‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 117 sur 384 · LES SOURCES · texte numérisé non relu

LES SOURCES

Eau thermale, sulfureuse.

Connue dès le commencement du xvi” siècle.

Émergence: Du calcaire non loin du point d’affleurement des ophites.

Cinq sources: S. Vieille, S. d’Enbas, S. Nouvelle, S. du Bois ou Froide , S. d’Ortecb. L’Annuaire des Eaux minérales de France en indique 8. La S. Vieille et la S. Froide sont à peu près les seules utilisées, la première surtout.

Débit :S. Vieille, 6 lit. par min.

S. d'En-bas, 22 lit. par min.

Température : S. Vieille, 32*. 8; 8. Froide, 11*,9 ; S. d’En-bas, 30*. 4; S. Nouvelle, 30*, 2.

Caractères particuliers : Eau limpide, onctueuse au toucher, odeur sulfhydrique prononcée , saveur peu désagréable.

Établissement aménagé presque uniquement pour l’usage de l’eau en boisson. 11 est de tradition de lie pas se baigner aux Eaux-Bonnes, et c’est fort heureux, car le faible

débit des sources ne permettrait pas l’application d'une autre doctrine. Sept à huit baignoires.

Service médical : Un médecin inspecteur; un inspecteur adjoint.

Climat doux, atmosphère habituellement calme, température assez constante en été.

Effets physiologiques : Appelées autrefois Eaux d’Arquebusades , comme spécifiques dans le traitement des blessures anciennes, ces eaux agissent principalement en activant les fonctions des organes de la respiration, et sont appliquées aujourd’hui presque uniquement au traitement de certaines affections de l’appareil respiratoire; signalées dès longtemps comme devant être employées avec prudence et surveillées dans leurs effets.

Les Eaux-Bonnes se transportent en grande quantité.

Classification chimique : Eau sulfatée à base de chaux, avec forte proportion de chlorure alcalin.

L’analyse d’une certaine quantité d’Eaux-Bonnes, expédiée à Paris, a donné les résultats suivants :

Analyse (O. Henry 1833-1

Eau t kil.

gr.

Carbonate de chaos o,oo5g

Sulfate de chaos o.uso

» de magnésie 0,0125

Chlorure de sodium 0,3523

» de potassium traces

» de magnésium 0,0088

Acide silicique et oxyde de

fer 0,0160

Matière organique sulfurée. . . 0,1 06S

lit.

Acide sulfhydrique 0,0055

Acide carbonique 0,0068

Bibliographie : A. F. Andrieu, essai sur les Eaux-Bonnes.... Paris 1857. —

ITINÉRAIRE DES PYRENEES

E. Cazenave, recherches cliniques sur les Eaux-Bonnes.... Paris 1854, in-8.

Tarif des bains et de la buvette.

Le médecin inspecteur et le médecin inspecteur adjoint dirigent le service de l’établissement. Le tarif des bains et des douches est fixé ainsi qu’il suit :

Bains : du l" juin au 1" sept, t fr. oo c.

Pendant le reste de l’année » 80

(Le prix du linge n’est pas compris dans ce tarif.)

Pour les domestiques et journaliers, le prix des bains, par exception, est réglé ainsi :

Dit !"■ mai au t*' novembre. 0 fr. 50 e. Du i" novembre au t** mai., o 30 Bains de pied 0 10

Boissons. — Abonnement à la saison :

Pour les domestiques et journaliers. 2 fr. Tour les personnes de toute autre

classe to

Le prix des bains et des boissons se paye d’avance entre les mains du fermier ou d’un de ses agents, dont le bureau est situé à l’établissement.

PROMUS AOES-

Le Jardin anglais, qui n’est pas même un jardin français (M. Taine l’appelle spirituellement un préau) , s’étend en face de la Grande-Rue, le long du rocher au pied duquel coule le ruisseau de la Soude , aujourd’hui encaissé. De grands arbres l’ombragent; on y trouve des bancs ou des chaises pour s’asseoir; enfin on y voit la rue et les maisons qui la bordent : c’est tout ce qu’on peut en dire. Il serait facile d’en faire à peu de frais un véritable jardin. Il est pourtant le principal rendezvous des promeneurs et des guides.

Deux sentiers, dont l’un s’ouvre dans l’angle et l’autre au centre même du jardin anglais, montent à la Promenade Grammont, qui conduit, par une pente d’abord assez douce , puis plus roide , jusqu’à l’un des premiers plateaui du Gourxy. De là on découvre une vue étendue , sur la vallée d’Ossau et les montagnes qui la séparent de la vallée d’Aspe, le confluent du Gave de Gabas et du Valentin , la Montagne Verte et les villages d’Aas et de Béost.

La Promenade Jacqueminot, une branche de la promenade Grammont , commence à mi-côte et monte à travers une belle forêt de sapins, d’où la vue s’étend à une grande distance du côté du N. On peut même par un beau temps apercevoir la ville de Pau au delà des vallées d’Ossau et de Néez. Des bancs commodes ont été placés sur toutes les éminences d’où l’on découvre des points de vue remarquables.

Le Kiosque est un petit pavillon bâti sur une hauteur rocheuse et boisée qui domine la gorge de la Soude. Les sources thermales qui font la richesse des Eaux-Bonnes sortent de la base de ces rochers, et ce n’est pas sans raison que les habitants des Eaux-Bonnes leur ont donné le nom de bute du Trésor.

Un petit sentier monte en serpentant de la promenade de l’établissement thermal jusqu’au kiosque. De ce point on découvre au-dessous de soi la grande rue du village, le cours du Valentin et la route jusqu’à Laruns.

La Promenade Eynard, due à

la munificence de M. Eynard le Philhellène, a été taillée sur les pentes boisées qui dominent la rive g. du Valentin ; vis - à -vis

de l’autre côté du Gare, se dresse la Montagne verte , qui n’offre pas d’aspects pittoresques.

La Promenade horizontale t cette belle allée ouverte en 1842 et exclusivement réservée aux piétons, contourne le flanc de la montagne de Gourzy , en restant toujours à la même hauteur. Elle doit, quand elle sera terminée , réunir les deux établissements des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes ; mais un avide propriétaire , qui demandait un prix fabuleusement exagéré pour une petite pièce de terre rocailleuse, en a retardé jusqu’à ce jour l’achèvement ; du reste la nouvelle route lui fera probablement une concurrence redoutable.

« Le reste du pays, dit M. Taine, n’est qu’escarpements et descentes ; quand, pendant huit jours, on a connu la fatigue de grimper courbé, de descendre en trébuchant, de réfléchir par terre aux lois de l’équilibre, on trouve agréable de marcher sur un terrain uni et de laisser aller ses pieds sans songer à sa tète ; c’est une sensation toute nouvelle de sécurité et de bien-être. La route serpente sur un versant boisé que les eaux d’hiver sillonnent de ravins blanchâtres; des sources épuisées se glissent sous ces traînées pierreuses et les couvrent de plantes grimpantes ; on passe sous les gros hêtres, puis le long d’une plaine inclinée , peuplée de fougères, où les vaches paissent, agitant leurs clochettes; la chaleur est tombée, l’air est doux, un parfum de verdure saine et sauvage arrive avec la moindre brise; dans le demi-jour passent de belles promeneuses en blanche toilette, dont les ruches de dentelle et les mousselines flottantes

se soulèvent et frémissent comme des ailes d’oiseau. Nous allions tous les jours nous asseoir sur une pierre au bout de ce chemin; de là, à travers toute la vallée d’Ossau, on suit le torrent devenu rivière; la riche vallée, coupée de moissons jaunes et de prés verts, s’ouvre largement au bout du paysage , et laisse le regard se perdre dans le lointain indistinct du Béarn. De chaque côté, trois montagnes avancent leur pied vers la rivière et font onduler le contour de la plaine ; les dernières descendent comme des pans de pyramide, et leurs pentes d’un bleu pâle se détachent sur les bandes rougeâtres du ciel terni. Le fond des gorges est déjà sombre ; mais en se retournant on voit la cime nue du Ger resplendir d’un rose tendre et garder le dernier sourire du soleil. »

Une plaque de marbre blanc des environs de Gabas, érigée à l’extrémité de la Promenade horizontale, porte les noms de MM. deKergorlay , de Ville, Moreau et Dulong de Rosnay, qui en ont conçu les premiers le projet, et commencé l’exécution.

Une autre promenade , moins agréable, traverse le Valentin, passe au village d’Aas et gravit en serpentant les flancs de la Montagne verte. 11 faut deux heures pour aller des Eaux-Bonnes jusqu’au sommet du plateau. En redescendant, on peut, pour gagner Laruns, traverser Aas , Assouste et Béost. On remarque dans l'église d’Aas une assez bonne copie d’un bon tableau de Crayer, dont l’original se trouve au musée de Lille. Assouste conserve encore quelques vestiges de son ancien château. « Pendant les guerres entre les catholiques et les protestants qui désolèrent le Béarn en

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

l’année 1569. Bonasse (singulier nom pour un forcené), Bonasse, général au service de Médicis, mère de Charles IX, s’étant emparé du château d'Assouste, le renversa de fond en comble, fit massacrer et pendre au mur de la grange qui existe encore le vieux Abère, seigneur d’Assouste, et livra la fille du vieillard aux soldats, qui, après l’avoir outragée, la précipitèrent dans le torrent. On montre encore la poutre où fut suspendu le cadavre d’Abère. »

De Béost (V. R. 31), on descend à Laruns par le pont de bois jeté sur le Gave d’Ossau.

La Grotte CanteUane , appelée jadis grotte Bonnecaze , la seule grotte située aux environs des Eaux- Bonnes, est peu curieuse, et les stalactites qu’on y admirait autrefois ont été presque toutes cassées et vendues. Cependant quelques promeneurs vont encore la visiter par habitude ; elle se trouve sur les bords du Valentin , à 1 kil. environ audessous du village des Eaux-Bonnes.

Les Cascades.

Les cascades des Eaux-Bonnes sont formées par le Valentin. La première, qu’on appelle plus spécialement Cascade des Eaux-Bonnesy se trouve vis-à-vis de l'hôtel des Princes , sur la g. du chemin qui conduit au pont d’Aas. <* Le bruit de sa chute en décèle seul la présence. Il faut, en effet, s’avancer un peu hors du sentier et se placer sur un petit rocher qui fait saillie au-dessus de la pelouse, pour voir la cascade. De ce point on la domine entièrement; mais, pour mieux la connaître, on doit descendre un petit sentier qui mène tout

à fait sur le bord du torrent, à peu près à la moitié de la hauteur de la chute. »

* Le cours du Valentin , dit M. Taine, n’est qu’une longue chute à travers les rochers roulés. Au pont du Discoo (à une demi-heureau-dessus de la cascade des Eaux-Bonnes), le sol lui manque; jl tombe dans un demi-cirque , de gradins en gradins, en jets qui se croisent et qui heurtent leurs bouillons d’écume; puis sous une arcade de roches et de pierres, il tournoie dans de profonds bassins dont il a poli les contours , et où l’émeraude grisâtre de ses eaux reposées jette un doux reflet tranquille. Tout à coup, il saute de trente pieds, entrois masses sombres, et roule en poussière d'argent dans un entonnoir de verdure. Une fine rosée rejaillit sur le gazon qu’elle vivifie, et ses perles roulantes étincellent en glissant le long des feuilles.

* De là un sentier dans une prairie conduit à la gorge du Oro»- Hêtre (1 heure des Eaux-Bonnes) :

c’est une entaille gigantesque dans la montagne perpendiculaire. Le ruisseau qui s’y jette rampe écrasé sous des blocs entassés; son lit n’est qu’une ruine. On monte le long d'un sentier croulant, en s’accrochant aux tiges de buis et aux pointes des rochers.... Dans ce chaos, la seule vie est celle de l’eau qui glisse et bruit sous les pierres.

Au fond du ravin, la montagne relève brusquement à deux cents pieds de haut sa paroi verticale; l’eau descend en longs filets blancs sur ce mur poli dont elle brunit la teinte rougeâtre; elle ne le quitte pas de toute sa chute; elle se colle à lui comme une chevelure d’argent ou comme uue traînée de lianes pen-

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