‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 33 sur 279 · K. S.— BALE · texte numérisé non relu

K. S.— BALE

au-dessus du Rhin, et jouissant d’une vue superbe sur le Ueuve, la ville qu'il traverse, et les montagnes de la Forêt Noire. Des murailles et des antiquités romaines qui y furent découvertes en 1786 et 1838, ont donné à penser que la cathédrale a été bâtie dans l’enceinte de l’ancienne forteresse romaine, peut-être de la Basilia de Valentinien Ier, nommée Hobvr par les anciens habitants; ce que semble prouver d’ailleurs le nom de Auf Burg , sous lequel on désignait autrefois cette localité.

Les autres églises de Bâle sont : l'église de Saint-Martin, la plus ancienne de toutes, où CEcolampadius officia pour la première fois en allemand ; — l'église de Saint-Pierre , qui renferme un bel orgue de Silbermann , et les tombeaux d’un grand nombre de Bâlois célèbres, les Zerkinden, Offenburg, Seevogel, les Bernouilli, Zwinger, Froben; — l’éÿltse de Saint-Théodore (dans le Petit-Bâle), près de laquelle on voit, dans l’ancienne chartreuse , devenue une maison d’orphelins, les tombeaux d'étrangers de distinction emportés parla peste au temps du concile; — enfin les cloîtres de l’ancien couvent Klingenthal , qui sert aujourd’hui de caserne et de magasin, ont conservé une copie de la danse des morts ou danse macabre, peinte sur les murs du cimetière de l’église des dominicains.

Il parait résulter des recherches qui ont été faites, que l’usage de peindre sur les murs des cloîtres et des églises une série d’images de la mort entraînant, en dansant, des personnages de toutes les conditions, existait avant le xivc siècle. Selon les uns, l'idée de ces peintures fut suggérée par des mascarades; selon d’autres, par la grande dépopulation qu’occasionnèrent les différentes pestes qui ravagèrent alors l'Europe. D’après Fabricius, ces représentations prirent le nom de danse macabre, du poëte Macaber, qui, le premier, traita ce 6ujet bizarre dans des vers allemands traduits en latin par Desrey de Troyes en 1460. A l’époque du concile de Bâle et lorsque la peste désolait cette ville, les pères du concile, voulant laisser un monument instructif de ces jours de deuil, firent peindre une danse des morts sur le mur du cimetière de St- Jacques, appartenant aux dominicains. Le nom du peintre qui l’exécuta est inconnu. On sait seulement qu'en 1568 Jean-Hugues Klauber retoucha cette fresque dont les couleurs commençaient k s’altérer, et qui, retouchée de-

puis en 1616, 1658 et 1703, fut enfin détruite en 1805. — Les vers allemands que l’on y ajouta en 1568, et qui traduisent les poses et les gestes des différents personnages, ne sont pas moins curieux que les dessins. Dans tous les monuments élevés par les arts au moyen âge, la même préoccupation se reproduit sans cesse ; c’est une éternelle protestation du faible contre le fort.

L’hôtel de ville ( Rathhaus ), situé sur la place du marché, est un bâtiment d’architecture gothique, fondé en 1508 et restauré de 1825 à 1827 dans le goût de l’époque de sa construction (les deux inscriptions rappellent des dates de fortes inondations du Rhin). On y remarque des vitraux peints, de vieilles sculptures en bois, un tableau représentant une scène du jugement dernier, une statue de Munatius Plancus, le fondateur, selon la tradition, de Bâle et de la colonie romaine d’Augusta. Les fresques qui l’ornaient autrefois et qui, assure-t-on, avaient été dessinées par Holbein, ont été retrouvées quand on a restauré la salle du grand conseil, mais elles sont presque entièrement effacées. Sur la frise sont peintes les armoiries des premiers cantons suisses.

L’arsenal, dépouillé d’une partie de ses richesses lors de la division du canton, renferme une petite collection d'anciennes armures, parmi lesquelles on distingue seulement la cotte de mailles que portait Charles le Téméraire à la bataille de Nancy.

L’université de Bale, fondée le 4 avril 1460, en vertu d’une bulle du pape Pie II (Æneas Sylvius, qui avait été secrétaire du concile), a joui pendant longtemps d’une réputation méritée. Parmi ses professeurs, on cite Érasme, Œcolampadius, Aminerbach, Grynæus, Frobenius. Paracelse, Plater, les deux Bauhin, Daniel et Jean Bernouilli, Euler, etc. Réorganisée en 1817, elle l'a été de nouveau en 1835, et depuis on l’a transférée dans le Muséum. Les bâtiments qu’elle occupait autrefois avaient été la résidence des évêques.

On peut visiter encore à Bâle : le nouveau musée ( V . cidessous); — le casino; — la maison de correction; — la porte Spahlen; — Vhôpital (1837) ; — la nouvelle douane, en face du théâtre ; — la nouvelle poste ; — la fontaine du marché aux poissons, qui a été restaurée récemment; — la fontaine Spahlen; —la nouvelle fontaine, près de l’hôpital : — le nouvel hôpital.

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construit en 1838; — la Seidenhof où l’empereur Rodolphe de Habsburg logea la première fois qu'il visita Bâle; — la maison Zur Miicke, où, en 1430, se tint le conclave qui élut le pape Félix V; — la maison Zum Luft qu’habitait Érasme, et dans laquelle Froben imprima une des premières bibles allemandes ; — la maison appelée autrefois Ochsùche , aujourd’hui Burkhard' sche, dans le faubourg neuf, où la paix fut signée en 1795 entre la Prusse et la France ; — la maison Hirs’ sche, près de la porte St- Jean, où la duchesse d'Angouléme fut échangée en 1795 contre des membres de la Convention faits prisonniers; — la belle maison Forcart, bâtie sur l'emplacement de la tour de l’ancienne fausse porte conduisant au faubourg d’Aesch; — le jardin botanique, en dehors de la porte d’Aesch : — le musée d'antiquités de Speyer (1 fr. d’entrée); — l'institut des Missions .—et enfin le pont du Rhin, h l’extrémité duquel s’élevait, du côté du Grand-Bâle, la tour (démolie en 1839} dont tous les étrangers ne manquaient pas d'aller contempler la tête grotesque, appelée lallenkænig, qui, adaptée à l'horloge, tirait la langue et roulait de gros yeux à la rive opposée, huit ou dix fois par heure. Afin de se venger d'une pareille injure, les habitants du Petit-Bâle avaient élevé, de leur côté, un poteau surmonté d’une statue insolente, qui affectait de tourner le dos à la rive ennemie avec le geste le plus effronté.

« Les vins y sont fort bons, écrivait Montaigne en 1580; mais lesBâlois ont cela que leur horloge, dans la ville, non pas aux faubourgs, sonne toujours les heures une heure avant le temps. S’il sonne dix heures, ce n’est à dire que neuf; parce, disent-ils, qu’autrefois une telle faute de leur horloge fortuite préserva leur ville d’une entreprise qu’on y avait faite. » — D'autres écrivains assurent que cette singularité devait son origine au dernier concile de Bâle, pendant lequel on s’était avisé d’avancer les horloges pour faire lever les évêques et les cardinaux, » gens assez indolents, et qui ne se pressaient jamais de se rendre à l’assemblée. » Quelle que soit, au reste, l’origine de cet usage, les Bâlois y étaient si attachés qu’il ne put être aboli qu’à la fin du xviii* siècle. En 1778, il avait été convenu secrètement, entre un certain nombre des chefs de la ville, que l’on avancerait tous les jours l’aiguille du cadran d'une demi-minute pour la ramener insensiblement

à l'heure véritable... Mais le complot fut découvert; le peuple s’insurgea, et les magistrats se virent obligés de remettre les choses dans leur ancien état.

Toutes les collections scientifiques, artistiques et littéraires de Bâle, disséminées autrefois dans divers bâtiments, se trouvent aujourd’hui réunies dans le nouveau muséum (rue des Augustins). On y peut visiter; — 1° la Wbliothèque, qui renferme 50,000 volumes et 4000 manuscrits , parmi lesquels on remarque les Actes du concile de Bâle, 3 vol., avec des chaînes attachées à la couverture ; quelques livres et le Testament original d’Érasme, un exemplaire de son Eloge de la Folie, couvert à la marge de notes écrites par Érasme lui-même, et de charmants dessins à la plume par Holbein ; des autographes de Luther, Mélanclithon, Érasme et Zwingle ; — 2° la collection des antiquités romaines découvertes à Augstet une salle d’antiquités mexicaines ; — 3° le cabinet des médailles (12,000 env.) ; — 4° le musée, proprement dit, qui possède des tableaux remarquables de l’ancienne école allemande — (une Adoration des Rois, par Albert Durer) — surtout de Cranach, et des deux Holbein, père et fils. — Les toiles les plus estimées de Holbein sont ; lâ Passion du Christ, peinte sur bois en huit compartiments (n” 8\ et dont, en 1641, le prince Maximilien de Bavière offrit vainement 30,000 florins ; un Christ mort (n° 7); une Vénus et une Lais (n"‘ 10 et 11); les portraits de sa femme et de ses enfants (n° 12). d'Érasme (n° 18), d’Ammerbach l’imprimeur (n° 17), de M11' d’Oflenburg ; deux intérieurs d’école qu’il peignit à quatorze ans. Parmi ses dessins on remarque son portrait, des portraits des membres de la famille Meyer, qui devaient être peints dans le célèbre tableau que possède la galerie de Dresde; le dessin original du tableau non moins fameux représentant la famille de Thomas Morus; cinq dessins pour les fresques qui décoraient l’hdtel de ville ; des dessins à l’encre pour des poignées d’épées, l’orgue delà cathédrale, des costumes, etc., etc. — On conserve aussi au musée quelques fragments de la Danse des Morts, détruite en 1805, et faussement attribuée à Holbein1; — 5° le musée

t On trouvera chez M. Hasler, 118, en fa ce de I ’ hôtel de» Trois Boi», cette Danse des Morts. — Un heau vol. orné de 40 belle» lithographie» , et contenant tou» le» ver» allemand*, avec la traduction en français et en anglais.

d'histoire naturelle, riche en minéraux et en pétrifications (le jardin botanique, situé près de la porte d'Aesch est bien entretenu et possède de curieux herbiers) ; — 6° un cabinet d’histoire naturelle et de physique.

Bâle possède encore un théâtre, un musée d’antiquités particulier (1 fr. d’entrée), un panorama des environs de Thun, un cabinet de lecture ou cercle admirablement situé sur le Rhin (près de la cathédrale), et où les étrangers sont reçus sur la présentation d’un membre, une école de natation, etc.

INDUSTRIE ET COMMERCE

Considérée au point de vue du commerce et de l’industrie, Bàle occupe l’une des premières places parmi les villes de la Suisse. Elle doit cette supériorité incontestable à l’activité et à la patience persistante et calcûlatrice de ses habitants, ainsi qu’à son heureuse situation sur les limites de la Suisse, de la France et de l’Allemagne. Ses capitaux sont immenses, et l’Alsace leur a fait des emprunts qui lui ont été fort utiles. Parmi ses vingt-sept mille habitants, on compte, assure-t-on, plus de soixante millionnaires. Du reste, il est juste de reconnaître que les fonds bâlois sont, en général, empruntés h un taux inférieur à l’intérêt légal en France. Dans ces dernières années, l’établissement des chemins de fer d’Alsace et du grand-duché de Bade ont donné une nouvelle impulsion à son commerce et à son industrie. Elle a une banque. Il s’y tient, à la fin d’octobre, une foire très-considérable. Ses fabriques de rubans de soie sont surtout renommées.

PROMENADES ET EXCURSIONS

La place de la cathédrale, le pont du Rhin et les remparts sont à peu près les seules promenades intérieures de Bàle; mais les excursions que l’on peut faire en dehors de ses murs sont aussi nombreuses que variées. On doit recommander surtout : — (30 m.) le Neubad (nouveau bain);— (30 m.) Huningue ; — (30 m.) le Hœrnli ; — (1 h.) le IV artenberg ; — (I h.) le Grensacherhorn , d’où l’on découvre la chaîne des Alpes et le Jura (Panorama de Hoffmann, 1845) ; — (30 m.) le Bruderhols et les hauteurs de Sainte-Marguerite (belles vues) ; — le Casino d’été ; — (30 m.) le champ de bataille de Saint-Jacques ; — (1 h. 30 m.) Arlesheim, etc. — Pour toutes cesproine-

R. a.— DE STRASBOURG A BALE.— L’EDELMANNSKOPF. 45

nades et excursions, V. l'Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, par Adolphe Joanne.

A Scluffliousc, R. 4; — à Freiburg, à Bade, à Heidelberg , à Mannheim , R. 5 et 15.

DE STRASBOURG A BALE Par Offenburo et Freibüro.

De Strasbourg à Kehl, 6 kil.; omnib. — DeKelil à Bâle, 18 mil. 9/10; chemin de fer; 3 conv. par jour; 6 pour OtTenburg, et 4 pour Fteiburg. — De Strasbourg à Keht, omnib. sans bagage. 1 f.; avec bagaee ji squ’â 50 kil., I f. 50 e., excédant pour chaque malle, 50 c. — De Kohl à Ofleuburg, 51 kr., 33 kr.,et2l kr. — De Kehl a Freiburg, 5 fl. 24 kr., 2 II. 21 kr., 1 11. 30 kr. — De Kehl J Haltingen, 5 II, 45 kr., 3 fl. 54 kr. , 2 fl. 30 ar. — Omnibu- de Hallingen à Bâle, 24 kr. — De Strasbourg à Kelil, I h. 30 in. — De Kehl * Oflenburg, 50 m. — De Kehl à Freiburg. 3 h. — De Kehl à Hallingen, 5 h. 20 ra. — De Haltingen à Bâle, 1 h. — N. B. Le bagage se paye à pari.

6 kil. de Strasbourg à Kehl ( V . R. 8).

1 mil. 7/10. Appenweier ( V . R. 8).

A Appenweier, on laisse au N. E. la grande ligne du chemin de fer qui conduit à Heidelberg et à Mannheim, par Oos (Bade), Rastatt et Carlsruhe [V. R. 8 et 15), et à l'E. la route de terre qui mène aux bains de la Forêt Noire, à Freudenstadt et à Stuttgart ( V . R. 10 et 11), pour prendre au S. O. la grande ligne qui se dirige sur Bâle, à la base des montagnes de la Forêt-Noire, par Offenburg et Freiburg, parallèlement au Rhin. Ce chemin de fer — de Bâle à Mannheim — s’appelle le chemin de fer badois. Commencé en 1838, il a été ouvert : en 1840, de Mannheim à Heidelberg ; en 1843, de Heidelberg h Carlsruhe; en 1844, jusqu’à Offenburg; en 1845, jusqu’à Freiburg; en 1847, jusqu’à Schliengen; en 1851, jusqu’à Haltingen. Il a été construit aux frais de l’État. Sa longueur totale est de 35 mil. 7/10, et il a coûté 412,269 th. le mille allemand.

[A peu de distance d’Appenweier, on traverse le Durbach qui descend du Du.rbachthal que l’on voit s’ouvrir à l’E. Cette rivière prend sa source à la base O. de riîtlelmannnkopf , 1211 mèt., chaînon qui sépare les vallées de la Rench et de Durbach de celle de la Kinzig. En la remontant depuis le chemin de fer, on ne tarde pas à trouver sur ses bords le v. d ’Ebersweier. 1 h. plus loin env., Durbach, — (Hôt. ; Zum Ritter, bon), v. de 2746 h. avec ses 38 ham.

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