‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 379 sur 384 · L. G. de BELLE VAL · texte numérisé non relu

L. G. de BELLE VAL

Revue contemporaine, t. XV.

S’il vous plaît d’errer au bord des lacs bleus, de vous plonger dans la fraîcheur des verts paysages, de dompter les monts voisins du ciel, je vous conseille de vous munir du curieux et excellent Itinéraire de la Suisse, par M. Adolphe Joanne, dont cet habile et infatigable explorateur des vingt-deux cantons vient de publier une nouvelle édition, le chef-d'œuvre du genre. Risque-t-on de s’égarer sous la conduite et les auspices de Teucer? Teucro duce et auspice! Quel guide plus sér et plus expérimènté que M. Adolphe Toanne? Quel plus intrépide, pèlerin? Qui vous mènera avec plus d’agrément, de fruit et de sécurité, dans cet Eden et cet enfer de la Suisse, terre du lait pur et de l’avalanche, du riant chalet et de l’ablme ? Nourris dans ce labyrinthe des gracieuses vallées et des pics terribles, M. Joanne et son Itinéraire en savent tous les secrets: Acomat ne connaissait pas mieux les détours du sérail d’Amurath le farouche : fiez-vous donc à eux ; laissez-vous guider à leur étoile; courez sur les pas de l’Acomat suisse!... .Mais qu'ai-je à faire avec les Alpes ? Il s'agit d’un vaudeville de MM. Dennery et Decourcelles, qui ne s’élève pas tout it fait, comme le Mont-Blanc, à 4,810 mètres au-dessus du niveau de la mer . . .

Hippolyte B.OLLE. -

Moniteur universel ( Revue dramatique), 7 juin 1853.

ITINERAIRES. 19

Qu’il parte pour l’Angleterre ou pour l’Allemagne; qu’il traverse la France ou visite la Belgique ; qu’il cherche la légende au bord du Rhin ou sur la crête des Pyrénées ; qu’il fasse la promenade des gens du monde ou le pèlerinage des artistes : qu’il monte au Saint-Oothard ou descende sur le versant de l’Italie; que le train de plaisir le prenne à Paris et le rende à Paris en lui montrant Strasbourg, Heidelberg, Cologne, Aix-la-Chapelle, Liège et Bruxelles ; qu'il goûte plus à loisir le doux spectacle de B.ade et de la forêt Noire, de Spa et de ses environs, le voyageur a son petit livre ou son gros livre dans sa poche. Autrefois, c’était Richard.... Aujourd’hui, c’est Adolphe .Toanne, hardi piéton; celui-là, oeil et jarrets d’artiste ou du moins d’amateur intrépide qui a voyagé d'abord pour son plaisir et qui voyage en même temps pour le plaisir d’autrui. Joanne a tout vu, il connaît tout, les petits sentiers, les grands chemins, les distances et les heures. Tout l’amuse, tout l’intéresse. Il sait tout ce qui est utile à tout le monde. De quelle façon voulez-vous voyager? Voilà tout ce qu'il vous demanae. Je me trompe; il vous demande encore: Combien voulez-vous dépenser? Ne vous gênez pas avec lui. Faites hardiment votre confession. Etes-vous pauvre? il vous trouvera encore assez riche. Il réglera votre budget de telle sorte que vous rentrerez encore avec une épargne au logis. Etes-vous riche ? il fera largement les honneurs de votre portefeuille, et prenez garde qu’il ne vous trouve presque pauvre. C’est lui qui voti3 conduit à Spa et dans ses environs, sur les bords du Rhin, du Neckar et de la Moselle, à Bade, dans l’Allemagne du Nord, dans l’Allemagne du Sud, dans le Jura français et dans la Suisse. Quant à l’Italie, c’est un maître cicérone qui vous y mène, un écrivain, un de ces connaisseurs véritables, presque aussi rares que les véritables artistes, M. A. J. du Pays, rédacteur de l'Illustration, et dont l’opinion compte dans le jugement public porté sur les beaux-arts.

Du reste, Guides-Richard, Guides-Jeanne et Guides-du-l’ays, ce no sont plus dos guides, ce sont des livres. On les lit en voyage durant les heures de repos, on les garde au retour, tant ils renferment de détails curieux, de renseignements exacts sur l’histoire, sur la statistique, sur l’administration d'tm pays, sur ses musées, sur ses collections littéraires et scientifiques ; tant les plans sont nombreux et les cartes gravées avec soin.

Edouard THIERRY.

Moniteur, 7 août 1855.

Roman et volume de poésies, l’h-propos y sera encore demain ; mais, si la belle saison se passe, à qui dirai-je : « Prenez vite le charmant volume des Environs de Paris? Vous avez les instincts d’un touriste, n'est-ce pas ? Vous voudriez voyager et voir ; mais le temps vous manque ; mais les affaires de la semaine ne vous laissent qu un seul jour pour la liberté et pour le repos. Le dimanche, c’est déjà quelque chose. On y ajoute au besoin quelques heures de la veille, et quelques heures du lendemain. Il n’en faut

fias plus pour s'en aller bien loin derrière l’horizon et pour voir e plus beau pays du monde. Quel pays? La terre aimée do Dieu, la France visitée des souverains, la franco de l’ancienne Ile-de-

France. Ne vous inquiétez de rien. Ad. Joanne afaitiesEmîironj de Paris illustrés comme il a fait l 'Itinéraire de l'Allemagne, avec le même soin, avec le môme détail, la description aussi exacte des monuments, des palais et des ruines, avec l’indication aussi minutieuse des chemins, des moyens de transport, des hôtels opulents ou modestes. Avec le livre d’Adolphe Joanne, vous voyagerez autour des fortifications de Paris aussi commodément que vous voyageriez à deux cents lieues Vous voyagerez en vous promenant. Vous regarderez des choses admirables et bien moins connues que lTtalie ou la Suisse. V0113 serez à la fois chez vous et hors de chez vous ; vous aurez quitté votre lit le matin et vous le retrouverez le soir avec des paysages, des coteaux de verdure eJ. des perspectives sans fin flottant parmi vos rêves. » Eh bien, pourtant, voici que je l’ai dit et je ne m'en repens pas. Tant mieux pour le livre d’Adolphe Joanne et tint mieux pour ceux qui me lisent. S’ils veulent faire les jolis voyages que je leur indique, ils partiront, n’importe par quelle voiture et réimporte par quelle barrière, les Environs de Paris illustrés à la main. Moi qui ne voyage pas de ma personne, je voyagerai de l’esprit et des yeux en regardant les images.

Edouard THIERRY.

Moniteur du 9 juin 1859.

Tout parle en ce moment à ceux qui restent des fêtes du voyage. En voici un par exemple, un acharné voyageur qui est en même temps un homme de beaucoup d’esprit, M. Adolphe Joanne, et qui publie en ce moment l'Itinéraire delà Suisse. Ah ! c’est donc ça la Suisse, un énorme volume de tiOO pages en petit texte orné de cartes? Ah ! la voilà donc sous mes yeux, sous ma main, la patrie où se dressent les Alpes, où s’étendent les lacs, où l’on parcourt un océan de glace: Infidum marmorl Quel bonheur! la voilà donc cette nature tant chantée ! Te voilà donc, Mont-Blanc ! Vous voilà donc, Aiguilles Rouges! Bravo! le Simplon ? Hurrali ! pour le. Sain t-Got hardi Et. vive à jamais le massif des I'insterhaarhorn ! Les jolis mots ! les jolis monts! Et ces tables de glaciers, des tables qui se dressent jusqu’au ciel, et qui tombent tout d’un coup, semblables aux fortunes du hasard ; salut aussi à vous, lacs des poètes : Genève, Constance, lac Majeur, Neuchâtel, Lucerne, Zurich, Lugano, Thun, Zug, Sarnen, Wallenstadt! Je vois les chalets! j’entends le ranz des vaches ; j’en mange enfin de ce fameux fromage de Gessenay, de Brienz, de l’Emmenthal. Car il n’a rien oublié dans son Itinéraire, ce terrible M. Joanne, et, chemin faisant, dans les auberges, dans le wagon, sur le bateau à vapeur, en voiture, en charrette, il vous raconte 1,'histoire, il vous montre le paysage ; il s'arrête à tous les endroits curieux, à tous les lieux célèbres, à tous les monuments bâtis ou créés de ces domaines hospitaliers qu’il a parcourus en botaniste, à pied, veux-je dire, et dont il sait les moindres détails. Que de chemins divers, juste ciel ! nue de sentiers ! que de cabanes ! que de ruisseaux ! Les riches hôtelleries ! les humbles maisons ! les opulents voyageurs et les modestes voyageurs ! Ce livre charmant est animé presque autant que le voyage ! Il est le guide le plus sûr de ceux qui partent ; il sera la

consolation de ceux qui restent. Mais c’est le cas de chanter nous autres la chanson

Portrait charmant, portrait de mon amie !

Que dis-je? Le portrait charmant, le portrait fidèle, le portrait ressemblant d'une amie que l’on n’a pas vue et que l’on ne verra pas !

Jules JANIN.

Journal des Débats, G juin 1853.

On voyage trop vite aujourd’hui pour se lier avec ses

voisins ou avec ses voisines. On aime mieux causer avec un bon livre.

Le spirituel causeur que M. Adolphe Joanne, l’auteur infatigable de ces Itinéraires, aujourd’hui célèbres, qui vous accompagnent en Suisse, en Allemagne, en Ecosse, aux bords du Rhin et sur toutes les lignes ferrées de la France 1 J’ai entendu dire à un jeune prince qui a traversé plusieurs fois la Confédération germanique depuis dix ans, que c’est grâce au livre de M. Joanne qu’il a pu se reconnaître à travers les frontières si mobiles, les monnaies si hétéroclites, les physionomies si changeantes elles aspects si variés de l’Allemagne. J’en dirai autant de la France. Il n’eât pas besoin d’aller jusqu’aux Pyrénées ou jusqu’aux Alpes pour apprécier le service que. M. Joanne a rendu à la locomotion intelligente ou affairée, en supprimant les obstacles et les ennuis que l’ignorance sème sous les pas du voyageur. Voulez-vous ne pas sortir d'un rayon de cinq ou six lieues hors de Paris, et ne pas paraître aussi complètement étranger au pays que vous visitez, que les Parisiens le sont d’ordinaire à tout ce qui les entoure ou les avoisine? Prenez l’Itinéraire historique et descriptif des environs de Paris. M. Joanne n’est pas seulement un guide, c’est un compagnon, un ami, prévoyant et assidu, aimable et sérieux, jamais absent et jamais importun, plein d’attentions minutieuses et d’expérience érudite, qui vous dira, par exemple : « Ici les places de gauche (dans les wagons] doivent être prises de préférence à celles de droite ; » qui, plus loin, vous donnera, par l'étendue, la précision et le tour élégant de ses informations archéologiques, de véritables satisfactions d’esprit. M. Joanne vous montre un caillou où votre pied allait se heurter, et il vous découvre, un moment après, un horizon où votre âme s’élève et se répand: esprit solide, soigneux, attentif, bon camarade, appelant la contradiction sur ses œuvres, peut-être parce qu’il n'a rien à en redouter, rendant justice à tout le monde et disant volontiers à la fin de ses livres, comme ces auteurs de comédies espagnoles, mais d’un ton plus modeste que timide : « Messieurs, excusez les fautes de l’auteur ! »

La critique abuserait de ses droits si elle cherchait à relever des fautes dans les cinq ou six mille pages que M. Joanne a écrites depuis quelques années avec un zèle de bénédictin et une activité de juif errant. S’il y a des fautes dans l’Iliade âu témoignage d’Horace, et des taches dans le soleil, au dire d’Arago, je ne garantirais pas absolument l'infaillibilité de M. Joanne ; et lui-même, en homme d’esprit qu’il est. en fait bon marché. Ce qui importe, en pareille matière, c’est d’inspirer confiance. M. Joanne, consciencieux auteur de ccs livres d'une complexité si épineuse, a eu

pourtant un certain nombre de collaborateurs, les uns qui l’ont aidd, les autres auxquels il a fait des emprunts qu’il ne manque jamais de signaler, beaucoup enfin qu’il cite textuellement et dont les extraits communiquent à ses récits une piquante diversité. C’est ainsi que s’il veut peindre ce caveau de Saint-Michel (ti Bordeaux), où, pour cinquante centimes, on vous montre une raisonnable quantité de cadavres retirés d'un cimetière voisin dont le terrain avait la propriété de conserver les corps, M. Joanne emprunte sa description au romantique auteur de la Comédie de la Mort, à M. Théophile Gautier. Si, échappés à cette honteuse exhibition, comme il la Qualifie si justement, nous nous trouvons transportés, loin de là, devant la caspade du bassin de Saint-Ferréol, sur la route de Castelnaudarv à Sorrèze, c'est dans les Mémoires de Marmontel que l’auteur va chercher la description des célèbres robinets qui servent à vider l'immense réservoir. Si nous sommes à Marlv, nous y rencontrons Saint-Simon. Si nous visitons Alise, Sain le-Reine, sur le mont Auxois, nous y retrouvons César et Vercingétorix, qui’ ont fait de tout temps et récemment encore, grâce à la querelle archéologique de deux provinces françaises, assez de bruit dans le monde. M. Joanne concluait, en 1857, comme la Revue des Deux Mondes vient de conclure elle-même tout récemment avec plus de développements et d’études: « Il eût suffi, dit-il, aux défenseurs du système de M. Delacroix, de jeter les yeux sur les cartes de l’étatmajor pour se convaincre de cette vérité (que l’emplacement d’Alesia était en Bourgogne), vérité plus évidemment démontrée que la

rotation de la terre autour du soleil » Notre voyageur me parait

ici tout aussi tranchant que les partisans de l’Alise franc-comtoise, Et pourquoi pas?

On peut juger par ce qui précède de l’intérêt que présentent les livres de M. Joanne; et je ne comprendrais pas que personne aujourd'hui entreprit un seul des voyages qu’il a faits et qu’il raconte, sans le faire avec lui. Un livre est jugé quand il est devenu indis-, pensable. Quant à moi, j'ai quelques livres préférés que j'emporte toujours avec moi, tantôt les uns, tantôt les autres, suivant les temps Après ces livres, et dans mon bagage de route, je n’ou-

blierai plus de mettre un de ces itinéraires qui sont tout un monde. Pascal disait des fleuves, que < ce sont des routes qui marchent. » Les livres de M, Joanne sont des histoires qui font quinze lieues à l'heure, et qui n’en sont pas plus ennuyeuses pour cela.

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