‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 271 sur 384 · ROUTE 82. LE PORT DE GUILLOU. «= LE LAC D*AUBÉ · texte numérisé non relu

ROUTE 82. LE PORT DE GUILLOU. «= LE LAC D*AUBÉ

par des prairies et par des forêts de

sapins et de hêtres, est comme suspendu sur le flanc d’un pic. Le ruisseau qui sort de ce lac tombe dans la vallée d’Arse, près de son débouché dans le bassin d’Aulus.

Lac d'Aubé.

s h. Aller et retour.

Au-dessus de l’établissement thermal, on gravit la base du Montrouy , et, traversant quelques prairies, on entre dans le vallon de Fouillets , dont les molles sinuosités remontent dans la direction du S.

A l’entrée de ce vallon s’étend un bassin inégal, semé de buttes gazonnées et dominé des deux côtés par des bois de hêtres et de magnifiques prairies. En continuant à remonter le ruisseau du Fouillets, on voit une cascade assez curieuse.

« Elle a en effet, dit M. le docteur Bordes- Pagès, la forme d’une chapelle ou d’un caveau naturel entièrement frais, creusé dans le roc.

La voûte de ce caveau, percée d’une ouverture, livre passage à un ruisseau qui tombe sur une sorte d’autel, et de là sur le sol, en éparpillant une pluie de perles. » Plus loin , les escarpements qui dominent le vallon s’écartent; on entre dans le cirque parfaitement ovale et régulier de Casiarens, dont les hautes parois de granit brillent çà et là sous quelques filets d’eau qui les humectent. En escaladant à l’O. les rochers à peine praticables qui précèdent ce cirque, on s’élève au haut de ses parois abruptes, et, si l’on continue à monter 1 h. 1/2 à travers les neiges et les rochers, on atteint enfin (1463 mèt.) le bassin qui renferme le lac d'Aubé eu de Mèdèf le plus élevé de toutes ces monta-

gnes, ainsi appelé parce qttè la chaîne des Pyrénées paraît là béante, ou parce qu’il est isolé (medtûs) entre deux pics. En hiver, il est coütert d’une couche de glace qui à plusieurs mètres d’épaisseur. GP* glaces se fondent ad retour de la belle saison et descendent avec fracas, mêlées de pierres, le long des cascades et des précipices. « Lots même que le lac est tranquille, dit M. Bordes-Pagès, on entend sur ses bords un bruit souterrain , semblable à celui d’une mer lointaine. »

Des environs du lac d’Aubé, on peut voir se développer au loin les plaines du Languedoc, jusqu’au delà de Toulouse. Urte montée d’iinç heure mène au port d’Aulus, pasr sage tellement difficile que les contrebandiers eux-mêmes hésitent à s’y risquer.

En revenant à Aulus, on péut visiter, sur le versant occidental dû vallon, les cabanes de Fteychet, d’où l’onjouit d’une admirable vue.

Si l’on franchit le col élevé qui passe au N. de la Pique de Mède, on retombe dans le val d’Escorce, dont les eaux descendent à Saifrt-Lizier d’Ustou (V. R. 81).

D’ Aalas à Saint-Lizier d'Ustou par le col de la Trape.

5 h. de marche.

Le sentier, très-facile à trouver!

part de l’entrée du vallon de Fouillets, et gravit par des courbes gracieuses les pentes douces des prairies jusqu’au col de U Trape couvert de granges, haut de 1122 mèt. et dominé au N. par le Tue de la Lane (1337 mèt.) * et au S. par le pic de las Grepios (1601 mèt.); Le petit vallon dans lequel on descend est parsemé de bois charmants. La

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

pente devient plus rapide, et bientôt on voit la vallée d’Ustou avec ses champs, ses villages et ses mines, dominés à l’E. par la masse du Mont-Vallier. Quand on a laissé à dr. le plateau de Fauguerolles , couvert de touffes de buis, on ne tarde pas à atteindre le hameau de Sérac, situé sur le versant N. de la vallée, vis-à-vis de Saint -Lizier d’Ustou (V. R. 81).

D’àULUS A V1CDESSOS.

A. Par la port do Combcblére on do (talnlx.

% h. min. à S h. Passage fréquenté tous les jours par les muletiers chargés déporter le minerai à la forge d’Aulus.

On suit d’abord la vallée supérieure du Garbet, jusqu’au point où, faisant presque un angle droit, elle incline au S. ; continuant alors à marcher dans la direction de l’E. , on remonte un petit vallon qui renferme les granges de Combebière , dont les pâturages ont donné leur nom au col; puis on prend l’un des innombrables sentiers tracés sur les pentes gazonnées. En se retournant, on jouit, à mesure qu’on s’élève, d’une vue de plus en plus belle sur la vallée d’Aulus, qui ressemble à une vallée Bernoise : la tourdeCastelminier; la sombre gorge de Garbet et un immense amphithéâtre de montagnes ; à g. , Puntussan et la grande chaîne; en face, le Mont- Vallier ; à dr. , Bertrône et Monbéas. Au pied du Mont-Vallier, et par-dessus les bois et les pâturages du joli col de la Trape, de petites échancrures indiquent les vallons d’Ustou.

Bientôt après avoir dépassé les dernières granges, on atteint le col

de Combebière (2 h. 30 min. d’Aulus), situé à 1801 mit. Là on découvre, à l’E., une vue assez insignifiante sur un vallon nu, à demi rempli de débris d’avalanches de pierres, et qu’on prendrait au premier aspect pour le lit d’un ancien glacier.

On descend d’abord par une pente douce dans ce vallon, d’où l’on aperçoit en face de soi le mont Goulier, dominé par une montagne couverte de pâturages jusqu’au sommet. A dr. s’élève une montagne aride , le Bassièt , sur le versant méridional duquel se trouve le lac du même nom. En 45 min. , on atteint les habitations les plus élevées du vallon , situées à 1339 mèt. , au bord d‘un plateau gazonné. De là on aperçoit les villages de Sem , de Saleix et d’Auzat, et l’on découvre la partie inférieure de la vallée, où . la couleur grise domine malheureusement. La descente devient beaucoup plus rapide. On contourne une vaste courbe exposée au soleil du Midi et bien cultivée. Près de (45 min.) Saleix (423 hab.), le premier village que l’on rencontre, situé à 1013 mèt., on aperçoit sur la dr. une partie de la grande chaîne , qui se découvre à mesure qu’on s’abaisse. On y distingue les ports élevés par lesquels Vicdessos communique avec l’Espagne. En face, les regards sont surtout attirés par un rocher grisâtre, isolé, conique, que couronne une tour en ruine. Quand on se trouve au-dessus d ’Auiat , v. de 1643 hab. , renommé pour ses fromages et dominé par le vieux château de Montréal on voit parfaitement le Montcalm (V. R. 84).

Une dernière descente vient enfin aboutir, entre Auzat et Vicdessos,

ROUTE 83. d’aULUS A VICDESSOS.

k ta route de voitures qui relie cés deux villages. Tournant alors à g. , on suit la vallée dans la direction du N. E., et bientôt on atteint

45 min. de Saleix (4 h. 45 min.

(TAulus) Vicdessos. Voy. ci-dessous.

B. Par le lac da l’Hern.

5 h. 8dv. Sentier de mulets; passage moins élevé.

1 h. 45 m. à 2 h. d’Aulus au lac de l’Hers (V. page 517.)

Parvenu au lac de l’Hers, on le contourne du côté du N. , et on rejoint le sentier qui conduit du col d’Éret à Vicdessos. De ce col, haut de 1551 mèt. , les eaux coulent dans trois directions : à l’O. , vers les vallées d’Ercé et d’Aulus; au N., vers la vallée de Massat ; à TE. , vers celle de Suc et de Vicdessos. En suivant le sentier dans la direction de l’E. , on arrive au sommet du col d’Ercé (1629 mèt.), où une croix de fer marque la limite qui sépare le Couserans et le pays de Foix. Les pâturages sont parsemés de blocs de pierre descendus de la montagne de los Palouméros, qui domine le col sur la dr.

Une descente facile , à travers les charmantes pelouses qu’arrose un ruisseau, mène en 1 h. à Sue, v.

de 1267 hab. , situé, sur le versant septentrional du vallon, à 951 mèt.

de hauteur. Plus bas, de l’autre côté du ravin, on passe au hameau de Sentenac, qui appartient à la commune de Suc, et d’où Ton descend en un quart d’heure à Vicdessos, donton voit les maisons à ses pieds.

C’est dans les environs de Suc que des chasseurs trouvèrent, en 1809, cette folle de» Pyrénées , dans laquelle plusieurs personnes voulaient voir une variété intermédiaire entre l’espèce humaine et

celle des orangs-outangs. «Elle était d’une taille élevée , dit M. Bergès; sa peau était noire; une longue chevelure, son unique vêtement, flottait sur ses épaules. On s’empressa de lui présenter des habits ; elle les repoussa et les déchira avec violence. Il fallut lui attacher les mains pour parvenir à la vêtir. »

On lui demanda comment les ours ne l’avaient pas dévorée. « Les ours! répondit-elle; ils étaient mes amis, ils me réchauffaient ! «D’autres paroles qu’elle prononça firent supposer que la douleur d’avoir vu poignarder son mari par des brigands l’avait rendue folle. Elle fut conduite à l’hospice de Foix, où elle périt misérablement.

Vicdessos (Hôt. de la Renaissance), chef-lieu de canton, situé sur la rive g. du Vicdessos , à C95 mêt. , contient une population totale de 989 hab., composée en grande partie de mineurs. Dans l’espace des dix dernières années, le nombre de ses habitants a diminué de près de 200. L’église, qui dépendait autrefois deSaint-Sernin de Toulouse , surmontée d’une tour romane carrée à la base, octogonale au sommet, a été souvent remaniée et rebâtie en partie il y a peu d’années. La porte de la façade est du style gothique.

L’importance de Vicdessos provient de sa position centrale au milieu d’une des régions minières les plus riehes de la France.

Mines de fer de Raneié.

Sur la rive dr. du Vicdessos s’élève le Roc de Berquié, qu’il faut gravir par un sentier escarpé, jusqu’à une anfractuosité appelée le col de Sem. Là, on voit sur une butte, une pierre druidique de 5 mèt. de

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

haut sur 4 de large , dont la masse de- granit a pour base une saillie de roc calcaire. Du col , on entre dans un petit vallon aux formes arrondies, dominé par des pentes couvertes de bruyères et d’épais bouquets de sapins.

On traverse Sem, v. de 452 hab. , presque tous miueurs, situé à 960 mèt. d’altitude, et l’on remonte au S. vers une montagne élevée, sillonnée dans toute sa hauteur par de longues rampes que parcourent incessamment les ouvriers qui transportent le minerai : c’est la montagne de Rancié. Sur sa pente uniforme, on voit les rampes aboutir, à* diverses hauteurs,, à sept ouvertures de mines désignées, à partir de la plus élevée, sous les noms deLarpque, Saint-Louis, la Grougne, l’Auriette, la Graillère, l’Escudette et Beliagre. A partir de Sem , il faut plus d’une heure pour atteindre la mine de la Grougne, qui est, avec celle de l’Auriette, la seule exploitée actuellement.

Les couches ferrifères de Rancié consistent en minerai pur ou presque pur, disposé par bandes ou grosses plaques alternant avec des assises de calcaire plus ou moins chargées de matières ferrugineuses.

Des galeries traversent la montagne dans tous les sens, et la hauteur verticale des travaux, à partir de la cime jusqu’au point le plus profond. est de plus de 600 mèt.

Les mines sont exploitées depuis six siècles environ par les habitants de la vallée. Elles appartenaient originairement aux communes du canton (le Yicdessos ; mais il n’y a plus que les habitants des villages les plus rapprochés, Sem, Goulier et Olbier ,

5 lù usent (lu privilège de l’exploi- *tipn; ceux de Yicdessos et des

lieux circonvoisins ne sont admis A exercer l’état de mineur que lorsqu’ils épousent une fille de l’un de ces villages ; autrement iU ne peuvent s’occuper qu’à transporter le minerai aux forges de la talléb ou des pays limitrophes.

Le minerai consiste : 1* en peroxyde de fer hydraté , c’est-àdire en un composé de fer , d’oxy* gène et d’eau : ce minerai , pur, peut contenir jusqu’à 00 pour 100 de fer métallique; 2° en peroxyde de fer anhydre : c’est le plus riche des minerais de Rancié : il contient jusqu’à 70 pour 100 de fer; 3° eü fer carbonalé , quelquefois pur, quelquefois aussi mélangé avec le peroxyde hydraté. A l’état pur, il contient 47 pour 100 de fer. Ordinairement, les produits de l’extraOtion se composent d’un mélange de toutes les espèces précédentes.

Le minerai annuellement extrait s’élève à près de 150000 quintaux métriques, et se répartit entre plus de 60 forges à la catalane, dont quelques-unes sont situées hors des limites du département de l’Ariége.

Le fer qui en provient est dur et plus ou moins aciéreux ; lorsqu’il a été cémenté, il peut revenir au feu un grand nombre de fois sans perdre ses qualités, tandis que l’acier obtenu avec le fer doux, provenant de l’affinage de la fonte, ne peut subir cette épreuve. Dans le fer de Rancié, on trouve même quelques portions qui sont un véritable acier, nommé fer cédât dans le pays. ,

On peut revenir des mines par :

Goulier, v. de 1468 hab., situé à 1084 mèt. dans un joli valion entouré de prairies et de bois de sapins, et que domine à l’O. la vieille tour de Château- Réalp ; et par le hameau (V Olbier, à tous lies habitants duquel

Page 1