‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 113 sur 384 · DE PAU AUX EAÜX-CHAUDES · texte numérisé non relu

DE PAU AUX EAÜX-CHAUDES

42 kil. l/l. Diligences tous les jours en s h. à l’aller et 5 h. au retour, pour 5 et s fr. Voitures particulières pour 25 et 3o fr.

38 kil. De Pau à la bifurcation de la route des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes au delà de Laruns (V. R. 31).

Au sortir de Laruns, on voit se dresser, dans la direction du S., une haute muraille de pierre, où l’œil cherche en vain l’issue par laquelle le Gave a pu se frayer un passage; il faut arriver très-près de cette paroi rocheuse pour apercevoir le Hourat, ou trou, au fond duquel mugit le torrent. Jusqu’au milieu du siècle dernier, un sentier de mulets, qui existe encore , était la seule voie de communication entre Laruns et les Eaux-Chaudes; on devait gravircet escarpement qui s’opposait au passage , par une rampe très-roide taillée de biais dans le roc vif, puis redescendre dans la gorge du Hourat par des escaliers étroits et sans parapets dominant le Gave à plus de 75 mèt. de hauteur. Pour

franchir ce pas dangereux, on pouvait, a dit un ancien écrivain, demander les services de ■ grandes, fortes et belles Ossaloises, qui emportaient sur le col tous ceux qui se présentaient. Elles couraient d’une vitesse prodigieuse, et sans rien craindre, tant il est vrai que l’habitude rend tout aisé. » La France avait alors ses cargueros, comme la Nouvelle-Grenade et la Bolivie.

Sous le règne de Louis XV, l’intendant général du Béarn, M. d’Êtigny, fitouvriràtraversle rocher une route de voitures qui a longtemps été considérée comme une merveille de l’art. Elle gravit la montagne par une forte rampe, franchit le sommet par une large tranchée creusée dans le roc vif, puis, dominant d’une hauteur de 60 mèt. le torrent qui mugit à g. au fond du précipice, descend en suivant le versant escarpé de la rive g. du Gave jusqu’au potU Crabe (pont des Chèvres), où elle passe sur la rive dr. Depuis 1849, cette route hardie est très-peu fréquentée. En effet la nouvelle route, ouverte à cette époque et que suivent maintenant les diligences, fait brusquement un coude vers le S.-O. après s’être séparée de celle des Eaux-Bonnes , et remonte par un plan faiblement incliné le défilé du Hourat sur la rive dr. du Gave. Cette route, assez large pour trois voitures et parfaitement entretenue, est un magnifique travail d’art. Pour la tailler dans le roc * vif, les ouvriers ont dû se suspendre au moyen de cordes au-dessus du gouffre profond de plus de 40 à 50 mèt. Plus d’une fois, une pierre bondissant sur le rocher, une branche de sapin glissant le long des pentes, ont entraîné les travailleurs au fond de l’abtme.

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

« Pour pratiquer le chemin des Éaux-Chaudes, dit M. Taine, on a fait sauter tout un pan de montagne; le vent s’engouffre dans ce froid défilé; l’entaille perpendiculaire, d’uue noire couleur ferrugineuse, dresse sa masse formidable comme pour écraser le passant; sur la muraille de roches qui fait face, des arbres tortueux se perchent en étages, et leurs panaches clair-semés flottent bizarrement entre les saillies rougeâtres. La route surplombe le Gave, qui tournoie à cinq cents pieds plus bas'. C’est lui qui a creusé cette prodigieuse rainure; il s’y est repris à plusieurs fois et pendant des siècles; deux étages de niches énormes arrondies marquent l’abaissement de son lit et les âges de son labeur. Le jour parait s’assombrir quand on entre ; on ne voit plus sur sa tête qu’une bande de ciel. »

A dr. sur les rochers de la rive opposée, et au bord de l’ancienne route de M. d’Etigny, on aperçoit un petit oratoire consacré à la Vierge ; on y lisait autrefois l’inscription suivante.

Arrête-toi, passant; admire ce que tu ue vois pas, et regarde les choses que tu dois admirer; nous ne sommes que des rochers et cependant nous parlons; la nature nous adonné l'être, et la princesse Catherine nous a fait parler; nous l'avons vue lisant ce que tu lis; nous avons oui ce qu’elle disait; nous l’avons soutenue. Ne sommes-nous pas heureux , passant , de l’avoir vue, quoique nous n'ayons pas d’yeux ? Heureux foi-même de ne l’avoir pas vue ! Nous étions morts , et nous avons été animés; toi, voyageur, tu serais devenu pierre.

A peu de distance de cette cha-

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