‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 201 sur 384 · DE BIGORRE A LUCHON · texte numérisé non relu

DE BIGORRE A LUCHON

Castille et le pape accordèrent à saint Raymond le droit de fonder Tordre, militaire de Calatrava, qui du reste fut toujours vassal de l’abbaye-môre de l’Escaledieu.

Ce monastère continua d’être un véritable château fort. Autour de tous les autres couvents des Pyrénées se formèrent des villes et des villages; mais, bien qu’il étendît ses propriétés au loin, l’Escaledieu resta isolé au milieu des forêts qui l’entouraient : nul hameau ne prit son nom.

Pendant les xm' et xiv* siècles surtout, le couvent vit ses richesses s’augmenter chaque année : oe que les lirons ne lui léguaient pas., il l’achetait, hommes et terres.

Aussi la misère des paysans croissaitelle en proportion de l’opulence dos moines. Encore aujourd’hui , les villages des Baronnies , situés dans les environs du couvent, témoignent, par leur état misérable, des consér quences que l’oppression féodale a eues pour eux.

En 1518, l’abbaye fut envahie par la bande du huguenot Fontaraille. « Alors survinrent, dit la chronique, une quantité de laquais et de gendarmes qui tinrent garnison, l’espace d’un an au moins, allant et revenant, poulaillant sur tout le pays et faisant tout plein de désarrois. » Ils chargaient leurs arquebuses avec les papiers du couvent, et cassaient les vitres [jour faire des balles avec le plomh qu’ils retiraient des châssis.

En 1567 , un autre chef de bande, huguenot et contrebandier, le capitaine Jean Guillem, « sachant la maison bien étoffée, >• vint s’en emparer et en fit une forteresse redoutable; il mit aussi le siège devant le château de Mauvezin, mais

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES. -

il fut repoussé et finalement pendu.

Pendant l’intervalle, ses troupes avaient brûlé l’abbaye. Puis Montgommery vint à son tour occuper les ruines.

Le xvir* siècle amena aussi ses troubles. Les moines se révoltèrent en 1675; on fut obligé d’envoyer des troupes pour les réduire; ils s’empressèrent de s’enfuir, « mais aussi ne laissèrent goutte de vin dans la cave. » Depuis lors jusqu’à la révolution française, le monastère n’eut aucun événement important à enregistrer dans ses annales.

L’église, qui existe encore, n’a rien de remarquable; la tour octogonale de son clocher, sa voûte élancée divisée en travées, sa double rangée de chapelles, n’offrent aucun intérêt archéologique. Elle ne remonte pas au delà du xvn” siècle.

Il reste à peine quelques débris de l’ancienne église détruite par Guillem; on les a utilisés pour la construction de l’église actuelle.

Le tombeau d’une certaine comtesse Pétronille, célèbre pour avoir eu cinq maris, a été brisé en 1793.

Le monastère, vaste bâtiment sans style, enfermé dans une enceinte de murs flanqués de pavillons aux quatre angles, ne peut remonter au delà du xv* siècle. Le cloître a été en partie démoli par le propriétaire, M. de Neyrac. (Voy. l’opuscule de M. Bascle de Lagrèze.)

• Au-dessus de l’Escaledieu s’élève une haute colline, que la route gravit par des rampes en zigzag pour atteindre

3 kil. (15 kil.) Mauvezio, v. de 561 hab. , à 5 min. duquel, sur le point culminant de la colline, se dresse la vieille ruine du château appelé de Malvoisin dans les chartes françaises, et Castrum de Malo

ricino en latin. L’histoire de toutes les guerres et de tous les massacres du Bigorreest intimement liée avec celle de Mauvezin. Le château, qui date probablement du xh* siècle, porta, durant le moyen âge, le titre de château comtal, comme ceux de Lourdes et d'Orthez. Pendant la domination des Anglais en Gascogne, il fut pris et repris, et les pillards des deux nations ravagèrent tour à tour les campagnes voisines. En 1374, le duc d’Anjou vint l’assiéger avec 8000 hommes.

« Le capitaine, dit Froissard, était pour lors tin écuyer gascon , qui s’appelait Raimounet de L’Espée, appert homme d’armes durement.

Tous les matins, y avait aux barrières du chastel escarmouches et faits d’armes , et appertises grandes , et beaux lancis de lances, et poussis, et faites courses et envahies des compagnons qui désiraient avancer,

« Environ six semaines dura le siège devant le château de Mauvoisin. Et vous dis que ceux de Mauvoisin se fussent assez tenus, car le chastel n’est pas tenable, si ce n’est par long siège. Mais il leur avint que on leur tollit d’une part l’eau d’un puits qui sied au dehors du chastel, et les citernes qu’ils avaient là dedans séchèrent, car oncques goutte d’eau du ciel durant six semaines n’y chéy, tant fit chaud et sec. Et ceux de l’ost avaient bien leur aise de la belle rivière de Lèse, qui leur coulait glaire et roide, et dont ils étaient servis , eux et leurs chevaux.

a Quand les compagnons de la garnison de Mauvoisin se trouvèrent en ce parti, si se commencèrent à esbahir ; car ils ne pouvaient longuement durer; des vinsavaient-

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