DE BINGEN A COBLENZ
3 œil. 1/4.— Descente en 2 h. 1/2; remonte en 4 h. Prix : 1 tb. 6 sgr. et 24 sgr.
A peine a-t-on quitté Bingen et laissé à g. l’embouchure de la Nahe, que l’on passe à côté d'un rocher de quartz qui s’élève du milieu du Rhin à l’endroit où le fleuve , se rétrécissant, s’est frayé un passage entre le Taunus qui le presse sur sa rive dr., et le Hundsrück qui domine sa rive g. Sur ce rocher on voit encore les débris d’une vieille tour carrée appelée Hœuiethnnn, et dont les légendes du Rhin racontent ainsi l’histoire. Un archevêque de Mayence, nommé Hatto, spécula sur les blés qui augmentèrent tellement de prix , — car la récolte avait été mauvaise, — que les paysans mouraient de faim. — La famine
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devint effroyable. Une espèce d’émeute éclata. Le peuple* entoura le palais de l'archevêque , demandant du pain.
Hatto fit enfermer ces affamés dans une grange où il les v
brûla tous, hommes, femmes, enfants. Ses victimes, se tordant de douleur au milieu des flammes, poussaient des cris lamentables. Il n’en fit que rire et dit: «On me doit vraiment de grandes obligations d’avoir délivré ce pays des souris qui mangeaient tout son blé. » Le lendemain une multitude de souris se répandit dans la ville. « C’était un fléau, c’était une plaie, c’était, dit l’auteur du Rhin, un fourmillement hideux. » Les souris mangèrent d’abord tout le blé que l’avare et méchant archevêque avait amassé, puis elles se précipitèrent sur le palais où il s’était réfugié. Il s’enfuit alors dans la tour qu’il s’était bâtie sur un îlot du Rhin ; mais elles l’y suivirent, passèrent le fleuve à la nage, grimpèrent sur la tour, rongèrent les portes, le toit, les fenêtres, les planchers, les plafonds, et enfin dévorèrent l’archevêque tout vivant. Depuis lors, d’après la légende, cette tour s’est appelée Mæusethurm ou la Tour des Souris. L’hi3toire n’est pas d’accord avec la légende.— A l’en croire, cette tour ne fut bâtie qu’au xin* siècle par l’archevêque Siegfried, c’est-à-dire deux siècles après la mort de Hatto, et elle doit son nom à son usage, car elle servait à percevoir un droit de passage sur les bateaux. Aussi on l’appela la tour du Péage, Mauth , ou Mans, voulant dire péage. D’autres étymologistes ont pensé que mæuse venait de muserie, qui signifiait canon. Quoi qu’il en soit, la légende (mise en vers par le poète anglais Southey) est devenue trop populaire pour pouvoir être passée sous silence.
En face du Mœusethurm, sur la rive droite du Rhin, se dressent les ruines pittoresques d’Ehrenfela, château construit en 1210, souvent habité par les archevêques de Mayence qui s’y retiraient avec leurs trésors quand ils ne se croyaient plus en sûreté dans leur ville, pris d’assaut en 1635 par les Suédois, et détruit en 1689 par les Français.
— Ses ruines sont entourées des meilleurs vignobles des bords du Rhin , après le Johannisberg et le Steinberg.
C’est à leur base que croît le fameux vin de Rüdeshcim.
€ La roideur des pentes , dit M. Victor Hugo , fait que la vigne est cultivée sur le Rhin de la même manière que l’olivier sur les côtes de Provence. Partout où tombe le
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rayon du midi, si le rocher fait une petite saillie, le paysan y porte à bras des sacs e^ des paniers de terre, et, dans cette terre, en Provence, il plante un olivier, et sur le Rhin il plante un cep. Puis il contre-bute son terrassement avec un mur de pierres sèches qui retient la terre et laisse fuir les eaux. Ici, par surcroît de précaution, pour que les pluies n’entraînent pas la terre, le vigneron la couvre comme un toit, avec les ardoises brisées de la montagne. De cette façon, au flanc des rochers les plus abrupts , la vigne du Rhin, comme l'olivier de la Méditerranée, croît sur des espèces de consoles posées au-dessus de la tête
du passant comme le pot de fleurs d’une mansarde D’en
bas tous ces épaulements en pierre sèche surmontés de la frange verte des vignes rattachés et comme accrochés aux saillies de la montagne par leurs deux bouts qui vont s’amincissant, figurent d’innombrables guirlandes suspendues à la muraille austère du Rhin. »
Les vins blancs du Rhin peuvent se classer ainsi d’après leur qualité : 1° Johannisberg et Steinberg ; 2° Rüdesheim ; Markobrunnen et Rotherberg ; 3° Hochheim (sur les bords du Mein) ; 4° Erbach , Hattenheim , Laubenheim , Nierstein, etc. — Le meilleur vin rouge du Rhin est celui d’Asmannshausen. Les plants en ont été apportés de la Bourgogne. — En général les plants cultivés sur les bords du Rhin sont connus sous le nom de riessling. L’Orléans et le Bourgogne y donnent des vins qui ont plus de force, mais moins de fumet. — La vendange a lieu généralement au milieu d’octobre. Dans les vignobles les plus estimés on la retarde souvent jusqu’au mois de novembre, c.-à-d. jusqu’au moment où les grains, presque pourris, sont prêts à tomber des grappes. C’est du reste un travail aussi ingrat que difficile. Les récoltes sont souvent mauvaises.
Un peu au delà du Mæusethurm et de l’Ehrenfels, on traverse le Bingerloch^ trou de Bingen) ; on nomme ainsi le canal artificiel creusé en cet endroit dans le lit du Rhin, qui était obstrué par une digue rocheuse. Les derniers travaux datent de 1830 à 1832. Ils ont été exécutés aux frais du gouvernement prussien, par M. Van den Bergh, comme en témoigne l’inscription du monument élevé au bord de la route (rive g.), au pied de l’Elisenhœhe , avec des fragments de rochers tirés du fleuve. La largeur du