‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 55 sur 384 · ROUTE 10. SAINT-JEAN-DE -LUZ · texte numérisé non relu

ROUTE 10. SAINT-JEAN-DE -LUZ

au bayle (maire) de construire et d’équiper quatre vaisseaux pour la - protection de, leur commerce en Terre-Neuve et la sûreté des côtes.

Quand Pile de Rhé , bloquée par la flotte anglaise et assaillie par le corps de débarquement du duc de Buckingham , fut sur le point de se rendre, Saint-Jean-de-Luz, répondant à l’appel de Richelieu, arma quinze pinasses en guerre, chargea de vivres et de munitions vingt-six flûtes, et organisa une flottille imposante. Tous’ ces sacrifices eurent encore leur récompense. Sous Henri IV on commença la construction du port et bassin du Socoa, qui devait contenir de 40 à 50 navires ; Louis XIII lui avait fait don, en 1628, de 20000 livres par an pendant vingt ans; en 1638, deux ans après le désastre dont nous avons parlé , un édit royal interdit à ses créanciers l’exercice de leurs droits pendant un certain laps de temps; en 1640, Richelieu fit commencer la construction du fort Socoa, destiné à protéger la rade et le port, et, bien qu’il s’efforçât incessamment de tout ramener dans l’Etat à cette unité qui fut le but et la gloire de sa politique , il respecta toujours les privilèges et immunités dont les Saint-Jean-de-Luziens avaient joui jusqu’alors.

Le 28 juillet 1659, Mazarin arriva à Saint-Jean-de-Luz avec 150 gentilshommes et autant de gens de service et de suite , une garde de 100 chevaux et de 300 fantassins, 24 mulets couverts de riches housses brodées de soie, 7 carrosses pour sa personne et quantité de chevaux de main. Il venait négocier , à la frontière pyrénéenne, un traité de paix avec Louis de Haro, premier ministre de Philippe IV (V, R. 1 1 ). Pour

que les approvisionnements et les vivres ne montassent pas à un prix trop élevé, un tarif moyen fut fixé.

Cette taxe, « publiée par le prosne de l’église et affichée au-devant la porte de l’hostel de monseigneur le cardinal , contenait les prix suivants ; 4 sols la livre de bœuf, 14 sols la paire de poulets, 2 sols le pain blanc d’une livre quatre onces. » Les négociations qui illustrèrent l’tle de la Conférence (V. R. 11) durèrent quatre mois. Enfin le 7 novembre fut signé le traité des Pyrénées, qui répandit dans les deux royaumes la joie la plus sincère et la plus vive.

En vertu.de l’article 4 de ce traité, Louis XIV devait épouser l’infante Marie-Thérèse. Ce mariage fut célébré à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. Le jeune roi était arrivé dans cette ville le 8 du mois précédent avec la reine Anne d’Autriche , la grande Mademoiselle et les princesses , son frère Philippe , le cardinal Mazarin et une suite nombreuse; il s’était logé dans le château Loliobiague , dont les élégantes tourelles se dressent encore sur la place, et qui depuis s’est appelé la maison de Louis XIV. Anne d’Autriche occupait le château de Joannot de Haranader, où l’infante descendit plus tard, et qui a conservé sôn nom.

Les Mémoires de Mme de Motteville et les Lettres de Montreuil contiennent de curieux détails sur la cérémonie du mariage, l’ordre et la marche du cortège, les toilettes et la tenue des époux, la décoration de l’église. Rappelons seulement que les magistrats de la ville ordonnèrent, après la conclusion de la cérémonie, que la porte par laquelle les augustes fiancés avaient pénétré dans l’église fût murée et condamnée, et ne servit

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

pltis à personne. A cette porte murée s’adosse aujourd’hui i’échoppe d’un menuisier. Outre les présents particuliers laissés à chacun des hôtes des maisons Lehobiague et Joanoënia, et qu’on voyait encore dernièrement briller dans leur trésor de famille, Louis XIV fit don à l'église d’un assortiment complet de vases et ornements sacrés d’un beau travail, Connus sous le nom dp chapelles.

Monsieur et Mademoiselle l’enrichirent à leur tour de divers tableaux de maîtres, dont un seul, portant la signature de Restout, est parvenu jusqu’à nous. Il orne unê îles chapelles latérales.

Saint-Jean-de-Luz fut si fière et si heureuse d’avoir été le théâtre de ce grand événement qu’un de ses poètes populaires, voulant exprimer le sentiment général, fit les vers suivants :

Seu Jnn-dé-l.utz, petit Paris.

Bayonne l'cscuderie;

l.ou rey que s’y maride ;

L’abesque que y ès meurt ;

L’iiitenden que y ès démoural.

Saim-Jean-de-Ltiz, petit Paria,

Bayoune l'écurie.

Le roi s’y marie;

L’évéque y meurt;

L’intendant y demeure.

C’est du reste sous le règne de Louis XIV que Saint-Jeaimle-Luz atteignit à l’apogée de sa prospérité.

Sans compter les navires employés au grand et au petit cabotage, elle armait avec Ciboure quatre-vingts bâtiments de haut-bord, montés par trois mille marins, pour la pèche de la baleihe et celle de la morue. Mais l’heure de sa décadence approchait. D’abord l’édit de 1669, relatif à l’enrôlement général et à la levée régulière des matelots pour le service de la Hotte, lui fut

appliqué, malgré les franchise»

dont elle avait joui jusqu’alors. En vain elle tenta de résister; force lui fut de se soumettre et de suliir la loi commune. La guerre ou plutôt les guerres finies, elle avait perdu la meilleure partie de sa population mâle. Au lieu de quatrevingts navires, elle put à peine en armer quinze ou vingt. Puis la paix d’Utraclit, en dépouillant la France de Terre-Neuve, porta un coup non moins funeste à Saint-Jean-de-Luz et à Ciboure. La misère devint telle que l’émigration commença. Enfin une dernière cause de ruine, et la plus formidable de toutes, se manifesta tout à coup. « La mer, dit Si. Léonce Goyetche , contenue jusque-là dans ses bornes naturelles, franchit brusquement ses rivages et marcha à l’assaut de la ville. Ses progrès incessants sur la plage, phénomène géologique aussi étrange qu’inattendu, le bouleversement qu’elle amena dans les régions de la barre et du port, achevèrent l’œuvré de décadence commencée.»

La première attaque de la mer contre Saint- JeanTde-Luz datait de la seconde moitié dti xvu" siècle.

Jadis la ville avait ses digues naturelles. L’entrés de la baie était plus étroite : un banc de roche faisait l’office de brise-lames, et l’embouchure de la Nivelle restait encaissée, comme l’a constaté M. A. de Quatrefages , entre la montagne de Bordagain et une grande dune. Mais les pointes <tu Socoa et de Sainte-Barbe cédèrent peu à peu , sous les coups répétés des vagues; le plateau de l’Arta s’ahaissa de plus en plus, et la mer, arrivant sans obstacle sérieux jusqu’à la plage , finit par l’entamer.

En 1686 Vauban fut chargé de

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