LE PORT DE GAVARNIE
& b. environ. Ce port, qui n’offre aucune difficulté, est praticable même en hiver, et c'est par ce passage que les Espagnols de la vallée de Broto amènent leurs troupeaux aux pâturages des lacs d'Estom et d’Kstom-Soobiran, dans le groupe des montagnes de Saint-Sauveur.
Au sortir de Gavarnie, on prend à dr. pour remonter la vallée, dans la direction du S. O., par un sentier assez facile qui contourne à l’O.
les escarpements du Taillon. A l h.
environ on perd le cirque de vue, et la montée devient plus roide. On atteint cependant en 1 h. le port de Gavarnie , haut de 2*280 mèt. , et d’où l’on découvre une vue bornée. Le sentier, changeant alors de direction, descend rapidement vers le S. E. à travers des rochers escarpés jusqu’à la vallée qui s’ouvre comme un abîme du côté du S., et, 1 h. 1/2 après avoir quitté le col, on traverse un joli pont, pour entrer dans le hameau de Boucharo (Bujaruelo) , situé à l’extrémité supérieure de la vallée de Broto. Pendant toute la descente , on a toujours pu voir en se retournant l’énorme masse du Taillon. L’unique auberge de Boucharo , assez bien tenue , se trouve située sous un rocher dont le sommet est souvent couvert de neiges.
On peut aller de Boucharo : 1“ à Panticosa par la montagne de Bendenera, 7 h. de marche, ou par la route de la plaine qui traverse les villages deTorlaetde Biescas , 12 h. ; 2° à Cauterets par la belle gorge d’Aratille et le pio»L occidental du Vigncmale, 10 h. de marche; 8* à Fanlo, 8 h. de marche.
LA VALLÉE D’hÉAS ET LE CIRQUE DE TROUMOUSE.
De Gèdre à la chapelle d'Héas, 2 h.
de marche. De la chapelle au cirque, 2 h. 30 m. Le chemin est partout praticable pour les chevaux. C'est une excursion de g h., aller et retour. Un grand nombre de touristes vont à Gavarnie par la vallée d’Héas et le Coumélie, et reviennent par leChaos. Du Coumélie, on découvre une vue admirable sur le cirque de Gavarnie.
De Bèdre à la chapelle d’Héas.
Quand on vient de Saint-Sauveur, on n’a pas besoin d’aller jusqu’à Gèdre, à moins que Ton ne veuille s’y rafraîchir, y déjeuner, ou visiter la grotte ; mais, avant d’arriver à ce village, on prend à g. le chemin qui monte à Gèdrc-Dessus , situé à 1149 mèt. sur le versant méridional de la montagne, à 15 min. environ de Gèdre- Dessous. D’abord on se promène dans une charmante allée d’ormeaux et d’érables qui se prolonge à perte de vue entre les prairies et les habitations ; au-dessous, une double ligne d’arbres désigne la tranchée où le Gave d’Héas coulo sous un berceau de verdure avant de déboucher à la grotte de Gèdre.
On longe constamment la rive dr.
du Gave. Quand on se retourne, on aperçoit le pic d’Aubiste et lo pic de Saubé. En face, se dresse le Montferrand ; à dr. , de l’autre côté du Gave, le Coumélie empêche de voir le Piméné.
Après avoir traversé (15 min.) sur un pont le torrent qui descend à g.
du pic de Cnmbielle (3173 mét.), le paysage change tout à coup d’aspect. Le torrent se brise en écume, à travers des débris, au fond d’un
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
ravin triste et nu : une gorge sauvage remplace les prairies verdoyantes et les bouquets d’arbres, a On passe de la vie à la mort : ce ne sont plus que terres éboulées, blocs entassés, parmi lesquels on distinguait naguère des tronçons de sapins, misérables restes de la forêt qu’entraîna l’effroyable débordement de 1788. » Ce passage est dangereux quand il pleut , mais surtout au printemps : les terres détrempées glissent et entraînent des blocs de rochers.
On se trouve alors (30 min.) au niveau du Gave, qu’on avait longtemps dominé, et bientôt on débouche dans un petit bassin, formé par le confluent de la^vallée d’Héas et de la vallée d ’Estaubé. L’ouverture de cette dernière vallée se montre, à dr. vers le S., entre le Coumélie et la montagne d’Héas, appelée aussi le Montferrand et le pic d’Agude (2380 mèt.) ; son niveau est fort élevé au-dessus du niveau de la vallée d’Héas : elle se termine , à son extrémité inférieure, par une haute muraille de rochers, du haut de laquelle bondit avant de se réunir au torrent d’Héas, le Gave auquel elle donne son nom. (V. R. 52).
Un énorme monceau de ruines qu’il faut escalader sépare ce petit bassin du bassin supérieur où se trouvent, à 1480 mèt. de hauteur, la chapelle et le hameau d’Héas.
11 serait naturel de croire que tous ces rochers amoncelés sont descendus du sommet des montagnes dont ils couvrent les flancs; mais la tradition montre encore dans la partie moyenne du pic d’Héas l'escarre d’où ils se sont détachés. C’est de lfl qu’en 1650 tomba l’avalanche de pierres qui remplit le fond du val-
lon et rebondit jusque sur la pente opposée. L’accumulation des eaux du torrent en amont de cette barrière infranchissable forma un vaste lac qui ne dura qu’un siècle et demi. En 1788, une autre convulsion de la nature le détruisit avec l’obstacle qui l’avait créé. L’inondation fut tellement terrible, que * la plaine de Luz disparut entièrement sous les eaux, et que le Bastan fut refoulé jusqu’à Baréges. Des étrangers saisis de terreur s’enfuirent à Bagnères de Bigorre par le col de Tourmalet.
La nature, l’origine, la*situation de ces blocs, à travers lesquels on chemine péniblement , rappellent le Chaos de Gavarnie ; mais les rochers sont loin d’être aussi grands.
Un seul bloc soutiendrait la comparaison : on l’appelle par excellence le caillou de l'Arrayé ( arrayé est, dans le langage du pays, le nom générique de tous les monceaux dq rochers écroulés).
On raconte que la statue de la Vierge descendit des cieuxpour s’abattre sur ce bloc, où elle resta jusqu’à ce que les pasteurs, touchés de la voir sans abri , lui eurent bâti plus loin une chapelle. Dès ce moment , l’heureux bloc fut doué de propriétés miraculeuses, et le moindre de ses fragments est un talisman préservateur; les pèlerins viennent en procession en casser chacun un petit morceau. Après la mort du duc de Berry, M. de Vaudreuil proposa de transporter le roc de l’Arrayé à Paris , pour élever au duc de Berry un monument qui rappelât, dit-il, « l’énormité de l’attentat, la grandeur de notre perte et l’étendue de nos regrets : douze à quinze millions et dix années suffiraient. • M. de Chausenque pense