‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 59 sur 384 · ROUTE 11. 1RUN. — FONT ARABIE · texte numérisé non relu

ROUTE 11. 1RUN. — FONT ARABIE

rive g. de la Bidassoa, entre le mont Jaizquivel au nord et les dernières ramifications de la Haya au sud. Son nom, qui signifie Jbon lieu en langue basque, lui a été donné par ironie sans doute, car les voyageurs y sont trop souvent rançonnés. Les autorités espagnoles y visent les passe-ports et y examinent les bagages.

La ville d’irun paraît avoir été VHanusa des Romains ; on y a trouvé plusieurs débris de murailles et des médailles qui attestent son antiquité. Cependant son nom d'Iran apparaît pour la première fois dans un édit d’Alphonse VIII en 1203.

Comme toutes les autres villes de la frontière, elle a été souvent incendiée. En 1837, elle fut prise d’assaut et pillée par les troupes de la reine sous les ordres du général Evans; 700 carlistes y furent massacrés.

Le faubourg d’Irun qui se trouve situé du côté de la frontière française se distingue par sa saleté, mais l’intérieur de la ville est assez propre.

V église, dédiée à Nuestra Sefiora de los Juncales (des Joncs) , ne ressemble nullement aux églises romanes et gothiques : on peut la regarder comme un type de l’architecture religieuse du Guipuzcoa pendant la Renaissance. Son beau vaisseau a 28 mètres de largeur et 43 de longueur. DP reste , l’ornementation y est à peu près nulle : l’autel et deux tombeaux assez bien sculptés méritent seuls d’être visités. — Sur la place d'Isabelle II, reine constitutionnelle, place assez vaste et ornée de belles maisons, s’élève 1 ’ Hôtel de ville, lourde construction du xvu* siècle.

A peu de distance d’irun jaillit une fontaine d’eau ferrugineuse.

EXCIRSION D’illlS A FOMTARABIE.

Au sortir d’Iran on aperçoit les deux villes ennemies d’Hendaye et de Fontarabie, et l’embouchure de la Bidassoa , dominée par les pointes rocheuses de Saint-Anne et du Figuier. On traverse une plaine alluviale couverte de magnifiques champs de maïs, on laisse à gauche un ancien couvent de capucins, puis on atteint ( 1 h. environ ) le pied de la petite colline que couronne

Fontarabie, en espagpol Fuenlerabia, en latin Fons rapidus, V.

de 2500 hab. C’est la ville espagnole par excellence , avec ses toits qui se rejoignent presque au-dessus (les rues , ses maisons noircies par le temps, ses balcons en fer ouvragé , ses fenêtres grillées à travers lesquelles regardent les jeunes filles, ses boutiques sombres. Ce qui lui donne surtout un aspect tout particulier, c’est l’état de ruine, dè solitude, de désolation, dans lequel elle se trouve.

Ses fortifications et ses portes sont à demi écroulées. En certains endroits on ne voit que des décombres ; les débris des murailles sont percés à jour par les boulets, et quelques gitanos habitent seuls ces raines abandonnées. Rien de plus saisissant que l’aspect de sa rue principale qui monte à l’église, quand on l’aperçoit après avoir franchi le seuil de la dernière porte.

Pour comprendre sa situation actuelle il faut connaître son histoire.

François Ier s’en empara en 1521 ; en 1638 le prince de Condé et l’archevêque de Bordeaux l’assiégèrent, mais ils furent repoussés, et pendant la déroute plus de

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

2000 soldats français sc noyèrent dans Mes eaux de la Bidassoa.

En 1794, défendue par 800 hommes et 50 bouches à. l'eu , elle açcueillo par une décharge à mitraille 300 Français qui venaient, sous les ordres du capitaine Lamarque et du représentant Garreau, venger la destruction. d’Hendaye; le détachement républicain répond par une fusillade nourrie , S'empare d’une position qui domine la place et la somme de se rendre. Deux capucins la défendaient. Lamarque leur déclare qu’ils seront, aussi bien que d’autres , passés au fil de l’épée , si la place n’est pas livrée dans un délai de six minutes, et les capucins, qui ne se soucient pas qifon tienne parole, • m'essayent plus de la défendre. En 1808, on en 1813, en 1823 et en 1837, cette malheureuse ville fut encore prise ou reprise. Il va sans dire qu’elle s’est donnée les titres de muy noble, muy leal y müy valerosà exudad.

L’église est du style gothique à l’intérieur et du style de la Renaissance à l’extérieur; elle. n’a de remarquable , que les sculptures de l’autel. La sacristie offre un beau point de vue. Le château fut construit par le roi de Navarre, Sancho Abarca, qui régnait 'vers.

907. Il renferme deux parties bien distinctes : la façade du couchant, située du côté de la place , et qui doit dater de la dernière partie du xvi* siècle tout au plus, et des constructions beaucoup -plus anciennes qui dominent la Bidassoa.

La première partie, attribuée à Charles-Quint, et connue sous le nom de Palais de Jeanne la Folle, est d’une architecture lourde çt massive ; maintenant elle tombe de vétusté. Du reste COitu curieuse ville,

si morte et si ruinée, possède encore un grand nombre de pajacios,^ qui témoignent de son ancienne splendeur.. « Leurs façades, timbrées d’écussoua gigantesque, offrent sur des dessins assez peu variés, dit M. Cénac-Moncaut, le caractère de lourdeur pompeuse et de solidité grandiose, qui forme le cachet de la Renaissance espagnole, dans les églises comme dans les constructions civiles. Celqi. du comte do Torealta, entre autres,' élève ces qualités et ces défauts à leur plus haute expression. »

Au nord de Fontarahie.se trouve le petit port de pêcheurs de la Madeleine. Plus loin s’avance dans la mer lg cap ou poinle du Figuier, d’où, pendant les temps clairs, on peut jouir d’une superbe vue sur la côte de France et l’embouchure de l’Adour.

Le port de Fontarabic est sùr, mais dans les basses eaux il reste presque à sec. On peut s’y procurer des bateaux pour traverser la Bidassoa , moyennant quelques pièces de menue monnaie : on va aborder à Hendaye, d’où l’on peut gagner directement, à travers des collines désertes couvertes de landes, Saint-Jean-de-Lüz, sans passer par Béhobie (voy. ci-dessus).

D’irun à Saint-Sébastien. .

A peu de distance d’irun on quitte l’ancienne route de Bayonne à Madrid par Oyarçun , pour prendre à dr. la route nouvellement construite qui passe par Saint-Sébastien. On traverse, entre Irun et Fontarabiô, une petite rivière tributaire de la Bidassoa et par une succession de côtes assez rapides on s’élève sur le plateau qui sépare la Bidassoa de

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