ROUTE 64. TOULOUSE
firent la capitale de leur royaume.
Un siècle plus tard, Clovis y entra à son tour en vainqueur, et pendant deux siècles les Franks la gardèrent sous leur domination. A peine avait-elle reconquis son indépendance, que les Sarrasins vinrent l’assiéger en721. Si une première victoire d’Eudes, roi d'Aquitaine, sous les murailles mêmes de Toulouse, et la grande victoire de Cari-Martel, la sauvèrent du joug musulman, elle retomba en 767 sous le pouvoir détesté des Franks. En 864, elle fut de nouveau prise et saccagée par les Normands; mais peu à peu , grâce à la faiblesse de la dynastie carlovingienne , le Midi recouvra son indépendance et les comtes de Toulouse, nominalement vassaux du roi de France, devinrent plus puissants que leur suzerain.
fendant les xe , xr et xn" siècles, les opinions manichéennes s’introduisirent dans le toulousain , et l’Eglise catholique commença à sévir contre les hérétiques. En 1020, dçs manichéens furent brûlés vifs à Toulouse, et, depuis cette époque, la ville orthodoxe a donné souvent des preuves de son zèle pour les saines doctrines de l’Eglise, en faisant rouer eu brûler les hérétiques.
Cependant le comte Raymond VI , qui monta sur le trône en l’an 1194, éprouvait une certaine répugnance h brûler ses sujets , et par cela même devint très-suspect à l’Eglise.
Le pape adressa au comte plusieurs moines de Citeau* pour l’exhorter à détruire l’hérésie par le fer et la flamme, et, comme Raymond hésitait toujours, le pape envoya pour renfort à ses fidèles l’abbé de Çîteaux lui-même, Armand Amaury.
f Ç’était, dit M. Henri Martin, un fléau Qieu envoyé dans un jour
de colère.... Cet homme avait sous sa robe de moine le génie destructeur des Genséric et des Attila. U s’adjoignit l’ancien troubadour Fouquet, et, d’accord avec cet apôtre, commença son épouvantable mission de convertisseur. Saint Do#r nique aussi , 1e célèbre inventeur de l’inquisition, vint s’unir à eu* et les aider de sou zèle et de sa cruauté.
H ne nous appartient pas de raconter cette guerre horrible qui çn vingt ans détruisit une nationalité, et ramena la barbarie la plus effroyable dans le pays le plus policé de l’Europe.
La lâcheté du comte de Toulouse, qui poussa l’ignominie jusqu’à se croiser lui-même et à implorer avec larmes les saints inquisiteurs, ne sauva pas sa ville, et çinq fois Toulouse fut attaquée par les ho mm?.?
du Nord. La première fois , la population se défendit avec un® telle énergie que Simon de Montfort fut obligé de. lever le siège au bout de quinze jours; mais, après la malheureuse bataille de Muret, où périt Pierre II, roi d’Aragon, qui venait au secours de son allié Raymond (voy. page 418), Toulouse fut occupée par les croisés (1214).
Le fils de Raymond avait plus d’énergie que son père ; il alla demander du secours à la république de Marseille, intéressa toute la Provence en sa faveur, et se trouya bientôt à la tête de 100 000 combattants. A cette nouvelle , Toulouse se souleva de nouveau, et Simon y.int l’assiéger pour la troisième fois.
Deux attaques successives dirigées par le comte en personne furent repoussées avec une telle vigueur, que les croisés résolurent d’en venir à bout m la trahison. Fouqupt ,
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
homme habile e» perfidies, «envoya l’abbé de Saint-Sernin proposer aux citoyens de se remettre à sa merci, leur garantissant, au nom de Dieu, de l'Apostoile et de tout le clergé, qu’ils ne perdraient ni corps, ni biens, ni liberté, mais que, s’ils refusaient, les otages pris par Simon seraient oects de male mort.
Les Toulousains ne connaissaient que trop la perfidie de l’évêque. Ils ne purent croire pourtant que Fouquet osât transgresser les terribles serfnents qu’il leur faisait de par Dieu, la Vierge et le corps du Sauveur, et n’eurènt pas le courage de livrer à la mort quatre-vingts ou cent des notables de la cité, que Simon gardait au Château-Narbonnais. » Mais, dès que Fouquet et Simon furent entrés dans la ville , Hs tinrent la promesse mentale qu’ils s’étaient faite de violer leur serment. * Tous ceux des principaux bourgeois qui ne purent s’échapper de Toulouse dans le premier tumulte furent emmenés cap-, tifs , dispersés en terres étrangères, et entassés au fond des cachots , où un grand nombre périt de douleur et de misère, sans qu’on prit la peine de séparer les morts des vivants. » ( Henri Martin).
Cette victoire de la trahison releva un moment les affaires de Montfort ; il passa le Rhône pour aller porter la guerre en Provence; mais, pendant son absence, Raymond VI marcha rapidement sur Toulouse et s’en empara facilement. Simon fut obligé d’accourir pour assiéger la ville une quatrième fois. Le siège dura dix mois. « Or, voici, dit la chronique , qu’il y avait dans la ville un pierrier sous un sorbier, près de Saint-Sernin, et les femmes et les filles et les
épouses de ceux de.la ville le bandèrent et tirèrent , et la pierre alla toüt droit où il fallait. » Simon eut la tête brisée du coup. Les hommes du Nord proclamèrent le fils de Simon, Amaury de Montfort, comte de Toulouse , et tentèrent un dernier assaut, qui ne leur réussit pas mieüx que les autres. Ils furent forcés de lever le siège le 25 juillet 1218.
En 1219, le fils de Philippe- Auguste vint en personne bloquer Toulouse ; mais , après deux mois et demi de siège, il s’en alla comme il était venu, et en 1222, Raymond VII succéda sans obstacle à son père. Il ne devait pas rester longtemps indépendant. En 1226, la guerre éclata de nouveau, et en 1229, Raymond fut obligé d’implorer la grâce du roi de France ; Fouquet •> rentra en triomphe dans Toulouse, et l’inquisition s’y organisa d’une manière formidable, malgré quelques insurrections rapidement comprimées.
En 1562 , pendant les guerres de religion , il y eut de nouveaux massacres à Toulouse. On se battit dans les rues quatre jours entiers; mais l’armée de Biaise de Montluc donna la supériorité aux catholiques, et les huguenots, au nombre de 4000, furent égorgés ou suppliciés. Dix ans plus tard, au signal parti de Paris le jour de la Saint-Barthélemy, trois cents huguenots furent égorgés dans les prisons par les élèves de l’université, et trois conseillers au parlement furent pendus. L’inquisition avait porté ses fruits naturels en ce pays comme en Espagne; et Toulouse, pendant longtemps, n’a plus guère fait parler d’elle que par la férocité de son orthodoxie. En 1618, le célèbre
Vanini lut traduit devant le parlement sous l’accusation de panthéisme , et condamné à être brûlé vif, après avoir eu la langue coupée. Cette atroce sentence reçut son exécution le 19 fév. 1619. En 1762, sous l’accusation injuste d’avoir tué son fils, un vieillard protestant, Jean Calas, fut roué vif. Personne n’ignore avec quel zèle infatigable Voltaire s’employa en faveur de cette famille infortunée , et le succès qu’il obtint après trois ans d’efforts. L’arrêt fut cassé , Jean Calas réhabilité, et ses enfants délivrés rentrèrent en possession de ce qui restait des biens de leur père.
Toulouse fut le théâtre du dernier combat livré en 1814 entre les Français et les alliés. La fortune offrit alors au maréchal Soult une chance de succès inespérée.
Wellington avait jeté un pont sur la Garonne, en aval de la ville. Le 4 avril, il fit passer sur la rive dr. du fleuve le général Beresford, avec une division de 10000 hommes ; le reste de son armée devait passer le lendemain. Mais pendant la nuit, la Garonne s’enfla subitement et enleva le pont. L’avant-garde anglaise se trouva ainsi séparée du corps de bataille, sans artillerie , sans munitions , et livrée, sans espoir de secours, aux coups de l’armée française tout entière, laquelle ne demandait qu’à frapper. Wellington la crut perdue et songea un moment à la retraite, car ces 10 000 Anglais étaient l’élite de son armée. Mais, pendant trois jours entiers, le maréchal Soult resta l’arme au bras et ne donna aucun ordre. Wellington eut le temps de rétablir son pont, et ajouta, le 8 avril, 40000 soldats aux 10000 de Beresford. Les posi-
tions retranchées qui défendaient la ville furent attaquées le 10 au matin. Les divisions françaises firent en vain une résistance héroïque; après la prise de plusieurs redoutes, elles furent obligées d’effectuer leur retraite.
L’année suivante, le 17 août, le général Ramel, royaliste éprouvé, chargé par Louis XVIII du commandement militaire du département de la Haute-Garonne, fut massacré et littéralement haché en morceaux par la populace royaliste de Toulouse, dont il essayait de contenir les fureurs. C’est le dernier fait marquant de l’histoire de Toulouse.