ROUTE 98. PERPIGNAN
aboutir la route de Narbonne, a été bâti en 1319 par les ordres de Sanche, deuxième roi de Majorque.
L’architecte chrétien qui éleva cette forteresse avait étudié son art chez les Arabes, ainsi que le prouve la forme des tours et surtout le minaret hexagonal, terminé par une coupole, qui domine l’édifice.
La citadelle de Perpignan , assez vaste pour contenir 2000 hommes, se compose de fortifications construites successivement autour du château que le premier roi de Majorque s’était fait bâtir sur une colline au-dessus de la ville. Sous Louis XI, après la conquête du Roussillon, on augmenta considérablement la force et l’étendue du château royal dans la partie de PE.; et, sous Charles-Quint, on commença les travaux qui ont changé les destinées de Perpignan en transformant la ville de commerce et d’industrie en une place de guerre. Plus tard, Vauban fut encore chargé d’augmenter les fortifications.
La porte de la citadelle était remarquable par les décorations dont l’avait fait orner le duc d’Albe ; on y voit encore quatre cariatides assez mal restaurées et les restes d’une inscription en l’honneur de Philippe II. Le château des rois de Majorque , qui constitue le donjon , a été successivement reconstruit dans plusieurs de ses parties. « De l’époque du xn* siècle, dit M. Mérimée, il reste seulement quelques murs d’une solidité admirable. »
D’après MM. Taylor et Charles Nodier, ce portail a beaucoup de rapport avec la façade de l’église du pont Sinaï. Les parties latérales sont en marbre blanc et rouge, et, comme dans le Bas-Empire, ces
deux couleurs sont alternativement posées par bandes horizontales. Il est orné de six colonnes sveltes, dont les chapiteaux autrefois peints représentent des dragons; la porte elle-même ressemble, sous plusieurs points, à celle de l’Alhambra de Grenade. Il est évident que ce monument, unique en France, a été bâti par des artistes élevés dans l’Espagne maure. Le puits de l’ancien château royal, alimenté par une source intarissable , a près de 26 mèt. de profondeur, et environ 8mèt. de circonférence. Du haut de la citadelle, la vue embrasse toute la plaine du Roussillon, circonscrite par les Albères au S., les Corbières au N., et dominée au S. O.
par le Canigou.
V Université de Perpignan compte Pierre IV pour un de ses fondateurs (1349). Après la paix des Pyrénées, elle tomba dans une complète décadence; mais, en 1759, le maréchal comte de Mailly, commandeur du Roussillon , fit jeter les fondements d’un nouvel édifice qui devait y être affecté. On y a réuni des collections d’histoire naturelle, entre autres, une collection de papillons d’Amérique recueillie par M . Jacques Arago. On y voit aussi une momie donnée par Ibrahim Pacha, et un thermomètre de Galilée offert à la ville par François Arago. La bibliothèque compte 16000 volumes.
Le Musée a été fondé , en 1832, par les soins du peintre Capdebos :
on y remarque les portraits du cardinal de Bouillon et du cardinal de Fleury , par Hyacinthe Rigaud , natif de Perpignan; de l’archiduc d’Autriche, par un élève de Van Dyck; de Rigaud, par lui-mème; les noces de Cana, tableau médiocre et de grandes dimensions, at-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
tribué à Alexandre Véronèse; la Promenade à Longchamp ( Lancret); le Retour de la pèche (Breughei de velours), des Fleurs, par Monnoyer..,.
Nous signalerons encore, dans l’intérieur de Perpignan, la place Royale, plantée d’arbres et ornée au centre d’une fontaine en marbre blanc , dont la vasque est supportée par trois sirènes en bronze; puis, en dehors de la ville, deux agréables promenades : la première, plantée de platanes , commence non loin de la porte Canet, et se prolonge en suivant les murailles jusqu'à la porte Notre-Dame, ou du Castillet; la seconde, la pépinière publique, s’étend à l’O. de la porto du Castillet, le long des rives de la Têt.
Excursion à Castel -Rossello et à Canet.
10 kil. Route de voitures
L’emplacement de l’antique Ruscino , désigné aujourd’hui sous le nom de Castel -Rossello , est à moitié chemin entre Perpignan et Canet, bourg du moyen âge situé près de la mer. a A g. de la route on voit s’élever une tour isolée qu’on a remarquée déjà en venant de Salces à Perpignan. Construite sur le bord d’un ressaut de terrain qui forme comme une falaise depuis Perpignan jusqu’auprès de Canet , cette tour, haute de 20 mèt. sur 3 mèt. 1/2 seulement de diamètre à l’intérieur, est, avec une chapelle et les fondements de deux métairies, tout ce qui reste, dit M. Henry , du Castrum Ruscinonense ou Rossolionense qui, après la destruction de la ville gallo-romaine par les pirates du Nord, vers l’an 859, à ce qu’on croit, avait
réuni ceux des habitants de cette ville antique échappés au fer des Barbares. Ce castrum, établi sur une partie de l’emplacement qu’occupait Ruscino, était encore habité au xiv* siècle. Un acte de 1255 parle même d’un endroit de cet emplacement nommé Buslum, qui devait avoir été le lieu où sous les Romains on brûlait les cadavres.
a Ruscino passe pour avoir été la capitale des Celtes Sardones. C’est à Ruscino que, suivant fite Live, se réunirent les différents chefs gaulois de ces contrées, pour délibérer sur la permission qu’avait fait demander Annibal , déjà campé sous les murs d’Tlliberis, aujourd’hui Elne, de traverser librement leur pays, dans sa marche contre Rome. Favorablement disposés d'avance par les présents qu’avait eu soin de leur faire distribuer l’adroit Africain, ces chefs, qui n’auraient pu d’ailleurs qu’inquiéter l’armée carthaginoise sans pouvoir empêcher son passage, consentirent à recevoir Annibal en ami. »
Plus tard, Ruscino devint une colonie romaine, et déjà, du temps de Pline, qlle jouissait du droit latin.
Sous le règne de Louis le Débonnaire , elle «était désignée par le nom de Rosciliona (d’où Roussillon). Elle fut complètement détruite par les Normands, après avoir été déjà une fois incendiée par les Maures.
A la suite-du sac de la ville, les habitants construisirent vraisemblablement la tour que l’on voit encore, afin de surveiller la mer et de se préserver d’une nouvelle surprise. D’après M. Henry, cette tour daterait donc du vin* siècle. On a découvert aux environs plusieurs médailles et d’autres objets archéologiques ; mais on n’a pas encore exploré le sol de