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branche au nœud du Vignemale , se développe entre les vallées du Gallego et de la Cinoa , et se divise en deux ramifications dont l'une, celle de l’est, s’affaisse près de Balbastro, et l’autre, faisant un coude vers l’ouest, autour de la ville de Huesca, envoie ses derniers contre-forts jusqu’au-dessus de la ville de Mequinenza, sur les bords de l’Èbre ; 4° celui qui, partant de l’angle sud-est du Val d’ Aran , forme une ligne de partage entre les deux bassins delà Noguera Ribagorçana et la Noguera Pallaressa ; 5° celui qui limite, à l’ouest, le val d'Andorre et sépare la vallée de la Noguera Pallaressa de celles de PEmbalire et de la Sègre; 6* enfin, celui qui, prenant son origine au Puigmal, à l’est de Puycerda, se dirige d’abord au sud-ouest, puis à l’ouest vers le bassin d’Urgel, se détourne vers le sud , à l’est de cette ville, s’affaisse par degrés entre le bassin de la Sègre et celui du Llobregat, et se relève tout à coup pour former au-dessus de Barcelone le célèbre Montserrat, haut de 1236 mètres.
En outre, quelques-uns de ces chaînons latéraux sont réunis par d’autres chaînons parallèles aux Pyrénées. Le plus important de ces systèmes secondaires est celui de la Pena de Oroel, qui se développe de l’est à l’ouest entre Jaca et Sangüesa, sur une longueur de 75 kilomètres, et force la rivière Aragon à couler parallèlement à la base des Pyrénées ; ses plus hautes cimes s’élèvent à 1760 mètres de hauteur. Cette multiplicité et ce croisement des chaînes au sud des Pyrénées avaient autrefois causé la formation de vastes lacs, maintenant remplis par des atterrissements. C’est ainsi que les vallées de la Cinca, de la Sègre et surtout celle de l’Èbre , n’étaient autrefois qu’une succession de lacs étagés de bassin en bassin.
Sur le versant français, pas un seul chaînon latéral n'a une grande importance , à l’exception du chaînon des Corbières, et celui-ci, dirigé obliquement au nord-est de la crête centrale, est plutôt une à# ces ramifications qui se forment en patte d'oie à l’extrémité des chaînes qu’un véritable chaînon latéral. Les hautes collines du Gers ne prennent pas leur origine dans les Pyrénées elles-mêmes, mais dans le plateau de Lannemezan, lande infertile s’élevant en terrasse en face de la chaîne, et séparée des principaux contre-forts par les vallées longitudinales de la Garonne et de la Neste. Ce plateau est extrêmement curieux
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sous le rapport géologique, par les fossiles qu’il contient, le grand nombre de rivières d’ordre secondaire qui y prennent leur source, les graviers contenus dans ses bas-fonds, et la régularité de ses longues croupes dépourvues de terre végétale ■ La dénudation du terrain tertiaire moyen dont il est composé, et que recouvrent çà et là des Ilots de terrain supérieur laissés par les eaux comme des restes de l’ancienne surface , semblent indiquer que par là s’écoula jadis, en un long déluge, la mer qui s’étendait à la base des Pyrénées.
Les chaînons parallèles à la chaîne principale ne sont pas mieux représentés du côté de la France que les chaînons latéraux : il en existe deux dans le département de l’Ariége, séparés l’un de l’autre par un intervalle d’environ 20 kilomètres et longs d’environ 80 kilomètres, depuis la vallée de l’Aude jusqu’à celle de la Garonne. Le plus élevé s’embranche au nœud des Corbières, et se termine par la belle montagne de Saint-Barthélemy ; le second est traversé par plusieurs rivières, le Lhers, la Lectouire, la Douctouire, l’Ariége, et enfin l’Arize, qui s’y creuse pour son passage la magnifique grotte du Mas-d’Azil.
Dans les Pyrénées, la limite des neiges perpétuelles est en moyenne de 1730 ou 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais seulement sur les pentes septentrionales ; car sur le versant espagnol on ne trouve déjà plus de neiges au milieu d’août, si ce n’est dans les cavités où le soleil ne pénètre guère, ou qui sont abritéès des vents du Sud par quelques montagnes. Il faut remarquer aussi que, sur le versant septentrional, la limite des neiges éternelles va en s’élevant de l’ouest à l’est, du pic d’Anie au Canigou, à cause de la plus haute température du bassin de la Méditerranée, comparée à celle du bassin de l'Atlantique Nord. Tous les étages superposés de végétation se redressent en même temps que la limite des neiges éternelles, à mesure qu’on s’avance vers l’est , et les plantes qui ne croissent même pas dans les Basses-Pyrénées, comme l’olivier, se montrent jusqu’à à20 mètres de hauteur sur les flancs du Canigou.
Les zones de végétation ne s'étagent pas avec une régularité parfaite sur les montagnes ; mais il y a pénétration réciproque, pour ainsi dire, entre les zones, selon l’exposition , la direction^ générale des vents, la nature du sol et tous les phénomènes mé-
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téorologiques. Ainsi, le rhododendron croît près du hêtre aussi bien que dans la zone du sapin , du bouleau et du genévrier ; seulement chaque plante ne peut descendre ni s’élever au delà de certaines limites. Sur le Canigou, la vigne ne dépasse pas 550 mètres, le châtaignier 800,1e seigle 1640, le sapin !950, le bouleau 2000, le rhododendron 2540, tandis que le genévrier, plus hardi, monte jusqu’au sommet, à 2787 mètres de hauteur.
Les Pyrénées étaient autrefois magnifiquement boisées; maintenant le nombre des forêts diminue constamment, et en certains endroits les montagnes sont complètement nues. Les plus belles forêts sont dans les vallées d’Aspe, de Gabas.de Marcadau, de Couplan , des Angles, etc. Le nombre des animaux sauvages des Pyrénées a diminué en même temps que l’étendue des forêts, et plusieurs espèces , entre autres le lynx, ont. complètement disparu : les loups sont encore assez nombreux ; mais les ours et les isards deviennent de plus en plus rares.
Dans leur ensemble , les Pyrénées sont beaucoup moins variées que les Alpes, et n’offrent, en comparaison, qu’une organisation rudimentaire. Elles bornent l’horizon de leur muraille uniforme, hérissée de pointes comme une longue scie (sierra), et, vus de la plaine, les contre-forts sur lesquels elles s’appuient apparaissent à peine. Bien que , d’après Humboldt et Ritter, la hauteur moyenne de la crête centrale des Pyrénées soit d’environ 100 mèt. plus élevée que celle des Alpes, et que les plaines de la France soient plus basses que celles de la Suisse , cependant cette plus grande élévation relative fait moins d’effet, à cause de la disposition régulière des pics et de la ressemblance de leurs formes. C’est à peine si quelques sommets des Pyrénées dépassent de 6 à 800 mèt. la hauteur moyenne de 2450 mèt., tandis que, dans les Alpes, beaucoup de montagnes s’élèvent à 2000 et 2500 mèt. au-dessus de la hauteur moyenne de 2350 mèt., et le Mont Blanc dresse ses sommets jusqu’à plus de 4800 mèt. En môme temps, les cols des montagnes alpines sont beaucoup
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plus profondément entaillés, et s’ouvrent comme d’immenses coupures dans la masse de la chaîne. Dans les Pyrénées, les cols sont souvent de simples plateaux régnant sur le sommet dé la crête, ou bien des cheminées , sombres ravines creusées dans le roc par le travail séculaire des agents atmosphériques. Les grands pics de la Suisse sont isolés : gigantesques pyramides, dont la base seulement est engagée dans le massif, ils se dressent dans leur superbe et fière majesté, hérissant leur crête de pitons, d’aiguilles et de dents , tandis que les monts des Pyrénées sont le plus souvent de simples cônes posés sur le bourrelet de soulèvement. Des montagnes d’une grande importance géologique, comme le Néouvieille et les monts d’Oo et de Clarbide, se distinguent à peine par leur relief des hauteurs qui les environnent. Les pics qui se dégagent nettement du reste de la chaîne , comme le Canigou , le Pic du Midi de Pau et la Maladetta, sont peu nombreux.
Le rayonnement des chaînes des Alpes autour du Saint-Gothard , et la courbure de leur axe au nœud du grand Saint-Bernard et du Mont-Blanc, introduisent une grande diversité dans l’aspect des montagnes de la Suisse. Dans la vallée du Rhône ou dans celle du Tessin, on voit, au nord comme au sud, se dresser les géants couverts de neigé , et de tous les côtés l'horison est borné parles glaciers et les aiguilles ; on est décidétaent entré dans le cœur des monté; la plaine a complètement disparu ; rien ne la rappelle plus au souvenir. Dafts les Pyrénées, au contraire, l’uniformité de la chaîne et son peu de largeur ne permettent pas de perdre complètement de vue les campagnes étendues à la base ; si étroite et fermée que soit la gorge dans laquelle on pénètre, on n’a qu’à descendre le cours du torrent pendant quelques heures , ou bien qu’à monter sur la cime de la première montagne, pour voir aussitôt l’immense plaine s’étendre à ses pieds et se perdre au loin dans les vapeurs bleuâtres.
Ainsi, pas de vallées longitudinales dans les Pyrénées, pas de ces longs bassins, sè relevant à droite et à gauche vers les bases de deux montagnes, et projetant dans toutes les gorges et jusqu’aux moraines des glaciers leurs longs bras de verdure. Il n’y a que des vailees transversales fortement inclinées vers la plaine, parcourues par des torrents furieux, qui descendent en
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écume, en poussant des alluvions de rochers devant eux; les quelques gorges ouvertes dans Je sens de la longueur, comme celles de Baréges et d’Aragnouet, sont d’une très-médiocre étendue et situées à une grande altitude , dans des régions âpres et désolées.
Par suite du manque de vallées longitudinales, les lacs, cette beauté des Alpes, manquent absolument aqx Pyrénées. La pente des versants a partout procuré un écoulement facile à la fonte des neiges , et c’est à peine si quelques petits bassins d’eau de glace, décorés du nom de lacs, simples cavités suspendues, pour ainsi dire , aux flancs des montagnes , se sont formés çà et là; ils changent de forme et de profondeur selon l’abondance des neiges, et souvent ils disparaissent tout à fait , grâce à la porosité de la roche calcaire sur laquelle ils reposent. Autrefois , il existait des lacs assez considérables, tels que ceux de la plaine de Tarbes et de la Rivière, au sud de Saint- Gaudens ; mais ils ont été graduellement comblés par les alluvions, et, depuis de longs siècles, se sont transformés en campagnes. Dans la Suisse, le rayonnement, le croisement des chaînes, et la formation de la sextuple chaîne du Jura à l’ouest des Alpes, ont fait de la formation des grands lacs une suite nécessaire du relief orographique. Qui donc oserait comparer l’étang de Gaube , entouré de quelques sapins, au beau lac de Genève, dont les bords, parsemés de villes et de villages , se relèvent d’un côté par des croupes si molles et si charmantes, de l’autre, par des profils de montagnes si hardis et si majestueux?
Les Pyrénées ne possèdent pas non plus de véritables glaciers, si ce n’est ceux que Ritter appelle glaciers de sommets, pour les distinguer des glaciers de pentes qu’on trouve dans les Alpes. Dans ces dernières montagnes , M. Hermann Schlagintweit compte de 1000 à 1100 glaciers couvrant une superficie de terrain égale au de toute la surface montagneuse ; dans les Pyrénées, la superficie des glaciers n’a pas encore été comparée à celle de la chaîne ; mais elle ne s’élève certainement pas au centième, peut-être pas au millième de la surface totale. Dans les Alpes, 35 glaciers descendent dans les vallées des montagnes jusqu’au-dessous de 2000 mèt. d’altitude; l’extrémité inférieure de la Mer de glace n’est qu’à 1100 mèt. au-dessus du niveau
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de la mer, et l’an des glaciers du (jrindelwald à peine à 1000 mèt. Ainsi les névés des Pyrénées ne peuvent aucunement se comparer à ces énormes fleuves de glace à la marche séculaire, dont la muraille bleue, haute de 100 mèt., descend tout d’un bloc de quelques lignes par jour, entraîne avec elle des débris de montagnes , et laboure en passant par de profonds sillons le lit de rochers dans lequel il s’écoule. Ils semblent immobiles et éternels comme les pics qui les dominent , et, quand on les contemple, ils ne laissent dans l’âme que l’impression d’un immense repos, d’une paix suprême. Cependant ils coulent comme le torrent qui s’en échappe; les vagues solides qui hérissent leur surface s’élèvent et s’abaissent à la longue comme celles de la mer; ils ont aussi leurs remous, leurs tourbillons, et les puissantes moraines qu’ils jettent à l’issue des gorges valent bien les alluvions que les fleuves vont porter sur leurs rives.
Cet admirable contraste qu’on voit dans le3 Alpes, entre la fertilité de la vallée , la verdure des prairies , celle des champs cultivés , des arbres fruitiers, et l’âpre muraille de glace, ne se trouve pas non plus dans les Pyrénées, si ce n’est dans la vallée du Lys, près de Bagnères de Luchon. Au pied d’un glacier des Alpes, on a pu quelquefois monter sur un bloc de glace détaché, pour atteindre la branche chargée de fruits d’un cerisier, tandis que sur la Maladetta , on a déjà depuis longtemps dépassé sur les pentes les derniers sapins rabougris, et comme brûlés par le froid, avant d’arriver à la limite inférieure du champ de névé.
Le peu d’importance des glaciers dans la chaîne pyrénéenne provient de la forme même du relief des montagnes. Tout le système des Alpes est largement entaillé par de profondes dépressions descendant jusqu’à la base même de chaque pic; par suite, les neiges, accumulées en grande abondance sur les sommets, peuvent, en obéissant à leur propre poids, glisser plus bas jusqu’au débouché des gorges dans les vallées , et plus elles glissent bas, plus aussi elles sont soumises aux alternatives de température annuelles et journalières , à la chaleur qui fond les légères couches superficielles et les fait pénétrer dans la masse, au froid qui les congèle de nouveau et les transforme graduellement, par un long travail de fusions et de congélations successives, en un glacier bleu, transparent et limpide. Dans les Py-
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rénées, au contraire, les neiges tombées sur la crête ont bien vite rempli les dépressions du sommet, et, par suite même de l’uniformité des pentes de la chaîne, ne trouvent pas, comme les neiges des Alpes, d’immenses lits destinés à les recevoir; elles ne peuvent alors former que des glaciers de sommets, et, toujours soumises à un froid uniforme, restent à peu près dans leur état primitif, sans jamais prendre cette merveilleuse transparence des glaces du Grindelwald ou du Rosenlaui. En outre, les sommets des Pyrénées étant beaucoup moins élevés que ceux des Alpes , ils ne reçoivent qu’une bien moins grande quantité de neiges , et , la limite inférieure de la congélation perpétuelle étant dans la chaîne française de 2800 mètres, il en résulte que le réservoir de neige n’est jamais suffisant pour alimenter de vastes glaciers.
Les Pyrénées, inférieures aux Alpes par leur manque de lacs et de glaciers, ne le leur sont pas moins sous le rapport purement géographique. Les Alpes sont le massif central de l’Europe, le relief autour duquel se sont groupés tons les plateaux et toutes les plaines de l’Europe : au nord, les régions montagneuses de la Bavière, les vastes étendues basses de l’Allemagne jusqu’à la dépression de la Baltique; à l’est, la grande enceinte circulaire de la Hongrie et la chaîne du Balkan ; au sud, le ma • gnifique bassin de la Lombardie et la longue péninsule des Apennins. Comme des rayons partant d’un centre vers tous les points de la circonférence, de grands fleuves en découlent vers les quatre points cardinaux : au nord, le Rhin, que Ritter appelle le fleuve héroïque par excellence; à l’est, l’Inn, le bras le plus important du Danube, puis la Save et la Drave ; au sud, l’Adige et le Pô ; à l’ouest, le Rhôue. Trois mers situées aux trois extrémités de l’Europe, l’Atlantique, la mer Noire, la Méditerranée, reçoivent l’eau de ses glaciers. Environ un quart de l’eau qui tombe en Europe s’accumule dans les réservoirs des Alpes. Les Pyrénées , plus modestes , n’en recueillent que les trois centièmes environ, et n’alimentent que deux fleuves de quelque importance : au sud, l’Èbre, actuellement rendu navigable dans sa partie inférieure par un système d’écluses ; au nord , la Garonne, bordée d’un canal latéral dans tout son cours supérieur et moyen , vraiment navigable seulement dans sa partie infé-
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rieure, qui se termine par un estuaire d’eau salée. Sous tous les rapports, il est donc certain que les Pyrénées sont, en compa raison des Alpes, une chaîne d’importance secondaire, et même ce fier Castillan qui, par orgueil national, avait fait une carte d’Europe représentant une femme, dont l’Espagne était la tôte> n’avait pu faire des Pyrénées que le collier de la souveraine, tandis que les Alpes en étaient la ceinture.
Cependant les Pyrénées ont aussi des beautés qui leur sont propres , surtout du côté de l’Espagne et dans le Roussillon , où les rochers arides et blancs réfléchissent une lumière tout africaine, et dans les parties calcaires de la chaîne appartenant à l’époque du grès vert. C’est dans cette dernière formation que sont creusés ces cirques immenses , Troumouse, Béousse, Gavarnie, environnés de gradins où pourraient siéger des nations entières ; c’est là que les montagnes se dressent en tours, en murailles, en escaliers, comme si, d’après l’expression de Ramond, un peuple de géants eût appliqué l’équerre et le niveau à la superposition de leurs assises. D’ordinaire, la nature nous semble d’autant plus belle que nous sentons davantage notre infériorité en sa présence; or, l’homme ne peut que se sentir d'une petitesse infinie dans ces cirques vastes et déserts , où croissent à peine quelques herbes, où les rares bestiaux semblent perdus dans l’étendue des pâturages, où la seule voix est celle des avalanches, des cascades et des torrents, où les seuls spectateurs sont les pics neigeux se dressant au-dessus des gradins !
Les grands traits géologiques de la chaîne des Pyrénées sont aussi simples que les traits géographiques, et doivent être étudiés simultanément. Deux axes de granit parfaitement distincts forment l’ossafure de la chaîne méditerranéenne et de la chaîne atlantique, et partant, l’une du cap Creus, et l’autre des environs de Fontarabie , vont à la rencontre l’une de l’autre et ne laissent entre leurs extrémités que la largeur du Val d’Aran. Dans la-chaîne orientale, où les agents de dénudation ont peut-être été plus violents, le granit se montre presque partout à découvert,
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et l'on peut suivre sans interruption une crête de monts granitiques depuis Port-Vendres jusqu’à Viodessos; dans le système de l’Ouest, le granit a soulevé les couches surincombantes sans les briser dans toute leur étendue, et la roche primitive n’apparaît que çà et là par grands massifs ou îlots entourés de formations d’autre nature. A l’extrémité occidentale ne se montrent que deux de ces îlots, dont l’un domine la vallée de laBidassoa, et l’autre celui de la Nive ; mais plus à l’est, à partir du Pic du Midi de Pau, première masse granitique imposante des Pyrénées, les îlots de roche primitive deviennent de plus en plus nombreux , et, s’allongeant dans la direction de l’est-sud-est, se terminent par deux massifs considérables : celui de Crabioules, au sud de Bagnères de Lucbon, et celui de la Maladetta, le plus important de tout le système des Pyrénées.
Ces îlots de granit, en se soulevant, ont redressé sous différents angles les terrains de transition qui recouvraient autrefois tout l’espace sur lequel s’élève aujourd’hui la chaîne, et les deux versants des axes se composent régulièrement d’ardoises et de grauwackes souvent métamorphosées par le contact des roches d'éruption sur lesquelles elles reposent. Les terrains de transition, subdivisés en deux étages , le dévonien et le silurien , Occupent une assez grande largeur, surtout sur le versant N. de la chaîne atlantique et sur le versant S. de la chaîne méditerranéenne ; en outre , ils remplissent comme un large détroit l’espace compris entre les axes de granit des deux chaînes, c’est-àdire le pays d’Aran et la vallée supérieure de laNoguera Pallaressa. Là, redressés de l’est à l’ouest par les roches primitives, ils ont été plissés de manière à former une longue et tortueuse vallée au fond de laquelle coulent, d’un côté, la Noguera Pallaressa , de l’autre la Garonne. C’est dans les terrains de transition , qui réunissent en une seule chaîne les deux axes de granit, et auxquels les Pyrénées doivent leur caractère d’unité, que les érosions des eaux ont creusé le plus de grottes et de canaux souterrains j ainsi la Garonne du Tofo, prenant sa source au pied de la Maladetta , traverse une montagne pour aller jaillir dans le Val d’Aran, au Goueil de Joueou.
Les formations du grès bigarré, du calcaire jurassique, le grès vert et la craie, ont été également redressés des deux côtés
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de la chaîne par le soulèvement. Le grès bigarré ne se montre en quantité considérable que près du golfe de Biscaye , aux environs de Saint- Jean-Pied-de-Port; le terrain jurassique, encore moins fréquent dans les Pyrénées , se voit, entre Pampelune et Tolosa, et forme sur le versant français une étroite bande qui commence près d’Argelez, se dirige à l’Ouest vers le Sud de Saint- Gaudens, se redresse pour former les pics du Gar et de Cagire, et cesse d'affleurer à la surface au delà de Saint-Girons. La formation du grès vert a été soulevée avec une merveilleuse régularité ; elle forme de chaque côté de la chaîne une bande de largeur assez égale, surtout au versant méridional de la chaîne atlantique, où elle s’élève à la hauteur des plus hautes montagnes granitiques. En effet, le Mont Perdu, leMarboré, Troumouse, appartiennent à cette formation, et se dressent plus haut que l’axe de granit qui les a soulevés : on ne peut expliquer cette étrange anomalie que par un déluge qui aurait, pour ainsi dire, coupé les cimes de granit par érosions successives, ou plutôt par une suite de soulèvements graduels qui se seraient fait ressentir seulement sous la partie méridionale de la chaîne.
Le terrain de la craie, également soulevé des deux côtés, attéint une énorme largeur sur le versant espagnol ; c’est la dernière formation dont les couches aient été dérangées par l’apparition des Pyrénées ; les autres terrains des plaines de la France et de l’Èbre appartiennent à l’époque tertiaire et gardent une parfaite horizontalité. C’est sur ce fait que M. Ëlie de Beaumont s’est basé pour fixer l’âge des Pyrénées et faire remonter l’origine de cette chaîne à l’intervalle qui a séparé le dépôt des craies de celui des terrains tertiaires. Il est certain, en effet, que les Pyrénées ont dû paraître à cette époque; mais la marche lente et séculaire de la nature, qui fait les changements les plus vastes par un sourd et imperceptible travail , qui soulève la Scandinavie de 13 millim. par an, et, cependant, finit par l’exhausser tout entière, avec ses chaînes de montagnes et ses glaciers, à plus de 2000 mèt. au-dessus de l’Océan polaire , nous permet de croire avec sir Ch. Lyell et d’autres géologues, que cette apparition de la chaîne des Pyrénées ne s’est pas opérée en un jour, par une immense catastrophe, mais qu’elle a été produite par le long travail des siècles. Encore de nos jours, il
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est probable que tout le plateau de l’Espagne et les montagnes qui le bordent sont exhaussés par les forces de soulèvement.
Les formations géologiques, autres que celles que nous avons indiquées, sont assez rares dans le système des Pyrénées. Çà et là les serpentines, les mélaphyres et les ophites ont jailli en mamelons isolés, probablement à une époque récente; en certains endroits même, ils forment de véritables groupes, comme aux environs de Saint-Jean-Pied-de-Port, de Mauléon, de Bédous, de Saint-Béat et de Yicdessos; mais, comparativement à l’étendue de la chaîne, leur importance est nulle. Le terrain volcanique , longtemps inutilement cherché dans les Pyrénées, ne se trouve qu’à l'extrémité orientale de la chaîne , sur le versant espagnol , entre Olot et Castelfollit. La région où se firent jour les volcans, éteints aujourd’hui, semble avoir été profondément modifiée dans la nature de ses roches, et c’est non loin de là qu’on exploite les mines de houille, de sel, de fer et d’or, les plus riches de toutes les Pyrénées.
Les bassins houillers, au nombre de trois seulement, ne peu vent aucunement être comparés par leur étendue à ceux du centre de la France. Celui de Durban, situé dans le département de l’Aude, à l’ouest de Sigean, apparaîtau jour sur 2000 mèt. de longueur et sur 1000 mèt. de largeur; celui deSégure, situé au sud-ouest du premier, est plus considérable, et s’étend sur une superficie de 4000 mèt. sur 1000. Le bassin du versant méridional, placé à l’ouest de la ville de San-Juan de las Abadesas, a plus d’importance à cause de sa plus grande étendue et de la meilleure qualité de son charbon : il couvre 25 kil. carrés de superficie, et sera bientôt relié à Barcelone par un chemin de fer.
Quant aux terrains d’alluvion, ils se rencontrent dans toutes les vallées que des lacs emplissaient autrefois, la cuenca de Pampelune , le bassin de l’Aragon, de Jaca à Verdun, celui de la Sègre, de Llivia à Belver, celui de la Basse-Neste et de la Garonne, de Labarthe-de-Neste à Saint-Gaudens. La plaine de Perpignan tout entière, sur une étendue de 1000 kil. carrés, depuis Sigean jusqu’à la base des Corbières, est également d’origine alluviale; elle a été formée par les atterrissements de la Têt, du Tech et du Réart.
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INTRODUCTIO*
L’importance ethnologique des Pyrénées est au moins aussi grande que leur importance géographique , et le partage entre les nations, aussi bien que le partage entre les eaux, s’opère des deux côtés de leur crête; elles séparent deux patries comme une haute muraille d’une mer à l’autre mer.
De tout temps, les vallées de la chaîne ont servi de refuge à des nationalités menacées. Les anciens habitants de l’Europe occidentale, les Ibères ou Basques, qui, refoulés par les invasions des Celtes, des Romains et des Goths, diminuèrent graduellement avec le cours des siècles, se sont cantonnés comme dans une citadelle à l’extrémité occidentale des Pyrénées, et ont su, malgré toutes les attaques à main armée, malgré les empiètements de leurs voisins, sauvegarder jusqu’à aujourd’hui, siuon leur indépendance, du moins leur langage et leurs moeurs.
Les Bohémiens ou Zingares, ces tribus vagabondes qui, depuis leur fuite des bords du Scinde, parcourent l’Europe en réprouvés, sont rarement vus en France, si ce n’est dans les forêts des Pyrénées et dans les huttes délabrées des villages du pays Basque et du Roussillon. Pauvres peuplades, maudites à cause de leur couleur, pourchassées à cause de leurs vols vrais ou supposés, souvent traquées par les chasseurs comme des bétes fauves , elles avaient choisi pour demeures les régions les plus sauvages, les plus inconnues et aussi les plus rapprochées de la frontière, afin de pouvoir changer de patrie à la moindre alerte et s’enfuir des forêts du versant français aux forêts du versant espagnol. Voilà pourquoi on ne voit les Bohémiens en nombre considérable qu’aux deux extrémités de la chaîne, là où la crête est peu élevée et facile à franchir dans toutes les saisons. Dans les Pyrénées centrales, les cols ne peuvent être traversés que pendant quelques mois de l’année, et souvent il fallait plier bagage en un seul jour et, sous peine d’extermination, disparaître comme une volée d’oiseaui.
C’est pour la même raison que les Juifs n’habitaient en quantité assez nombreuse que les deux extrémités de la chaîne. j£ux aussi étaient en butte à toutes les persécutions, parce qu’ils
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étaient riches. Ils restaient donc toujours près de la limite des deux États, prêts à s’enfuir avec leurs trésors; et c’est encore dans les villes du midi de la France , situées non loin de la frontière, que sont établies les plus nombreuses familles de Juifs. • :
Les Cagots ou « chiens de Goths » sont un autre débris de nationalité existant naguère dans les Pyrénées, mais à l’état d’ilotes. Descendant des Visigoths qui furent jadis maîtres du pays, ils durent se réfugier dans les vallées des montagnes; mais ces hommes du Nord, énervés par le soleil du Midi, furent incapables d’y maintenir leur indépendance, et vaincus, méprisés, tombèrent graduellement dans l’abjection physique et morale la plus complète.
Dans les Pyrénées de la Catalogne, ont en outre existé des Alains, ainsi que le nom de Catalogne ( Goth-Alanie ) l’indique ; ailleurs les ruines et les traditions parlent du séjour des Maures, mais depuis longtemps ces populations ont cessé d’ètre distinctes et se sont fondues dans la masse de la population.
La disposition parallèle des chaînons qui descendent de la crête des Pyrénées favorisait beaucoup l’indépendance des montagnards qui habitaient les vallées latérales : aussi dans le moyen âge, et dans les commencements de l'histoire moderne, presque toutes les communes des vallées avaient-elles des constitutions républicaines et veillaient-elles avec un soin jaloux sur leurs libertés. C’est ainsi que se formèrent les républiques semi-indépendantes d’Aspe, de Saint-Savin, de Luz, d’Aran, etc. Il n’en reste aujourd’hui plus qu’une seule, celle d’Andorre, conservée comme une curiosité politique. Si les montagnards des Pyrénées n’ont pu sauvegarder définitivement leur indépendance comme ceux des Alpes de la Suisse, cela provient surtout du peu de largeur de leur chaîne de montagnes et de la disposition régulière des chaînons latéraux. Habitant des vallées isolées l’une de l'autre et ouvertes du côté de la plaine, ils ne pouvaient opposer qu’une faible résistance à l’envahissement, et restaient acculés au fond de leurs gorges sans pouvoir demander de secours à leurs voisins, tandis que les cantons de la Suisse pouvaient s’appuyer les uns sur les autres et se grouper autour d’un centre commun, défendu de tous les côtés par de hautes chaînes. Les vallées des
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Pyrénées devaient céder successivement, sans pouvoir même se défendre.
Il est à remarquer que l’influence des Espagnols, comme race, se fait beaucoup plus ressentir au nord des Pyrénées, que celle des Français au sud de la même chaîne ; en d’autres termes, les mœurs, les habitudes, le langage espagnols sont plus répandus sur le versant septentrional que les mœurs et le langage français sur le versant méridional; au nord de la chaîne, plusieurs villages sont à moitié peuplés de Navarrais, de Catalans ou d’Aragonais, tandis que sur le versant opposé rien ne rappelle la France, et les villes offrent un contraste absolu avec celles d’outre-frontière. C’est probablement dans le caractère montueux de l’Espagne, relativement aux plaines basses de la France méridionale, qu’il faut chercher la cause de ce fait. Tous les Espagnols sont montagnards, et franchissent plus facilement la haute chaîne des Pyrénées que leurs voisins du Nord ; en outre, ils ont le caractère plus héroïque et plus aventurier : presque tous les contrebandiers sont espagnols.
Cette pression ethnologique de l’Espagne sur la France explique assez bien pourquoi, dans la division politique faite entre les deux États, l’Espagne a été généralement favorisée : si la frontière suivait la ligne de partage des eaux, le Val d’Aran devrait appartenir à la France, puisque la Garonne y prend sa source ; mais ce val communique plus facilement avec l’Espagne par ses divers cols qu’avec la France par le Pont du Roi, et la population qui l’habite est beaucoup plus espagnole que française : on comprend donc que les traités l’aient adjugé à l’Espagne. Cependant une partie du département des Pyrénées-Orientales, connue sous le nom de Cerdagne françaises été séparée de la Catalogne, bien qu’elle fasse partie du bassin de la Sègre, et que sa population soit purement catalane. La délimitation des frontières n’a été faite ni d’après les lois de l’ethnologie, ni d’après celles de l'hydrographie : il aurait fallu suivre la ligne de divorce des eaux, ou, mieux encore, la ligne de séparation entre les populations d’origine diverse.
Quoi qu’il en soit, et malgré les erreurs des divisions politiques, cette haute frontière des Pyrénées est l’une des plus parfaites que l’on connaisse; et, grâce à l’absence de routes