ROUTE 1Û6. 'DE PERPIGNAN A AMÉLIE-LES-BAINS
théâtre de combats sanglants entre les Français et les- Espagnols pendant les premières guerres de la Révolution.
Après leur victoire de Truillas (Voy. ci-dessus) , les Espagnols se retirèrent dans leur camp retranché, sur une hauteur qui domine le Boulou du côté du N. Les généraux français, occupés à réorganiser leur armée vaincue, ne purent se porter en avant que plusieurs jours après, et donnèrent le temps au général Ricardos' de fortifier sa position. Ils débattirent plusieurs plans, mais, au lieu d'adopter celui du général Dagobert, qui conseillait de tourner l’ennemi et d’occuper en force la crête des Albères, d’où le camp du Boulou se présentait à découvert, ils résolurent- d’attaquer les retranchements espagnols de front, eu commençant par la redoute du Puig Scingli , située au N . 0. du camp, sur la rive dr. de la Valmagne, dont les berges sont trèsescarpées en cet endroit.
* la colonne d’attaque , dit M. Fervel, forte de 6000 hommes, fut arrêtée, comme cela était inévitable, au bord même de la Valmagne , par une grêle d’obus et de bombes ; elle dut rétrograder jusque dans un basfond où elle se reforma. Mais là nos soldats, toujours poursuivis par les projectiles ennemis qui fouillaient toutes les ondulations du terrain, et n’ayant à opposer à du gros canon retranché qu’une lointaine et insignifiante fusillade, essuyèrent d’assez fortes pertes. Néanmoins, ils restèrent en présence, et les six jours qui suivirent, les Français renouvelèrent leurs tentatives en pure perte. Pendant une semaine d’inaction forcée , le général d'Aoust et le représentant Fabre mûrirent le
plan d’une nouvelle attaque, dirigée cette fois avec plus d’intelligence.
® A minuit, la colonne d attaque, forte de 5000 hommes d’élite, s’élançant brusquement des ravins où elle se tenait cachée , débouche sur la redoute qui a été désignée, l’aborde et l’enlève après une attaque furieuse. Mais ce n’était là que le premier acte du drame sanglant qui s’ouvrait.. Les Espagnols reviennent à la charge et pénètrent par les brèches: les Français, à leur tour, repoussent les Espagnols, et, pendant six heures, c’est un flux et reflux d’assauts qui se suocèdent avec une continuité et un acharnement sans exemple. Enfin, les Français, cramponnés à la redoute , semblent l’emporter; mais l’intrépide Tarranco s’arrête à quelques pas du champ de bataille avec les braves qui lui restent.
« Cependant un bataillon de 300 gardes vallonnés, dépêché par le général Ricardos au bruit de l’attaque, après avoir erré longtemps, arrive sur le terrain, et, sans perdre une minute , s’élance aux retranchements. L’uniforme, le langage de ces nouveaux assaillants, causent une fatale surprise, et c’est seulement à une décharge à bout portant que les Français, croyant recevoir un renfort, reconnaissent l’ennemi. Ils sont enlevés; mais, comme leurs adversaires tout à l’heure, ils s’arrêtent à quelques pas en arrière.
Cependant, au point du jour, après une dernière sortie des Espagnols, les soldats républicains se décident à abandonner la terrible partie. Le sol était encombré de cadavres....
Les Espagnols, dont la perte paraissait encore surpasser celle des Français, donnèrent à ce champ de mort le nom de Batterie du Sang, qu’il
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
a conservé avec quelques vestiges de la terrible redoute. »
L’année suivante, le 30 avril, le généràl Dugommier, à la tête d’une autre armée, fit traverser le Tech à une brigade commandée par le général Martin, et lui ordonna de prendre position sur la crête des Albères ; en même temps , il attaqua le camp dp Boulou et l’emporta de vive force; les Espagnols battus opérèrent leur retraite par la route de Bellegarde (V. R. 111); mais là ils rencontrèrent le général Martin et furent obligés de s’enfuir en désordre, abandonnant tout leur matériel , leurs approvisionnements , leur artillerie et un grand nombre de prisonniers. En peu de mois, à la suite de cette victoire , les plaoes occupées par les Espagnols furent reprises , et les Pyrénées-Orientales se trouvèrent entièrement délivrées de la présence de l’ennemi.
Du Boulon aux eaux thermales de Saint-Martin de FeoouiUa, 2 kil. (V. R.
ut); — à Figueras par Bellegarde ( V. R.
lu); — à Argelez- sur-Mer, i9 kit. (V.
Avant de sortir du Boulou, la route d’Amélie-les-Bains laisse à g.
celle d’Espagne , et remonte la vallée du Tech par une pente presque insensible. Au delà du ruisseau de Vivès, on gravit une petite côte, dont le point culminant est à 116 mèt. de hauteur. On aperçoit au S. le col de Perthus, dominé par le fort de Bellegarde. Sur la rive g.
du Tech , à Saint-Jean-Pla - de-Cors , v. de 532 hab. . on remarque les ruines d’un château bâti, en 1168, par un seigneur aragonais nommé Bérenger Castellan.
Ce fut près de ce village, qu’en 1674, l’armée française, commandée parle maréchal de Schomberg,
essuya une déroute complète. Surpris dans la nuit par l’armée espagnole que commandait le duc de Saint-Germain, vice-roi de la Catalogne, les soldats français n’eurent le temps ni de s’armer, ni même de s’habiller, et beaucoup d’entre eux arrivèrent en chemise à Perpignan.
Au delà de Saint-Jean-Pla-de- Cors , la route , traversant le ruisseau de las Aigues, laisse à dp., sur une colline de 300 mèt. d’altitude, Y ermitage de saint Ferré, ol.
Ce saint, principalement invoqué parles boiteux et les estropiés, voit accourir à sa fête, le 18 du mois de septembre , un grand concours de pèlerins. Il était chef d’une bande de voleurs; poursuivi pour ses crimes, il se réfugia dans l’église d’un monastère et mourut moine.
Les brigands roussillonnais le vénèrent comme leur patron.
Après l’attaque malheureuse de la redoute du Puig Scingli (Voy.
ci-dessus), les Français s’établirent sur les hauteursde Saint-Ferréol, et , de là , menacèrent la ville de Céret , que le général espagnol La Union occupait avec un corps de 4000 hommes. Celui-ci résolut de prendre l’offensive, et, le 25 novembre 1793, il se mit en campagne pour attaquer Saint-Ferréol à revers, en passant par les montagnes. De son côté, le général Solbeauclair, qui commandait à Saint-Ferréol, laissa une partie de ses troupes dans le camp, et descendit sur les bords du Tech pour surprendre Céret. Une division portugaise avait été chargée de la garde de cette ville; Solbeauclair fondit sur elle.
a Déjà, dit M. Fervel, ses soldats avaient refoulé les timides Portugais, déjà nos baïonnettes serraient, aux abords du pont, cette