‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 170 sur 384 · ROUTE 51. DE GÈDRE A HÉ AS · texte numérisé non relu

ROUTE 51. DE GÈDRE A HÉ AS

que la vénération des montagnards pour ce rocher date de l'époque des druides, alors que le bloc d’Hagctmau, le dolmen de Sem, près de Vicdessos (V. R. 83), les pierres sacrées de Héchette , à l’entrée de la vallée d’Aure (V. R. 03), et tant d’autres rochers, étaient considérés comme des autels que la nature elle-même avait dressés pour son culte.

Ce petit chaos traversé, on aperçoit une sorte de vallée nue sans arbres, arrosée par l’Aguila, et au fond de laquelle s’élève, à 45 m. , (2 h. de marche de Gèdre), la chapelle de Notre-Dame d’Héas, entourée de quelques maisons, à 1547 mèt.

d’altitude. « Cette chapelle, dit la légende, a été Mtie par trois maçons, que trois chèvres , suivies de trois chevreaux, venaient tous les jours nourrir de leur lait ; au bout de trois mois, l’édifice était presque achevé, lorsque les trois maçons, sans doute ennuyés de boire toujours du lait, résolurent, à la première occasion , d’égorger l’un des chevreaux et de le fàire rôtir. Mais les chèvres étaient fées; elles devinèrent le complot et ne reparurent plus, si bien que les maçons se virent exposés à mourir de faim et furent obligés de descendre dans la vallée pour y chercher de la nourriture. »

La chapelle d’Héas, Mtie en forme de croix, est surmontée d’un petit dôme ; la porte et les deux pilastres sont de marbre, ainsi que l’attique, où les fidèles vont adorer une statue de bois. Il y a deux autres statues dans l’intérieur de la chapelle: l’une, également en bois, est ornée d’un riche manteau et coiffée du capulet rouge des montagnards; l’autre, en faïence, est très-petite,

et on ne l’expose à la vénération des fidèles que dans les grandes solennités. Le maître autel est richement doré, les murs sont ornés de peintures à fresque assez grossières. L’église peut contenir trois ou quatre cents personnes. Le 15 août et le 8 septembre, l’affluence des pèlerins est considérable.

Près de la chapelle se trouve une espèce de cantine où l’on peut, au besoin, passer la nuit.

D’Héas à Aragnouct par les Aiguillons (V. R. 53) ; — à Gavarnie pur le Coumélie (Voy. ci-dessous).

B’Héas au fond du cirque de Troumouse.

2 h. 30 m., pour aller, t h. 30 m.

pour revenir. Chemin en jiartie praticable à cheval.

Au fond du vallon d’Héas, se dresse un rocher très-aigu qui se détache fièrement du flanc de la montagne : c’est une véritable aiguille que l’on nomme fort improprement la tour de Lieuzaube ; d’après Ramond, elle offre beaucoup de ressemblance avec le Mânch, dans l’Oberland Bernois. Au pied de cette aiguille, la vallée se rétrécit, puis, s’élargissant de nouveau, elle forme le petit cirque de verdure (ouïe ou oulette), de la Combe du four, entouré de hautes montagnes et dominé au fond par la belle masse de Troumouse (3086 mèt.) , avec ses étages superposés de gazon et de neige.

La vallée d’Héas se bifurque :

du bras de l’O. , plus élevé , descend le Gave de Maillet, qui fait plusieurs chutes; l’autre bras, celui dùToityèret, beaucoup plus large, suit la direction de la vallée principale , et se termine au pied du cirque du côté de l’E. Le Gave qui le parcourt ,

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

forme aussi plusieurs belles cascades, dont la plus élevée est celle de Mataras. C’est dans ce vallon que se trouvent les mines abandonnées de Touyères et de Sainte-Marie, d'où l’on tirait autrefois de l’argent, du cuivre et du plomb.

Entre les deux vallons s’élève une masse considérable de granit, qui forme au N. le mur de soutènement du cirque de Troumouse. Pour apercevoir le cirque, il faut encore gravir ce dernier escarpement.

« La vue subite ajoute à l’effet, dit M. de Chausenque , lorsqu’on découvre à la fois cette aire au loin prolongée, reposant sur le granit que voile la verdure, et son enceinte circulaire régulièrement construite de gradins gigantesques. Ce plateau n’est point un plan nivelé comme la Vraie de Garantie , le Bénououmêmele Pla de Béret) c’est une continuité d’ondulations, de petites buttes et de courbes , dont toutes les formes sont adoucies et toutes les pentes revêtues de pelouses. Mais ces inégalités disparaissent sôus les masses du pourtour, et l’œil n’y voit qu’une plaine de verdure dont la teinte paraît plus fraîche auprès de la zone Continue de neige et d éboulis, qui, sur de rapides talus, précèdent partout les murailles, noirs soubassements des glaciers et dès crêtes qui sont les fleurons de cette immense couréntfe. »

« Je n’ai rien vu dans les Alpes, dit Raménd, qui ressemblât parfaitement à nos ouïes, parce que les Alpes n'ont rien qui ressemble à la chaîne du Mont-Perdu. L oule de Gâvârnie, surtout, est un de ces objets qu’on cherche en vain hors des Pyrénées; je ne pourrais en donner une idée aux habitants c’e

la Suisses. qu’eri la comparant au petit bassin de Leuk, où la Gemmi , surmontée de ses tours, représenterait le Marboré, moins ses cascades et ses glaciers; encore cette légère analogie ne soutiendrait guère plus les regards du peintre que ceux du géologue. L’oule d’Estaubé, beaucoup plus développée, est cependantmoins remarquable en ce genre, et ne se refuserait pas tant aux comparaisons. Mais ce qui n’en souffre aucune, ce qui est extraordinaire, même dans les Pyrénées) c’est l’oule d’Héas. Lorsque, après une heure d’ascension, nous atteignîmes le plateau de Troumouse, et que nous nous trouvâmes au ni-, veau de ce cirque majestueux, nous demeurâmes interdits à . l’aspect d’un objet aussi nouveau pour nous que si nous n’avions jamais vu des montagnes.

« Les deux chaînes qui nous avaient jusqu’ici resserrés entre elles, s’écartent tout d’un coup et décrivent une courbe immense qui forme environ les quatre cinquièmes d’une circonférence complète. L’uné des branches du croissant se termine à côté du spectateur par deux énormes rochers qui se projettent eu avant comme deux bastions à la base du Mont-Herraut ou Mont-Ferrand (2789 mèt.); l’autre branche est formée par la longue montagne d'Aquila (2644 mèt.) toul unie; sans ressauts, sans anfractuosités -, dont le sommet terminé en plateforme est surmonté d’un rochef tronqué. Ce rocher qu’on appelle Tour des Aiguillons, rappelle les Tours du Marboré, et, quoique son élévation réelle soit bien moindre (2269 mèt.), cependant son isolement lui donne l'avantage; il domine sans concurrents le cirque et

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