‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 9 sur 384 · PRINCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS · texte numérisé non relu

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LES PYRÉNÉES’

Le système des Pyrénées, dont le nom celte signifie pâturages élevés, s’étend depuis le cap Creus, sur les bords de la Méditernée, jusqu’au cap Finisterre, ou plus exactement jusqu’au cap Torifiana, sut l’Océan Atlantique, à l’extrémité nord-ouest de l’Espagne. Décrivant un arc légèrement infléchi vers le nord, il court de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest sur une longueur à vol d’oiseau de 1018 kil., depuis 1° 1’ de long, est jusqu’à 11° 51' de long, ouest de Paris; mais, en tenant compte de son inflexion vers le nord et de ses nombreux détours , la longueur totale de la chaîne dépasse 1480 kil. Le système atteint sa plus grande largeur à son extrémité occidentale, où il s’épanouit pour former un large plateau de 300 kil. de diamètre ; vers le milieu de son développement, entre la Vieille-Castille et les côtes de la Biscaye il n’a plus que 50 et 60 kil. de largeur ; entre l’Espagne et la France, sa largeur moyenne est de 100 kil. Il est compris entre 41° 23’ et 43° 47’ de latitude boréale, et la superficie totale qu’il recouvre s’élève à plus de 135 000 kil. carrés. »

Le simple examen du relief orographique suffit pour montrer

1. Je dois cette belle étude sur les Pyrénées à M. E. Beclus, eune géographe , qui m’a, du reste, beaucoup aidé dans la rédaction de cet ouvrage, t

Ad. Joaunc.

INTRODUCTION

INTRODUCTION

que la chaîne se divise en deux parties bien distinctes *. celle de l’Ouest, qu'on pourrait appeler la chaîne des Pyrénées Cantabres, et celle de l’Est, formant les Pyrénées proprement dites. Une large et profonde dépression, qui se changerait en détroit si la mer s'élevait de 600 à 800 mètres, sépare les deux parties du système. C’est par cette dépression, véritable seuil de l’Espagne, que passera le chemin de fer du Nord, de Madrid à Bayonne.

• La chaîne des Pyrénées proprement dites, qui sert de frontière à la France et à l’Espagne, a une longueur de 430 kil. en ligne droite, ou de 670 kil., en comptant toutes les inflexions de la crête. Sa plus grande largeur, entre Tarbes et Ainsa, est de 110 kil.; entre Saint- Jean-Pied-de-Port et Pampelune, elle n’a que 60 kil. de large, et 24 seulement à son extrémité orientale entre le Boulou et Hostalnou. Sa superficie est d’environ 33,000 kil. carrés. Elle forme un tout parfaitement distinct, et ne se rattache point aux Alpes par les Cévennes , comme plusieurs auteurs et Charpentier lui-même l’ont répété. Au Nord, elle est limitée par une grande dépression où passe le canal du Midi, dont le point culminant, situé aux Pierres de Naurouse, n’atteint pas une hauteur de plus de 189 mèt. au-dessus du niveau de la mer.

Peu de chaînes de montagnes offrent une disposition aussi régulière que les Pyrénées. De même qu’une branche d’arbre, ou mieux encore, une feuille de fougère se divise et se subdivise à droite et à gauche en petits rameaux, en feuilles et en folioles, de même aussi chaque nœud de la crête donne naissance, de côté et d’autre, à une chaîne transversale en tout seinblable à la chaîne-mère, si ce n’est qu’elle est beaucoup plus courte et s’affaisse par chutes successives jusqu’au niveau des plaines avoisinantes. Les arêtes transversales sont parallèles entre elles et séparées les unes des autres par de profondes vallées où descendent les glaciers, où mugissent les torrents, où circulent les sentiers. Les vallées correspondent d’un côté à l’autre de la chaîne principale et communiquent ensemble par le coi, port ou passage, c’est-à dire par la dépression formée entre deux cimes. Gomme l?i crête principale, chaque chaînon transversal se compose également d’une succession de cimes séparées l’une de l’autre par autant de pois dont la hauteur diminue en proportion ; chaque

LES PYRÉNÉES

cime donne naissance à deux contre-forts latéraux qui ne sont autre chose qu’un rudiment de chaîne tertiaire parallèle à la grande chaîne, et les cols secondaires servent à faire communiquer de courts vallons déversant leurs eaux au torrent de la vallée principale. Cette régularité remarquable des Pyrénées pourrait faire admettre qu’elles ne formaient autrefois qu’un énorme bourrelet de soulèvement dressé comme un rempart d’une mer à l’autre mer, et qu'elles ne doivent leurs cols, leurs gorges et leurs vallées qu’au travail incessant des eaux qui en découlent. S’il en est ainsi, la vraie pente de la chaîne est indiquée par l’inclinaison des chaînons transversaux, depuis le point le plus élevé de la crête jusqu’au niveau des plaines qui s’étendent à leur pied. Sur le versant français, cette déclivité n’est que de k mètres sur 100. Ce qui rend ces montagnes souvent difficiles à gravir, ce n’est donc pas la pente réelle du système entier : ce sont les précipices qui en intersectent les versants; ce sont les roches éboulées, les torrents, les champs de neige.

Malgré leur régularité générale , les Pyrénées s’écartent eh plusieurs points du type idéal de la chaîne de montagnes. Une première anomalie s’observe vers leur centre, à égale distance des deux mers. Là, on s’aperçoit que la chaîne n’est pas simple, comme on pourrait le croire au premier abord, mais qu’elle est en réalité formée de deux chaînes distinctes, dont l’une, venant de Yittoria, se dirige à l’est par les monts Basques, le pic d’Ànie, Som de Séoube, la Pêne d’Aragon, le Vignemale, le Marboré, Troümouse, le Plan, Clarbide, Crabioules, Sauvegarde, la Picade, etc., jusqu’aux ports de Caldas et d’Esterry, tandis que l’autre, commençant au cap Creus , se développe vers l’ouest en formant les pics de Pédrous, Carlitte, les montagnes d’Andorre, le Mont-Vallier, puis court parallèlement à la chaîne venue de l’Atlantique, et, après avoir redressé sa crête par le Tue de Mauberme, la Tour de. Crabère et le Tentenade, va mourir au Pont du Roi , sur la rive droite de la Garonne, à 25 kil. à vol d’oiseau au nord de la Picade. On pourrait comparer les Pyrénées à une chaîne normale qui aurait été divisée en deux" par une gigantesque faille, et dont les moitiés, restées fixes par leurs extrémités maritimes, auraient tourné légèrement et en sens inverse autour de ces extrémités, comme sur des pivots.

INTRODUCTION

Un chaînon latéral , s’appuyant à angle droit sur la chaîne du Nord , va se souder à la chaîne du Sud, au col de Paillas ; un autre chaînon, parti également à angle droit de la chaîne méridionale au pic de la Picade, et comprenant l’Entécade , Baoanère, le Pales de Burat , ne reste séparé du Tentenade que par l’étroit défilé où coule la Garonne. Ainsi, les extrémités libres des deux chaînes et les deux chaînons qui les rejoignent forment un bassin connu sous le nom de Val d’Aran, véritable remous terrestre autour duquel les montagnes se dressent comme d’énormes vagues. G’ est le centre des Pyrénées, et, bien que ses eaux s’écoulent par la Garonne dans les plaines de la France , il n’appartient orographiquement à aucun des deux bassins. A bien meilleur titre que le pays d’Andorre, le Val d’Aran aurait pu rester une république neutre entre les deux États limitrophes, la France et l’Espagne.

Une seconde anomalie consiste en ce que les plus hauts sommets ne sont pas situés sur la crête elle-même. Ainsi, le Mont- Perdu et la Maladetta s’élèvent au sud de la chaîne des Pyrénées Atlantiques : la première de ces montagnes se rattache à l’axe central par plusieurs cols élevés ; mais la Maladetta forme un groupe complètement isolé du côté de l’ouest et du nord : c’est à l’est seulement qu’une arête neigeuse le relie à la chaîne. Il en est de même pour la chaîne des Pyrénées Méditerranéenes ; le Canigou ne se dresse pas non plus sur l’axe , mais il est à remarquer qu’au lieu de se trouver au sud de la chaîne, comme le Mont-Perdu et la Maladetta, il s’élève au nord ; on dirait qu’une certaine polarité a présidé à la formation des deux chaînes, et au soulèvement des pics sur chaque versant.

A son extrémité occidentale , la chaîne des Pyrénées proprement dites est assez basse et s’allonge en collines arrondies, hautes de 800 à 1000 mètres; graduellement elle exhausse ses pics en s’avançant vers l’est, mais elle n’a le caractère d’une chaîne alpestre qu’au pic d’Anie (2584 mètres), situé à. vol d’oiseau à 140 kil. de la mer ; ce pic lui-même n’atteint pas la limite des neiges étemelles, et le premier sommet qui dépasse cette limite , le Pic du Midi d’Ossau, ne se trouve qu’à 30 kil. plus à l'est, à 170 kil. de l’Atlantique. C’est là que la chaîne atteint son élévation culminante, et, jusqu’aux montagnes du Val d’Aran, élle se

LES PYRÉNÉES

maintient à 2600 mètres de hauteur moyenne ; entre le Tue de Mauberme et le Montcalm , elle a 2 kOO mètres ; entre le Montcalm et le col de la Perche au-dessus de Montlouis, elle n’a plus que 2500 mètres , sauf dans le groupe des pics de Carlitte et de Pédrous, où elle se redresse à 2700 et 2800 mètres de hauteur. Au delà du col de la Perche, elle s’abaisse graduellement, et, après avoir projeté au nord l’énorme contre-fort qui se termine par la masse du Canigou (2786 mètres), elle se prolonge à l’est par le chaînon comparativement insignifiant des Albères, haut de 600 mètres en moyenne. A kO kil. seulement à l’est du Canigou, s’étendent les plaines de Perpignan, enlevées à la mer par les alluvions du Tech et de la Têt, et, à 30 kil. plus loin , s’allongent du nord au sud les côtes sablonneuses de la Méditerranée. Ainsi, le Canigou est deux fois et demie plus rapproché de la Méditerranée que le Pic du Midi d’Ossau ne l’est de l’Atlantique. Il semble d’autant plus élevé qu’il domine presque immédiatement les plaines et la mer, et longtemps on l’a pris pour le plus haut sommet des Pyrénées. La forte inclinaison ou la chute de la crête à son extrémité orientale se continue jusque sous les flots, et, non loin du cap Creus, on ne trouve déjà plus le fond à 2000 mètres de profondeur.

Sur le versant septentrional, à 60 ou 80 kil. du massif central du Val d’Aran, se projettent deux puissants contre-forts : à l’ouest, celui de Néouvieille; à l’est, celui du Puy de Prigue ou de Carlitte. Les montagnes qui les composent sont d’une hauteur à peu près uniforme et renferment un grand nombre de vallées étroites où l’eau des neiges s’accumule en étangs : ce sont les deux régions lacustres par excellence de la chaîne des Pyrénées. Des taquets et des yourgs , variant tous les ans de forme et de grandeur, selon l’épaisseur des glaciers et la durée de la fonte des neiges, remplissent le fond de toutes les gorges, et du haut d’une montagne qui les domine, on peut quelquefois en compter une vingtaine , étagés à différentes hauteurs. C’est du massif du Val d’Aran et de ces deux régions lacustres, que rayonnent dan? tous les sens les cours d’eau les plus importants du versant français. Du Val d’Aran, placé au centre, sort la Garonne, le fleuve le plus considérable des Pyrénées. A l’ouest, l’Adour,la Neste et les principaux affluents du Gave de Pau des-

INTRODUCTION

cendent du massif du Néou vieille et de ses contre-forts; à l est, le massif du Puy de Prigue donne naissance à la Têt , à l’Aude, à l’Ariége, et, du côté du sud, à la Sègre, affluent de l’Èbre. Les autres cours d’eau, tels que le Tech et la Bidassoa, qui prennent leur source loin de l’un de ces trois massifs , à Tune des extrémités de la chaîne , sont d’une importance tout à fait secondaire.

La formation de3 Pyrénées est beaucoup plus normale et plus régulière du côté de la France que du côté de l'Espagne. Du haut des cols ou des sommets de la crête, on voit, du côté du nord, les vallées s’abaisser vers les plaines par une pente graduelle, tandis qu’au sud, les dépressions ouvertes immédiatement à la base de la chaîne centrale apparaissent creusées comme d’énormes abîmes; souvent il faut descendre jusqu’à une profondeur de 1000 à 2000 mètres le long des précipices , avant d’atteindre, au fond d'une gorge, la ferme ou le village qu’on a vu d’en haut.

Mais, par un contraste remarquable, si les gorge3 ouvertes immédiatement au pied méridional des Pyrénées sont plus profondes, le pays lui-même est beaucoup plus élevé, et les vallées principales descendent par une pente relativement insensible jusqu’aux plaines de TÈbre. L’Espagne tout entière est un vaste plateau élevé de plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer. De hauts chaînons latéraux, partis de la crête des Pyrénées, traversent ce plateau dans la direction du nord au sud, et, se maintenant pendant une grande distance à une hauteur considérable, vont s’abaisser brusquement sur la rive gauche de TÈbre.

En se développant de l’ouest à l’est, la chaîne projette au sud six chaînons principaux : 1° celui qui, partant des montagnes des Aldudes, à l’ouest du col de Roncevaux, se termine à 3 lieues au sud-est de Pampelune par le cône de la Higa de Monreal, d’où Ton peut, d’après M. Bory de Saint- Vincent, embrasser un horizon immense de 90 kilomètres de diamètre, plus de 8000 kilomètres carrés; 2° celui qui, s’appuyant sur les Pyrénées aux montagnes d’Anéou et de Peyrelue , sépare la vallée de l’Aragon à l’ouest, de celle du Gallego à Test, et va rejoindre près de Jaca la chaîne de la Pena de Oroel; 3° celui qui s’em-

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