ROUTE 10. DE BAYONNE A SAINT-JEAN-DE-LUZ
tées et sur une mer qu’entoure de toutes parts cette redoutable côte de fer, oit tout navire qui échoue est fatalement perdu corps et biens; mais aussi, quand la pêche est bonne, les profits sont considérables. J’ai vu une de ces chaloupes revenir à Guettary , chargée de plus de quatre-vingts thons pesant au moins 15 kilogr. en moyenne. Dans sa campagne de deux jours, l’équipage, composé de cinq hommes et d’un mousse, Avait gagné plus de 1000 francs.
« Les armements de Terre-Neuve et la pêche répandraient aisément sur toutes ces côtes le bien-être et même la richesse; mais l’incurie et la dissipation maintiennent leurs habitants dans la pauvreté, et, chose étrange, ce sont les femmes surtout qu’il faut accuser de ce triste résultat. »
Une route droite et plate relie Guettary à
3 kil. (20 kil.) Saint-Jean-de- Iiuz, — (Hôtels et restaitiants :
hôtel de l'Europe, hôtel de France, hôtel Saint-Étienne, hôtel des Voyageurs. — Cafés : Français , de la.
Mairie, National. Les étrangers trouveront à Saint-Jean-de-Luz un grand nombre de maisons meublées h louer, un cercle h l’hôtel de l’Europe, un casino à l’établissement des bains, qui a été récemment agratidi, embelli, amélioré; des chevaux et des voitures h louer, pour la promenade, chez la veuve Harispe, chez Ktcheverria, et chez Panrlèle ; des bains d’eau douce chez Harriet) , chef-lieu do canton de l’arrondissement de Bayonne, V. de •Jf>68 bab. , est située à l’extrémité sud-est de la baie à laquelle elle donne son nom, sur une langue de sable que la Nivelle borne d’un côté,
que l’Océan assiège de l’autre, en face de Ciboure, dont la sépare le fleuve qui l’arrose.
a La radg, dit M. Léonce Goyetche, dessine une courbe à ses pieds, terminée au N. par les hauts rochers de Sainte-Barhe , au S. par la tour ronde et les massives jetées de Socoa. Rien de plus noble et de plus imposant que cette enceinte correctement découpée, large île 1500 mèt., profonde de 1000 mèt.
environ , montrant partout une nappe d’eau d’un sombre azur, ouvrant aux regards, du côté de l’O., l’infini de l’Atlantique. Dans la direction opposée et au delà du cours de la rivière, c’est la chaîne des Pyrénées qui se dresse, déroulant sur ses pentes rapprochées le plus charmant paysage. Des coteaux, boisés ou plantés de vignes, des collines en amphithéâtre , portant à leur faite la maison blanche et rouge du paysan basque, ou l’ancienne résidence d’été des riches armateurs Saint - Jean - de r Luziens , se succèdent et s’étagent jusqu’aux premiers contre-forts rie la Rhune, dont la masse granitique et le svelte piton planent sur leurs champêtres perspectives. A la dr. , les Pyrénées espagnoles ferment l’horizon ; le pic de Haya ou des Tr'ois-Couronnes lève son front dentelé, et une file de sommets bleus, au loin prolongés et décroissants, va so perdre insensiblement dans la mer.... »
L’origine de Saint-Jean-de-Luz est inconnue; on ignore même la véritable étymologie de son nom. Luz vient-il du mot latin lux, lumière, ou du mot basque lohitzun (lohitz, loysetluz), signifiant marais? Qui le saura jamais? Si l’on doit en croire M. Léonce Goyetcho, sa fon-
ITINÉRAIRE DES PYRENEES
dation ne remonterait qu’aux dernières années du vi' siècle. Quand le régime féodal s’établit dans l’ancien duché de Vasconie, elle dépendait, en qualité de baronnie (1059), de la vicomté de Bayonne. Plus tard , lorsque le Labourd, se séparant de Bayonne, se donna pour chef-lieu politique U s tari tz, le siège du Jlilçaar (ancien conseil), elle devint sa cité commerciale et son débouché sur l’Océan. Enfin le mariage d’Êléonore avec Henri de Plantagenêt la livra à l’Angleterre , et dès lors son importance commença à s’accroître. Non contents de se signaler par leurs opérations commerciales qui les enrichissaient, — la pêche de la baleine, la pêche de la morue et la construction des navires, — ses habitants se distinguèrent dans toutes les expéditions militaires des xm' et xiv' siècles.
Dès qu!il eut achevé la conquête de la Guyenne et expulsé les Anglais du spl de la France, Charles Vil se hftta de confirmer tous les privilèges de Saint-Jcan-de-Luz; Louis XI, qui vint deux fois à Saint-Jean-de-Luz, Louis XII, et presque tous leurs successeurs . les étendirent, les confirmèrent à leur tour. Les dernières confirmations portent la date de 1784. Ges faveurs royales étaient bien méritées. En effet' les Basques du Labourd furent les premiers marins de l’Europe et peut-être du monde entier qui osèrent attaquer les baleines (au moyen âge ces cétacés abondaient dans le golfe de Gascogne). Quand elles s’enfuirent au loin pour échapper aux coups meurtriers de leurs ennemis, ils ne craignirent pas de les poursuivre partout où elles se retirèrent. Dès les premières années du xv° siècle, ils avaient, à ce qu’il parait, ex-
ploré es bancs de Terre-Neuve. En 1492, ils découvrirent, assurent quelques géographes , l’Ile de Cap- Breton,' dont le nom primitif, Ut des Bacalaos (morues), est basque.
Non-seulement ils enseignèrent aux autres peuples à pêcher la baleine , mais ils leur apprirent à en fondre la graisse sur mer. Ils furent en outre de braves corsaires, des patriotes éprouvés , de loyaux et fidèles sujets du roi. Ainsi , sous François I'r, ils se distinguèrent à l’assaut du château d’irun et à la prise de . Fontarabie ; ils poursuivirent jusque dans la Méditerranée les Espagnols , qui appelaient Saint- Jean-de-Luz un nid redoutable de corsaires.
Mais la guerre a ses vicissitudes. Plus tard, les Espagnols se vengèrent de toutes leurs défaites passées.
Franchissant la Bidassoa, i ls s’étaient déjà avancés , en 1542 , jusqu’à Saint-Jean-de-Lqg, où ils avaient commis de grands dégâts; en 1558 , ils la surprirent sans défense, et, malgré la résistance désespérée de quelques habitants, iLsl’incendièrent après l’avoir pillée. En 1636, ils s’en emparèrent de nouveau et l’occupèrent pendant une année. A cette époque , Ciboure fut presque entièrement détruite. A la rentrée des habitants, sur C60 maisons, 473 furent trouvées rasées Ou brûlées.
Cependant l’industrie et le commerce devaient réparer promptement ces désastres. Dans la première moitié du xvn* siècle, Saint- Jean-de-Luz et Ciboure comptaient en mer plus de quatre-vingts bâtiments pêcheurs. La population seule de Saint- Jean- de- Luz dépassait 12 000 habitants. Telle était sa prospérité, que, en 1625, des lettres patentes de Louis XIU ordonnèrent