L’ÉLYSÉE FANNY
demi-circonférence d’environ 30 kil .
de développement autour des bases méridionale et orientale du massif que dominent les pics de Néouvieilfe, d’Ayguecluse, de Bastanetet d’Arbizon. La rivière qui l’arrose .prend son origine aux cols d’Aiguillons et de Cambielle, et, se dirigeant d’abord vers l’E., reçoit dans son ■cours les affluents de toutes les vallées latérales , puis se recourbe vers le N. , avant de se réunir à Arreau avec celle qui descend de la vallée du Louron , pour former la rivière des Deux-Nestes. (Ce mot N este est d’origine celtique et signifie la même chose que Gave ou torrent des montagnes.)
A en croire certains historiens, 1a vallée d’Aure a reçu son nom de la peuplade des Avebaci, qui habitaient autrefois le territoire de Numance sur les rives du Douro, et que Pompée força de s’établir sur le versant septentrional des Pyrénées.
Arreau, Grézian, Azet, Bourisp, Estensan, Cadéac et plusieurs autres villages de la vallée, auraient été fondés par ces exilés de l’Ibérie.
Les Aurois eurent de longues guerres à soutenir contre les Sarrasins, et ce fut seulement à la fin du ix' siècle qu’ils parvinrent, aidés des chrétiens aragonais, à chasser l’ennemi. En l’an 1012, les musulmans revinrent dans la vallée d’Aure, mais ils furent de nouvoau expulsés par Sanche Abarca, roi d’Aragon, qui prêta secours aux Aurois. Alors ceux-ci choisirent Abarca pour seigneur et lut permirent de construire des châteaux forts dans leur vallée, à condition qu’il reconnaîtrait lety indépendance. Fiers et jaloux de leurs privilèges, ils gardèrent pendant tout le moyen Age leurs institutions républicaines, et, dansleurs
ItlNÉRAIRE DES PYRÉNÉES.
assemblées, le peuple régnait Seul, à l’exclusion de la noblesse et du clergé.
La vallée d’Aure est très-peuplée.
D’Arreau à Saint-Lary, sur une distance de 3 lieues , où pas un arpent de terre n’est inculte, on compte 25 villages, les uns au bord de la route ou de la Neste , d’autres sur des mamelons ou bien à demi cachés dans quelque enfoncement. Outre l’agriculture, diverses industries prospèrent encore dans cette région; plusieurs villages renferment des fabriques où l’on travaille les laines du pays en étoffes à l’usage des montagnards , et même dans beaucoup de cabanes on rencontre des métiers à tisser. Pendant l’hiver, les jeunes gens ont l’habitude d’aller chercher un emploi dans les contrées limitrophes , quelquefois même en Espagne.
Arreau (hôt. Dulhom) , chef-lieu de canton, V. de 1270 hab., est située au confluent de la Neste d’Aure, de la Neste de Louron et de la Lastie, dans un des plus vastes bassins des Pyrénées, à 700 mèt. de hauteur au-dessus de la mer.
L'église de Notre-Dame d’Arreau offre bien peu d’intérêt ; elle a été construite dans le xv* et le xvi* siècle , sur les ruines d’une église romane de la fin du xif siècle; de celle-ci , il ne reste plus qu’un monogramme et une gracieuse porte latérale qui rappelle tout à fait la belle porte de Saint-Jean de Bagnères de Bigorre.
La chapelle de Saint-Exupère , construite en l’honneur d’un évêque de Toulouse qui défendit cette ville contre les Vandales, mérite une plus longue visite. Elle fut construite dans le ix* siècle ou dans le x* siècle, mais depuis cette époque
on l’a réparée tant de fois qu’il reste peu de fragments de l’édifice primitif. La porte qui conduit sous le porche offre des sculptures assez curieuses. Entre autres, on y voit un damné coiffé du béret des montagnards, qui s’enfonce jusqu’à mi-corps dans la gueule d’un monstre, sous le poids du sac de ses péchés. En vain il étend les bras pour chercher un appui; deux serpents les saisissent et les dévorent ; à côté de lui, des saints regardent et applaudissent aux tourments du réprouvé. La nef, longue de 25 mèt. , est du xvi* siècle; elle n’a pas de bas côtés, et se termine en voûte ogivale. Au-dessus de l’église, la tour, d’abord carrée, devient octogonale et présente sur chaque pan ces fenêtres à triple plein-cintre qu’on retrouve dans toutes les autres églises de la vallée.
On remarque également sur la place une belle halle couverte, et plusieurs maisons du style de la Renaissance décorées de marbres du pays.
D’Arreau à Bagnêres de Luchon (V.
B. 62); — à Bagnêres de Bigorre (V. H.
GO); — à Sarrancolin (V. R. 6Î).
Après avoir quitté Arreau, on côtoie la rive g. de la Neste, et l’on voit bientôt la vallée se rétrécir près de
2 kil. Cadéac , v. de 519 hab., surmonté d’une vieille tour féodale.
Comme celle d’Arreau, l’église de Cadéac a été construite dans le xvi* siècle sur l’emplacement d’une église romane du xi* siècle, dont il ne reste plus que la porte du N.
et quelques sculptures curieuses encastrées dans le mur : une de ces sculptures représente allégoriquement l’histoire de Suzanne entre les
ROUTE 61. ARRKAU. — CADÉAC.
deux vieillards (une brebis entre deux loups).
Un peu au delà du village de Cadéac jaillissent des eaux sulfureuses froides, situées, l’une sur la rive dr. , l’autre , sur la rive g. de la rivière. On lit dans une vieille chronique qu’une certaine Jeanne, reine de Navarre, couverte de lèpre, trouva dans l’une de ces sources la guérison qu’elle avait en vain cherchée à Bagnères et à Cauterets.
LES EAUX
Eau froide , sulfureuse.
Quatre sources : S. principale, S. de la buvette, S. de l’Ouest, S. petite extérieure.
Température ; S. principale et petite source extérieure, 13*, 5; S. de la buvette, 15*, 65 (Gin trac).
Deux établissements : L’un sur la rive droite , l’autre sur la rive gauche de la Neste.
Service médical : Un médecin inspecteur.
Emploi : Boisson , bains.
Effets physiologiques : Agit comme excitante; c’est une eau forte.
Classification chimique : E. sulfurée sodique.
, Analyse.
M. Gintrac indique le sulfure sodique comme élément minéralisateur de l’eau de Cadéac et dans les proportions suivantes :
Suif, de sodium.
gr.
Source de la Burette o,0678
» de l’Ouest O.OÎ3T
» principale 0, 0750
» petite extérieure... o,om
Bibliographie : Annuaire des eaux minérales de Franco. — Filhol, eaux minérales des Pyrénées.
Au delà de Cadéac, la vallée plus
étroite donne à peine passage au torrent; ici se trouvait, à n’en pas douter, la digue qui retenait les eaux de la Neste et en formait un grand lac : on distingue parfaitemént le point où la roche a été fracturée violemment sur une longueur d’une trentaine de mèt. La tradition locale fait même honneur au travail humain de certte effrayante coupure.
2 kil. (4 kil.) Anci;an, v. dé 960 h., situé à 777 mèt. au-dessus du niveau de la mer, est un amas informe de maisons quelquefois décoré dü nom de ville. On voit à l’O., au fond d’un vallon trop dépouillé d’arbres, se dresser comme une lour le pic d’Arbrzon, et, en tournant les regards au N. O. , on aperçoit les escarpements nus de la Hourquette d’Ancizan, à l’extrémité de la gorge de Cassaigne. De l’autre côté de la rivière , le v. de Gresiatt (210 h.), dans les environs duquel on trouve de beaux marbres, fait face à Ancizan du haut de sa colline.
1 kil. (5 kil.) Guchen, v. de 568 h., au delà duquel on traverse le petit torrent du Lavedan, qui descend par un vallon latéral du port de Bastanet situé à l’O. de l’Arbizon. Si l’on remontait ce vallon jusqu’au col, on atteindrait le point de partage des eaux de l’Adour de Gripp et du Gaube , affluent de l’Adour de Séoube ; on pourrait par conséquent descendre dans l’une ou l’autre de ces deux vallées (V. R. 60).
Vis-à-vis du village de Guchan (302 h.), situé sur la rive dr. de la Neste , au milieu de belles prairies et à 762 mèt. d’altitude, la route passe devant la chapelle d ’Agos, bâtie par les Templiers dans le courant du xir siècle. Cet ora-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
toire est dans un état de délabrement complet ; sa voûte est détru i te •, ses murailles sont tapissées de plantes grimpantes ; mais ou peut encore parfaitement apprécier la pureté de son style. Le clocher n’est qu’un simple exhaussement du pignon occidental, construit comme la chapelle en pierres de différentes grosseurs. 11 ne reste plus rien du couvent des Templiers.
Les montagnes s’élèvent et prennent un plus grand caractère à mesure qu’on remonte la vallée, au fond de laquelle le pic de Tramesaïgues, la montagne d’Kns, le pic d’Azet et l’entrée de la vallée d’Azet, attirent surtout les regards.
4 kil. (9 kil.) Vielle- Aure ( Hôtel d'Espagne , auberge, chez Dupuy), chef-lieu de canton de l’arr. de Bagnêres de 368 hab., est situé à 810 mèt. dans un beau bassin où viennent déboucher, à l’O. , le ruisseau de Soulan ou d’Espiaube, au S. E., celui de la Mousquère , au S. la Neste d’Aure. Son église romane, (jui ressemble à celle d’Agos, est mieux conservée. L’abaide présente à l’extérieur trois pilastres servant d’appui à un largo cordon saillant que supportent également des arcatures placées deux à deux entre chaque pilastre; au-dessus, une petite corniche ornementée règne sur toute l’étendue de l’église. Le grand clocher carré a été construit, de 1615 à 1616, dans un style parfaitement conforme aux traditions romanes. Cette église appartenait également aux Templiers.
[En pénétrant au S. E. dans la vallée d' A zet ou de la Mousquère, que l’on voit s’étendre jusqu’à la base du pic d’Azet , on trouve à
l’entrée le v. de Bourisp (271 h.), où s’élève une église célèbre dans le pays. L’édifice lui-méme, formé d’un vaisseau du xv* siècle, construit au pied d’une tour romane du xi* siècle, forme un ensemble trèsdisgracieux. Pendant le xvr siècle, l’intérieur de la nef fut décoré d’une profusion de peintures dont quelques-unes avaient un mérite réel, mais qui sont maintenant presque détruites par l’huipidité; en plusieurs endroits, c’est à peine si l’on peut distinguer les saints, les martyrs, les anges ou les démons qu’ont voulu peindre les artistes.
Sous le porche, les peintures sont encore assez bien conservées ; elles représentent sept belles dames en costume du règne d’Henri III, montées sur des quadrupèdes et portant en croupe d’affreux démons à trois visages, dont l’un sur la poitrine et l’autre au bas du ventre.
Ces belles dames sont les sept péchés capitaux. L’orgueil est monté sur un lion, l’avarice sur un loup, la gourmandise sur un cochon , la luxure sur un bouc, la colère sur un hippogriffe, la vanité sur un cheval, la paresse sur un ftne.
Quelques détails sont d’une étrange grossièreté. Une inscription peinte à côté de la chaire s’exprime ainsi :
LAN 1592, FUT AGABADA LAP IMNTVHA, LU AN OBR1F.S 1 AN BEUNEH.