ROUTE 78. DE TOULOUSE A SAINT-GIRONS
- Au delà de Gaumont , la route , traversant des campagnes admirablement cultivées , laisse à g. , sur la rive g. du Salat, Saint- Arailles , v. de 723 hab. , puis Taurignan- Vieux, v. de 422 hab., situé sur la rive dr. et dominé par une vieille ruine. Au delà de
4 kil. (95 kil.) Lorp, ham. dépendant de la commune de St-Arailles, la vallée se resserre ; la route entre dans une gorge étroite et pittoresque , au fond de laquelle le Salat roule en écume sur un lit hérissé de rochers; on passe au-dessous de Saint - Lixier , qui domine la rive dr. (Voy. plus loin) , et l’on traverse le ruisseau du Lez pour entrer à
3 kil. (98 kil.) Saint-Girons (Hôtels: chez Ferrière aîné, de France, de Biros) , chef-lieu d’arrondissement du département de l’Ariége , assez jolie ville de 4005 hab. , agréablement située dans une riche vallée , au confluent du Salat , du Lez et du Baup.
Saint-Girons portait autrefois le nom de Bourg -sous- Vie; màis peu à peu le nom de l’évêque Vandale, qui vint la convertir au christianisme au commencement du v* siècle, a fini par triompher. La vieille ville, située sur |la rive dr., a conservé le nom de Bourg, tandis que le quartier neuf, situé sur la rive g. , est connu sous le nom de Villefranche; c’est là que se trouve l’ancien château occupé aujourd’hui par le palais de justice et les prisons. Deux ponts réunissent les deux parties de la ville : l’un, de quatre arches , en marbre rougeâtre, dit le pont Vieux; l’autre, de trois arches, en marbre gris, dit le pont Neuf.
Presque au centre de la ville se
trouve l’église paroissiale, dont on a commencé la reconstruction en 1857. Elle était surmontée d’un clocher très-élevé, qui seul n’a pas été démoli. Jusqu’à la moitié de sa hauteur, ce clocher a la forme d’une tour carrée, percée à chacune de ses faces par des arcades en ogive ; le deuxième étage octogonal s’élève en retraite au-dessus de la tour ; il est couronné d’une galerie où se voit la cloche de l’horloge, et d’où s’élève encore, par une seconde retraite, une flèche déliée de forme octo- pyramidale, dont les arêtes sont hérissées de ces ornements vulgairement connus sous le nom de têtes de loup.
Des promenades publiques de Saint-Girons, la plus belle, appelée le Champ de Mars, longe la rive dr. du Salat, en face du palais de justice; elle est formée par une quadruple rangée d’ormeaux.
Saint-Girons possède plusieurs fabriques d’étoffes, des filatures de laines, des moulins à huile et à farine, des papeteries, des scieries de marbre. Aussitôt après la Révolution et la suppression de l’évêché de Saint-Lizier, cette ville avait vu accroître rapidement son importance ; mais depuis quelques années, sa population reste stationnaire et décline même un peu.
A 2 kil. au N. de Saint-Girons, sur le penchant méridional d’une colline que longe le Salat du côté de l’O. , s’élève la V. antique et déchue de Saint-Xiizier, aujourd’hui chef-lieu de canton de 1092 hab. , aux dépens de laquelle s'est accrue Saint-Girons. Elle était autrefois la capitale du Cotiserons ou Cotiserons (Voy. ci-dessous), et portait le nom d’Austria, à cause du vent d’Espagne ( Auster ) auquel elle est
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
exposée. Elle doit son nom actuel à un évêque qui, en l’an 708, si on en croit la légende, la défendit par ses prières contre une armée innombrable de Goths et parvint à la sauver. En 736, l’évêque fut moins heureux, et, malgré sa piété, l’armée sarrasine, que des Visigoths avaient introduite par trahison, saccagea la ville, qui, rebâtie par Karl Martel et par saint Lizier , fut de nouveau réduite en cendres en 1120 ou 1130 par Bernard I", comte de Comminges. Elle resta pendant sept années complètement en ruines, et ne se releva qu’après la mort du comte. Quelques années plus tard , elle fut encore saccagée par Bernard III , et ne retrouva un peu de tranquillité qu’après la guerre des Albigeois.
Le Cotiserai»* ou Conserans (du latin Conserrami ou Cmsorrani , mot qui semble indiquer une confédération) est situé à égale distance des deux mers , entre le bassin de l’Ariége et celui de la Garonne, a II présente, dit M. Bordes -Pagès, à peu près la figure d’une feuille de vigne dont les nervures seraient autant de rivières ou de vallées, toutes convergeant vers la principale , qui est celle du Salat, et offrant chacune uue physionomie particulière.
« Les premiers rapports des habitants du Couserans avec Rome datent de l’époque de Sertorius, qu’appuyaient les montagnards des Pyrénées , Vascons , Asturiens et Cantabres. Pompée , accourant de la Gaule narbonnaise, commença sa campagne en s’établissant à Austria, capitale des Conseranni. Plus . tard, Crassus, lieutenant de César, acheva la conquête de l’Aquitaine; mais les peuplades des hautes gorges restèrent à moitié insoumises.
« Lors de l’invasion des Barbares, les plaines du Couserans furent ravagées et ses cités détruites par les flots successifs des hordes qui se pressèrent au pied des Pyrénées.
En 413, Honoriuâ comprit le Couserans au nombre des provinces cédées aux Goths. Déjà, en 407, Constant, s’étant rendu maître de l’Espagne, en avait ouvert la porte aux Barbares, en retirant la garde des Pyrénées aux braves paysans qui les avaient défendues jusqu’alors. Les seuls habitants des parties hautes échappèrent aux Barbares, comme ils avaient échappé aux Romains , et , grâce à l’âpre# de leurs gorges , à leurs forêts impénétrables , à leur pauvreté et à leur indépendance naturelle .
conservèrent dans leurs moeurs, leurs costumes et leur langage , quelques traits des temps les plus anciens.
« Plus tard, les Sarrasins envahirent aussi le Couserans; leur passage a laissé des traces dans l’esprit des populations, et l’on montre encore les bois, les lieux déserts, lea grottes où les restes de leurs bandes se cachaient, quand, pourchassés par les armées de Karl Martel et du duc d’Aquitaine, elles repassèrent les gorges des Pyrénées.
« Pendant le moyen âge , les Couserannais, surtout ceux des hautes vallées , se firent remarquer par leur esprit d’indépendance et résistèrent avec une grande énergie aux empiétements des seigneurs. Voici quelques-unes des franchises que se réservaient les habitants de Massat, d’Oust, d’Ustou, d’Ercé et d’Aulus.
Nous les traduisons de l’original écrit en patois du pays :
« Suivent les franchises et lilierléa que Monseigneur le vicomte de Couse-