers.), pour 15 m. , 12 kr., (3 ou 4 pers.) 18 kr. — A 2 chevaux, 18 et 24 kr. — L’heure se paye de 48 kr. à 1 fl. pour les voitures à 1 cheval, et de 1 fl. à 1 fl. 12 kr. pour les voitures à 2 chevaux. — On donne en sus pour chaque malle 6 kr. — Le pont se paye à part (2 kr. par personne). — A Zahlbach ou à Weissenau, 24, 30, 36 et 48 kr. , selon le nombre de personnes et de chevaux.

omnibus. 12 kr. la place (le péage du pont non compris).

bains chauds et froids sur le Rhin.

Mayence, en ail. , Mains, en anglais, Mente, est une V.

de la Hesse Darmstadt, le chef-lieu de la province de la Hesse rhénane, située à 75 met. sur la rive g. du Rhin, presque en face de l’embouchure du Mein. Un pont de bateaux de 555 mèt. de long le réunit à la pet. V. de Castel située sur la rive dr. (F. R. 38). Sa population dépasse 36,000 h. , dont la majorité sont catholiques. — (6000 réf. 2500 juifs.)

L’enceinte de Mayence, y compris les ouvrages extérieurs. a plus de 3 lieues 1/2 de développement. On entre dans cette enceinte par trois portes principales , sans compter celles du quai, sur le Rhin. Ce sont : la porte Neuve (. Neuthor ), route d'Oppenheim et de Worms; celle dite Gauthor, grande route de Paris par Alzey et Kaiserslautern, etc.; et le Münsterthor, route de Bingen, Coblenz , Trêves et Creuznach.

Les fortifications se composent de onze bastions, de deux demi -bastions et d’une citadelle (au S.). Dans la seconde enceinte, au S. et à l’O. , s’élèvent sept forts détachés réunis par des courtines. La troisième enceinte est défendue par huit lunettes. Un camp retranché a été établi à Weissenau. Enfin Castel est défendue par quatre bastions, deux demi-bastions, quatre ravelins et cinq forts, — Montebello, Mars, Mainspitze, Gustavsburg et Petersaue (ce dernier sur une île du Rhin).

HISTOIRE

L’origine de Mayence est antérieure k l'ère chrétienne. Trente-huit ans avant la naissance du Christ, Martius Agrippa, un des généraux d'Auguste, construisit en ce lieu une forteresse ou plutôt un camp retranché. La forteresse, appelée plus tard Magontiacum, ne fut bâtie, dix ans avant Jésus-Christ, que par le successeur d’Agrippa, Drusus Germanicus, qui éleva aussi sur la rive dr. un castellum (d’où le nom de castel), réuni au castrum de la rive g. par un pont de pierre dont on voit encore des vestiges. L’an 70, la 22* légion qui avait conquis la Judée et détruit Jérusalem, sous les ordres de Titus, était en garnison à Magontiacum , et, selon la tradition, saint Cresoentius, qui prêcha un des premiers le christianisme sur les bords du Rhin , en faisait partie comme centurion. En 103, sous le règne de Trajan, ce centurion souffrit le

martyre pour sa foi ; aussi, l’a-t-on considéré depuis comme le premier évêque de Mayence. Au m* siècle, Alexandre Sévère y fut massacré par ses troupes révoltées (233). D’après une légende populaire, que certains historiens ont accréditée, Constantin y vit luire dans le ciel cette croix lumineuse qui le convertit, car elle était entourée de ces mots, écrits en lettres de feu : « Tu vaincras par ce signe. » Tels sont, pendant la domination romaine, les principaux événements de son histoire. Quand le monde romain qui l’avait fondée, agrandie, peuplée, s’écroula, elle fut entraînée avec lui dans sa chute. Détruite tour & tour par les Allemanni, par les Vandales et par les Huns, elle n’était plus qu’un monceau de ruines lorsque Sidonius, son évêque, aidé dans sa tentative par le roi des Franks, Dagobert II, essaya de la rebâtir, en la plaçant cette fois sur les bords du fleuve. En 712, l’évêque Sigebert l’entoura de murs ; en 720, Charles Martel en chassa les Bourguignons qui s’en étaient emparés ; enfin, l’an 745, Carloman et Pépin, après avoir élevé son évêque au rang d’archevêque, firent de son église la métropole ecclésiastique de toute la Germanie. En 751, le pape Zacharie confirma cet évêque dans sa nouvelle dignité. C’était un Breton, nommé Winfried, plus connu sous le nom de saint Bvniface. Né à Crediton , dans le Devonshire , de parents nobles et riches, Winfried s'ôtait fait moine dans l’abbaye de bénédictins de Nutsall, près de Winchester; mais, il la quitta bientôt avec onze de ses compagnons pour venir prêcher l’Evangile aux nations barbares de la Germanie. Sa mission, interrompue seulement par trois voyages à Rome, ne dura pas moins de trente années et s’étendit de l’Elbe au Rhin et des Alpes à l’Océan. Elle eut pour résultat la conversion de plus de 100,000 païens. Aussi, tandis que Charlemagne, toujours favorable à cette ville, près de laquelle il se plaisait à résider ( V . R. 16, Ingelbeim), relevait le pont du Rhin, construit par Drusus et détruit par les Barbares , saint Boniface jetait par sa piété, par son zèle apostolique, par ses vertus, les bases de cette puissance qui devait faire de ses successeurs, non-seulement les plus hauts dignitaires spirituels de l’Eglise, mais les chefs des princes temporels de l’empire. En effet, devenus princes sous Hatto, puis électeurs sous Willigis et archichanceliers d’Allemagne, les archevêques de Mayence

tinrent le premier rang parmi les électeurs. Lors de3 interrègnes, ils étaient de droit vicaires de l’empire. Leur royaume temporel , dont la superficie était de 146 milles carrés, la population de 400,000 h., le revenu de plus d’un million et demi de florins, car c’étaient de véritables souverains, comprenait un grand nombre de villes avec leur territoire, qui appartiennent aujourd’hui à la Bavière, à la Hesse, à la Prusse et au Nassau. Quant à leur autorité spirituelle, elle s’étendit un moment sur presque toute l’Allemagne.

Deux grands faits, dont l'un eut une importance plus qu’européenne, dominent l’histoire de Mayence au moyen âge.Enl247. Arnold de Walboten, y fonda la ligue du Rhin; en 1440, Guttemberg y inventa l’imprimerie. La ligue du Rhin eut pour résultat de délivrer le commerce des exactions de l’aristocratie féodale, ,en détruisant ou en faisant détruire par l’empereur Rodolphe de Habsburg , tous ces châteaux forts où les nobles avaient jusqu’alors exercé impunément la profession de voleurs de grand chemin. I) serait plus qu’inutile d’énumérer ici les bienfaits de l’imprimerie. (F. ci-dessous la description de la statue de Guttemberg.)

Ce fut au xiv® siècle que Mayence atteignit à l’apogée de sa prospérité et de sa gloire ; car, depuis la Réforme, elle a été soumise à de bien dures vicissitudes. Prise et incendiée, en 1552, par Albert, le margrave de Brandebourg, puis, en 1631, par Gustave-Adolphe, qui en fit le centre de ses opérations, en 1635, par les Impériaux, en 1644, par les Français, elle avait été rebâtie, embellie, agrandie par l’électeur Jean-Philippe le Sage, qui construisit un pont de bateaux sur le Rhin; mais , en 1688, elle fut prise de nouveau par les Français, qui y commirent d’abominables excès, et qui , l’année suivante, durent l’abandonner aux Impériaux. L’électeur Lothaire François et ses successeurs avaient fait disparaître, autant qu’ils l’avaient pu , les traces de la guerre, lorsque la révolution française éclata. Mayence eut alors à subir une série de sièges plus désastreux l’un que l’autre. Elle fut prise en 1792 par Custine, assiégée et bombardée en 1793 par les Prussiens et les Autrichiens qui forcèrent son héroïque garnison à capituler. « Un chat valait six francs, ditM. Thiers, la chair de cheval mort quarante-cinq sous

;,^rwar.

:t« R. 41 .—MAYENCE,

la livre. — Les officiers ne se traitaient pas mieux que les soldats, et Aubert-Dubayet, invitant à dîner son étai-inajor, lui fit servir, comme régal, un chat flanqué de douze souris. Les soldats mangeaient des rats, et allaient sur les bords du Rhin pêcher les chevaux morts que le fleuve entraînait... Ce qu’il y avait de plus douloureux pour cette malheureuse garnison , c’était la privation absolue de toutes nouvelles. Les communications étaient si bien interceptées, que depuis trois mois elle ignorait absolument ce qui se passait en France... Les Prussiens, qui avaient pratiqué toute espèce de ruses, avaient fait imprimer à Francfort de faux Moniteurs, portant que Dumouriez avait renversé la Convention, et que Louis XVII régnait avec une régence. Les Prussiens, placés aux avant-postes, transmettaient ces faux Moniteurs aux soldats de la garnison ; et chaque fois cette lecture répandait les plus grandes inquiétudes... Alors les représentants et les généraux enfermés dans Mayence, pensant qu’il ne fallait pas pousser les choses au pire, que si on attendait huit jours de plus, on pourrait manquer de tout, et être obligé de rendre la garnison prisonnière ; qu'au contraire, en capitulant, on obtiendrait la libre sortie avec les honneurs de la guerre, et que l’on conserverait vingt mille hommes, devenus les plus braves soldats du monde sous Kléber et Dubayet, décidèrent qu'il fallait remettre la place.

«Le roi de Prussefut facile sur les conditions; il accorda la sortie avec armes et bagages, et n’imposa qu’une condition, c’est que la garnison ne servirait pas d’une année contre les coalisés. Mais il restait assez d’ennemis à l’intérieur pour utiliser ces admirables soldats, nommés depuis les Mayençais. Ils étaient tellement attachés à leur poste, qu’ils ne voulaient pas obéir à leurs généraux lorsqu’il fallut sortir de la place. Cependant, ils cédèrent, et, tandis que la garnison défilait, le roi de Prusse, plein d’admiration pour sa valeur, appelait par leurs noms les officiers qui s’étaient distingués pendant le siège, et les complimentait avec une courtoisie chevaleresque. L’évacuation eut lieu le 25 juillet. »

En 1794 et 1795, Mayence résista plus heureusement à un second siège; mais, à la conclusion de la paix (1797), elle fut cédée à la France, et elle resta jusqu’en 1814 le chef-lieu du département du Mont Tonnerre. Le congrès de

Vienne l’a donnée à la Hesse-Darmstadt, qui la possède encore aujourd’hui; toutefois elle est aussi une des principales forteresses de la Confédération germanique, qui y entretient en temps de paix une garnison de 8000 hommes, dont la moitié sont Autrichiens et l’auire moitié Prussiens, et qui augmente constamment ses fortifications. Le commandant est nommé alternativement pour cinq ans par la Prusse et par l’Autriche.

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