SITUATION. — ASPECT GÉNÉRAL. — PANO- RAMA. — CLIMAT
Pau , l’ancienne capitale du Béarn, aujourd’hui le chef-lieu du département des Basses- Pyrénées et le siège d’une cour d’appel , s’étend de l’E. à l’O. , à 144 mèt. au-dessus du niveau de la mer, sur le bord d’un plateau haut de 50 mèt. environ qui , du côté du N. , se rattache aux landes du Pont-long, et, du côté du S., domine la rive dr. du Gave de Pau et de l’Ousse. Un ruisseau profondément encaissé, appelé Hédas, la sépare en deux parties; la plus grande et la plus ancienne est celle qui se trouve reserrôe entre ce ravin, le Gave et l’Ousse; deux rues principales qui
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
n’ont de remarquable que leur longueur viennent aboutir à son extrémité 'occidentale, c’est-à-dire au promontoire escarpé que couronne le château. L’autre, plus petite et plus moderne, pourra du moins se développer à son aise , car l’espace ne lui manquera jamais; mais la vieille ville aura toujours pour elle l’avantage de sa situation. C’est en effet de ses maisons, de ses terrasses, de ses jardins, -que l’on découvre le magnifique panorama qui, selon certains artistes dont je ne partage pas l’opinion, rivalise avec celui de la terrasse de Berne. Ce panorama dont notre gravure représente les profils, et dont M. Victor Petit a publié une admirable lithographie, a inspiré à M. Taine le dithyrambe que l’on va lire :
« De là, on voit toute la vallée et au fond les montagnes. Le cœur se dilate dans cet espace immense; l’air n’est qu’une fête , les yeux éblouis se ferment sous la clarté qui les inonde et qui ruisselle, renvoyée par le dôme ardent du ciel. Le courant de la rivière scintille comme une ceinture de pierreries; les chaînes de collines s’allongent à plaisir sous les rayons pénétrants qui les échauffent, et montent d’étage en étage pour étaler leur robe verte au soleil. Dans le lointain, les Pyrénées bleuâtres semblent une traînée de nuages; l’air qui les revêt en fait des êtres aériens, fantômes vaporeux, dont les derniers s’évanouissent dans l’horizon blanchâtre, contours indistincts, qu’on prendrait pour l’esquisse fugitive du plus léger crayon. |Au milieu de la chaîne dentelée, le Pic du Midi d’Ossau dresse son cône abrupt; à cette distance les formes s’adoucissent, les couleurs se fondent, les Pyrénées ne sont que la
bordure gracieuse d’un paysage riant et d’un ciel magnifique. Rien d’imposant ni de sévère ; l’idée qu’on emporte est celle d’une beauté sereine , et l’impression qu’on éprouve est celle d’un plaisir pur. »
Outre sa belle position, Pau a pour elle un climat délicieux , qui y attire pendant l’hiver un grand nombre d’étrangers, de malades, de convalescents. Les loyers y atteignent alors des prix fort élevés, et la vie y devient plus chère que dans les grandes capitales de l’Europe; du reste les maisons y sont meublées avec luxe , et l’on peut s’y procurer tout le confortable possible ; enfin les fêtes les plus animées, les plus brillantes, s’y succèdent presque sans interruption. Cette ville offre donc de septembre à mai un séjour des plus agréables à tous les heureux de ce monde qui jouissent d’une grande fortune et d’une bonne santé.
« De toutes les villes du continent où se rend le malade anglais, il n’en est peut-être pas une seule dont le séjour soit aussi salutaire dans certaines maladies que celui de Pau , a dit le docteur Taylor.
En effet , la position naturelle de Pau met si bien cette ville à l’abri du vent, qu’il n’est pas une saison de l’année dans laquelle les fonctions d’un organe puissent être troublées , pourvu qu’on ait soin de se bien vêtir et d’éviter les rayons du soleil. Quelque abondante que soit la pluie, quelque intense que soit le froid, il ne fait pas à Pau de ces vents perçants qui en Angleterre et même à Nice, à Montpellier, à Florence et à Rome, attaquent jusqu’aux penetralia des organisations affaiblies, et jamais l’atmosphère ne communique au corps une sensation d’humidité glacée.