‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 175 sur 384 · ROUTE 52. LE MONT-PERDU · texte numérisé non relu

ROUTE 52. LE MONT-PERDU

grand que la nature; mais ce que je n’ai pas vu, c’est la livrée des sommets les plus élevés revêtue par une montagne secondaire. Ces formes simples et graves, ces coupes nettes et hardies , ces rochers si entiers et si sains , dont les larges àssises s’alignent en murailles, se courbent en amphithéâtres, se façonnent en gradins, s’élancent en tours, où la main des géantÿ semble avoir appliqué l’aplomb et le cordeau : voilà ce que personne n’a rencontré au séjour des glaces éternelles; voilà ce qu’on chercherait en vain dans les montagnes primitives, dont les lianes déchirés s’allongent'en pointes aiguës et dont la base se cache sous des monceaux de débris. Quiconque s’est rassasié de toutes leurs horreurs trouvera encore ici des aspects étranges et nouveaux; du Mont-Blanc même il faut venir au Mont-Perdu. Quand on a vu la première des montagnes granitiques, il reste à voir la première des montagnes calcaires. »

Enfin la troisième tentative de Ramond réussit. Sa première station fut au port de Pinède, sur le sommet de la muraille qui domine au S. lecirqued’EsfauW, à 2(i66mèt.

de hauteur. Là il se trouvait exactement au même niveau que le col de Fanlo, qui s’ouvre au S. de l’autre côté de la vallée de Bôousse.

o Mais en vain nous étions à la hauteur du col de Fanlo ; il fallait descendre, et descendre beaucoup, pour y remonter. Nous nous dirigeâmes obliquement vers les énormes murailles qui soutiennent le lac du Mont-Perdu ainsi que sa terrasse, et nous arrivâmes au point d’où le torrent de décharge se précipite en une épouvantable cataracte jusqu’au fond de la vallée de Béousse.

Là se trouve un petit plateau trèsherbeux. mais très-incliné. Nous y rencontrâmes un berger avec lequel nous passâmes la nuit, environnés de la vapeur des cascades et l’orage grondant de toutes parts autour de nous.

a Le premier travail de la matinée fut de traverser le torrent de décharge du lac. Sa profondeur , sa rapidité, surtout le froid de l’eau, rendent cette opération assez difficile. Du torrent jusqu’au col de JVmcle ou de Fanlo , nous n’éprouvâmes d’autre difficulté que celle de la forte inclinaison des pentes.

« C’est à l’occident du col de Niscle que se montrent les premiers étages du Mont-Perdu, et ils s’annoncent tout à coup avec une fierté qui prépare dignement aux avenues de sa cime. Quatre ou cinq terrasses empilées les unes sur les autres forment autant de degrés , dont les marches sont comblées en partie ou de neige ou de débris, qui facilitent un peu l’accès de ces murailles, autrement inaccessibles. Les premiers de ces débris sont d’assez gros blocs.

Ils paraissent appartenir au prolongement de la couche parasite de grès qui couronne la montagne de Niscle.

« J’outre-passai ces blocs en peu de temps, et, en continuant à m’élever obliquement du N. E. au S.

O., c’est-à-dire dans une direction qui coupait à peu près à angle droit la direction générale des bancs, j’atteignis bientôt les ruines qui appartiennent à la continuation des couches dont le corps même de la montagne de Niscle est formé.

« Nous employâmes près d’une heure à traverser ces débris, et cette partie du voyage nous excéda de fatigue, par l’effort qu’il fallait

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

faire tant pour gravir des pentes fort inclinées, que pour lutter contre la tendance qui entraîne incessamment ce terrain mobile vers le précipice. Enfin, nous parvînmes à la terrasse supérieure, et nous nous trouvâmes sur une bande de rochers qui forme d’abord une étroite arête, mais qui, s’élargissant peu à peu, conduit commodément et de plainpied à une espèce de vallon où commencent les glaciers dont le pic est entouré. Bientôt après nous étions sur le pic. Vers le haut, l’épaisseur des neiges est peu considérable, parce que la forme tranchante du fatte de la montagne n’en souffre point l’accomulation. Au sommet, elles ne m’ont pas paru avoir plus de 3 mèt. de profondeur. Leur consistance est rare et légère, et elles ne recèlent que peu ou point de glace, attendu que les dégels sont ici de trop courte durée pour les imprégner d’eau, et que la plus petite quantité qui se forme durant les plus beaux jours de l’été s’écoule promptement le long des deux versants. Mais sur la pente septentrionale, ces mêmes neiges prennent peu à peu de la solidité , et se transforment bientôt en un vaste glacier qui descend jusqu’au bord du lac, et dont la hauteur verticale est d’environ 800 mèt.

« Au S. , an contraire , le sol du pic était à découvert : ce qui résulte moins de l’action de la chaleur que de l’extrême roideur de l’cscarp>ment, les neiges ne pouvant s’y soutenir; elles tombent continuellement du haut de la montagne sur un talus situé à 600 ou 700 mèt. audessous, et elles forment un glacier assez considérable pour résister à la chaleur directe et réverbérée à laquelle cette situation l’expose.

a Au N. , s’élèvent les montagnes primitives qui constituent l’axe de la chaîne. Leurs cimes aiguës et déchirées s’enchaînent étroitement , et forment une bande de plus de 4 myriamètres d’épaisseur transversale , dont l’élévation intercepte totalement la vue des plaines de France. Telle est de ce côté l’insensible progression des abaissements, que cette large bande se compose de sept à huit rangs de hauteur graduellement décroissante , et que le Pic du Midi de Bagnères, qui se trouve au dernier rang visible , n’egt encore qu’à 500 mèt. au-dessous du Mont-Perdu.

« Au S., le spectacle est bien différent. Tout s’abaisse tout d’un coup et à la fois. C’est un précipice de 1000 à 1100 mèt., dont le fond est le sommet des plus hautes montagnes de cette partie de l’Espagne.

Aucune n’atteint à 2500 mèt. d’élévation absolue; elles dégénèrent ■bientôt en collines basses et arrondies, au delà desquelles s’ouvre l’immense perspective des plaines de l’ Aragon. »

Depuis Ramond, une route plus courte a été découverte; on gravit maintenant le Mont-Perdu par son versant méridional. On part de Gayarnie (V. page 305) , On monte à ht brèche de Roland (V. page 308), et l’on va coucher à la cabane de Gaulis (1 h. 30 m.) située à la base même du Mont-Perdu. De ce côté, il n’y a pas de glaciers à franchir; mais, vers la cime, après avoir longé la base d’une montagne appelée Tour de Gaulis, il faut gravir des pieds et des mains à travers trois fissures de rochers dont les escarpements sont presque verticaux. Le dernier passage est le plus daugereux.

ROUTE 53. DE GÈDRE A ARAGNOUET.

DE GÈDRE A ARAGNOUET.

7 h. environ. 4 b. pour monter, 3 b.

pour descendre. Chemin de piétons, as sez difficile par le mauvais temp^. Ud guide est nécessaire.

A . Par le col 4e Cambtetle.

On suit d’abord le chemin d'Héas jusqu’au pont qui traverse le Gave de Câmhielle. On le quitte alors pour s’engager dans la vallée aride et nue d’où descend ce torrent, et que l’on remonte dans la direction dé l’E. entre le Cambelong (2400 mèt.) au S. et le Pic Long (3195 mèt.) au N. Le col est Û 2595 mèt., dominé à g. par lé Pic Long et à dr. par le Cambiellé (3173 mèt.); on y trouve presque toujours de la neige. Une descente excessivement roide aboutit au fond de la vallée sauvage du Badët, oû le sentier rejoint celui qui Vient d’Héas et qui va être Indiqué.

B • Par Héa* et Ira .Ylgtillloaa.

7 à S h. de marche. D'Héas b Arngnonet, il n'y a pour ainsi dire aucun chemin tracé. Ce passage, préférable à celui du col de Câmhielle, à cause de la vue , est peu fréquenté, si ce n’est b certaines époques de l’année, par les pèlerins de la vallée d’Aure qui viennent b Héas.

Les meilleurs guides de Lus ne le connaissent pas. — En 1*57, j’aurais vainement essayé de le découvrir avec un guide qui se vantait de lé connaître, Sans l’assistance d’un berger, nommé Marc Gabardon , demeurant b Héas , que je recommande b tous les touristes désireux d’explorer hors des sentiers battus les montagnes voisines.

En quittant Héas, on gravît la montagne qui dominé là chapelle au N. E. Aucun arbre d’ombrage cette côte escarpée et pierreuse.

Après 45 min. d’une moulée roidé,

on atteint un vallon supérieur, dominé par des montagnes nues et tristes et arrosé par le Gave d’Aquila. Des bergers de Lourdes viennent chaque année faire paître leurs troupeaux sur ces pâturages .

où se trouvent souvent réunis plus de 20 000 moutons, brebis et agneaux. De misérables chalets y ont été construits près de la fontaine de Notre-Dame. Continuant à s’élever par une pente assez escarpée, èt, laissant à g. une petite cascade t on atteint en 45 min. (1 h. 30 min.

d’jïèas) un premier col d’où l’on jouit déjà en se retournant d’une belle Vue sur le Coumélie, le Montferrand et le Piméné, mais d’où l’on aperçoit devant soi un vaste cirque de pierre d’un aspect désolé, A dr. , on est dominé par les montagnes qui ferment de ce côté le cirque de Troumoqse. De ce point il faut encore 1 h. dè montée roide (les pierres de la chaîne que l’on gravit forment des escaliers), pour s’élever jusqu’à la crête de ce cirque qui, large à peine de 30 à 40 cent., s’étend à peu près à la même hauteur (2590 mèt.) du pic des Aiguillons ou Aiguillons (2969 mèt.) jus1qu’à la Salelte d’Estoum. Il n’y a pas de eol dans le sens propre de ce mot; on passe où l’on veut, c'est-à-dire oû l’on peut. La vue est fort belle; on aperçoit le Coumélie, le Saubê, le Piméné, le Montferrand , le cirque de Marboré , la brèche de îtolahd, le Mont-Perdu, le Vigneraale, les montagnes du cirque de troumouse , de la vallée d’Aure, le hadet (3165 mèt.), etc.

La descente est encore plus roide que la montée. Quelques flaques de neige la rendent tantôt plus facile, tantôt plus difficile. Aux pierres | éboulées sûccùdent les gazons. En

I h. cependant ou atteint le fond d'un vallon nu, triste, solitaire, parsemé de pierres tombées des flancs escarpés des montagnes de g. , où le port de Cambielle attire les regards par sa dépression neigeuse.

On ne doit pas continuer à suivre le torrent , car on arriverait à des escarpements difficiles et dangereux.

II faut le traverser pour se diriger à dr. et gagner des pâturages d’où le sentier, désormais bien tracé, descend par une pente roide à un pont jeté sur le üadet. Dans cette descente, on remarque surtout l’inclinaison extraordinaire des montagnes qui dominent la rive g. du Badet.

Le premier groupe d’habitations que l'on rencontre se nomme le Flan. Il se trouve à 2 h. du col et à 1 h. d’Aragnouet, où l’on peut së procurer un asile très-insuffisant chez le maire (V. la vallée d’Aure , R. 61).

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