‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 105 sur 384 · ROUTE 30. PAU. — CLIMAT · texte numérisé non relu

ROUTE 30. PAU. — CLIMAT

, « L’influence du climat de Pau est

très-remarquable sur les étrangers.

Pendant les quatre années qui ont précédé 1842, la mortalité ne s’est pas élevée chez les Anglais à plus de 1 sur 65 , et parmi les poitrinaires la proportion n’a été que de 1 sur 150. Pendant cet espace de temps il n’y eut pas un seul décès parmi les enfants anglais au-dessous de l’âge de 12 ans, et cependant plusieurs d’entre eux avaient à leur arrivée une santé très-délicate. »

Le docteur Cazenave explique en ces termes la salubrité du climat de Pau :

Situé par le 43* de latitude N., Pau se trouve bâti à l’extrémité d’un plateau qui domine une large vallée, dans le fond de laquelle le cours torrentiel du Gave dessine ses capricieux méandres.

Au N., s’élève un amphithéàtrede coteaux superposés les uns aux autres. L’E.

et l’O. sont complètement & découvert.

Au S. se dresse, ù quelques myriamètres, la chaîne des Pyrénées.

De cette disposition topographique résultent les conditions anémographiques suivantes : Les vents de N. viennent-ils à souffler? les assises do collines qui s’élèvent de ce côté les arrêtent dans leur course. Sont-ce les vents du S.?

sur leur passage se dressent les Pyrénées, dont tes pics élevés et les cimes neigeuses brisent leur violence et rafraîchissent leur souffle brûlant. Que l’on place, au contraire, par la pensée, la ville do Psu au S. des Pyrénées, établissant ainsi une analogie topographique avec Rome, qui, on le sait, se trouve au S. des Apennins ; l'on comprendra bien vite l’immense avantage anémographique que cette situation donne û notre cité 6ur la ville éternelle. Aussi la framontana et le sirocco sont-ils inconnus à Pau.

Sans défense & l’O. et au N. O. , la ville de Pau semblerait destinée â être soumise, ainsi qu’Hyères, Nice, Montpellier, à l’action périodique du vent du N. O., le mistral, cet impétueux et violent fléau

du littoral de la Méditerranée. Or, l’expérience de tous les jours, aidée des observations météorologiques impartiales, prouve de la manière la plus péremptoire que Pau échappe à ce redoutable tribut. J’ajouterai même que c’est précisément à ce privilège exceptionnel, dont nous allons essayer d’expliquer la cause, que Pau doit ce calme atmosphérique qui frappe, de premier abord, le malade comme le rlimatologiste.

Tous les auteurs qui se sont occupés du climat de Pau sont unanimes à reconnaître cette absence d’agitation de l’air, et ses effets sédatifs. Ainsi, sir James Clark s'exprime dans ces termes à cet égard : « Le calme de l'atmosphère est un caractère frappant de ce climat, oh les grands vents sont rares et de courte durée. » Plus loin , il ajoute , avec plus de détails : « Les vents d'O. sont peu fréquents et durent rarement plus de vingt-quatre heures. Pau parait presque exempt des vents chauds du S. et des vents froids du N. O., qui sont généralement dominants dans celte partie de la France. •

Au témoignage de Clark vient se join dre l'appréciation impartiale d’une de nos illustrations médicales, M. le docteur Louis, qu'une douloureuse circonstance avait amené h Pau l'hiver de 1865.

« Après la magnificence du paysage, dit ce profond observateur, on est surtout frappé, en arrivant à Pau, du calme de l’atmosphère , calme si complet du 25 octobre au il décembre l’an dernier, que j’ai bien vu, pendant cet espace de temps , les feuilles des arbres osciller, mais jamais leurs branches; en sorte que, pendant les six premières semaines de mon séjour dans la capitale du Béarn , j'étais dans un étonnement perpétuel , n’ayant jamais rien vu ni lu de semblable. Si, depuis le milieu de décembre , l'atmosphère de Pau n'a pas été aussi parfaitement calme, le vent y a toujours été rare, et, si je ne puis affirmer, d'après mon expérience personnelle, qu'il en soit toujours ainsi pendant la mauvaise saison, il m’est impossible, après avoir consulté les tableaux météorologiques dressés â Pau, et recueilli les lémoi-

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gnages des personnes les plus dignes de fbi, de croire que, sous le rapport dû vent , l’hiver qui finit diffère beaucoup des autres hivers. » Ainsi donc, absence de mistral S Pau, tel est le fim reconnu, unanimement admis. Oit en est la cause? Je la cherche vainement dans les auteurs que je viens de citer, je la trouve ailleurs.

En effet, si nous montons sur la tour du château d'Henri IV, et si nous jetons un coup d’oeil sur la chaîne des Pyrénées, nous remarquons qu’en quittant l’Aragon, la chaîne des Pyrénées prend une direction F.. S. E. jusqu'au mont Vignemale et Gavarnie. Là se détache de l'arête principale un chaînon qui, fuyant vers le N. E., va se terminer au Pic du Midi de Bigorre, formant ainsi, avec l’arête principale S. de la chaîne, un angle dans lequel se trouve par le fait renfermée la ville de Pau.

Le vent N O. vient-il à souffler? ces masses aériennes, poussées avec violence dans la direction du S. E., rencontrant, dans leur course vagabonde, cette vaste enceinte angulaire, s’y engouffrent, s’y accumulent avec d’autant plus de rapidité que l’absence d'une issue directe s’oppose à leur sortie : il arrive nécessairement alors un instant où les colonnes d’air se trouvent tellement concentrées dans cette enceinte, qu’il se produit dans toute cette masse atmosphérique une sorte d’immobilité; le vent, forcé dés lors de s'élever, va porter l’agitation dans les hautes régions , tandis que le calme règne au-dessous de lui.

Il résulte de ces dispositions topographiques que l’action du vent N. O.

est de très-courte durée sur la ville de Pau. puisqu’il doit nécessairement arriver un moment où le golfe pyrénéen est rempli par les masses aériennes. Il découle de ce fait ung autre vérité, justifiée par l’expérience : c’est que l’action de ce vent est d’autant plus courte qu'elle a été plus violente.

Pour ce qui concerne les vents d'E., dont les effets exercent une action si funeste à Nice et à Naples sur les constitutions nerveuses, irritables et frappées de tuberculose, ces vents, que le

Provençal appelle aoura rourro,le Tou- • lousain cent marin, sont pour ainsi dire inconnus à Pau. Faut-il rattacher, avec un climatologigte anglais, celte heureuse circonstance à ce que ces vents traversent, avant d'arriver à Pau, une grande étendue de pays sec et bien abrité, et perdent ain3i l’humidité pernicieuse dont ils s'étaient imprégnés eu glissant sur le golfe du Lion et les marais d’Aigues -Mortes? Je serais porté à le croire, sans oser l'affirmer.

Enfin, si à ce calme atmosphérique, dù, comme nous venons de le voir, à l’absence des vents réguliers, nous ajoutons la présence de ces immenses forêts de pins qui bornent le Béarn au N. et à l’O., ne pourrons-nous pas ainsi nous rendre compte des causes qui donnent à l’air qu’on respire â Pau ces qualités sédatives, et en quelque sorte hyposthénisantes, dont nous sommes à même chaque jour de conslaterles heureux effets dans la marche de la phthisie pulmonaire ?

A ces avantages anémographiques viennent s’en ajouter d’autres qui se rattachent d’une manière plus directe à la ville et à sa configuration intérieure. Ainsi , peu de villes présentent un percement de rues aussi favorable à la circulation de l’air et à la ventilatiou. Trois grandes artères parallèles la traversent de l’O. â l’E., et sont ellesmêmes coupées â angle droit du N. au S. par d’autres rues moins longues, mais non moins régulières dans leur direction. De grandes places, presque toutes ombragées de grands tilleuls et de sycomores, viennent encore contribuer à purifier l’atmosphère. Aussi, le renouvellement incessant des ondes aériennes empèclie-t-il le croupissement et la viciation de l’air. En outre, la ville de Pau se trouve bâtie, principalement dans sa moitié méridionale, qui est, du reste, la mieux abritée et la plus favorablement exposée, sur un terrain essentiellement sablonneux, dont la perméabilité empêche la stagnation des eaux, et concourt ainsi â accroître les éonditions de salubrité de l’air qu’on y respire.

Bien que les pluies y soient assèz abondantes, il y pleut toutefois moins

qu'à pise. A Pau, il tombe, en moyenne, 40 pouces d'eau, et à Pire 45. De plus, par une singularité météorologique des plus heureuses , l’état hygrométrique de l’air est beaucoup moins élevé que la quantité anuuelte des pluies ne le ferait supposer.

11 est, enfin, une dernière observation climatérique qui ne peut échapper à personne, et que les malades dont les souffrances exaltent l'impressionnabilité ont surtout notée : c’est qu'à température tbermométrique égale, il fait moins froid ou plus chaud à Pau qu’à Home, à Nice et à Hyènes. Oh en est la cause?

encore dans l’absence de vents réguliers et périodiques. La température moyenne de l’hiver à Pau durant les années 1837-38-39-40-41 , prise par sir James Clark, a été de 5*74’ It. Dans les huit dernières années, sur trois séries d’observations diumes, elle a été de 5*45’ K. A Home, la moyenne de la température est, en hiver, d'après M. le docteur E. Carrière, de 8° oi’ IL, et à Pise, de 5*02’ R. Enfin, la température moyenne de l’annce est de 15* 04‘ H. à Rome, et de 13*35’ à Pau. On voit que la différence n’est pas considérable ; mais le serait-elle davantage, cette divergence thermométrique n’infirmerait en rien la valeur des arguments en faveur de la ville de Pau. En climatologie, la supériorité d’une station médicale est loin d’ètre exclusivement subordonnée à une température plus ou moins élevée.

Ainsi, les caractères climatériques qui distinguent cette station médicale sont : l’absence de vents réguliers, le défaut d'humidité libre dans l’air, et l’uniformité’ dans les oscillations thermométriques. Cette dernière dounée climatologique assure surtout à Pau une supériorité marquée sur le climat de Rome, oh les transitions de température sont si fréquentes et si funestes aux malades dont la poitrine est délicate.

HISTOIRE

Pau vient du mot latin Palum, pieu, et a dû longtemps s’écrire ainsi : Pal. Au moyen âge, les

lettres al se prononçaient comme nous prononçons aujourd’hui au.

Un vicomte de Béarn du x* siècle, si l’on en croit les traditions locales, frappé des beautés pittoresques de la vallée, voulut s’y construire un château , et marqua par trois pieux les limites du terrain que ce château devait occuper. On ignore d’ailleurs quel fut ce vicomte de Béarn, et l’on ne sait pas davantage à quelle époque le château fut bâti. Ce fut, probablement, dans le courant du x* ou du xi* siècle. Les vicomtes de Béarn résidaient alors à Morlaas, qui n’est qu’à huit kilomètres de Pau.

Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit élevé sur ce dernier point quelque rendez-vous de chasse qui sera devenu bientôt une maison de plaisance.

Si nous devons en croire l’Histoire du château de Pau, par M. le conseiller Bascie de Lagrèze, c’était l’usage du pays de planter des pieux à l’endroit où l’on voulait bâtir et attirer la population. On lit dans plusieurs vieilles chartes, retrouvées par M. Alcide Curie, ces mots qui ne laissent aucun doute : Palum pro nova populations ibidem facienda figi et apponi fecimus. Les armoiries conférées plus tard à la ville étaient d'asur à trois pals, fichés et alaisés d’argent, réunis par une face de même, le pal du milieu surmonté d’un paon faisant la roue en chef, et deux vaches affrontées en pointe. On trouve, dans les anciens monuments historiques du Béarn, Castellum de Palo, Caslrum de Palo, le château du Pieu, du Pal, et finalement le château de Pau.

Il arriva là ce qui est arrivé partout; des habitations de paysans se groupèrent en peu de temps

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sous la protection du manoir féodal, et, peu à peu, le village devint une ville dans le xiv* siècle. « Dans le temps, dit Froissart, que le prince de Galles (le prince Noir) et la princesse estoient à Tarbes , estoit le comte (de Foix) en la ville de Pau : car il y faisoit édifier un moult bel chastel, tenant à la ville au dehors sur la rivière du Gave. »

Ce comte de Foix était Gaston X, ou Gaston-Phœbus , si célèbre dans l’histoire par sa puissance, ses richesses, sa bravoure, son esprit, ses exploits guerriers, son goût et son talent pour la poésie, et aussi par le meurtre de son fils. La souveraineté du Béarn avait passé à la maison de Foix vers la fin du siècle précédent , par la mort du dernier vicomte, Gaston VII, qui n’avait pas d’enfant mâle, et dont le comte de Foix, Roger-Bernard, avait épousé la fille. Nous avons marché un peu vite : mais, relativement à Pau , l’histoire des Centulle et des premiers Gaston, vicomtes de Béarn , n’offre pas un grand intérêt, et nous n’en avions rien à dire, sinon que leur gouvernement n’était pas, à beaucoup près, despotique, qu’il y avait une cour ou assemblée délibérante, représentant les gouvernés, laquelle se réunissait parfois au château de Pau, et prenait avec le souverain d’assez grandes licences.

Le vicomte Gaston IV avait suivi à la première croisade son suzerain Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et s’était illustré par mille prouesses. De retour en Béarn, il alla bientôt guerroyer contre les Maures de l’autre côté des Pyrénées. Il rendit au roi d’Aragon, Alphonse le Batailleur, de si grands services , que celui-ci le récom-

pensa par des honneurs, des dignités et une riche seigneurie.

Pour cette seigneurie il était vassal du roi d’Aragon; cela était indifférent aux Béarnais. Mais , après sa mort, sa fille et son unique héritière, qui avait épousé Guillaume de Moncade, seigneur catalan , fit hommage de la vicomté de Béarn au roi d’Aragon. Là-dessus les Béarnais se soulevèrent et chassèrent du pays le vicomte et la vicomtesse.

Ici nous ne pouvons mieux faire que de transcrire le préambule du Vieux For du Béarn, traduit par M. Bascle de Lagrèze (l’original, écrit en béarnais , est aux archives de la ville de Pau).

« En ce temps-là , ils entendirent vanter un chevalier de Bigorre, et ils allèrent le chercher, et ils le firent leur seigneur pendant un an.

Et après, il ne voulut pas les garder en leurs fors1 et coutumes, et la cour de Béarn se réunit alors à Pau, et ils le requirent de les tenir en leurs fors et coutumes, et lui ne voulut pas, et alors ils le tuèrent dans la cour même.

a Item , après on leur vanta un prud’homme chevalier en Auvergne, et ils allèrent le chercher. Ils en firent leur seigneur pendant deux ans, et après, il se montra trop orgueilleux ; il ne voulut pas les tenir en leurs fors et coutumes , et la cour alors le fit tuer au bout du pont de Saranh par un écuyer, lequel le férit d’un tel coup d’épieu que l’arme lui sortit par le dos; et ce seigneur avait nom : Saintonge. »

Après ces deux épreuves malheureuses, les Béarnais retournèrent à l’ancienne famille. La vicomtesse jMarie avait eu, de Guillaume de

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