SITUATION. ASPECT GÉNÉRAL
Baréges, liameau dépendant de
la commune de Betpouey, canton de Luz, est une longue rpe bâtie tout entière sur la rive g. du Gave de Bastan; à son extrémité supérieure , le chemin du Tourmalet la continue ; àson extrémité inférieure, la route de Luz y aboutit ; elle se compose d’une soixantaine de maisons assez tristes et mal récrépies , et d’une longue file de baraques et de cahutes de bois. Les avalanches s’accumulent chaque hiver sur les pentes de la montagne d ’Asblancs , située au N. de Baréges, glissent par quatre ravins dans la vallée du Bastan, franchissent le torrent, et remontent à travers le village jusque sur les flancs du pic d’Ayré.
Les habitants du pays sont parvenus à connaître par l’observation les habitudes des avalanches; aussi ont-ils laissé dans la direction qu’elles suivent ordinairement de larges espaces pour leur livrer passage. Malgré ces précautions, il est rare qu’un hiver s’écqule sans que les avalanches causent quelque dégât; souvent des maisons ont été rasées et des meubles ont été emportés à plusieurs centaines de mètres au-dessus de Baréges. Toutes les baraques de planches se démontent à l’entrée de l’hiver, et les diverses pièces, étiquetées et numérotées, sont mises à l’abri pour être rajustées au mois de mai.
Gn dit que des quatre ravins qui descendent sur Baréges de la montagne u’Asblancs, deux, ceux de Couradjé etd ’Égat sont aujourd’hui moins redoutables qu’autrefois ; déjà même , celui d’Egat voit ses flaucs se couvrir de verdure. Le plus dangereux est toujours celui de Midqou, qui verse ses avalauches sur le bourg d’une hauteur de 1200 mèt. et sous un angle de 45 degrés. Du côté du
S. , les chutes de neige sont moins à craindre , à cause d’une belle forêt de hêtres qui s’étend à la base du pic d’Ayré , entre Baréges et la montagne. Cependant le Bioulet (ruisselet) qui traverse le bois tout entier en emporte des lambeaux chaque aimée. Lorsque, après un orage, on entend un bruit sourd de craquements et de chocs, comme si quelque montagne croulait, on se dit : « C’est le Rioulet qui descend , » et l’on voit d’énormes blocs et des troncs de sapins glisser et bondir dans l’eau écumeuse qui mugit au fond du ravin. .
Baréges est situé à 1230 mèt. audessus du niveaû de la mer, à 800 mèt. seulement plus bas que la limite de la végétation des arbres.
Aussi les hivers y sont-ils extrêmement rigoureux. Le sol est enseveli sous 5 mèt. de neige : tous les habitants émigrent; on y laisse sept ou huit montagnards avec des provisions pour veiller aux maisons et aux meubles. Souvent ces pauvres gens ne peuvent arriver jusqu’à Luz et restent emprisonnés plusieurs semaines. Au commencement de mai , les propriétaires , les industriels de toute espèce qui spéculent sur le séjour des étrangers, se hâtent d’accourir. On répare les brèches des maisons, on restaure les toitures, on blanchit les façades, et le village remis à neuf est bientôt prêt à recevoir ses hôtes. Ils arrivent en foule dès les premiers jours de juin, et ne quittent Baréges qu’à la fin de septembre. Souvent même, bien que le village puisse loger 1200 personnes à la fois, des baigneurs attendent à Luz qu’une chambre soit devenue vacante. Cette affluence s’explique facilement par l’efficacité toute spé-
ciale et la supériorité incontestée des eaux de Baréges pour le traitement des douleurs, des blessures et des maladies de la peau.
La découverte des eaux de Baréges remonte à plusieurs siècles; mais les habitants du pays en usèrent seuls pendant longtemps. Elles ne commencèrent à jouir d’une réputation étendue que sous le règne de Louis XIV, époque à laquelle- Mme de Maintenon y coudqisit le jeune duc du Maine. En 1735, elles fixèrent l’attention du gouvernement. L’ingénieur Polard fit alors construire la route qui conduit de Tartes à Baréges, par Lourdes, Pierrefitte et Luz. Cependant le fontenier Chevillard, aidé des conseils de Polard , réussit à capter les sources, et fonda les bains de l’ Entrée, du Fond , de Polard , la buvette et les douches. Les bains de Lachapelle, les bains neufs, furent construits depuis; enfin, le bain i)assieu, tout moderne, a pris le nom de l’inspecteur de Ge nom. Quant aux piscines, deux, la piscine militaire et la piscine des pauvres , furent établies d’après les avis de l’ingénieur Moisset , chargé de retrouver les sources de Lachapelle et de l’Entrée qui en 1777 avaient disparu. La piscine civile est moderne.
Trois ponts traversent le Bastan , en amont, en aval et au centre du village; celui du centre n’est pas public; il appartient à l’hôpital militaire, et communique avec un préau où se promènent les soldats convalescents.
l'établissement thermal.
L'établissement des bains est situé sur le côté N. de la rue , aux
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
deux tiers à peu près de sa hauteur :
« C’est un édifice misérable, dit M. Taine; les compartiments sont des caves sans air ni lumière; il n’y a que seize cabinets et deux douches , tous délabrés. Les malades sont obligés souvent de se baigner la nuit. Les trois piscines sont alimentées par l’eau qui vient de servir aux baignoires: celle des pauvres reçoit l’eau qui sort des deux autres.
Les piscines, basses, obscures , sont des espèces de prisons étouffantes et souterraines. Il faut avoir beaucoup de santé pour y guérir. » On doit construire un nouvel établissement et on procède à un captage des sources mieux entendu , sous la direction et d’après les projets de M. François.
L'hôpital, situé au N. du village , est un triste bâtiment crépissé , dbnt les fenêtres s’alignent avec une régularité militaire. 11 se compose de trois ou quatre maisons qu’on a réunies tant bien que mal à grand renfort d’escaliers. 400 à 450 militaires visitent chaque année l’hôpital de Baréges.
IJu autre établissement thermal, celui de Barxun, se trouve à 500 mèt.
sur la rive dr. du Bastan , en aval de Baréges. 11 est la propriété de M. Barzun , pharmacien; il comprend neuf cabinets de bains, trois douches et une buvette.
LES EAUX
Baréges.
Eau thermale, sulfureuse.
Connue depuis longtemps, mais, comme nous l’avons dit , en vogue surtout depuis 1675 , époque où l’usage en fut prescrit auducdu Maine.
Huit sourcet : Le Tambour , l’En-
trée, Lachapelle, Polard, Bain- Neuf, le Fond, Dassieu, Genecy.
Débit en 24 h. : 16£K)hectol. envir.
Tempéra ture : Varie de 45* (S. Tambour, grande douche) à 31“ (S. Lachapelle).
Caractères particuliers : Eaux limpides, onctueuses au touchef, odeur d’acide sulfhydrique, saveur hépatique avec arrière-goût fade et nauséabond (C. James) , contiennent en abondance cette substance azotée que Longchamps décrivit le premier sous le nom de barégine.
S’altèrent peu à l’air et ne blanchissent pas comme celles de Bagnères de Luchon, ce qui tient, suivant M. Filhol , à ce qu’elles ne contiennent pas de silice en excès.
Service médical : Un médecin inspecteur, un inspecteur adjoint, un inspecteur honoraire.
Emploi : Boisson, bains, douches, piscines.
Situation : 1270 mèt. au-dessus de la mer (Annuaire des Eaux minérales de France).
Climat variable , grande chaleur et froid vif se succédant fréquemment. Nécessité des vêtements de laine.
Saison : Juillet et août.
Effets physiologiques : Eaux les plus excitantes du groupe pyrénéen; graduation du traitement rendue facile par la différence des sources comme température et comme sulfuration. Action vive sur la peau et sur l’économie en général , mais surtout action locale énergique : l’eau ne se décomposant pas et ne donnant que peu de ses éléments à l’absorption bronchique. Spécifique dans les cas de blessures anciennes, dans les rhumatismes et dans les affections scrofuleuses.
Se transporte en bouteilles (eau de la douche) .
Classification chimique : Eau sulfurée sodique.
Analyse (O. Henry.)
S. de l’Entrée.
Eau l lit.
Sulfure de sodium 0, 0360
Sulfate de soude 0,0300
Carbonate et silicate de soude. o,02W
Chlorure de sodium. o,02 1 9
Matière organique traces
Iode traces
Chaux et magnésie traces
Bibliographie : Filhol, Eaux minérales des Pyrénées.. .. Paris, 1 853, in 12.