ROUTE 69. SAINT-GAUDENS
pâtre nommé Gaudent, auquel les Sarrasins venaient de couper là tête, parce qu’il refusait « d’être à eux et à leur foi, » s’étant avisé de prendre sa tête dans ses mains, comme saint Denis, courut à toutes jambes vers l’église de la ville. Un Sarrasin à cheval se mit à sa poursuite , mais ne put l’atteindre, et il arriva juste au moment où la porte de l’église se refermait sur l’enfant, a Sa course était si rapide, dit la légende, que la monture, donnant du pied à la porte avec tant de violence , y laissa fiché dans le bois le fer droit de devant. Or, cet enfant s’appelait Gaudens; et, depuis son martyre, il a donné son nom à la ville. Le fer du cheval, aucuns disent de la mule, se trouve encore aujourd’hui visible à la même place. »
a Nous avons vu, dit M. Armand Marrast, natif lui-même de Saint- Gaudens, la pierre creusée qui portait cette trace; et l’on a conservé précieusement sur le 'grand portail de l’église un fer à cheval qui se rapporte à la même tradition. Toute histoire a ses temps fabuleux; et ce saint, qui porte entre ses mains sa tête tranchée, ne nous permet pas même de trouver la moindre invention locale dans ce tour de force dont il est fait honneur à une foule d’autres saints bien connus. Ce fut pour l’église de Saint-Gaudens un titre de plus à la ferveur et au respect: aussi était-ce dans ses murs que les premiers évêques de Comminges établirent leur séjour. Saint- Gaudens eut plus tard un chapitre; et le plus illustre des prélats qui succédèrent à saint Bertrand, Hugo île Labatui, y fonda un séminaire.
« Saint-Gaudens éprouva beaucoup de variations dans son gouvernement politique. Ënclàvèe dans le
Comminges, elle vécut sous la domination des comtes jusqu’à la fin du xii' siècle, à la mort de Bernard V, célèbre par ses nombreux mariages. Sa fille, Pétronille, avait reçu de sa mère la vicomté de Bigorre; elle voulut avoir de son père le Nébouzan et Saint-Gaudens. Cette ville alors dépendait du Bigorre. Pétronille, exagérant encore les traditions de son père , n’eut pas moins de cinq maris légitimes ; et de l’un de ces mariages (1192) naquit Malte , qu’elle fiança, avant même que celle-ci fût nubile, à Gaston Vil* comte de Béarn ; elle leur fit donation, de son vivant (1250), du Nébouzan et de Saint-Gaudens... Marguerite , fille de Matte , se maria en 1257 à Roger-Bernard, comte de Foix; et, comme le Nébouzan fut sa dot, Saint-Gaudens, qui avait passé du Comminges au Bigorre et du Bigorre au Béam, passa du Béarn au comté de Foix. Il n’avait pas fallu cinquante ans pour accomplir ce voyage politique.
« Mais, en changeant si souvent de maîtres, la ville, heureusement, ne changeait pas de condition. Ces différents mouvements la servirent au contraire : car, avertie^ par cette expérience, de l’instabilité du pouvoir supérieur , «lie rédigea les coutumes qui étaient depuis Ionptemps à son usage; et, à chaque changement, jusqu’au siècle même de Louis XIV, son premier soin, en passant sous de nouveaux seigneurs , fut de faire accepter et confirmer ses franchises municipales. La charte de Saint-Gaudens montre, par ses dispositions, que la ville était administrée par des consuls; ceux-ci étaient choisis tous les ans, à la fête dq saint Jean-Baptiste, par un corps de vingt-quatre anciens,
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produits eux-mêmes de l’élection populaire. On n’exceptait du vote que les ivrognes ordinaires, les bouchers, corroyeurs, gens pratiquant des métiers de vile abjection.
La prospérité de la ville se développa surtout dans le xiv* et le xv* siècle. Il y avait alors des fabriques de drap, des tissus de laine, des tanneries , et le commerce de tout ce qni venait d’Espagne par le val d’Aran avait son entrepôt principal à Saint-Gaudens.
« L’organisation sage et libre de cette ville la rendit bientôt la plus considérable du pays pour la richesse; mais cela même lui valut plus d’une calamité. Déjà, sous Bernard V, et quand Saint-Gaudens était encore partie intégrante du Comminges, Simon de Montfort vint s’en emparer et en fit le centre de ses opérations militaires, ou plutôt de ses incursions et de ses ravages dans tout le comté. Quelques années après, et pendant que les comtés de Foix et de Comminges étaient en lutte, le Nébouzan, placé entre les deux, eut beaucoup à souffrir de ces guerres, et Saint-Gaudens entretint des troupes à ses frais pour se préserver de ces invasions de routiers qui dévastaient le pays.
Pendant la guerre des Anglais, ' Saint-Gaudens tomba en leur possession; mais, s’il subit le joug de la force, il ne fit aucunement hommage spontané de soumission. Enfin, durant les guerres religieuses, Saint-Gaudens fut encore au pouvoir des huguenots. Montgommery, à la tête d’une armée de quatre mille arquebuses, se répandit dans le Nébouzan, en 1569; il mit la main sur Saint-Gaudens , le pilla et le saccagea.... Cette succession de troubles fut à la fin funeste à la
cité industrieuse. Les nombreuses fabriques de Rases et de Cadis, qu’elle possédait, diminuèrent; des manufactures analogues allèrent s’établir à Valentine et à Miramont, deux bourgs charmants que la rivière caresse; les mêmes garanties n’existant plus pour la production, les producteurs n’eurent plus ni confiance ni zèle; et, au milieu du * xvm* siècle, les négociants de Saint-Gaudens avaient conservé très-peu de leurs établissements industriels, et ils étaient devenus simples facteurs des grandes maisons de Toulouse, de Castres, etc.
« Quand la Révolution éclata, elle n’eut pas à vaincre, dans les murs de Saint-Gaudens, cette énergique résistance qui décupla sa force et ses ressorts dans plusieurs villes du Midi. Le tiers , qui devait être tout en France, suivant l’expression de Sieyès, était à peu près tout à Saint-Gaudens.
«Le chapitre ne le gênait guère, et pourtant le chapitre disparut; les couvents avaient précédé le chapitre. Quant aux tours, aux remparts, déjà singulièrement ébréchés par les Anglais etpar Montgommery, le temps en acheva paisiblement la ruine. La maison commune garda sa vieille figure du xm* siècle et son aspect rudement municipal; l’église ne vit pas dévaster sa belle nef si haute, ses piliers droits et forts, ni son clocher de casse-cou, ni même cette antique sacristie dont les ornements singuliers reportent l’esprit aux premières constructions de l’époque byzantine. La Révolution passa dans Saint-Gaudens comme une vieille connaissance à laquelle la bourgeoisie fit bonne hospitalité.
Seulement Saint-Gaudens prit la peine de s’appeler plus tard Haute -