ROUTE 31. LA VALLÉE D’OSSAU
chaîne centrale, la sépare de la vallée d’Aspe (V. R. 28 et 29) ; au S. , elle est limitée par les rochers du Hourat (Voy. plus bas) , au-dessus desquels il n’y a plus que la gorge des Eaux-Chaudes et les vallons étroits qui entourent la base du Pic du Midi ; à l’E. , un autre chaînon perpendiculaire à l’axe des Pyrénées la sépare des vallées d’Azun et d’Asson. La largeur du bassin n’est pas uniforme et devient plus considérable au débouché des vallons latéraux ; en moyenne, elle est de 2 Icil. environ. Dix-sept villages se groupent çà et là sur les bords du Gave et sur les flancs des montagnes qui le dominent; d’après le recensement de 1856, la population totale de la vallée est de 16300 hab. , presque tous adonnés à l’agriculture et à l’élève des bestiaux. Le nombre des animaux de toute espèce est évalué à plus de 60000; en été, les pasteurs mènent leurs troupeaux sur les pâturages des montagnes, mais en hiver, ils descendent dans la plaine et font pacager leurs brebis et leurs vaches dans les landes du Pont-Long, situées au N. de Pau (V. R. 30).
Ces landes appartiennent en grande partie à la vallée d’Ossau, mais elles sont maintenant en vente et trouvent de nombreux acquéreurs.
Pendant les xiv', xv° et xvi', et môme jusqu’au milieu du xvn* siècle , elles ont été la cause de collisions sanglantes entre les Ossalois et les Béarnais des environs de Pau, de Lescar et de Morlaas.
Jusque vers le commencement du xii* siècle, la vallée d’Ossau a été gouvernée par des comtes héréditaires; depuis cette époque, son histoire se confond avec celle du Béarn. Ses armoiries portent un
hêtre séparant un ours et un taureau dans l’attitude du combat, avec cette légende : Ostau et Béarn, vive la Vaeca. C’est une allusion aux combats que se livrent les taureaux et les ours dans les pâturages élevés. Le nom de la vallée lui-même, Ossau, venant du latin ursi sait us, prouve que les ours étaient nombreux dans les montagnes avoisinantes.
Les mœurs et les coutumes des Ossalois diffèrent peu de celles des Béarnais de la plaine, et le grand nombre d’étrangers qui visitent annuellement les Eaux-Bonnes ne peut manquer de faire perdre aux habitants de la vallée tous leurs traits distinctifs. Le costume lui-même s’altère de jour en jour; il n’est conservé dans toute sa pureté que par les pâtres des montagnes ou par les guides et les baigneurs qui spéculent sur l’effet de leurs vêtements pittoresques pour se faire plus grassement rémunérer.
Les Ossaloises qui s’habillent éncore à l’antique mode du pays portent sur la tête un capulet de drap écarlate doublé de soie de même couleur ; chez les plus riches et les plus coquettes , la doublure est damassée. Sous le capulet, un petit bonnet rond, de mousseline ou de toile , en forme de calotte, retient les cheveux et s’attache sous le menton, laissant passer par derrière de longues tresses qui tombent sur les épaules : la taille est serrée dans un joli corset, ordinairement noir, mais dont le devant est revêtu de soie ou de velours cramoisi; sur le cou repose un fichu de soie ou de mousseline peinte, dont les pointes se cachent dans le corset, laissant passer entre
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elles les bouts du ruban de fil blanc qui forme coulisse, et serre la chemise autour de la gorge. Les manches du corsage sont assez courtes.
Deux jupes noires d’étoffe de laine descendent un peu plus bas que les genoux en plis symétriques; celle de dessus , bordée d’un large ruban bleu, est relevée et va s’agrafer derrière la taille. Enfin des bas blancs, d’une laine fine, se collent sur les jambes, et s’évasent au-dessus du soulier par une cannelure à côtes.
Les jeunes gens portent une veste écarlate; en dessous, un gilet blanc, à larges revers, qui laisse voir la chemise blanche plissée et serrée au cou par trois petits boutons rapprochés ; une culotte courte de drap ordinairement brun, ou même de velours noir, avec des poches à revers garnis de galons dorés; pour jarretières, des cordons en soie de diverses couleurs, terminés par des glands; sur la chemise, une épingle à verroteries pendantes. Les bas blancs en laine ont la même forme sur le pied que ceux des femmes. Le soulier en cuir ordinaire est quelquefois remplacé par des sandales en fil garnies de bandelettes noires ou rouges qui se croisent sur le pied. Les cheveux coupés presque ras, sur le devant de la tête, flottent sur le cou, et sont couverts du béret brun.
L’âge mûr apporte quelques changements dans le costume des deux sexes. Les hommes, en vieillissant, abandonnent la veste courte et rouge pour en prendre une de couleur foncée et tombant à larges basques sur les cuisses. Les femmes aussi renoncent au capulet qu'elles avaient porté jusque-là, et lui en substituent un de couleur
noire, ou s’affublent quelquefois d’un mantelet à capuchon, orné d’une profusion de petits dessins en laine noire.
Les étrangers qui désirent voir les costumes des Ossalois dans toute leur richesse pittoresque, doivent assister aux fêtes du 15 août à Laruns.
A 1 kil. environ de l’hôtel des Pyrénées , sur la rive dr. du Gave, se dressent, au sommet d’un mamelon rocheux, les ruines d’un vieux château. Ce château, qui dominait le v. de Castels (410 hab.), s’appelait Castel- Gelos ; des murailles crénelées le reliaient autrefois à l'éminence voisine, dont le sépare un ravin profond et que ! couronnent l’église et le cimetière du village. Cette double forteresse commandait l’entrée de la vallée.
Quand l’Ossalois formait un État indépendant, le vicomte souverain héréditaire résidait à Castel-Gelos et ne pouvait le quitter que pour aller en guerre. #
La vallée s’élargit, surtout sur la dr. ; de ce côté , elle forme une espèce de cirque cultivé, au milieu duquel se trouve Bilhères (451 hab.) , qui communique avec la vallée cl’Aspe par le col de Marieblanque (V. R. 29); presque en face, sur la rive dr. du Gave , se montre le Port-de-Béon.
2 kil. 3/4 (28 kil. 3/4). Bielle , village de 891 hab., est l’ancienne capitale de l’Ossau. « C’était là, nous apprend ici M.***, que se réunissaient autrefois les députés de toutes les communes. C’est encore là que , dans les grandes occasions, et lorsqu’il s’agit d’un intérêt commun à toute la vallée , s'assemblent les autorités des divers villages. Un coffre à trois clefs et à trois serrures con-
tient les anciennes archives de la vallée, dites trésor d'Ossau , et confiées à la garde de trois maires qui possèdent chacun une clef. « Les nombreuses compagnies industrielles que pendant un temps nous voyions surgir chaque jour, ajoute le spirituel auteur de P Itinéraire d’un touriste, et qui n’auront pas à garder des archives aussi vieilles que celles d’Ossau ; ces compagnies, à ce qu’il parait, n’avaient pas inventé du nouveau en nous annonçant pompeusement que, pour plus de sécurité, les fonds des actionnaires seraient renfermés dans une caisse à trois serrures et à trois clefs. Cette prétendue idée neuve n’était qu’une contrefaçon du même coffrefort de Bielle. »
Les archéologues visiteront à Bielle : 1* l’église de style gothique; elle est à trois nefs et on remarque de nombreuses sculptures aux portails, aux clefs de voûte, sur les chapiteaux et sur les consoles; 2* près de l’église, les restes d’une abbaye d’architecture romane ; 3° des maisons des xv» et xvi» siècles, ornées de sculptures d’anges, de sirènes, de bas-reliefs, d’écussons, etc.; 4* les débris d’une tour et d’une maison fortifiée.
La route traverse ensuite les villages insignifiants de Belesten , Gire et Geleu; près de ce dernier on exploite d’abondantes ardoisières ; sur l’autre rive du Gave on a laissé successivement Béon et Asie, qui ne méritent aussi qu’une simple mention. Plus loin, au-dessous de Louvie - Soubiron (400 hab.), une tache blanche attire les regards sur la montagne ; c’est une carrière de marbre qui fournit à nos plus grands artistes les blocs qu’ils transforment ou qu’ils s’efforcent
de transformer en chefs-d’œuvre.
De cette mine inépuisable, mais insuffisamment exploitée , malgré la supériorité de ses produits, — car, d’après les rapports faits en 1823 et 1829 par MM. Héricart de Thury, Gisors et David, les marbres de Louvie peuvent soutenir la comparaison avec ceux de Carrare et de la Grèce , — sont sorties les statues de la place de la Concorde, celles qui décorent l’extérieur de la Madeleine, le Cincinnatus de Foyatier, le Caïn d’Ëtex, le Tambour républicain et le Talma (buste) de David, les quatre Évangélistes et la Vierge de l’église deBétharram.etc.
Un chemin de montagne conduit de Louvie -Soubiron dans la vallée du Louzon, par le col de Louvie. Avant de franchir ce col, il remonte la vallée du Canceig, oit il traverse le hameau de Litto, Le c»l franchi, il descend, par le hoiade la Herrère, au village Les Ferrières, en laissant à dr. , Arbéost (V. H.
37). De ce village on peut aller par la vallée du Louzon , dans laquelle un trouve successivement Claverie, Colibris et Arlhez dé Assors, rejoindre près d’Asson la roule de Louvie-Juzon à Lestelleet à NayfVoy. ci-dessous, page 204), et so rendre dans le val d'Axun, par la montagne, soit & Arrens, soit à Aucun (V. R. 37.) Ces divers passages, que noua nous bornons A indiquer, n’offrent aucun intérêt aux touristes.
A dix minutes au plus de Louvie - Soubiron , sur la rive g. du Canceig, se trouve Béost , v. de 384 hab. , qui possède une église romane du xii* siècle, restaurée en partie aux xv* et xvi* siècles, une jolie fontaine et des maisons des xve, xvi» et xvn* siècles. Un peu au-dessus, à l’extrémité supérieure d’un plateau , quelques cabanes forment le hameau de Bagfs. C’est là que demeure Gaston Sacaze , un
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berger, qui a appris sans maître le latin, le grec, le dessin, la musique , etc. , et qui s’est fait un nom comme botaniste.
Mais ce qui attire surtout les regards des étrangers, avant leur arrivée à Laruns, c’est le Gourzy, tapissé de belles forêts, et qui semble fermer la vallée; c’est surtout le Pic de Ger, qui dresse fièrement sa tête chenue au fond de l’étroite vallée où jaillissent les Eaux-Bonnes.
8 kil. (38 kil. de Pau, 33 kil. d’Oloron)X*arun« (Hôtel des Touristes) , chef-lieu de canton de 2239 hab. , a un vaste territoire qui s’étend jusqu’à la frontière espagnole , et qui comprend le Pic du Midi d’Ossau.
C’est un amas assez laid de maisons grises couvertes en ardoises. Sur la place s’élève une fontaine en marbre, qu’un enfant du bourg, M. Coudurat, établi à Saint-Pétersbourg où il s’est enrichi par son industrie, a fait construire à ses frais. C’est le 15 août qu’il faut voir cette place; elle devient, ce jour-là, le théâtre d’une grande fête d’autant plus intéressante pour les étrangers , que presque tous les acteurs ou spectateurs ont conservé les costumes pittoresques de leurs ancêtres (V.p.206) .
L’église de Laruns mérite à peine une visite ; elle a été bâtie dans le style gothique, aux xv« et xvic siècles, souvent remaniée depuis, et flanquée d’un affreux portail d’architecture gréco-romaine ; l’intérieur renferme un bénitier en marbre du xv* siècle, dont l’exécution n’a rien de remarquable.
Un chemin de montagne conduit de Larons à Bédous dans la vallée d'Aspe, par le col de Las Arques (V. R. 29.)
A peine a-t-on quitté Laruns que l’on traverse le torrent ou plutôt le lit large et gris (la couleur manque
partout dans cette vallée) du torrent l’Arrieuzé , puis, laissant à dr. l’ancien chemin des Eaux- Chaudes, on vient franchir le Gave d’Ossau avant d’atteindre le point de bifurcation des routes qui conduisent:
celle de dr. , aux Eaux-Chaudes , celle de g., aux Eaux-Bonnes.
Le poteau placé près du petit cabaret en planche ( bierre , limonade gazeuse, etc.), où une voiture spéciale attend les voyageurs qui se rendent aux Eaux-Chaudes et qui doivent subir un transbordement assez désagréable, porte les indications suivantes, qui ne s’accordent pas tout à fait avec celles des bornes de la route : Eaux-Bonnes, 3 kil. 1/3, Eaux-Chaudes, 4 kil. 1/2, Pau, 38 kil., Oloron, 33 kil.
La route qui , du point de bifurcation, monte par une pente souvent trop rapide aux Eaux-Bonnes, n’a été ouverte qu’en 1808 sous l’administration de M. le général de Castellane , préfet des Basses-Pyrénées.
Elle est tracée sur la rive g. du torrent le Valentin, à la base du Gourzy aux flancs boisés. Du côté opposé se dresse une triste montagne nue qu’on appelle la Montagne Verte. Sur la rive dr. du Valentin, on aperçoit, en montant, une espèce de château appelé le château d’Espalongue, qui appartenait à la famille de Livron, le village d’Assousle (104 hab.) et celui d’Aas (404 hab.), le propriétaire des Eaux -Bonnes. A g. de la route, à peu près à moitié de la montée, une plaque de marbre noir porte le nom d’une villa, la villa Castellane, qui n’a jamais été construite , et au-dessous de l’emplacement de laquelle s’ouvre une grotte moins curieuse que ne le promet un écriteau trop louangeur. Rien ne vient, dans
cette montée passablement fastidieuse , détourner les regards qu’attirent les roches grises et nues du PicdeGer, jusqu’au moment où, la route tournant brusquement, on atteint les premières maisons des Eaux-Bonnes qu’on ne voit pas avant d’y entrer (Y. R. 33).
A". B. Au moment où s’imprime ce volume (août 1858), on travaille à la construction d’une nouvelle route, plus facile et plus pittoresque, qui montera du point de bifurcation aux Eaux-Bonnes.