V. A. MALTE-BRUN
Nouvelles annales des voyages.
Les Bains d’Europe (par MM. Ad. Joanne et Le Pileur), qui viennent de paraître, lont partie de la collection des Guiaes- Joanne. Pour tout le inonde, mais en particulier pour les personnes qui ont voyagé, le nom de M. Ad. Joanne vaut, à lui seul, tous les éloges : descriptions fidèles, indications justes et complètes, renseignements variés et toujours utiles, telles sont les qualités qu’on recherche dans les Guides et qu’on est sûr de rencontrer dans les ouvrages de M. Joanne. 11 a vu ce dont il
fia’rle et il l’a bien vu, avec un esprit curieux des choses de a nature, amoureux du pittoresque et constamment préoccupé de rendre service à ceux qui le suivront. Pour mon compte, j’ai fait plus d’un voyage en compagnie de M. Ad. Joanne, j’entends d’un de ses livres, et n’ai, avec lui, jamais eu besoin de rien demander à personne. Je me suis aventuré, à sa suite, dans les pays de montagne?, loin des itinéraires habituels, là où des sentiers existent à peine, et pas une seule fois je n'ai eu à me
repentir de ma confiance , que de remerciments ne lui ai-je pas adressés, »n petto, en retrouvant, même au milieu des neiges, sur les sommets des Alpes, les exactes indications qui me gardaient de m'égarer. Je le prie donc, puisque j’en ai aujourd'hui l’occasion, d'agréer, pour le bonheur qu’il m'a procuré — le bonheur de courir, libre et sans crainte, à travers les cols et les glaciers ; le bonheur de n’avoir pas à subir, dans le3 villes, le banal ennui du cicerone — l’expression publique de ma reconnaissance.
A une instruction assez universelle pour ne rien laisser échapper de ce qui passe d’intéressant devant ses yeux, l’auteur joint le talent — très-rare de notre temps, où la prolixité fait fortune — de tout dire en peu de mots. Tout ce dont il est bon d’être averti, M. Joanne le dit, et il ne dit jamais rien d'inutile : « Mérite non commun, savez-vous, ni facile de clore en peu de mots beaucoup de sens, » disait Courier, dans une phrase, modèle du genre, et dont M. Joanne aurait le droit de faire l’épigraphe de tous ses livres.
Les Bains d'Europe sont un spécimen des qualités énumérées plus haut. Avoir, en un seul volume, d’un format élégant et commode, — pas plus gros que le Guide du voyageur en Suisse — rassemblé tant de documents précieux sur les stations minérales de toute l’Europe, sur les diverses localités où elles sont situées, sur leurs effets et leur histoire, etc., etc., est une chose qui m’étonne, môme à présent que j’ai le volume entre les mains. Il faut que l’entreprise soit achevée pour que l’on croie qu’elle ait pu même être tentée.
Dans une introduction rapide — elle ne compte que quarante pages— et vraiment remarquable, les auteurs ont pu, grâce à la concision pleine dont M. Joanne aura livré le secret à notre savant confrère, M. le docteur Le Pileur, grouper les généralités qu’il importe de connaître sur les eaux minérales. Us ont d’abord discuté les définitions différentes qui ont été données d’une eau minérale ; ils ont rappelé les classifications suivant lesquelles ces eaux ont été étudiées; ils ont examiné les diverses hypothèses émises relativement à l’origine, à la caloricité, à la minéralisation, à la présence des corps organisés et des matières organiques dans les eaux, à la variabilité des sources minérales ; ils ont ensuite posé et résolu cette question ; Dans quelle saison doit-on prendre les eaux? Ils ont tracé les modes de traitement interne et externe, d’après lesquels on administre les eaux, analysé les effets physiologiques qu’elles produisent, les phénomènes qui s'observent pendant les phases du traitement, et ceux qui sont consécutifs au traitement; enfin, après avoir donné des conseils excellents aux personnes qui vont aux eaux, les auteurs ont consacré des paragraphes spéciaux : aux bains de mer, à l’hydrothérapie, aux cures de petit-lait et de raisin (dont l’auteur, M. le docteur Éd. Carrière offrait les prémices, il y a quelques mois à peine, aux lecteurs do I'Union Medicale); le dernier paragraphe est relatif aux séjours d’hiver.
D' Maximin LEGRAND.
Union médicale, 4 septembre 1860.