‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 7 sur 279 · ET CONSEILS AUX VOYAGEURS · texte numérisé non relu

ET CONSEILS AUX VOYAGEURS

A. Itinéraires et budget de voyage.

C’est du moi3 de juin au mois d’octobre que les touristes, qui ne voyagent que pour leur agrément, doivent aller visiter les diverses contrées décrites dans cet Itinéraire. A d’autres époques de l’année, ils seraient trop souvent arrêtés dans leurs excursions par le mauvais temps, qui contrarie déjà bien des projets pendant la saison la plus favorable. Quant à {'itinéraire, il est tout tracé. Tous les voyageurs remontent ou descendent le Rhin. Chacun d’eux fera sur les deux rives de ce beau fleuve les excursions qui lui sembleront les plus agréables, les plus intéressantes. Cel.ui-ci .visitera le Neckar , un autre explorera la Moselle, un troisième se promènera de préférence dans la Forêt Noire, dans le Haardt, dans l’Odenwald. Le budget de chaque tour variera dans de grandes proportions selon les goûts , les mœurs, les habitudes , l’appétit, l’âge , l’intelligence de chaque voyageur, le poids de son bagage, le nombre de ses compagnons , la longueur du trajet qu’il voudra parcourir dans un temps donné, et beaucoup d’autres causes. On ne peut déterminer d’une manière approximative qu’une sorte de minimum. En général, 10 francs par jour suffiront à un jeune homme qui saura au besoin porter lui-même son sac, se passer de guides partout où ils ne sont pas nécessaires, et voyager en troisième classe sur les chemins de fer. Voir du reste cidessous les paragraphes consacrés aux hôtels et aux moyens de transport.

Le meilleur conseil que je puisse donner à tous les touristes en général, c’est de méditer, avant de se mettre

B. dc Rhin. a

n ITINERAIRE DES BORDS DU RHIN.

en route, ces sages réflexions empruntées aux Nouveau a- Voyages en zigzag, par Tœpffer.

« Oui, se rendre indépendant, en fait de plaisir surtout, des choses extérieures et des vicissitudes du sort, c’est où plus souvent l’on devrait, l’on pourrait tendre ! Notre bonheur, il est dans les mains de la Providence, qui nous réjouit ou qui nous éprouve, qui nous conserve à ceux qui nous aiment, ou qui nous arrache ceux que nous chérissions; mais le plaisir, elle l’a mis à notre disposition bien plus encore que nou3 ne le croyons nous-mêmes. Jouir c’est vivre; vivre, c’est mettre en exercice nos forces, nos facultés et nos affections : or ceci, à la condition de le vouloir, c’est chose possible à tous les degrés, dans toutes les situations ordinaires de vie et de fortune. Par malheur, c’est cette condition elle-même que communément l’on se dispense de remplir; et l’homme est tellement enclin à voir la jouissance suprême dans cette oisive mollesse, dans cette factice indépendance que procure l’argent, que c’est, tout au contraire , en tâchant d'épargner à ses forces toute fatigue, à ses facultés tout effort, à ses affections tout exercice, qu’il croit s’approcher du plaisir. Hélas ! non ; c’est ainsi qu'on s’en éloigne ; c’est ainsi que l’on meurt avant de l’avoir connu, c’est ainsi et par là justement que le pauvre est plus riche que l’opulent, car en vertu de sa position même, forcé de travailler, il est forcé de jouir.

« Et nous-même, pour avoir pu nous élever ainsi jusqu’à cette notion, un peu paradoxale au premier coup d’œil, qu’un voyage, pour être décidément une partie de plaisir, doit ressembler plutôt encore à un laborieux exercice qu’à une facile et récréative promenade, il est bien probable que sans la nécessité, cet excellent maître, nous n’eussions jamais su découvrir les voluptés de la fatigue, les délices du gîte, le courage qui croît avec l'effort, l’expansif contentement qui suit la conquête, la jouissance doublée, triplée de tout ce qu’elle a coûté, et devenue assez vive enfin pour que ni contrariété, ni averse, ni privation, ni sotte rencontre ne puisse en altérer la charmante vivacité. Il est bien probable que nous n’eussions jamais su découvrir par nous-même que la vraie et savoureuse mollesse, ce n’est pas celle qui se prélasse sur des coussins, et qui se balance sur des ressorts, mais bien

RENSEIGNEMENTS ET CONSEILS AÜX VOYAGEURS, ni

celle qui se goûte sur les arbres du chemin, sur la pierre nue des montagnes, au logis surtout, quel qu’il soit, lorsque, après l’avoir salué de tout loin, on approche, on arrive, on franchit le seuil, on dépose havre-sac, gourde et bâton, pour ne songer plus, durant douze ou quinze heures, qu’à donner vacances à ses membres et fête à sa lassitude..; que l’indépendance réelle et désirable, ce n’est pas celle qui ne peut faire un pas sans un attirail de voiture, de serviteurs et de valises, mais bien celle qui, équipée à la légère, se porte librement à droite, à gauche, làbas, là-haut, partout où l’on peut marcher ou gravir; non pas celle qui s’assujettit aux tyrannies de la mode, aux exigences de luxe et de confort, mais bien celle qui, affranchie de tous ces servages , se trouve une hôtellerie excellente partout où elle peut abriter sa fatigue , régaler son appétit, donner cours à sa joyeuse humeur, et, foin ou lit, goûter jusqu’à l’aurore les douceurs d’un sommeil assuré. »

« C’est ainsi, ajoute TœpfTer, après avoir raconté

avec détail ses débuts dans la carrière des excursions pédestres, c’est de cette façon, et sans plus d’apprentissage, que nous sommes arrivés à nous éprendre pour les excursions pédestres, disons même pour les fatigues et pour les privations, pour les dénûments et pour les contrariétés, pour les quotidiennes vicissitudes de soleil et de pluie, d’orage et de sérénité, d’heur et de malheur, dont les excursions pédestres sont l’occasion, d’une passion que nous traiterions tout le premier de fol engouement, si, depuis tantôt vingt ans que nous les pratiquons, ces excursions n’avaient pas été pour chacun de nos nombreux compagnons tout autant que pour nous-même, une source de jouissances savourées un moment avec vivacité, avec ivresse , plus tard rappelées dans l’entretien avec un charme que le temps, au lieu de l’effacer, fortifie...., si surtout, à mesure que l’âge nous rapproche du jour où il faudra dire adieu à ces plaisirs devenus trop rudes désormais, nous n’éprouvions pas à la fois le croissant désir d’en reculer le terme et celui d’en léguer à d’autres la tradition. »

B. Passe-port.

Les Français qui se rendent sur les bords du Rhin de-

iv ITINÉRAIRE DES BORDS DU RHIN.

vront se munir d’un passe-port à l’étranger (prix 10 fr.), visé par le ministère des affaires étrangères de France ; et par les ambassadeurs des divers États sur les territoires desquels ils auront l’intention de pénétrer.

Les passe-ports à l’étranger se délivrent :

Dans les départements, à la Préfecture, sur l’avis motivé des maires ;

A Paris, à la Préfecture de police, soit sur un ancien passe-port, soit sur un certificat ou bulletin des commissaires de police. — L’assistance et les signatures de deux témoins patentés et domiciliés dans le quartier qu’ils habitent sont absolument nécessaires à tous les individus qui demandent un pareil certificat.

M. Georges BUYS (quai des Orfèvres, no 6, près de la Préfecture), de dix heures du matin à quatre heures de l'après-midi, se charge de faire légaliser les passe-ports dans les ambassades et légations diverses.

Les passe-ports pour toute l'Allemagne peuvent être visés avant le lendemain soir, quand ils lui sont remis avant dix heures et demie du matin.

Les passe ports remis après les heures fixées exigent nn jour de plus pour leur régularisation.

M. Georges Buys prend 1 fr. de commission pour chaque visa des ministère, ambassade ou légation.

Il est bien entendu que dans les débours faits aux ambassades ou légations ci-après le franc de commission donné pour obtenir chacun de ces visa n'est pas compris.

On fait payer, pour le visa, de la Belgique, 5 fr.

— — de Bade, 5

— — de Bavière, 5

— — de Nassau, 3

— — de la Prusse, 5

IV. B. Le visa de la Belgique est absolumen t nécessaire — On ne peut pas entrer en Belgique, soit de France, soit de Prusse, sans ce visa.

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