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liers qui tous portaient au bout de leurs lances des bottes de foin dont ils firent litière dans l’église de Notre-Dame ; l’émir y reçut le baptême , fut nommé Louis , et de retour dans son château changea le nom de Mirambel en celui de Lonles ou Lourdes. (Voy Marca).
D’après M. Cénac-Moncaut , le nom de Lourdes ou Lordes, d’origine romane, serait un synonyme de château fort; en tout cas, il est certain que ce mot ne vient pas de Lapurdum, dénomination qui n’a jamais appartenu qu’à Bayonne.
On pourrait dire jusqu’à un certain point que l’histoire de la ville de Lourdes résume celle du Bigorre.
«En 1218, ce boulevard du comté fit échouer les tentatives du redoutable Simon de Montfort. Bientôt après cependant, Lourdes ouvre ses portes au successeur de Simon, le comte de Leicester, en vertu de la cession d’une partie du Bigorre faite à ce prince par le faible Esquivât de Chabannes. Dès ce moment elle ne cesse d’être le point de mire de tous les partis qui se disputent la possession de ces contrées.... Véritable clef des riches et populeuses vallées qui se réunissent à sa base , le château de Lourdes devient l’arbitre des destinées du comté de Bigorre. »
Leicester ayant péri à la bataille d’Evesham, son fils Simon vendit ses droits à Thibaut 1", comte de Champagne, et ce dernier confia la garde du château de Lourdes à Garcie Arnaud deVolente (1265). Ce fut à la suite de cette cession que le château passa à Philippe le Bel, ou pour mieux dire à sa femme Jeanne de Navarre (1293) , et il ne fallut rien moins que le traité de
Bretigny (1360) pour en déposséder la France.
Le prince Noir vint le visiter, lui donna pour commandant Pierre Arnaud, cousin du comte Gaston Phœbus, et « le recommanda moult et grandement et chèrement , tant pour la force du lieu comme parce que Lourdes sied sur la frontière de plusieurs pays ; car ceux de Lourdes peuvent courir moult avant dans le royaume d’Aragon, et jusqu’en Catalogne et Barcelone. » Mais Gaston Phœbus, qui comptait obtenir la cession de ce château , si les Français s’en rendaient maîtres, envoya prier son cousin Arnaud de venir le trouver à Orthez , afin de conférer sur la situation politique. Celui-ci pressentit quelque supercherie.
« Quand il dut partir, il vint à J ehan des Angles, son frère , présents les compagnons : a Monseigneur le « comte de Foix me mande . irai ; • si veux que ne rendiez le châtel de « Lourdes qu’au roi d’Angleterre, « mon seigneur naturel , de même « que je le tiens : » ainsi le jura. Avint que le troisième jour qu’il fut arrivé à Orthez, en présence de plusieurs chevaliers, écuyers, le comte de Foix lui fit commandement de mettre le châtel pour le duc d’Anjou.
« Le chevalier pensa un petit • pour savoir quelle chose il répondrait. Toutefois, tout pensé et tout considéré, il dit : ■ Monseigneur, vraiment je vous dois foi et hom- « mage, car je suis un pauvre che- « valier de votre sang et de votre « terre ; mais ce châtel de Lourdes « ne vous rendrai-je jà. Vous m’a- « vez mandé , si vous pouvez faire « de moi ce qu’il vous plaira. Je le « tiens du roi d’Angleterro , qui m’y « a mis et établi, et à personne. qui
' . ITINÉRAIRE DBS PYRÉNÉES.
* soit je ne le rendrai , fors à lui. » Quand le comte de Foix ouït cette réponse , si lui mua le sang en félonie et en courroux , et dit, en tirant hors une dague : a Ho ! faux traître , as-tu « dit ce mot denon-faire? Par cette « tête, tu ne l’as pas dit pour néant.» Adonc férit-il de sa dague sur le chevalier , par telle manière que il le navra moult vilainement en cinq lieux, et il n’y avoit là baron ni chevalier qui osât aller au-devant.
Le chevalier disoit bien : « Ah !
« monseigneur, vous ne faites pas « gentillesse ; vous m’avez mandé , ■ et si m’occiez. » Toutes voies, point il n’arrêta, jusques à tant qu’il lui eût donné cinq coups d’une dague.
Puis après commanda le comte qu’il fût mis dans la fosse, et il le fut, et là mourut, car il fut pauvrement curé de ses plaies. •
Néanmoins, loin de succomber avec son commandant, le château de Lourdes opposa à ses assaillants une résistance de plus en plus énergique, grâce à son défenseur le baron des Angles. Fidèle au cri de guerre : Saint-Georges Lourdes, la garnison exécuta des sorties si vigoureuses, que le duc d’Anjou dut renoncer au siège , et battre en retraite après avoir brûlé la ville.
Assiégé de nouveau, Jehan des Angles ne capitula qu’après dixhuit mois de blocus. Depuis cette époque , le donjon de Lourdes a toujours appartenu à la France.
Pendant les guerres de religion, Mongommery prit la ville , mais il ne put se rendre maître du château.
Sous le règne de Louis XV , le fort de Lourdes devint une prison d’Etat. On y envoya les protestants coupables d’avoir lu la Bible, les magistrats qui avaient osé faire des
remontrances au ministre, les jeunes gens qui avaient le malheur de déplaire aux courtisanes de Versailles. En 1788, l’archevêque de Sens, Loménie de Brienne , y fît enfermer plusieurs membres des parlements qui s’étaient opposés à son plan des cours plénières.
Les Etats généraux de 1789 rendirent la liberté à tous les prisonniers de Lourdes, et les communes de Bigorre écrivirent dans leur cahier de griefs et doléances l’article suivant : « il sera demandé aux Etats généraux que le château de Lourdes ne soit plus regardé comme Prison d’État, qu’il ne serve désormais qu’à la protection et défense du pays, et non pas d’effroi à la liberté civile....» Ce fut seulement en 1803 que le général Bonaparte, devenu premier consul, déclarant de nouveau le château de Lourdes une prison d’Etat , y fit , entre autres prisonniers, enfermer en violation du droit des gens l’ambassadeur anglais lord Elgin , qui était revenu de Constantinople pour rétablir sa santé aux eaux de Bagnères. Depuis lors, le château de Lourdes a cessé d’être une prison d’État ; il est gardé par une garnison de vétérans.
« Ce castel, dit M. Cénac-Moncaut que nous avons si souvent l’occasion de citer , n’a conservé de l’époque féodale que la direction de ses deux chenjins couverts et son donjon carré. L’un des chemins couverts, garni d’escaliers dans une partie de son étendue, descend vers la ville et passe sous une porte du xvi* siècle, précédée de son pont-levis; l’autre se dirige vers le Gave, en serpentant sur les flancs de la montagne ; il servait d’accès aux cavaliers et passe sous une ancienne tour voûtée eu pont et garnis de
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sa lourde herse de fer. La voûte montre encore le soupirail supérieur par lequel on pouvait écraser l’ennemi sous une pluie de projectiles, d’huile bouillante et de pots à feu , lorsque la herse était retombée sur ses derrières et le retenait emprisonné dans l’enceinte du château. Le donjon a perdu presque tous ses anciens aménagements. La bassefosse a été transformée en simple cave, et les fenêtres, élargies pour la commodité des prisonniers militaires, n’offrent rien de leur forme première.... Il en est de même des anciennes murailles de la ville. La tour de la prison , située au pied méridional du rocher, n’a conservé que l’arcade voûtée en pont sous laquelle passait autrefois la route de la vallée du Lavedan....»
L’église de Lourdes n’a rien de remarquable ; elle date du x* ou du Xi* siècle; mais la nef proprement dite ne doit pas remonter au delà du xni' siècle.
Il existe encore à Lourdes quelques familles signalées comme devant leur origine à là race des Cagols. Au N. O. de la ville, sur la rive. dr. du ruisseau Lapaca, est un petit hameau isolé d’assez laide apparence, qui porte le nom de cette race à laquelle il servit autrefois d’asile.
Au N. O. de la ville, sur le penchant d’une colline, se trouve le dépôt de remonte de M. Dauzat, qui contient de 300 à 400 chevaux.
(Voy. pag. 256).
A l’O. de Lourdes, non loin du Gave , on peut aller visiter plusieurs grottes creusées dans une montagne calcaire et peuplées de chauvessouris. Les principales sont celles des Espalungues (speluncæ) , et du Loup. Après avoir pénétré dans
cette dernière par une entrée spacieuse, on la voit se diviser en trois parties.
« A l’extrémité de celle du milieu est un précipice dont il est difficile de déterminer la profondeur. Lorsqu’on y jette une pierre, l’eau bouillonne sourdement. »
Une troisième grotte, qui s’ouvre dans la même direction à quelques minutes de la ville, s’appelle grotte de Massavielle ; elle est assez insignifiante par elle-même ; mais elle est devenue célèbre dans le pays par la prétendue apparition de la Vierge dont tous les journaux ont parlé en 1858. On affirme que, pendant les six mois qui ont suivi le miracle, 150000 personnes ont visité la grotte *.
1. Au mois de juin îasa , le maire de Lourdes a publié l’arrêté suivant ;
« Le maire de la ville de Lourdes , vu les instructions à lui adressées par l’autorité supérieure; vu, etc.;
« Considérant qu’il importe, dans l’intérêt de la religion , de mettre un terme aux scènes regrettables qui se passent & la grotte de Massavielle, sise à Lourdes, sur la rive gauche du Gave ;
« Considérant, d’un autre côté, que le devoir du maire est de veiller à la santé publique locale;
« Considérant qu’uu grand nombre de ses administrés et des personnes étrangères à la commune viennent puiser de l’eau à la source de la grotte :
<< Considérant qu’il y a de sérieuses raisons de penser que cette eau contient des principes minéraux, et qu’il est prudent, avant d’en permettre l’Usage, qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la médecine : que , d’ailleurs, la loi soumet l’exploitation des sources des eaux minérales à l’autorisation préalable du gouvernement ; b Arrête :
« Art. i". il est défendu de prendre de l’eau à ladite source;
« Art. 2. 11 est également interdit de passer sur le communal dit de Massavielle;
« Art. 3. n sera établi & l’entrée de la grotte une barrière pour en empêcher
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
Sur le sommet du plateau qui domine Lourdes au N. O., se trouve un lac de 4 kil. de circonférence et 8 met. de profondeur moyenne. Il est bordé de tous les côtés par des bruyères stériles; on croirait voir m paysage d’Êcosse. Tout autour s’étendent des ravins, remplis de galets, de grès, d’ardoises, témoins frappants de l’antique direction des eaux du Gave lorsqu’elles passaient à travers les landes du Pont-Long au N. de Pau. Ces eaux, descendues des montagnes de Cauterets , roulaient alors de gros blocs de granit qui finirent par former une barrière et rejetèrent le Gave vers Tarbes, d’abord par les plaines de Bénac à l’E. , ensuite par celles d’Ossun à l’O. Enfin, refoulé de nouveau par les encombrements qu’il avait produits, le Gave prit sa direction actuelle vers le Béarn. La région qui environne le lac de Lourdes est celle des Pyrénées où les tremblements de terre se font ressentir avec le plus d’intensité.
Les carrières de marbre sont échelonnées, sur un périmètre de 3 à 4 kil., autour de la ville en allant de l’E. à l’O. , et en passant par le S. ; 240 ouvriers sont occupés à ces carrières. On extrait, par an, 2400 mèt. cubes de marbre servant à la construction ou à l’ameuble- -merit , et dont le produit s’élève au chiffré de 240000 fr.
Les carrières d’ardoise, au nombre de 40, sont en général au S.
de la ville, sur la route d’Argelez et dans les vallées de Castelloubon et de Surguère ; 260 ouvriers y sont
faciès. Des poteaux seront également placés, qui porteront ees mois : « Il est » défendu d'entrer sur relie propriété; »
« Art. 4. Toute contravention sera poursuivie, etc. »
occupés. On extrait , par an , de 16 à 18 000 mèt. cubes d’ardoise évalués à 245 000 fr.
En outre on extrait pour environ 280000 fr. d’autres pierres schisteuses servant à la construction des ponts et des barrages.
De Lourdes & Saint-Sauveur, 33 kil.
(V. U. 47); — k Cauterets., 2» kil. (V.
R. 42); — à Bagnères de Bigorre (V. R . 59,00); — àBarégea, 38 kil. (V. U. 55);