ROUTE 112. DE PERPIGNAN A PORT-VENDRES
qui porte spécialement' le nom de château couronne le sommet d’un rocher escarpé au N. de la fille; du même côté, mais en dehors, s’élèvent les forts de l’Étoile et du Mirador. Au S., à plus d’un kil., se montre une redoute carrée connue sous le nom de Palat ou Dugommier; enfin, au S. E., sur le haut de la colline qui commande Collioure et Port-Vendres, se dresse le redoutable fort Saint-Elme.
Le port de Gollioure avait jadis une grande importance, à cause du faible tirant d’eau des navires des anciens ; mais aujourd’hui il ne peut recevoir que de petits caboteurs.
En 1844, .le mouvement commercial y a été : à l’entrée, de 124 navires, jaugeant 1086 tonneaux; et, à la sortie, de 128 navires, jaugeant 1692 tonneaux.
Les environs de Collioure produisent le vin le plus renommé du Roussillon.
A 2 kil. au S. O., à l’extrémité supérieure d’un vallon dont la ville occupe l’embouchure, les touristes vont visiter (2 kil. 1/2 env.) un ermitage célèbre dans le pays par ses eaux abondantes et par ses frais ombrages : c’est Notre-Dame de Consolation, patronne des marins de Collioure. La chapelle est petite et pauvre; mais le corps de logis qui lui est adossé est très-vaste. On l’afferme aux visiteurs, qui jouissent d’une température douce pendant les chaleurs de l’été. Sous les fenêtres de leur appartement s’étend une agréable esplanade bien ombragée, d’où l’on aperçoit le port de Collioure et la mer. Parmi les fontaines qui coulent de toutes parts dans ce délicieux vallon, il en est une qui porte pour inscription ce titre un peu ambitieux : Salus inlirmorum;
son eau passait pour minérale , mais le savant Anglada a démontré qu’elle ne devait point avoir une pareille prétention.
A 2 kil. 1/2 en ligne droite de Notre-Dame de Consolation, vers le S. O., se trouvent les ruines de l’Abbaye de Vajbonne ; pour les atteindre il faut d’abord se diriger au S., passer sur le versant septentrional du pic de Taillefer, haut de 514 mèt,, laisser à g. une ancienne atalaya, ou tour de guet, appelée par les géographes Tour de Madaloth, et par le peuple Tour- du Diable, puis descendre dans la vallée du Ravaner, franchir ce ruisseau, et remonter au N. O. sur la pente opposée. En 1 h. de marche depuis l’ermitage , on atteint les ruines de l’abbaye situées dans un petit vallon au pied d’une montagne qui porte à son sommet la tour romaine de la Massane. L’abbaye de Valbonne fut abandonnée dès le xv' siècle, lors de l’invasion des troupes de Louis XI dans le Roussillon.
Au delà de Collioure , la route traverse , en décrivant de nombreux zigzags, les rochers de la côte, audessous du fort Saint-Elme. A 1 kil.
de distance , on voit jaillir à côté de la route une source ferrugineuse, connue sous le nom de fontaine de Gauderic Germa.
’2 kil. (31 kil.) Port -V endre* , (Hôtel du Commerce, chez Durand, propriétaire de l’établissement de bains de mer à appareil flottant), V. de 1 305 hab. , doit son nom au P or tus Veneris , célèbre dans l’antiquité, dédié à Vénus Pyrénéenne, dont le temple, du temps des Romains, s’élevait dans les environs, sur le promontoire Aphrodi-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
sion, probablement Cap Crens. Le port, au N. duquel la ville est située , forme une espèce de rectangle de 780 mèt. de longueur sur 195 mèt. de largeur; autrefois il ne pouvait recevoir que des galères ou de petits vaisseaux marchands , lorsque, vers la fin du siècle dernier, le maréchal de Mailly obtint la permission de le creuser. En 1780, après 12 ans de travaux, on parvint à le nettoyer et à y former quelques établissements. En 1837, un crédit de 1600000 francs fut alloué pour les travaux du port , et l’on creusa vers son extrémité une darse de 28 mèt. de long , de 140 mèt. de large et de 6 à 9 mèt. de profondeur; pour recevoir des vaisseaux de ligne et des frégates. Actuellement il peut contenir jusqu’à 500 bâtiments marchands.
La place carrée qui fait face au port est très- belle; elle est élevée de 3 mèt. au-dessus du quai , et l’on ÿ monte par un escalier à double rampe de 32 marches. Dans le mur qui la borde du côté du port, on voit deux fontaines décorées de trophées. Au centre, s’élève un obélisque de marbre d’Estagel , haut de 26 mèt.; le socle est en marbre rouge de Villefranche.Surles quatre faces étaient sculptés autrefois quatre bas-reliefs représentant : 1” l’abolition de la servitude en France; 2* la restauration de la marine française ; 3° l’indépendance de l’Amérique; 4“ la liberté du commerce maritime.
Port-Vendres est avec la Nouvelle ( V. R. 98) le seul point d’embarquement et de relâche de toute la côte jusqu’à Cette. Son commerce toutefois n’ést pas aussi important que celui de la Nouvelle, peut-être à cause de son éloignement de grands
centres de production. Eu 1844, on y a compté à l’entrée 491 navires jaugeant 20698 tonneaux, et à la sortie, 509 navire^ jaugeant 20 650 tonneaux. Son Commerce de cabotage avec les autres ports de la Méditerranée et avec l’Algérie augmente tous les ans ; mais en revanche , le commerce de grand cabotage, c’est-à-dire celui qui consiste à expédier les marchandises dans un port dé l’Océan par la voie du détroi t de Gibraltar , di m i nue dans une forte proportion. En 1852, il s’élevait à 8542 tonneatix; en 1854, il n’était plus que 4862 tonneaux.
Les bateaux à vapeur quT font le trajet de Marseille à Barcelone et à Alicante touchent à Port-Vendres.
De l’autre côté du port , à 800 mèt.
au S. E. de l’entrée de Port-Vendres, s’élève une colline haute d’environ 203 mèt., que surmonte un phare de 1" ordre à feu fixe, dont la portée en mer est de 22 milles. Cette hauteur forme le cap Béar, improprement nommé Béarn. De Port-Vendres on monte en trente-cinq minutes au phare , et de là on découvre la mer sur une vaste étendue, une côte dentelée, une suite d'anses et de caps, au milieu desquels, vers la frontière espagnole, est le havre de Banyuls-sur-Uer, le dernier village de France; puis, dans une autre djrection, on voit les plages basses du Roussillon , où s’élève la tour de Ruscino, et dont les découpures vont se perdre à l’horizon ; àl’O. , s’étend un amphithéâtre formé par les derniers contre-forts des Pyrénées, derrière lesquels se dresse la cime neigeuse du Canigou. Sur les sommets escarpés et peu éloignés des Albères, on remarque les deux tours de Madaloth ou du Diable, et de Massane.