‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 303 sur 384 · ROUTE 98. DE NARBONNE A PERPIGNAN · texte numérisé non relu

ROUTE 98. DE NARBONNE A PERPIGNAN

eu lest pour aller faire compléter leur gréement à Marseille, et ne rentrent plus à la Nouvelle.

Sur la plage on a élevé un phare, bâti un fort et fondé un établissement de bains de mer.

Au delà de la Nouvelle, le chemin de fer , s’éloignant encore de la route dé terre, passe entre la mer et l’étang de la Palme, traverse le Grau ou Estuaire de la Franqui, et s’enfonce dans une tranchée profonde de 7 mèt. à son point le plus bas ayant d’atteindre la station de

12 kil. .(33 kil.) Leucate. Ce v., situé à quelque distance du chemin de fer , à l’extrémité septentrionale de l’étang de même nom, date de la plus haute antiquité. Il doit son beau nom grec à la blancheur des rochers qui bordent le rivage. Sa population s’élève à 1276 hab., dans le moyen âge elle a été beaucoup plus considérable.

Au sortir de Leucate, le chemin de fer traverse une partie de l’étang avant de rejoindre la route de terre près de Fitou, y. de 1167 hab., à peu de distance duquel on sort du département de l’Aude pour entrer dans celui des Pyrénées-Orientales.

Après avoir longé la base des dernières ramifications des Corbières, dans des tranchées longues et profondes, on croise la route de terre en deçà de

13 kil. (46 kil.) Salce«9 bourg de 1206 hab., situé entre le chemin de fér et la route de terre, dans une plaine fertile presque à la base aride et nue des Corbières. 11 doit son nom à deux sources salines, la Fon Est ramé et la Fort Dame, qui sortent du rocher, à côté de la route, à 2 kil. 500 mèt. l’une de l’autre, avec assez d’abondance

pour faire mouvoir des usines. La nature des eaux des sources, leur température peu variable, leur voisinage de l'étang , les ont fait utiliser d’une manière très-ingénieuse pour la pêche des poissons.

« On établit, dit M. Anglada, à l’embouchure des sources une espèce de labyrinthe en roseaux assez espacés pour que les poissons trop petits puissent ressortir sans difficulté. Ce labyrinthe , que l’on nomme dans le pays un bourdigou, est disposé de manière à rendre l’entrée facile, tout en multipliant singulièrement les difficultés delà sortie. Durant l’hiver, et, par suite des grands froids , les poissons quittent les lieux trop découverts, se réfugient vers le rivage, et, trouvant l’eau des sources salées bien plus douce, ils y pénètrent et s’y rassemblent. Quand les circonstances sont favorables, l’emploi du filet amène toujours une pêche aussi sûre qu’abondante. *"

On remarque à Salces un vieux château fort où, sous Louis XIV, furent emprisonnées deux grandes dames, condamnées à la détention pour complicité dans les nombreux empoisonnements - de la marquise de Brinvilliers (V. R. 104). Ce château , qui tombe en ruine et qui était jadis la première place forte du Roussillon, du côté de la France, date du xv* siècle; malheureusement le génie militaire en a nivelé presque toutes les tourelles. Sa grosse tour ronde sert de poudrière.

Aujourd’hui, il est gardé par un poste de vingt hommes, et ses souterrains méritent seuls, dit-on, la visite des amateurs. Il a soutenu plusieurs sièges contre les Français, qui brûlèrent le village en 1438, 1496 et 1503; le prince de Condé le prit en 1639; les Espagnols s’en

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emparèrent en 1640, et le rendirent à Louis Xni en 1642.

Le territoire de Salees fournit le vin blanc de Macoaber, ainsi nommé d’un raisin originaire d’Espagne qui le produit ; moins liquoreux que celui de Rivesaltes, ce vin a quelque ressemblance avec le Tokay.

Au sortir de Salees, on traverse une plaine riche et monotone, dominée au S. par le beau groupe du Canigou , qui devient de plus en plus distinct à mesure qu'on s’approche de Perpignan. On franchit l’Agly sur un pont de 160 mèt. de long en deçà de

9 kil. (55 kil.) Riveultes, V. de 4276 hab., renommée par ses vins muscats, située entre de beaux champs cultivés et une plage de sable envahie par les salicornes et les soudes.

Au delà de Rivesaltes, on remarque de loin, à g. de Perpignan, une tour construite probablement dans le moyen âge, et indiquant la position de la ville de Ruscino, ancienne capitale du Roussillon, auquel elle a donné son nom. Le chemin traverse un bras de la Tèt, à dr. du petit village du Verne t; puis le bras principal, avant d’entrer dans la gare, située à l’O. de Perpignan, en dehors des fortifications.

8 kil. (63 kil.) Perpignan (HÔ- TELS : du Midi, du Nord, de l’Europe, du Luxembourg. — Cafés :

Le Café français occupe, à Tangle de la place de la Loge, un bâtiment de style ogival, qui a servi de bourse et de théâtre. — Messageries Fabre, Correspondant avec l’Espagne, Port-Vendres et toutes les villes des Pyrénées. — Luuuires :

Alzine, J u lia frères),

Perpignan , ville fortifiée , de

23 301 hab., est située sur la rive dr. de la Tôt, à 11 kil. du point où cette rivière torrentielle se jette dans la mer, et sur les deux rives du ruisseau de la Basse , dont les débordements sont l'un des fléaux du pays. Le sol dé la ville est à 30 mèt. au-dessus du niveau de la tper; les maisons, pour la plupart construites en cailloux roulés et en briques, n’ont aucun caractère monumental, et les rues sont en général tortueuses et étroites.

Perpignan n’â pas été fondée comme on l’a répété trop souvent à tort, sur les ruines de l’ancien ruunicipe romain de Flavium Ebujum.

Elle paraît n’avoir pris d’importance qu’après la chute de Ruscino (V.

p. 582); son nom est cité pour la première fois dans des chartes du x* siècle , et elle n’était alors qu’un alleu désigné sous le nom de Villa Ferpiniani. Un ancien monastère de Bénédictins, dédié à Notre-Dame del Corrég ou du Ravin, qui existait en cet endroit, avait servi de lieu de refuge à dès habitants dépossédés. Ils formèrent alentour un village destiné à devenir par la suite, après Ruscino et Elne, la capitale du Roussillon. A la chute de l’empire, cette province de la Gaule romaine tomba sous la domination des Visigoths d’Espagne; mais les lois romaines et gothiques n’y furent abolies qu’en 1251, à la suite de l’assemblée des Etats que tint à Barcelone Jacques I", roi d’Aragon. Elles avaient survécu à la puissance des Goths, détruite en Espagne par la conquête des Arabes, ou Sarrasins, au commencement du vm* siècle. Ceux-ci étendirent leurs invasions en France ; Charlemagne, pour leur opposer une barrière , établit dans le Rous-

Digitiz

ROUTE 98. RÏVESALTES. — PERPIGNAN.

sillon des comtes souverains. Le dernier de ces comtes, mort sans enfants, légua en 1172 le Roussillon au roi d’Aragon, qui ratifia les privilèges accordés à la ville de Perpignan. Le Roussillon demeura entre les mains des souverains d’Aragon, sous la suzeraineté de la France, jusque vers le milieu du xiii* siècle. Philippe le Hardi entra alors en Espagne pour s’emparer du royaume d’Aragon; mais son armée Tut décimée par les maladies, et lui-même vint mourir à Perpignan (1285). Louis XI réunit pendant quelques années le Roussillon à la France, le roi d'Aragon n’ayant pu lui payer au terme convenu 300000 écus d’or, comme il s’y était engagé. Perpignan ne se soumit que par famine, après une vigoureuse résistance. Dans une sor-r tie, le fils du commandant Blauca avait été fait prisonnier, et le général français avait mandé à Blanca qu’il égorgerait son fils, si la ville n’était pas rendue. Le généreux Castillan, plutôt que de manquer à son honneur, laissa exécuter sous ses propres yeux cette menace infime. Charles VIII, malgré les remontrances du parlement, rendit le Roussillon aux rois d’Aragon. En 1542, François I*r fit inutilement le siège de Perpignan. Un siècle après, le gouverneur espagnol ayant violé tes privilèges des villes du Roussillon, et bombardé, pour une simple dispute entre bourgeois, un faubourg de la capitale, la province se révolta et s’offrit à Richelieu. Enfin, la possession en fut assurée à la France par lé traité des Pyrénées.

Perpignan est bien déchue de son ancienne splendeur. Elle comptait autrefois 6000 maisons; elle n’en a plus aujourd’hui que la moi-

tié Charlès-Quint en fit abattre 1500 pour augmenter les fortifications.

La cathédrale, placée sous l’invocation de saint Jean, fut commencée en 1524 par le deuxième roi de Majorque, et bâtie à l’aide de dons pieux, ce qui en fit durer longtemps la construction. Le sanctuaire de l’édifice ayant été achevé pendant que Louis XI était momentanément maître du Roussillon , les armes de France furent placées à la clef de voûte, d’où elles n’ont jamais été retirées. Interrompus quand le Roussillon retomba sous la dépendance espagnole, les travaux ne furent repris qu’en vertu d’un décret du concile de Trente : cependant le manque de fonds nécessaires ne permit paï> de terminer la façade.

Pendant la Révolution, Saint-Jean devint un magasin d’approvisionnements militaires.

L’intérieur de Saint-Jean , beaucoup trop richement décoré , se compose d’tine seule nef , longue de 70 mèt. , large de 18", 30 d’un pilier à l’autre, et haute de 27 ”,25 du sol à la voûte; sur les côtés, de petites , chapelles occupent les enfoncements. L’obscurité qui règne dans ce vaste vaisseau, éclairé latéralement par des œils-de-bœuf placés à une grande hauteur, empêche d’apprécier la valeur réelle de certaines peintures, qui sont, dit-on, justement estimées. Les trois grandes fenêtres ogivales à vitraux de couleur, que l’on voit à l’extrémité de l’abside, produisent un assez bel effet. Le retable du maître autel, en marbre blanc, a été sculpté par un artiste de Barcelone nommé Soler.

Huit pilastres ioniques, formant deux étages d’architecture, encadrent une vaste niche remplie par la

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statue de saint! Jean. D’autres statues sont placées au-dessus. Dans le transsept s’élève un beau tombeau en marbre noir, gardé par quatre lions couchés : c’est là qu’est enseveli Louis de Montmor, premier évêque français du Roussillon. Outre l’orgue, dont les boiseries, travaillées à jour, offrent des détails charmants, nous signalerons à l’attention des visiteurs la cuve, en marbre blanc, servant de fonts baptismaux : cette cuve, que l’on fait remonter au temps des Visigotlis, a la forme d’un tonneau dont les douves sont serrées par un gros câble et se brisent sous la pression.

Au-dessus de l’église s’élève , dans une élégante cage de fer fabriquée en 1740, l’horloge de la ville.

Au-dessous du clocher de l’horloge se trouve une église appelée Vieux Saint-Jean, qui n’offre d’autre intérêt archéologique que son antiquité. On prétend qu’elle a été bâtie du temps de Charlemagne. C’est dans cette église que furent reçus les membres de la très-sainte inquisition. Les registres de la sacristie contiennent les détails d’une procession ordonnée par l’évêque, pour « la victoire remportée par le roi de France sur les huguenots de son royaume, » le 24 août 1792, jour de la Saint-Barthélemy.

Delà place du Pont du Bastit, on voit, à g., l’ église de Saint-Mathieu, construite en 1639. Cet édifice n’a aucune valeur architecturale ; mais on y remarque le bassin du bénitier, au fond duquel sont sculptées en relief une grenouille et une anguille. La statue de saint Mathieu, placée dans une niche du retable, est d’un sculpteur roussillonnais nommé François Boher.

L’église de Sainte-Marie-la-Réal ,

qui fut complètement dévastée pendant la Révolution, mais qu’on a restaurée peu à peu depuis, renferme plusieurs statues exécutées par le même sculpteur.

Dans le voisinage de la porte Canet est l’église Saint-Jacques , dont le clocher, tour carrée construite en briques, a été entièrement restauré en 1849. A l’intérieur, le vaisseau est simple, mais la décoration des autels présente une surcharge d’ornements et de dorures d’un goût détestable. C’est de la chapelle des pénitents de cette église que sortait autrefois la procession des Flagellants. Ordinairement on louait des Bohémiens à tant le coup de fouet pour se lacérer les chairs en pubjic; mais souvent aussi les volontaires s’offraient par dévotion ou par bravade. Au commencement de la Révolution, chaque compagnie de garde nationale voulut avoir son flagellant en titre, qui se fouettait vertueusement au milieu de ses camarades édifiés.

Si l’on prend la rue faisant face à l’église Saint-Jean, on ne tarde pas à arriver à la place de la Loge, bordée en grande partie de cafés.

Elle doit son nom à l’un des deux bâtiments qui y avaient été anciennement élevés, celui de La Loge (de l’espagnol lonja, marché, bazar). Après avoir servi de Bourse de commerce, cet édifice fut momentanément transformé en théâtre par les consuls de Perpignan en 1770:

il a été restauré en 1843 ; le rez-dechaussée est occupé par un café.

L’autre bâtiment eetl’hûteldeville, construit au xiu* siècle, et reconstruit en 1692.

Le petit château , de forme mauaesque, appelé le Castiüet , qui s’élève à g. de la porte oü vient

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