‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 322 sur 384 · DE PERPIGNAN AU VERNET · texte numérisé non relu

DE PERPIGNAN AU VERNET

54 kil. Route de poste; plusieurs voitures publiques tous les jours; service parfaitement organisé. De Perpignan à Prades, 5 et 3 fr. De Prades au Vernet,

2 fr,

42 kil. de Perpignan à Prades V. R. 101).

Au sortir de Prades , on laisse à

g. le v. de Codolet (V. R. 101), et l’on franchit sur un pont pittoresque la Taurinya , dont on voit la vallée remonter au S. vers le Canigou. La vallée de la Têt est encore large et fertile ; mais déjà les montagnes qui la forment, plantées de vignes et. d’oliviers, partout oè la culture est possible , s’élèvent et se resserrent ; la route se rapproche de la rive dr. du fleuve, qui roule ses belles eaux vertes dans un lit encaissé , au-dessous d’un pont pittoresque. On laisse à dr. l’embouchure du Conat ou Orbania, descendu de l’étang il’Eslalat (V. R.

103), puis on traverse le Merder tout près de son confluent avec la Têt.

2 kil. (-44 kil.) Rio, v. de 1000 hab. , bâti en amphithéâtre le long des deux pives de la Têt, jouit d’une belle vue sur les montagnes admirablement cultivées qui l’entourent, à l’E. sur la vallée de Prades, et à l’O. sur la gorge de Villefranche.

Au-dessus de la route, sur la rive dr., s’ouvre une grotte remarquable par les stalactites qu’elle renferme. Dans les environs se trouvent plusieurs usines métallurgiques.

A 1 kil. au-dessus de Ria, la Têt alimente une prise d’eau qui, depuis un temps immémorial, met en mouvement plusieurs forges auxquelles on a dernièrement ajouté- un hautfourneau. La grande abondance de l’eau motrice et la proximité des mines de fer et des bois de sapins du Canigou assurent la prospérité de cet établissement métallurgique.

Cependant la vallée se resserre de plus en plus , et bientôt la route et la rivière remplissent presque tout l’espace compris- entre les rochers en deçà de

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

4 kil. (49 kil.). Villefranche, V-.

forte de 813hab., située à 392 mèt. au-dessus de la mer, dans une gorge étroite qu’elle ferme entièrement. Elle dut, dit-on . son origine à Guillem-Raymond , comte de Cerdagne et de Confient , qui l’érigea en ville par une charte datée de l’an 1075 , et son nom actuel à la grande quantité de privilèges et exemptions que lui accorda ce seigneur; elle s’est appelée aussi Liberia. En 1641 elle se rendit aux Français, lors de la conquête du Roussillon par Richelieu. Plus tard , les Espagnols s’en emparèrent de nouveau , mais ils en furent bientôt chassés en 1654, après six jours de siège. En 1674, les principales familles de la ville ourdirent une dpnspiration pour secouer le joug de la France. Le plan des conjurés était ainsi arrêté. Pendant la nuit du vendredi au samedi de la semaine de la Passion, 200 Espagnols s’enfermeraient dans une vaste grotte située au S. de Villefranche , et le len-, demain de très-grand matin, des miquelets, portant leurs armes cachées dans des bottes de paille, entreraient dans la ville aussitôt après l’ouverture des portes. Au premier signal, les Espagnols enfermés dans la grotte se réuniraient aux miquelets , tomberaient à l’improvlste sur les Français et lés massacreraient tous jusqu'au dernier.

En même temps un corps de trou-; pes , .parti de Puycerda , se trouverait aux environs pour se jeter dans la place dès qu’on S’en serait rendu inattre. Ce pian échoua par la trahison de doiia Inez de Llar, fille de Charles de Llar, l’un des principaux conspirateurs rayant entendu à travers une cloison qu’on jurait la mort des Français , elle

courut avertir son amant, M. de Perlan, lieutenant du roi. Quelques heures après, les principaux conjurés étaient arrêtés et appliqués à la torture; le père d’Ine* périt de la main du bourreau; sa tête fut exposée dans une .cage de fer audessus de l’une des portes de Villefranche. '•

Les deux dames inconnues qu’on avait enfermées au château de 8aloes pour avoir participé aux crimes de la marquise de Brinvilliers . furent transférées dans leur vieillesse au château de Villefranche; l’une y mourut en 1717 ; l’autre obtint la permission d’avoir la ville pour prison.

Le 4 août 1793, le général espagnol Crespo s’empara de cette clef du Confient , mais il fut obligé de l’abandonner 20 jours après.

« Le 19 septembre de la môme année, dit M. Fervel, Gilly, commandant le 2* bataillon des grenadiers du Gard, reprit Villefranche par un de ces coups d’audace si fréquents à la guerre , après une victoire décisive. * Il n’avait que 450 hommes sous ses ordres; « arrivé en vue des remparts , Gilly laisse dans la gorge , en avant de Sardinia , le gros de son monde, disposé de manière à simuler la troupe la plus nombreuse possible, et, prenant avec lui 60 grenadiers seulement, if s’avance en parlementaire jusqu’aux avantpostes espagnols. Là il mande le commandant de là place , qui s’empresse de se rendre à son injonction. « Vois, lui dit-il, sur ces hauteurs, l’avant-garde de Dagobert.

« Je viens te sommer en son nom ; « rends -lui la place et tu es libre : « autrement, pointdequartieri» Unp heure après, la garnison de Villefranche défilait entre deux haies

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