‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 226 sur 384 · ROUTE 69. SAINT-GAUDENS · texte numérisé non relu

ROUTE 69. SAINT-GAUDENS

Ville et , encore plus tard , on releva les cloisons, on recrépit les murs fendus de vétusté; on refit même une sorte de porte cochère, pour que le lieu connu sous le nom de l’Êvéché pût s’élever à la hauteur d’un hôtel de sous-préfecture. Saint- Gaudens n’en a pas moins conservé les traces de ses antiques annales.

Des promenades larges et bien tracées le long de ses boulevards, un nouveau palais de justice, une halle moderne, des fossés qui se comblent et la ville semblant sourire de ce côté à des constructions élégantes, telle est à peu près la part que la civilisation a conquise : celle de l’histoire est toujours la plus large; elle garde sa vieille église, son vieux cloître de l’hôpital, son hôtel de ville brisé, mâché, tombant, durant toujours; sa vieille halle avec son toit en forme de parapluie , et toutes ces maisons qui n’ont pas d’âge, pas de style, pas de nom d’architectes : maisons qu’on aurait dites bâties par des Bohémiens pour un jour de halte, et dont la boue, durcie par les siècles comme un ciment romain, semble jeter à tant de générations de passants le sourire d’une éternelle vieillesse. Tout cet aspect est pourtant sombre , et c’est un contraste désagréable pour le voyageur fatigué ou insouciant que celui d’une ville aussi ancienne au milieu d’un paysage aussi florissant. Mais il n’en est pas ainsi pour ceux dont le nid pend encore à quelques fentes de ces masures; leur antiquité les leur rend plus chères, et si, en remontant le cours des siècles, ils trouvent que là le travail fut honoré, la liberté bénie, le droit soutenu avec dignité, l’égalité pratiquée, la démocratie enfin comprise et respectée

dans son germe , ces ruines ne leur paraissent plus que le vestibule du grand édifice auquel travaille l’Europe'. » *

L’auteur du Voyage archéologique et historique dans l’ancien comté de Comminges et dans celui des Quatre- Vallées , M. Cénac-Moncaut , déclare que l’église de Saint-Gaudens est une des œuvres les plus pures et les plus complètes du midi de la France. Elle fut, selon lui, construite à deux époques différentes : la partie de l’E. au xi* siècle ; celle de l’O. au xn*. Elle reçut même une dernière modification au xv*, car la porte du N, présente tous les caractères du style flamboyant. Son vaisseau, de 34 mèt.

de longueur sur 20 mèt. de largeur, est formé de trois nefs, terminées chacune par une abside culde-four; trois fenêtres de la plus grande dimension éclairent celle du milieu, qui ne s’élève pas jusqu’au sommet du grand comble du chœur, dans lequel on a percé deux ouvertures. Les chapiteaux historiés de toutes les colonnes, à l’exception de celles de l’entrée du sanctuaire, sont curieusement sculptés et représentent plusieurs scènes bibliques : Samson à cheval sur un lion dont il déchire la gueule, Nabuchodonosor paissant dans la prairie, AdametEve cueillant lapomme, etc.

Le porche du couchant, que les artistes du moyen âge soignaient ordinairement avec prédilection, est la partie la plus négligée de l’édifice ; c’est une étroite ouverture de 1“,50 sans division intérieure. La plus jolie porte est celle du N., située du côté de la halle , et qui offre , comme nous l’avons dit, tous les

1. Armand Marrast, Histoire des villes de France, par Aristide Guiihert.

426 tflNÉRAIftk DES PTRÉNéfes.

caractères du ktyle ogival flamboyant. L’escalier par lequel on monte aux combles, du côté du N., est très-élégant et forme, dit M. de Caumont, une jolie toür romane cylindrique. Malheureusement cette curieuse église , classée parmi lés monuments historiques, est entourée de masures. On a fait récemment quelques réparations l’abside; mais on dévrait bien jeter bas ces vieilles et hideuses bicoques qui cachent en partie lés bas cotés.

Le monastère roman a été complètement détruit. Les soeurs de charité ont maintenant un couvent près de l’établissement de bains fondé dans lë haut de la vitiè.

Des promenades dë Sâint-Gaudens, on jouit de points de vile admirables sur la plaine de là Garonne et le vaste amphithéâtre de montagnes qui s’élève dë sommet en sommet , d’abord boisé, puis nu, jusqu’aux glaces de la Maladetta.

DeSaint-Gaudeus à Tarbes (V. H. 68}; — à Bagnères de Bigorre (V. R. 68}.

De Saint-Damiens à Encausse.

io kil. Route de poste, omnibus; plusieurs départs par jour; prix variables.

Au sortir de Salnt-Gàùdens . on descend rapidement dans la belle vallée de la Gâroiihé, et l’on traverse le fleuve Un peu én deçà de

3 kil. Miratnotit, b. de 1857 hàb. Gravissant ensuite la châîtië de fcollines qui sépare la vallée de la Garonne de celle du Ger, oit descend sur le versant méridional à

3 kil. (6 kil.) Jlieucaxé. v. de 149 hab.; puis, laissant à g. téspiietiii, v. de 308 hab. , ët la roüte qiii ëbtiduità Aspet, 6n longeait t la Hve g.

du Ger (V. R. 77), on remonte sur la rive dr. la vallée du Job, jusqu’à

4 kil. (lO kil.) Encausse (Hôtels de Londres , du Midi. Oh né loge pas à l’établissement) , v. de 654 hab. , situé à l’entrée de la vallée de Cabanac , qtii rëmonte, au S. , vers 16s flancs boisés du Cagire.

Les thermes d’Ëncausse, visités ën moyenhë par 600 malades, Sbrit cotinus depuis une épdque très-reculée, et jouissaient autrefois d’UHe réputation relativement plus grahde qu’aujourd’hui. Chapelle et Bachaumoht les visitèrent et en parlent ainsi dans leur voyage badin ;

* Encausse est éloigné dé tbiit eOiiimerce , ët l’on n’y péüt atroir d’alltre divertissement qué celui de voir revenir sa santé. Un petit ruisseau qui serpente à vingt pas du village , entre des saules ët les prés lës plus verts qu’on puisse imaginer, était toute iiotre Consolation. Nous allions toùs les tnatihs prendre hoë eaux étt ée bel endroit, et les aprèS-dthëM hélts pronlëner. Un jour que hous étions sur les bords, assis sur l’herbe, ët que . nous ressouvenant dés hautes marées dé la Garonne, dont nous avions lâ mémoire encore assez fraîche, hoüs examinions leS râiSons que donnent Descartes et Gassendi du flux et reflux de la mer, sortit tout d’un coup d’entre les roséàhx les plus proches uh homme qui ttous avait apparemment écoutés ; c’était

Uu vieillard tout blanc , pâle et sec.

Dont la barbe et la chevelure Pendaient plus bas que la ceinture, Ainsi qu’on peint Melehisédech •

Ou plutôt telle est la figure D’un certain vieux évêque grec Qui, faisant la salamalec,

Dit à tous la bonne aventure;

Car il portait un chapiteau Comme un couvercle de lessive,

Mais d’tihe grandeur ëxcessiVë,

Qui lui tenait lieu de chapeau.

Et ce chapeau, dont les grands borda

-i. ut

RÔÜTlE 69. ENCÀUSSE.

Allaient tombants sur ses épaules, Etait fait de branches de saules,

Et couvrait presque tout soit corps.

Son babit de couledr verdâtre Etait d’un tissu de roseaux,

I.e tout couvert de gros morceaux D'uu cristal épais et bleuâtre.

* A cette Apparition , la peur nous fit faire deux signes de croix et tbbis pas en arrière. Mais la curiosité prévalut sur la Crainte, et noils résolûmes, bien qu’avec quelques petits battements de cœur, d’attendre le vieillard extraordinaire, dont l’abord fut tout à fait gracieux, et qui nous paria fort civilement de la sorte :

Messieurs, be Suis pas snrpriê Que de ma rencontre imprévue Vous ayet un peu l’imè émue ;

Mais, lorsque vous aurez appris Bu quel rang les destins ont mis Ma naissance à vous inconnue,

Et le sujet de ma venue,

Vous rassurerez vos esprits.

Jé suis le dieu dé ce ruisseau;

Qui d’une urne jamais tarie,

Penchée au pied dé ce coteau;

Prend le soin dans cette prairie De verser incessamment l’eau Qui la rend si verte et fleurie.

Depuis huit jours, matin et soir Vous me Venez réglement voir,

Sans croire nie rendre Visite.

Ce n’est pas que je be mérite Que l’on me rende ce devoir;

Dans ce petit vallon champêtre.

Soyez donc les très -bien veflus :

Chacun de vous y sera maître;

Et puisque vous voulez connaître Les causes du flui et reflux,

Je vous instruirai lâ-dessus.

« Sa théorie exposée , il s’écoula d’entre nous deux , mais si vite ; qu’il était à plus de vingt pas avant que nous nous en fussions aperçus.

Nous le suivîmes le plus légèrement que nous pûmes ; et, voyant qu'il était impossible de l’attraper , nous lui criâmes plusieurs fois ;

Hé ! monsieur lè frèuvè, arrêtés.

Ne vous en allez pas si vite :

Hé! de grâce, un mot! écoutes!

Mais il se remit dans son gîte;

et rentra dans CéS blêmes roéèâttx dont nous 1‘avions VU Sortir. Hous allâmes en vain jusqu’à cet ëndrbit; car le bonhomme était déjà tout fondü eti eaü Iquand noué arrivâmes , et sa VOix n’êtatt plus

Qu’un murmuré agréable et dout; Mais cet agréable murmure N’est entendu que des cailloux :

Il ne le put être de nous,

F.t même, sans vous faire Injure,

Il ne l’eût pas été de vous. »

L’établissement d’Eneausse laisse

tout à désirer. On doit le reconstruire entièrement. Dans Son état actuel , il contientl8baignoires et des douches.

LES EAUX

Eau thermale, saline.

Connue dès l’époque romaine , si l’on en croit la tradition lobale.

Trois sources : Grande S. , petite S., S. Dargut.

Débit en 24 heures : A été doublé par le captage qu’a opéré dans ces dernières années (1854) M. François, ingénieur des mines.

Densité : 10042 à 16*.

Température : 22', 20 (Filhol., 1853), 28* depuis le nouveàd captage (Camparàn).

Caractères particuliers : Eau limpide, incolore, inodore, saveur légèrement amère; la petite source plus atramentaire que la grande.

Du fond du réservoir se dégagent des bulles gazeuses, mélange d’azote , d’oxygène et d’un peu d’acide carbonique.

L’eau d’Eneausse ramène légèrement au bled la teinture de tournesol rougie.

Service médical : Un médecin inspecteur, M. Camparan.

Emploi : Boisson, bains, douches.

Situation : Environ 450 mètres au-dessus de la mer.

Climat doux , air très-pur.

Effets physiologiques : Eaux laxatives, toniques, excitantes; action marquée sur l’estomac et l’hématose. Elles passent pour faciliter l’expulsion des calculs et paraissent agir spécifiquement dans les fièvres d’accès rebelles.

Elles ne se transportent pas.

Classification chimique : Eau sulfatée à base de chaux avec forte proportion de chlorure sodique.

Analyse (Filhol.)

Eau 1 lit.

Grande S. S. Dargut.

gr.

gr.

Sulfate de chaux

» dépotasse,....

traces

traces

» de soude

» de magnésie...

Chlorure de sodium. . . .

Carbonate de chaux.. . .

» de magnésie.

Oxyde de fer

traces

traces

» de manganèse. . .

traces

Acide ailicique

Silicate de soude

traces

Silice en excès

Iode

traces

Arsenic

traces

Matière organique

traces

traces

Oxygène.......

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