ROUTE. 62. L’ESC ALEDŒU. — MAUVEZIN
ils assez , mais la douce eau leur manquait. Si eurent conseil ensemble entre eux, que ils traiteraient devers le duc, ainsi qu’ils firent, et impétra Raimounet de L’Espée, leur oapitaine, un sauf- conduit pour venir en l’ost parler au duc.
Il l’ot assez légèrement, et vint parler au duc et dit : « Mpnsei- « gneur, si vous nous voulez faire « bonne compagnie à mes compa- « gnons et à moi , je vous rendrai « le chastel de Mauvoisin. — Quelle « compagnie, répondit le duc, vou- « Jez-vous que je vous fasse? Par- « tez-vous-en, et allez votre che- « min chacun en son pays, sans « vous bouter en fort qui nous soit « contraire. Car , si vous vous y « boutez et je vous tienne , je vous « délivrerai à Jausselin ( le bour- « reau) , qui vous fera vos barbes « sans rasouer. — Monseigneur, dit « Raimounet, si il en est ainsi que « nous nous partions et retraions «en nos lieux, il nous en faut « porter ce qui est nôtre , car nous « l’avons gagné par armes en peine et grand aventure. » Le duc pensa un petit, puis répondit et dit : a Je ■ veuil bien que vous emportiez « que porter en pouvez devant vous « en malles et en sommiers, et « non autrement; car si tenez nuis « prisonniers, ils nous seront ren- * dus. — Je le veuil bien, » dit Raimounet.
« Ainsi se porta leur traité; et se départirent tous ceux qui dedans étaient, et rendirent le chastel au duc d’Anjou , et emportèrent ce que devant eux porter en purent; et s’en alla chacun en son lieu, ou autre part, querre son mieux. »
Ces bonnes gens, qui voulaient garder le fruit de leur travail, avaient passé leur temps « à rançonner les
marchands » de Catalogne, aussi bien que de France, a et à guerroyer et harrier ceux de Bagnères et de Bigorre. »
j En 1584, le château de Mauvezin fut occupé par le capitaine huguenot de Sus , qui dirigea de là ses deux terribles expéditions contre Saint-Bertrand de Comminges (Y.
R. 70). Depuis cette époque , il est tombé en ruine et n’est plus habité maintenant, s’il faut en croire les gens du pays, que par des revenants.
Les quatre côtés du château, égaux entre eux, mesurent chacun environ 26 mèt. Des contre-forts à base carrée flanquent les quatre angles de l’enceinte et se répètent sur le milieu de chacun des côtés, à l’exception de la façade principale, qui regarde. l’Orient. Sur ce point, le contre-fort est remplacé par une tour carrée, dont la saillie est tout entière à l’extérieur. Les barons ne pouvaient pénétrer dans cette tour qu’à l’aide d’une très-haute échelle et devaient se glisser dans une étroite ouverture au sommet, comme des orfraies dans leur trou.
Cette forteresse était entourée d’un large fossé dont il serait difficile de juger la profondeur primitive, à cause des nombreux éboulements qui y ont eu lieu. Une grande porte , unique , s’ouvre à l’intérieur, sur le côté méridional de la tour, au milieu des lierres. D’après M. Bascle de Lagrèze, on n’y lit pas l’inscription : Phabus me fe, que presque tous les antiquaires prétendent y avoir vue.
Placé sur le point le plus élevé du plateau de Lannemezan, le château de Mauvezin commandait le pays de toutes parts. Il est, dans les Pyrénées, peu de points de vue qui s’étendent aussi loin. D’un côté.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
le regard n’est arrêté que par la chaîne des montagnes; de l’autre, il embrasse la vaste et lielle plaine
de Tarbes.
Au sortir du v. de Mauvezin, la route descend d’abord une côte assez escarpée, et, s’enfonçant de plus en plus dans la région des landes, atteint
4 kil. (19 kil.) Capvern, v. de 863 hab. , bâti sur une colline , d'oi'i l’on découvre une vaste étendue de montagnes et de plaines. Sa position et la fraîcheur de sa végétation, contrastant avec la stérilité des landes voisines, lui ont fait donner le nom qu’il porte (Sommet- Vert).
L’établissement thermal de ce nom est situé à un peu plus de 1 kil.
au N. du village, au fondd’un ravin, sur les flancs duquel s’étagent les maisons destinées aux baigneurs.
renseignements généraux.
Hôtels : De France ; des Pyre'nées; de la Faite. Nourriture et logement, 5 fr.
psr jour. Table d’hôte, 3 fr. 50 à 4 fr. par jour. -r
Maisons meublées ; Oaugaix ; Durer* ger ; Fourcade ; Lacaze; Queheillat; Saint Paul ; Trauette, etc. etc.
Cafés : Ozun ; Tramesaïgues.
Médecin inspecteur : M. Tailhade.
Sous-inspecteur : M. Riraud.
Autres médecins t MM. Laglelze , l.oustau ; Pedebidou ; Abadie ; Tajan .
Pharmaciens: M. I-arroque.
Loueurs de chevaux ; Daugaix ; Queheiliat.
Voitures : Des voitures particulières font ’e service du village & rétablissement des bains. La route de Tarbes à Capvern est desservie par un service réguler de diligences. Prix des places :
Sfr.
l’établissement.
Les eaux de Capvern paraissent avoir été connues des Romains sous
le nom à’Aquæ Conrmarum, bien qu'on ne trouve aux environs aucune trace d’antiquités romaines; oa y chercherait aussi vainement des souvenirs historiques d’une époque plus rapprochée de nous.
C’est seulement dans ces derniers temps, et plus particulièrement depuis 1840, que ces eaux ont attiré d’autres malades que ceux de la contrée voisine. Leur vogue s’accroît maintenant d’année en année.
Les eaux de Capvern appartiennent à la commune , qui a fait construire, en 1817, un établissement pour leur exploitation. Cet édifice, bâti sur la rive dr. d’un petit ruisseau, appelé le Gurgé, forme un carré long, traversé de l’E. à l’O.
par un corridor spacieux. En face de la grande porte d’entrée située au midi, est un beau bassin dé marbre, alimenté par un conduit dérivé de la grande source.
LEE EAUX
Eau thermale, saline, ferrugineuse.
Deux sources : S. Houn caüde (fontaine chaude) , S. Bouridé (fontaine bouillonnante).
Débit en 24 h. : 2500 hectol.
(Houn caüde).
Densité : 10050.
Température : 24°, 37
Caractères particuliers : Eau limpide , inodore ; saveur fade prenant un peu à la gorge, dégageant un mélange d’azote , d’oxygène et d’acide carbonique.
Établissement peu considérable :
Quelques baignoires et une douche.
Service médical : Un médecin inspecteur.
Emploi : Boisson, bains, douches. ....
ROUTE 62. CAPVERN.
Climat doux : Saison du 15 juin au ltr octobre.
Effets physiologiques ; Eau agissant comme celle de Bagnères de Bigorre , diurétique et utile , dit-on , comme anticalculeuse.
Classification chimique : Eau sulfatée à base calcaire, ferrugineuse.
Analyse (Latour et Rozière 1838.)
Eau 1 lit. Houn Caüde.
gr-
Carbonate de chaux 0,220
» de magnésie 0,012
» de fer 0,028
Sulfate de soude 0,072
» de chaux 1.096
a de magnésie 0,868
Chlorure de sodium 0,088
» de calcium 0,0)6
» de magnésium.... 0,032
Ac, silicique 0,028
Mat. organiq.. 0,076
lit.
Ac. carbonique 0,89
Oxygène 0,18
Azote.,.., 0.28
Bibliographie : J. P. Tâilhade, des eaux de Capvern ou Capbern .... Tarbes, 1886; in-8. — Latour, de Trie, traité de l'eau médicinale et thermale de Capbern.... 1838. — S. L., simple aperçu des deux sources thermales de Capvern , la Houn Caüde et la Bouridé. Pau, 1 850 ; in-16.
Près de la source de Capvern est une jolie promenade où se rassemblent les buveurs; au S. et à l’O. , la vue est bornée par un bois taillis ; des autres côtés , on découvre de beaux champs de céréales.
Les environs abondent en paysages agrestes dominés au S. par la masse imposante des Pyrénées.
De Capvern on peut facilement faire des excursions à ; Bagnères de Bigorre et ses environs (V. B. 60) ;
— l’Escaledieu , Mauvezin (Voy. cidessus); — Tournay (V. R. 63); — Bagnères de Luchon (V, R. 70), On remontera avec plaisir la vallée de lUrros, rivière qui prend sa source dans les bois de la Pène- Arrouye, non loin de la Pêne de l’Hiéris (V. R. 60). Dans la partie supérieure de son cours , elle forme , au milieu d’une enceinte de rochers aux couleurs étranges, une belle nappe d’eau connue sous le nom de la Gourgue ou Gouffre. Le sentier qui va de la Gourgue à la source principale, appelée Goueilon l’Œil, n’est praticable que pour les piétons.
De Capvern une route se dirige au S. E. vers Labarlhe. (Voy. B).
En sortant de Capvern , on entre dans la région la plus désolée des landes, où, de tous les côtés, de grandes collines couvertes de bruyères rouges s’étendent jusqu'à l’horizon. Au fond d’une petite vallée aussi aride que les hauteurs environnantes, on rejoint (3 kil.) la route directe de Tarbes à Bagnères de Luchon, que l’on voyait depuis quelque temps serpenter au N. O. sur des croupes arides.
59 kil. De la réunion des deux routes à Luchon (V. R. 63 et 69).
B. Par latarlbc et Salat-Bertrand de t'omn)B|es. ,
77 kil. Route de voitures desservie par des diligences.
19 kil. De Bigorre à Capvern.
(Voy. ci-dessus A).
Au delà de Capvern, la route se dirige en droite ligne vers le S. E.
à travers les landes, et sur la partie du plateau qui forme le point de partage des eaux de l’Adour et de la Garonne. Après un trajet d’environ 6 kil.. on. atteint enfin l’extrémité
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
de ce plateau , et on descend dans la vallée de la Neste au point où cette rivière, cessant de couler du S. au N., prend la direction de l’E.
7 kil. (26 kil.) Labarthe de Neste ou Labarthe-Mour , chef-lieu de canton de 810 h. , resta longtemps en la possession des Sarrasins. On y croise la route de la vallée d’Aure (V.
R. 63), et on passe sur la rive dr.
de la Neste, qu’on longe désormais au milieu de campagnes fertiles et peuplées.
On laisse à dr., sur la hauteur, Montoussé, v. de 694 hab., puis on traverse :
4 kil. (30 kil.) Bisous, v. de 358 hab., situé au confluent du ruisseau de la Lavade et de la Neste.
Après avoir ensuite franchi la Lavade et laissé à dr. sur son aride colline Tuxaguet (150 hab.), on atteint 4 kil. (34 kil.) Nestier, chef-lieu de canton de 563 hab. On traverse ensuite le Merdan pour remonter à 2 kil. (36 kil.) Montaigut (419 h.) , d’où l’on redescend à 2 kil. (38kil.) Arertignan (IdOh.).
Après avoir franchi le Nistos, rivière assez considérable descendue des vallons boisés du S., on contourne le promontoire qui domine le confluent de la Neste et de la Garonne, et l’on se dirige au S. sur 4 kil. (42 kil.) Jaunac, formant avec Tibiran une commune de 618 hab. Laissant alors à dr. le chemin qui mène par Tibiran aux grottes de Gargas (V. R. 70) , on traverse un petit ruisseau , et on entre bientôt dans le beau bassin de Valcabrère, à la base septentrionale de la hauteur que couronne 2 kil. (44 kil.) Saint-Bertrand de Comminges (V. R. 70).
33 kil. (77 kil.) De Saint-Bertrand à Luchon (V. R. 69 et 70).
C, Aman et la col dm
Peyrrtourde.
70 kil. Route de voitures ssseï mauvaise en plusieurs endroits, mais desservie par des diligences pendant la belle saison.
36 kil. de Bagnères à Arreau par la Hourquette d’Aspin (V. R. 60).
Au sortir d’Arreau , on entre dans la rallie de la Neste de Louron par un étroit défilé que dominent à dr.
et à g. des escarpements rocheux , et on la remonte en longeant la rive g. du torrent. En se retournant, on remarque les nombreux lacets de la route de Bagnères de Bigorre, qui descend de la Hourquette d’Aspin. On laisse d’abord à g. , sur une colline cultivée , le ham.
de Casaux-Debat (136 h.), puis on traverse
5 kil. (41 kil.) Bordères, cheflieu de la vallée, v. de 472 h. Audessus des maisons, s'élèvent encore les murailles ruinées d’un vieux manoir où le dernier comte d’Armagnac, Jean V, vint chercher un asile, lorsque, après la célébration publique de son mariage avec sa sœur Isabelle, il fut excommunié parla cour de Rome. En 1740, un grand incendie brûla la toiture de cet édifice et presque tout le village.
Au delà de Bordères , la vallée du Louron s’élargit, et l’on découvre un magnifique bassin qui s’étend dans la direction du S. , parsemé de villages et dominé par de hautes et belles montagnes. Dans le lointain, on voit le confluent des deux gorges de la PeS et de Clarbide ou Clarabide (Clara Vista , vue éblouissante) , dominées par les deuxpics de même nom. On traverse successivement :
3 kil. (44 kil.) Arejan (193 h.):