‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 149 sur 384 · ROUTE 42. SAINT-SA VIN · texte numérisé non relu

ROUTE 42. SAINT-SA VIN

dentale. « Neuf colonnes doriques, dont cinq à fûts de marbre . ornent chacun de ses côtés et supportent des chapiteaux couverts de sculptures très-grôssières. La nef. dit

M. Cénac-Moncaut , est éclairée au couchant par une grande rose sans meneaux, et au S. par deux fenêtres romanes de moyenne grandeur.

A la suite d’un transsept, d’où partent les bras assez profonds d’une croix latine voûtée à plein-cintre comme la nef principale , nous voyons se développer un chevet à trois absides, voûtées en cul-defour et d’inégale profondeur, conformément au plan de toutes les églises romanes des Pyrénées. » Sur cette église datant probablement du x* siècle, s’élève un clocher octogone à quatre fenêtres ogivales, qui évidemment n’a pu être construit avant le xn* siècle. Quant au tombeau du saint, il est d’und plus haute antiquité. «Sa table de 2”, 10 de longueur et de 1 mèt. de largeur repose sur quatre arcatures plein-cintre , ornées de colonnes géminées avec chapiteaux à feilles hautes. Ces arcatures en marbre grossier saillent de toute l’épaisseur d.u fût en dehors des panneaux formés de simple ardoise, travail naïf et grossier qui rappelle évidemment le vu* siècle. »

Les travaux exécutés sous la direction si intelligente et si consciencieuse de M. Bœswiiwald à l’église de Saint- Savin depuis 1855, à la suite du tremblement de terre de 1853, qui avait renversé une partie de la voûte de la nef et fendu la façade principale, comprennent la reconstruction des trois quarts d’une façade, celle des voûtes des deux premières travées de la nef, la reconstruction du pilier d'angle

N. O. du transsept, la dépose de la

couverture et de la charpente ruinées, la reconstruction à neuf de ces parties, ainsi que du mur de défense qui , au-dessus de la corniche de l’église primitive, porte la charpente. Ce travail de reconstruction a été fait sur la nef, les transsepts et le chœur. On rétablit en même temps les pignons des transsepts, on jointoya toutes les mâçonneries et l’on remplaça le plancher usé qui couvrait le sol de l’intérieur de l’église par un plancher neuf en châtaignier posé sur des lambourdes en chêne. Les dépenses faites pour ces travaux s’élèvent â la somme de 33000 fr.

A une petite distance du S. de l’abbaye, on voit sur un rocher la chapelle de Piétad , qui rappelle un peu l’église de Lourdes ; il n’est pas impossible qu’elle date du vin* ou du ix' siècle. Un peu plus loin dans la même direction s’élève le château de Miramont , bâti par le poète béarnais Despourrins.

De ce château , mais surtout de la chapelle et de l’église, on découvre des points de vue admirables sur la vallée d’Argelez et les montagnes qui la dominent.

Du côté de l’E. , sur la rive dr.

du Gave, se dressent, sur un monticule isolé dù pied des montagnes deDavantatgue, les ruines pittoresques du château de Beaucens , ancienne résidence des comtes de Lavedan , propriété actuelle de M. Fould. « Cette forteresse féodale rentre dans les principes stratégiques du moyen âge, qui voulaient que les châteaux fussent construits sur des élévations moyennes de 80 à 120 mèt. En effet, situées plus haut, les forteresses auraient été d’un accès trop pénible pour les

habitants ; situées plus bas , l’attaque aurait été trop facile ; tous les châteaux importants des Pyrénées se conforment à cette régie invariable.... Beaucens, comme la plupart des constructions féodales, appartient à plusieurs époques. La porte du N. , le chemin couvert et les remparts d’enceinte datent du xj n' siècle. Le donjon , situé au centre de la place , remonte au xiv' ou au xv* siècle. Les trois premières poternes du chemin couvert, du S. O. montrent tous les caractères du xv* et du xvi* siècle dans leurs montants de marbre et leurs meurtrières à mousquets. Ces constructions sont formées de cailloux cimentés avec si peu de soin qu’elles s’écroulent au moindre choc; aussi le tremblement de terre du mois de juillet 1853 a-t-il renversé un lambeau de mur d’enceinte et fortement ébranlé la base d’une tour carrée de l’angle S. E. Le donjon / seul est bien construit. » Cénac- Moncaut.

Avant 1855, on n’arrivait aux ruines de Beaucens que par un sentier assez étroit. Le plateau rocheux, situé à l’O. du château et touchant du côté N. à un fossé assez profond, ne possédait plus les parapets qui le bornaient au S. et à l’O. Le tremblement de terre de 1853 avait renversé le mür d’enceinte à l’E. , et fendu la tour placée à l’angle S. E.

Une partie même de la base de cette tour s’était écroulée et menaçait d’entraîner le reste. La cour intérieure était encombrée de débris de pierres et embarrassée de broussailles qui rendaient La visite de ces ruines presque impossible. En 1855, M. Fould, ministre d’Ëtat, le propriétaire du château, fit d’abord rectifier et construire le chemin

SS PYRÉNÉES

qui montait du village à sa propriété. Le sentier, jadis escarpé et mal entretenu , a été remplacé par une route carrossable , bien empierrée , large de 6 mèt en moyenne.

Le sol rocheux du plateau et du passage compris entre la première et la deuxième porte fut ensuite escarpé (à la mine) à 0,80 cent, de profondeur. Les débris produits par cet escarpement servirent à élever des parapets tout autour du plateau et à combler le fossé situé au N. Le plateau ainsi nivelé, et recouvert de terre végétale, forme aujourd’hui une belle plate-forme gazonnée.

On consolida les arcades des portes, les maçonneries qui menaçaient ruine , et l’on reconstruisit en sousœuvre la partie écroulée de la tour située à l’angle S. E. Le mur d’enceinte à l’E. fut relevé. Enfin, on disposa dans la cour intérieure un hangar destiné à abriter les chevaux des visiteurs.

Tous ces travaux, ainsi que la construction du mur de 5 mèt.

de hauteur qui soutient la route neuve , nécessitèrent une dépense de 15000 fr.

Au pied du château se trouve le v. de Beaucens (470 h.).

Ces excursions terminées, revenons à la route d’Argelez à Cauterets.

4 kil. (36 kil.) Adast, v. de 129 h.

2 kil. (38 kil.) Pierrefitte (hôt. de la Poste. Relais), n’est en réalité qu’un faubourg de Nestalas , v.

de 506 h., situé à 507 mèt. au-dessus de la mer. sur la rive g. du Gave de Cauterets. C’est à Pierrefitte que finit la vallée du Lavedan au pied du pic de Soulom, qui , sem- i

ROUTE 42. BEAUCENS

Jtlable à une muraille immense , s’élève au-dessus d’un amas de rochers écroulés.

De l’autre côté du Gave, séparé de Pierrefitte seulement par un pont, se trouve le village de Soulom (395 hab.) On y remarque l’église dont le clocher, formé par une simple élévation du mur, est surmonté d’une galerie couverte et garni de mâchicoulis et de créneaux.

Un peu au N. de cette église s’élève l’ermitage de Notre-Dame de Bédouret, confiée naguère à trois femmes qui se succédaient sans vœux ni statuts. Tous les habitants de la vallée racontent que les deux églises furent hâties en même temps par des maçons amis. Quoiqu’elles fussent éloignées l’une (le l’autre d’une demi-lieue, tous les outils qu’ils se lançaient les uns aux autres venaient tomber à leurs pieds ( pourquoi pas dans leurs mains?) en traversant miraculeusement tout le vallon. Près de là on montre, dans les rochers d’Arlalem, les trous mystérieux habités par les fées.

Si , en sortant de Soulom , on traverse le Gave de Pau sur le pont de Yillelongue (V. R. 47), on peut remonter la rive dr. du torrent jusqu’au v. de Villelongue (639 h.). Là.

on prend le chemin de l’abbaye de Saint-Orens indiqué par un poteau élevé au milieu du village, et l’on gravit par un sentier escarpé et pierreux un morne assez élevé, que couronne le ham. d’Orliac. On s’enfonce ensuite dans un ravin frais au fond duquel coule le torrent d’Isaby , qu’on traverse sur un mauvais petit pont. A partir de ce pont, les cavaliers doivent mettre pied à terre

i. — PIERREFITTE. 269

pour monter en 15 min. aux ruines

de Saint-Orens.

C’était là que, d’après la légende, saint Orens , jeune espagnol de Ruesca, s’étant retiré vers les premières années du v* siècle , vivait en solitaire dans une grotte entourée de forêts; les habitants d'Auch, attirés par sa grande réputation de' sainteté , vinrent le chercher dans son ermitage pour en faire leur évêque.

Il ne reste de l’abbaye que des pans de murailles d’architecture évidemment romane; la chapelle est assez bien conservée, mais les infiltrations pluviales font effondrer la voûte pierre à pierre. C’est en pleine paix, vers la fin dn moyen âge , que les religieux abandonnèrent l’abbaye.

Les ruines appartiennent maintenant à un brave paysan, nommé Michel Caritou, qui reçoit les visiteurs dans une grange voisine et leur offre du lait moyennant finance. Il raconte aussi la légende obligée et montre sur le roc vif l’empreinte laissée par le bâton de l’ermite.

En se plaçant sur une terrasse de rochers qui précède les ruines, et en regardant dans la direction de la vallée d’Argelez, on aperçoit à l’O. Pierrefitte, la chapelle de Pié-, tad, l’abhaye de Saint-Savin. A g., du côté de l’E. , se dresse la montagne du Hourat (trou), roc gigantesque percé à moitié de sa hauteur par une caverne profonde; plus loin vers le S E., apparaît, par-dessus d’autres montagûes, la erête hardie du pic de Lévitte.

A trois heures de marche au-dessus de Saint-Orens, en remontant le cours de l'itaby, on trouve la vaste plaine de Brade, où paissent d’in-

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

nombrables troupeaux; une belle cascade, celle de Paepiche, y donne naissance au torrent d’Isaby. Elle provient du lac de ce nom, situé au milieu de hautes montagnes sans végétation , dans une zone solitaire et glaciale que domine au N. le pic de Montaigu (2340 mèt.)

De ce point on peut descendre, soit à Baréges par la montagne, soit à Bagnères de Bigorre par la vallée de Lesponne. (V. R. 60).

A Pierrefitte la route se bifurque :

A g. , celle de I.uz et de Baréges (V.

R. 47) continue à remonter le Gave de Pau ; à dr. , celle de Cauterets remonte le Gave de Cauterets.

La route dé Cauterets remonte, dans un étroit défi lé, entre deuxhautes montagnes, le Gave qui mugit à une grande profondeur. Avant 1838, elle offrait encore deux pentes trèsrapides, l’une, en sortant de Pierrefttle à la côte del’Estains, et l’autre à moitié chemin parmi les rochers écroulés du Limaçon ; depuis, les rampes ont été adoucies et la plus forte ne dépasse pas 7 centimètres.

« Le chemin, taillé à pic et quelquefois en surplomb aux flancs schisteux des montagnes de dr. , s’élargit bientôt, dit M. Lemonnier, tout en suivant la rive g. du Gave, dont on aperçoit les eaux bouillonnantes A travers le feuillage épais des noyers , des frênes , des aunes et des tilleuls. La rive dr. , formée par les flancs de la montagne de Soulom, offre çà et là, au milieu des rochers qui les festonnent, de verdoyantes prairies ornées de bouquets d’arbres et de quelques métairies. A mi-chemin de Pierrefitte à Cauterets - on passe, au moyen d’un pont en bois fort insignifiant, sur la riva

dr. du torrent et au pied de la butte dite du Limaçon. A g. tombe une assez jolie cascade.

«.La butte du Limaçon est formée par un double éboulement de roches calcaires , séparées des montagnes de dr. et de g. , et dont les débris forment une sorte de chaos, au milieu duquel mugit le Gave.

Un bloc énorme attire surtout l’attention par sa masse et sa position presque verticale au milieu des eaux qui , en cet endroit , font plusieurs chutes d’un bel effet. Le ravin qui près de là descend des hauteurs déchiquetées du Cabnliros mérite aussi un coup d’œil pour sa sauvage et affreuse beauté.

« Au delà du Limaçon , la gorge devient plus spacieuse; en même temps le Gave s’éloigne de la route, les champs ensemencés et les tertres couverts d’habitations deviennent plus fréquents ; enfin apparaît l’étroit et pittoresque bassin de Cauterets, formé par la réunion du Cambasque avec le Gave de Cauterets. »

10 kil. de Pierrefite (46 kil. de Tarbes.) Cauterets (V. R. 43).

«ENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Hôtels : De France, chez Dcrrey père; du Lion-d'Or, che* Cazenave ; des Ambaetadeurt , chez Pagès; de V Europe, chez Pradé ; de Paris, place Saint-Martin ; Richelieu, rue de la Raillère.

Tables d’hôte. Déjeuner, 2 fr. 50 c.; dîner. S fr.

Maisons meublées : Bel y, Diasson , Bérot, Bordenave, Bordeu, Camus, Cazonave, Couloume, Dauos, Duhoureau, Flurin, Managau, Lafotit, Larrieu, Latapie, Latour et plusieurs autres. — Ces maisons sont toutes situées sur la place.

dans la rua principale, dans la rue Saint- Martin et dans celle de la Raillère. Le prit moyen d’une chambre à deux lits est de 5 fr. par jour. Il s’élève parfois juâqu’à T, 8 fr., et môme to fr. Dans des maisons moins favorablement exposées et plus éloignées du ceutre , le prix d’une chambre varie de 2 fr. 50 c. à h fr. par jour. Les prix se réduisent des deux tiers pendant les mois d’aoôt et de septembre.

Médecin inspecteur. M. Dimbarre, rue de la Raillère, maison l)anos.

Inspecteur adjoint. M. Cardinal , même rue, maison Flurin.

Docteurs-Médecins. MM. Daudirac, rue de l’Église, maison Daudirac; Bonnet de Malherle, rue Richelieu, maison Bvasson père ; Darré , même rue, maison Darré ; Gouët, même rue, maison Lacrampe ; Drouet, place Saint-Martin, maison Larrieu; Bordeu , rue de la Raillère, maison Bordeu; Coudret, môme rue, maison Byassonfils; Baron, même rue, maison Buron; Camus, môme rue, maison Camus.

Pdakmacibns. MM. lbos; Broca, rue Richelieu.

, Librairies. MM. Dufour, rue de la Raillère, nouveautés littéraires, estampes , gravures des Pyrénées ; Dufour, entrée du parc Brauhanban. On trouve chez ces deux libraires les ouvrages archéologiques et historiques du Bigurre, du Béarn, etc., par M. Céuac-Muncaut. Prix, h fr. avec gravures, i fr. 50 c. sans gravures.

Cabinet de lecture. Mlle Pujo Bergé Débat, place Saint-Martin.

Cercle , salle de bal et concert.

Chez Mme veuve Dupont.

Cafés : Larramiau , maison du cercle pupont ; Larramiau , place Saint-Martin; Gave, à la mairie ; Larramiau aîné , rue de la Raillère.

Guides de !'• classe. Latapy, Jean, chemin du Mamelon - Vert ; B&ranne, Jean-Marie ; I.acarret, Joseph; Bordôres Perret, rue do Richelieu; Pont, Jean- Marie, rus Richelieu; Genthieu, Jean- Pierre, sur la route de Picrrelltte ; Dulmo, Jean, route du Mamelon-Vert; Sarniguet-Carro, pont de la Celle ; Lacaze-Canon ; Poueydehau; Jean (oncle),

près de l’Établissement; Dulmo, Joseph, rue de Pause ; Lamarque , Vincent, rue de Pause.

Guides de 2* classe. Bordères , Joseph , près du Mamelon-Vert; Soubie, Mathiéu, rue de l’Église; Latapy, Jean- Pierre, chemin du Mamelon -Vert; Gézat, Jean-Marie, pont de la Cille; Moussai, Lucien , rue Richelieu ; Vergez, Auguste, rue Richelieu, chez M. Derrey, (ils ; Vergez, Joseph, rue Richelieu , bétel du Lionrd’Or.

Les guides ne pourront exercer leur industrie qu'après s’ètre munis de la carte de leur classe ; ils sont ténus d’exhiber cette carte aux étrangers , s'ils en sont requis.

Le prix des guides s été fixé en 1153 par un tarif. Voy. chaque course.

Loueurs de voitures. Pruuzet, 3 voit.; Parade, 2 voit.; Harraca, 3 voit.; Cazenave, i voit.; Derrey père, t voit., tous rue Richelieu; Lahassé, sur le pont de la Gelle , 2 voit.; Harraca, rue de la Raillère, 5 voit.; Boirié, même rue, t voit. Le tarif de la journée est ordinairement de 20 à 25 fr.

Loueurs de chevaux. Raranne, Berret, Harraca, Houssat , Lacaze Lucien, Parade et Prouzet, tous rue Richelieu; Lanusse, place Saint-Martin ; Dulmo, Latapie, Sarniguet, Guilhamassé, tous près le pont de la Gelle; Cauon Lacaze, place d’Aguesseau $ Dulmo, Joseph, route de Pause; Germain Bérot, rue de la Raillère.

Tarif des chevaux. 3, k et 5 fr. par jour, suivant les époques de la saison.

Loueurs d’anesses. Suhercage et Page, chemin de Pause.

Tarif des chaises a FORTSDRs.Voyei ci-dessnus chaque course.

Omnibus. Les omnibus partent de h h.

du matin jusqu'à midi; prix des places, 40 c. pour aller, 20 c. le retour. Départ toutes les 5 minutes.

Messageries ; Impériales «générales pour toute la France, par Tarbes et Pau, chez Pons, place Saint-Martin ; Dodé, pour Tarbes et correspondances, rue Richelieu , chez lbos, pharmacien ; Carrère pour Tarbes; Renguedat, pour Pau; Coalat, pour Luz , Saint-Sauveur et Baréges , place Marchande ; Ribettes, de

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Cauterets à B&gnères-de-Bigorre et Luchoo ; Callet, pour le Béant ; Harraca, Lannegrand et Gronço, pour Lourdes:

Situation.— Aspect général — Histoire.

Cauteretf, b. de 1301 h., composé d’environ 200 maison?, est situé à 992 mèt. au-dessus de la mer, dans un bassin étroit, entre trois hautes montagnes : à PE., Perraute, drapé de sombres et magnifiques forêts de sapins; au S., Péguère, dont le sommet est couvert de sapins et le flanc de hêtres; à l’O. , Peyrenère , parsemé de maisonnettes et de cultures, presque jusqu’aux pâturages de son triple sommet. Derrière ces trois montagnes, on aperçoit dans le lointain d’autres crêtes plus élevées; au N.

et à PO. , celles du Cabaliros et du Monné-, au S. , celle de VHourmigas.

Cauterets est généralement bien bâti; «malheureusement, ditM. Lemonnier, les maisons étant fort élevées , interceptent le peu de lumière et de soleil que les montagnes y laissent descendre; d’où résulte pour cette petite vallée un air de tristesse que le mouvement continuel des étrangers ne saurait entièrement dissiper. » En dehors de l’établissement , le bourg n’offre aucun édifice remarquable : l’église n’a d’autre mérite que d'être propre et bien tenue.

La1 ville de Cauterets est très-ancienne, puisque certains historiens parlent d’une visite qu’y aurait faite le grand César. Quoi qu’il en soit, on ne peut douter que ses eaux ne fussent très-fréquentées au temps des rois de Navarre. La reine Marguerite, sœur de François I*r, y venait avec sa cour, ses poètes, ses musiciens et ses savants. Un poète

du pays composa sur elle la jolie chanson que voici :

Aii* thermes de Toulouse Ue fountaine claire y a,

Bagnan s’y palou mettes (colombes)

Ail noumbre soun de très.

Tan s’y soun bagnadettes (baignotées)

Tendant dus ou très mes

Qu'an près la bouladette (qu’elles ont

pris le vol)

Taii baiit de Cauterès.

Digat mi paloumettes,

Que ay à Cauterès ?

« Lou rey et la reynette

S’y baignan dab (avec) nous très.

Lou rey qu’a üe cabane Couberte qu’ey de flous ;

La reyne que n’a gn’aüte (en a une autre) Couberte qu'ey d'amous. »

A cette époque , nous dit la reine Marguerite, un voyage aux eaux avait bien ses dangers.

« Le 1" jour de septembre, que les bains des monts Pyrénées commencent d’entrer en vertu , se trouvèrerft à ceux de Caulderets plusieurs personnes, tant de France, Espagne, que d’autres lieux; les uns pour boire Peau, les autres pour s’y baigner, les autres pour prendre de la fange, qui sont cho-1 ses si merveilleuses , que les malades abandonnés des médecins s’en retournent tous guéris. Mais sur le temps de leur retour, vinrent des pluies si grandes, qu’il semblait que Dieu eût oublié la promesse qu’il avait faite à Noé de me détruire'plus le monde par eau; car toutes les cabanes et logis du dit Caulderets furent si remplis d’eau qu’il fut impossible d’y demeurer.

« Les seigneurs français et dames (pensant retourner aussi facilement à Tarbes comme ils étaient venus) , trouvèrent les petits ruisseaux si crus qu’à peine purent-ils lesgayer.

Mais quand ce vint à passer ce

Gave béarnais , qui en allant n’avait point deux pieds de profondeur, le trouvèrent tant grand et impétueux, qu’ils se détournèrent pour chercher les ponts, lesquels, pour n’être que de bois, furent emportés par la véhemence de l’eau. Et quelques-uns, cuidant rompre la violence du cours pour s'assembler plusieurs ensemble, furent emportés si promptement que ceux qui voulaient les suivre perdirent le pouvoir et le désir d’aller après. »

Sur quoi ils se séparèrent, cherchant chacun un chemin. « Deux pauvres dames , à demi-lieue deçà Pierrefitte , trouvèrent un ours descendant de la montagne, devant lequel elles prirent la course à si grande hâte, que leurs chevaux à l’entrée du logis tombèrent morts sous elles; deux de leurs femmes, qui étaient venues longtemps après, leur contèrent que l’ours avait tué tous leurs serviteurs. »

C’est à Cauterets que Marguerite écrivit son Heptaméron. Elle allait avec ses femmes dans un beaupré, « le long de la rivière du Gave, où les arbres sont si feuillés que le soleil ne saurait percer l’ombre ni échauffer la fraîcheur, et s’asseyaient sur l’herbe verte, qui est si molle et délicate qu’il ne leur fallait ni carreaux ni tapis. » Et chacun à son tour contait une aventure galante.

• Rabelais visita également les sources de Cauterets. Aujourd’hui le nombre des visiteurs annuels, malades ou touristes, dépasse 13000.

On y compte généralement deux saisons : la plus fréquentée commence le 1er juillet pour finir avec le mois d’août. Avant ou après ces époques il fait souvent froid le matin et le soir.

a La richesse hydrologique de Cauterets n’a poiDt de rivale dans les Pyrénées, dit le Manuel indicateur. Le nombre des sources de cette localité n’est égalé que par lepr variété. » Les sources utilisées sont actuellement au nombre de 23, et alimentent neuf établisse-'' ments formant deux groupes bien distincts, l’un à Cauterets même, et l’autre plus au S. , au confluent des Gaves de Lutour et de Marcadau. Le premier groupe comprend les eaux de César, des Espagnols, de Bruzaud, de Rieumizet, de Pause- Vieux, dePause-NouveauetdeVieux- César. Le groupe du S. , situé à la jonction des Gaves de Lutour. et de Marcadau, se compose des bains de la Raillère, du petit Saint-Sauveur, du Pré, du Mauhourat et du Bois. Les habitants de la vallée de Saint-Savin sont les propriétaires de la plupart des sources et ont le droit de s’y baigner gratuitement ; mais quelques-unes appartiennent à des particuliers. Les renseignements que nous allons donner sur les établissements des deux groupes ont été puisés en grande partie dans l’euvrage de M. Gouët.

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