DE PERPIGNAN A AMÉLIE -LES- . BAINS
38 kil. Route de poste. Diligences tous les jours.
On sort de Perpignan par la porte de Saint-Martin, et, se dirigeant au S., on atteint en quelques minutes la fontaine (f Amour, source d’eau fraîche qui jaillit au bas d’un mur
de soutènement, à g. du chemin, tout près d’une petite esplanade, sur laquelle tous les ans, au premier jour de carême, les Perpignanais viennent célébrer la descente du carnaval. A l’extrémité de la terrasse, un petit escalier conduit & un étroit bassin dans lequel ooule un très-mince filet d’eau minérale ferrugineuse froide, où un certain nombre de familles de Perpignan envoient tons les matins chercher leur provision d’eau de table.
Plus loin , on voit, à une petite distance à g., les arcades d’un aqueduc construit primitivement par l’un des rois de Majorque, pour porter au pied du chftteau royal une partie des eaux de la Têt. C’est audessous d’une de ces arcades que , pendant le blocus de Perpignan par l’armée de Louis XIV, Turenne, alors lieutenant général du maréchal de la Meilleraye, commandant du blocus, avait dressé sa tente.
Après avoir traversé la rivière Canterane , on laisse à 500 mèt. sur la dr. v -
7 kil. Polie s très , v. de 357 hab., où commença en juillet 1651 , une terrible peste qui fit périr plus de 6000 hab. de Perpignan; puis on remonte pendant 3 kil. environ la rive g. du Réart. Ce torrent, presque à séc en été, devient parfois très- dangereux à la suite d’une forte pluie; il recouvre alors une grande étendue de terrain. Jadis ses eaux se déversaient dans \ des étangs infects, dont les émanations causaient de funestes épidémies; mais, depuis qu’on a creusé dans la plaine des canaux’ d’irrigation, celle-ci a gagné h la fois en salubrité et en fécondité. A 2 kil. à l’E. de la route, il reste encore un étang de près de 2 kil. carrés , ap*
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
pelé étang de Villeneuve de Raha , du nom d’un petit v. de 184 hab. , situé sur sa rive septentrionale à 12 mèt. au-dessus du niveau de la mer. Cet étang, alimenté par les eaux du Réart, change de forme et d’étendue selon les diverses saisons de l’année. On pourrait le drainer par un canal d’écoulemeat, ouvert au S. vers le Bagès ; mais le sol qu’il recouvre est tellement imprégné de sel , que pendant longtemps il resterait impropre à la culture.
Après avoir dépassé les ruines du château de Réart, situées, au delà delà rivière de ce nom , sur un monticule de 76 mèt. d’altitude, on franchit le Réart, dont on remonte la rive dr. A 1 kil. dupont (10 kil.), on croise la route d’Elne â Millas.
[Du point de croisement à Elne , on compte 10 kil. En quittant la route d’Espagne, on se dirige en droite ligne vers l’E. , puis .on laisse à g. une petite ruine , sur un monticule de 89 mèt. de hauteur, et l’on descend , par une pente facile , à 3 kil. (13 kil. de Perpignan.) Bagès, v. de 602 hab., assaini par un beau canal à la fois d’irrigation «t d’écoulement. On y a foré un puits artésien qui donne une assez grande quantité d’eau. A 3 kil. plus loin (16 kil. de Perpignan), on laisse à g. Montescot , petit v. de 139 hab., et l’on traverse une plaine monotone, jusqu’à Elne, située à 4 kil. de Montescot (20 kil.) (V. R. 112)].
[Du croisement des routes à Millas, la distance est de 21 kil. Après avoir franchi le Réart. on s’élève, à
l’O., sur une petite éminence qui sépare le Réart de la Canterane. A 2 kil. environ de la croisière, on laisse à g., sur une hauteur de 108 mèt., des bâtiments considérables appelés Mas-Deu ou Maison- Dieu : c’était autrefois le principal établissement des Templiers dans le Roussillon. Une charte de l’an 1132 nous apprend qu’à cette époque la Comraanderie existait déjà, et que les donations affluaient en grande abondance. Nombre de seigneurs et de dames cédaient leurs biens, leurs châteaux, leurs terres, et, dans l’espace d’un siècle, les Templiers du Roussillon devinrent les égaux du roi de Majorque en puissance et en richesses. Ils acceptaient tout, et se faisaient léguer jusqu’à des fruits et des vêtements.
En [169, Curbo de Brouilla leur laisse son palefroi et ses armes. Un autre leur donne le quart de sa récolte d’olives pour faire entretenir perpétuellement un cierge en son honneur. Un troisième donne ses terres et ses serfs, «timens pœnas « inferni et cupiens pervenire ad « gaudia paradisi. • En 1259 , le roi Jacques défendit à ses officiers de poursuivre les Templiers ou leurs serviteurs, sans observer un délai de dix jours , à partir de la signification île la plainte. En 1271 enfin, les Templiers réclamèrent et obtinrent la souveraineté absolue pour tous les villages et châteaux qu’ils possédaient « en Roussillon, Cerdagne, Valespir et Gonflent. »
Ils faisaient cultiver leurs terres par des esclaves, et jusqu’à leur chute ils firent la traite des Sarrasins. Une charte nous rapporte que Jacques de Plerüs, commandeur du Mas- Deu, acheta un Sarrasin nommé Azmet, moyennant une somme de