‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 323 sur 384 · ROUTE 104. DE PERPIGNAN AUVERNET. — VILLEFRANCHE · texte numérisé non relu

ROUTE 104. DE PERPIGNAN AUVERNET. — VILLEFRANCHE

de t tente grenadiers républicains, et allait par le Pla Guilhem regagner la vallée du Tech. Elle laissait Villefranche approvisionnée pour trois mois. »

Les fortification a de Villefranche , construites d'après les dessins de Vauban , sont très-irrégulières : elles se composent de six bastions, avec une demi-lune à chacune des trois portes ; une quatrième porte , celle des Boucheries, a été établie pour' mettre la ville en communication avec la citadelle située à mi-côte de la montagne qui la domine du côté du N. Depuis peu d’années, la défense a été augmentée par un fort placé entre la ville et la citadelle. Des souterrains relient entre eux ces divers travaux. On a utilisé également, pour y construire des bastions , et surtout des magasins, de vastes cavernes naturelles , auxquelles 6n monte par un esoalier de 132 marches et qui s'étendent fort loin dans la montagne située au 8. de Villefranche.

Ces grottes , connues sous le nom de Corta ou Cara Bastère, sont1 les plus vastas de la contrée après celles de Corbères (V. R. 101) et communiquent avec celles de Fulla, qui s’ouvrent sur le versant occidental de la montagne; pour les visiter, il faut obtenir l’autorisation du commandant de la place.

Villefranche est presque entièrement bâtie en marbre rouge : elle n’a que deux rues , parallèles au court de la Tét et communiquant par de petites rues latérales.

Viglise se compose de deux vaisseaux parallèles, de hauteur inégale, ayant chacun son portail de style roman, l’un beaucoup plus large que l'autre et plus orné. Des quatre colonnes qui décorent le

grand portail, trois ont leur fût uni; la quatrième est cannelée en spirale. Sur le chapiteau des deux colonnes intérieures s’appuie une archivolte romane rubannée et fleuronnée ; de singuliers groupes d’animaux sont sculptés sur les chapiteaux des colonnes extérieures.

L’intérieur est d’une grande simplicité; sous une fenêtre à dr. s’ouvre une petite chapelle ogivale. A côté de l’autel, on voit un Christ de bois couché sur un lit de parade , et reposant sa tète couronnée de roses sur un oreiller. La tour carrée de cette église est garnie de créneaux.

On remarque dans la ville quelques maisons très-anciennes, dont les fenêtres romanes sont séparées en deux parties par une colonne à chapiteau sculpté. Enfin, dans la grande rue, s’élèvent encore deux vieilles tours oarrées.

De Villefranche h Olctte, Montloui» et Puycerda (V. R. 108).

Pour aller au Vernet, il faut sortir de Villefranche par le pont-levis de la route de Perpignan, tourner à dr. en deçà de l’enceinte exté' rieure, et passer sous une porte basse et étroite qui donne accès dans la vallée du Vernet, Cette vallée est tellement resserrée à son débouché, entre des roches calcaires aux formea hixarres, que la rivière et la route s’y disputent la place qui leur est nécessaire. Bientôt elle s’élargit ; de petits champs soutenus par des murs en pierres sèches se montrent à dr. et & g., et l’on ne tarde pas à apercevoir le Canigou. au-dessus du mamelon jaunâtre qui domine

3 kil. (62 kil.) Comella , v. de 608 hab. , situé dans un petit lias*

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

sin au confluent du vallon de Vernet au S. et de celui de Fillols au S. E. C’était autrefois une ville importante. En 9G5, le comte Guiffred en acheta l’église à l’évêque d’Elne. En 1047 , les comtes de Cerdagne s'y firent bâtir une maison appelée dans les anciennes chartes Palladium Cornelianum. L'église est du style roman. Son portail de marbre blanc est formé par six colonnes dégagéesdont les chapiteaux représentent quatre dragons qui se mordent la queue, quatre béliers et plusieurs autres sculptures : le tore est couvert de fleurons; trois archivoltes, dont l’une est unie, l’autre rubannée, et la troisième estonnée avec des fleurons , encadrent le tympan , au milieu duquel on voit la sainte Vierge assise, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux : celui-ci bénit d’une main, et de l’autre porte une petite église, symbole de l’Eglise universelle ; de chaque côté se tient un ange avec un encensoir.

Autour du tympan, on lit une inscription latine. L’intérieur se compose de trois nefs, dont l’une, celle de dr. a été refaite; l’abside du fond a été également reconstruite.

De chaque côté se trouvent deux chapelles absidales; àdr. une autre chapelle, de style gothique , sert de sacristie. Un beau retable en pierre sculpté en 1345 par Cascall, de Berga, est encore assez bien conservé : il en reste huit scènes et le tombeau de l’autel, soutenu par deux colonnettes à chapiteaux romans. A dr. du portail, s’élève le clocher, grosse tour carrée de la même époque. A côté de l’église, sont de vastes bâtiments sans intérêt, provenant de l’ancien prieuré des chanoines de Saint-Augustin , et renfermant quelques débris de

l’ancien château habité autrefois par les comtes de Cerdagne. En outre, sur la place de l’église se dresse une tour ronde, au-dessous de laquelle est une fontaine décorée d’armoiries sculptées.On remarque aussi dans le village des maisons du style de la Renaissance, qui semblent avoir été jadis fortifiées.

Une bonne route, récemment rectifiée, ombragée de châtaigniers et de noyers, monte de Cornella au

2 kiL (54 kil.) Vernet ( Hôtels, ' Thermes des Commandants, Thermes Mercader , maisons à louer dans le village), v. de 967 hab., qui, dominé par l’église et par une vieille tour en ruines, couronne l’extrémité d’une arête remontant au S. E. vers le Canigou. Depuis que ses eaux thermales sont devenues célèbres , il s’est étendu dans la vallée sur la rive dr. du ruisseau de Castell , et quelques maisons se \ sont même groupées sur la rive g.

autour des Thermes des' Commandants. La place publique est ornée d’un vieil orme autour duquel les paysans viennent danser les Bayes, espèce de ronde, d’origine grecque selon les uns, arabe selon les autres.

Dans les grandes solennités , elle sert d’arène pour les courses de taureaux.

Par lui-même , le village du Vernet offre très-peu d’intérêt. 11 ne reste dans son église que de faibles vestiges de l’antique chapelle romane qui fut donnée en l’an 898, par la comtesse Ermessinde, au monastère de Saint-Michel de Cuxa. Mais on y conserve un reliquaire en argent sous forme d’avant-bras, contenant une partie du bras de saint Saturnin , et des broderies figurant des caractères arabes.

Rien que la hauteur moyenne du

ROUTE 104. CORNELLA. — r LE VERNET.

Vernet au déssus du niveau de la mer soit de 620 fflèt. , la température y est généralement douce en hiver, aussi les malades y séjournent-ils pendant toutes les saisons.

Les sources du Vernet sont connues depuis plusieurs siècles, mais rien me prouve qu’elles aient étér visitées par les Romain» ; les vestiges du passé trouvés aux environs des Thermes ne datent pas d’une époque antérieure au moyen âge.

D’après M. Anglada , le premier témoignage positif de l’existence des bains du Vernet remonte à 1377 ; à cette époque ils appartenaient à l’abbaye de Saint-Martin du Canigou (Voy. page 613), et un établissement thermal y existait déjà. 11 consistait en une grande bâtisse voûtée servant à couvrir les piscines, et en logements pour les baigneurs. Le grand bassin destiné aux bains communs avait 10 mèt.

de longueur sur 5 mèt. de largeur et 1 mèt de profondeur; sur le pourtour régnaient troismarches où s’asseyaient les baigneurs pour obtenir divers degrés d’immersion. Trois sources, dont l’une intérieure èt jaillissant du fond, emplissaient le bassin.

Après un incendie qui, vers le commencement du xviii* siècle , détruisit la partie de l’édifice consacrée aux logements des baigneurs et endommagea la voûte des piscines, le nombre des visiteurs diminua constamment, et les bains n’étaient plus utilisés que par les paysans du voisinage, 'lorsqu'on 1788 le docteur Barrôrç les acheta au monastère pour la somme de 400 livres de droit d’entrée, et la rente annuelle de ti livres. Le bâtiment voûté fut soigneusement restauré, et une maison d’habitation

adossée contre la principale façade exposée au S. On combla la piscine , et, sur la place qu’elle avait occupée, s’élevèrent huit cabinets contenant des baignoires en marbre du pays. Depuis cette époque, chaque année a amené une amélioration importante, et la découverte de nouvelles sources a nécessité la fondation d’ün second établissement (V.

plus bas Thermes Mercader).

Page 1