ROUTE 33. LES CASCADES DES EAUX-BONNES
dantes. Un beau bassin évasé la retient un instant au pied du mont, puis la dégorge en ruisseau dans la fondrière.
a Une lieue plus loin est la cascade de Ziarresecq. Celle-là ne vaut pas sa renommée. C’est une sorte d’escalier écroulé sur lequel dégringole gauchement un ruisseau sali, perdu dans les pierres et la terre mouvante; mais pour y arriver, on passe auprès d’une profonde rainure escarpée où. le torrent roule engouffré dans les cavernes qu’il a creusées, obstruées de troncs d’arbres qu’il déchire. Au-dessus de lui , des chênes magnifiques se rejoignent en arcades, les arbrisseaux vont tremper leurs racines jusque dans l’eau bouillonnante. Le soleil ne pénètre pas dans cette noire ravine; le Gave y perce sa route, invisible et glacé. A l’issue par laquelle il débouche, vous .entendez sa clameur rauque; il se débat étranglé entre les roches : vous diriez l’agonie d’un taureau. »
Ascension du Pic de Ber.
A Pat la tourne d'Aas,
10 h. environ, aller et retour. Un guide est nécessaire, et il faut emporter des provisions.
On remonte d’abord la rive g.
du torrent de la Soude en suivant un sentier tracé par les bûcherons; on laisse àdr. la gorge de Balourd, et, après avoir passé à côté d'un énorme rocher de 13mèt. de long, qui, détaché des flancs de la montagne, est tombé là, presque en équilibre sur l’une de ses arêtes, on vient se reposer, près de l’origine du vallon nommé la Coume d’Âas, à la fontaim d- Gesque, dont l’eau coule goutte à goutte dans un tronc
de sapin creusé. Trois cents pas plus loin on tourne à dr. au fond de la gorge pour entrer dans une forêt de sapins, et, gravissant un sentier escarpé tout parsemé de pierres mobiles, on longe (2 h.) la base de cinq aiguilles menaçantes du Ger ( Las Quintetlas). 30 min.
après on arrive à la cabane du Ger.
En été on y trouve toujours des bergers. La partie du chemin qui reste à faire est de beaucoup la plus fatigante, et, pendant plus de trois quarts d’heure, il faut remonter une pente très-escarpée où Ton marche tantôt sur le gazon, tantôt sur des rochers blancs et polis. On contourne ainsi (30 m.) la base d’un contre-fort du Ger appelé le pic du Caperan (pic du Moine) , d’où jaillit une source très-limpide, et bientôt on atteint le pied de Parête de rochers qui ferme le bassin des Eaux-Bonnes à l’E., et réunit le Pic de Ger (à g.) au pic de Pembécibé (à dr.) : il faut alors escalader cette arête pour s'élever jusqu’au point où commence la base même du pic. Là on gravit une pente roide ; mais, quand on croit avoir presque atteint la cime, on voit deux nouveaux sommets se dresser en face de soi.
« Celui de dr. , invisible des Eaux-Bonnes, a la forme conique, dit M. Javary, et porte vraiment le nom de Pic de Ger: il est facile à grimper, et c’est à lui que se bornent beaucoup de promeneurs. Le second sommetqui cache le premier à Bonnes, et y usurpe le nom de Pic , n’est qu’une longue crête contournée , aussi élevée que le Pic dans une partie , mais s’abaissant progressivement du côté où elle est tournée vers Bonnes. On y parvient en suivant la base du sommet de
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
dr. , par un passage très-étroit, et en prenant à g. une espèce de pont, muraille fort mince qui , entre les deux abimes, réunit les deux sommets; on se hisse jusqu’à une plateforme, appelée le Salon. C’est la partie la plus haute de la crête, bien que, de Bonnes, dont elle est plus éloignée que tout son prolongement, elle semble moins élevée. C’est donc sur ce point que je fis l’observation barométrique destinée à nous apprendre la hauteur exacte du sommet, et, tandis qu’un habitant des Eaux-Bonnes avait la complaisance d’y noter la hauteur du baromètre et du thermomètre, qui marquait alors l’un 703 millim. , l’autre 20 degrés centigrades , j’avais de mon côté, 563 millimèt. seulement et 9 degrés. C’est d’après ces données, dont je néglige les fractions et les détails, que je calculai l’élévation du Pic au-dessus de Bonnes {maison Fourcade) , à 1865 mèt. , ce qui lui donnerait , en admettant la hauteur de 748 mèt. comme celle de Bonnes au-dessus de la mer, une élévation absolue de 2613 mèt. ou 1340 toises. »
M. de Chausenque décrit ainsi le vaste et beau panorama que l’on découvre du sommet du Pic de Ger :
« Ce panorama se partageait en deux tableaux bien distincts : au S., les perspectives du pôle; au N., la verdure et la vie. Je plongeais bien bas sur les fonds de Gourette, avec leurs milliers d’êtres vivants, et sur les pâturages en apparence à leur niveau et non moins peuplés, d’Arbas et d’Asson, petite vallée qui, née au pied de Gabisos, va déboucher dans la plaine de Nay. Toutes ces hauteurs, jusqu’aux obscurs mamelons du pays Basque, se développaient en chaî-
nons monotones, et les teintes sombres qu’elles doivent aux bruyères et aux taillis faisaient ressortir les nuances variées des plaines du Béarn et du Bigorre, étendues jusqu’aux vapeurs de l’horizon. Seulement les yeux s’y arrêtaient sur le plan de Benou, riche pâturage audessus de Bielle, vers la vallée d’Aspe. La ville de Tarbes était visible ; mieux encore celle de Pau , coupée en deux par la pointe de la montagne de Loubie, qui me cachaitjustement le château.
« A l’O. , de l’autre côté des fonds de Sourince et d’Anglas que je découvrais par-dessus les crêtes de Péneméda, au delà du chaînon de Lathe et d’Esquerra, le Pic de Gabisos, de niveau avec le Ger et l’emportant sur lui en formes hérissées, m’opposait ses pics aigus et ses crêtes qui menacent les talus en repos et les riches verdures d’Azun, sans me cacher rien de Monné et des montagnes de Cauterets, toutes commandées par les fleurons de Vignemale. Au S., la barrière formidable de la haute chaîne se déployait devant moi; les monts élancés des ports d’Azun , Costerillou, Pêne d’Aragon, Arieugrand, Som de Séoube , les masses d’Arerious, celle de Peyrelue etd’Anéou, plus rabaissées auprès du Pic d’Ossau qui tout à coup se redresse à la hauteur des plus fiers, et tous les ports de cette région, plus faciles et plus fréquentés que ceux du centre , désignés seulement alors par les intervalles des montagnes et par leurs rampes allongées dans les vallons supérieurs de Broussette et d’Artouste, sur les plateaux de Gabardère.et de Soussoueou, tout était confondu.... Derrière la grande fourche d’Ossau, les pics d’Aspe et