ROUTE 11. FONT ARABIE. — RENTERIA
l’Oyarçun : alors on franchit, une espèce de col large d’environ 3kil., qui relie la base de la Haya au Jaizquivel. De là on voit encore en se retournant les murailles grises d’Hendaye; mais bientôt la vallée de la Bidassoa disparait. Quand, on a dépassé une tranchée courte, haute de la met. environ et creusée dans le roc, on est dans un autre bassin; on descend par une jolie vallée à
IG kil. (500 met. 50 kil. 500 mèt.).
Renteria, bourg de 1057 hab. bien déchu de son importance passée.
On y construisait autrefois des navires de 800 tonneaux. La première fonderie de l’Espagne y fut établie par le marquis de Iranda. Il fait encore un assez grand commerce de clous et de quincaillerie.
L’église, construite dans le style simple, grandiose et un peu froid de celle d'Irun, date du xvi° ou du xvu° siècle, et se trouve encore dans un état parfait de conservation. Sur le point le plus élevé du bourg on remarque un vaste bâtiment carré, ancien palais particulier ou maison de ville, dont la construction remonte évidemment, dit M. Cénac- Moncaut , au xvc siècle; du reste on trouve à Renteria un grand nombre de vieilles maisons du xv' siècle, percées de petites fenêtres géminées ogivales.
Au delà de Renteria, sur la rive g. de la rivière d’Oyarçun , on gravit un coteau d’où l’on peut apercevoir, en se retournant, la Haya et les montagnes qu’elle domine ; à dr. , de l’autre ,côté de la rivière, on remarque unp église entourée de quelques maisons en ruines. C’est le bourg de Lcso. Autrefois de nombreux navires y apportaient les richesses des deux :
Indes. Spn Christ de bois y attire |
seul chaque année un grand nombre de pèlerins.
Bientôt la route incline àl’ouesU et l’on voit se dérouler à ses pieds le grand bassin du Passage , alternativement rempli et vidé par la marée. Ce port est le plus sûr des côtes de la Biscaye, mais les atterrissements de - l’Oyarçun et d’autres petits ruisseaux le comblent graduellement, et sans doute peu d’années suffiront pour le rendre inutile. Il communique avec la mer par une étroite embouchure ouverte entre deux promontoires, et pourrait,, s’il était nettoyé, devenir un port militaire de premier ordre. De ses chantiers sont sortis un grand nombre de navires pendant les xvi*, xvh' et xvnr siècle^. Six vaisseaux, qui étaient sur le point d’y être achevés, y furent brûlés en 1719 par le duc de Berwick. C’est du Passage que La Fayette partit pour l’Amérique.
Sur le promontoire qui domino l’entrée du côté de l’est, s’élève une tour ronde adossée à un bâtiment carré et construit peut-être sous Isabelle la Catholique, pour la défense du port; elle porte le nom de Sainte-Isabelle. La ville, pittoresquement située au fond de la rade, se divise en deux parties autrefois séparées, Saint-Jean surla rive dr. et Saint-Pierre sur la rive g. Ses habitants sont tous pêcheurs. Les femmes sont renommées pour l’habileté avec laquelle elles manient l’aviron; les voyageurs qu’elles se disputent pour leur faire traverser le bassin, et qui ne comprennent pas leur langage, pourraient se croire tombés en de fort mauvaises mains s'ils n’étaient assurés à l’avance de | leurs bonnes intentions. L’église
ITINÉRAIRE DÉS PYRÉNÉES
de Saint-Jean, la plus importante des églises du Passage, est une lourde construction sans intérêt; elle n'a pas de clocher.
Au delà de la retenue d’eau qui a été établie au-dèssus du port, la route monte par une côte assez longue jusqu’au faîte qui sépare le bassin de l'Oyarçun de celui de l’Ûrumea. De chaque côté s’élèvent des collines un peu arides, quoique couvertes çà et là de verdure. Parvenu au point culminant du Passage, on aperçoit, pour la première fois, la ville de Saint-Sébastien , que dominent deux collines de forme conique, couronnées, l’une par un télégraphe, l’autre par une forteresse. On traverse l’Urumea et on longe la baie avant d’entrer à
11 kil. (61 kil. 1/2), Saint-Sébastien (hôtels: Paradox real; Lafitte, tenu par un Français), ancienne capitale du Guipuzcoa, ville maritime et forte de 12 000 hab. environ; très-pittoresquement située sur un isthme au pied de la colline conique d’Orgullo, entre deux baies assez grandes, l’une à l’est, protégée par l’ile de Santa- Clara ; l’autre au nord. La première de ces deux baies , offre un mouillage peu silr; aussi les navires qui fréquentent Saint-Sébastien sont-ils obligés de se réfugier dans un petit bassin entouré de môles et qui reste à sec à marée basse; la barre de l’Urumea rend la seconde impraticable.
Saint-Sébastien est une ville entièrement neuve, dont toutes les rues , tirées au cordeau , se coupent à angles droits. Elle a été rebâtie, eh effet, depuis une quarantaine d’années; car, en 1813, les Anglais et les Portugais la détruisirent presque entièrement. J’emprunte les détails qui suivent, sur cet évé-
nement fort étrange et fort mal connu, aux Souvenirs d’un naturaliste. Le savant et spirituel auteur de cet ouvrage, M. A. 'dé Quatrefages, en garantit l’authenticité.
a Depuis cinq ans les Français étaient maîtres- de Saint-Sébastien , quand le 28 juin 1813, les troupes du général Graliam, et les trois bataillons de Guipuzcoa, vinrent mettre le siège devant la place. Les Sébastianais accueillirent avec les démonstrations de la joie k plus vive cette armée soi-disant libératrice, et nombre d’entre eux s'échappèrent pour se ranger parmi les alliés. Du 23 au 29 juillet, les batteries anglo-portugaises détruisirent 63 maisons dans la ville; mais les habitants de la ville n’en faisaient pas moins des vœux pour le triomphe des alliés, et, quand le dernier assaut fut livré et la ville prise , ils s’efnpressèrent de courir au-devant des Anglais. Leur confiance devait être cruellement trompée.
« Pendant que les Français se retranchaient paisiblement dans la citadellê et aux abords du mont Urgullo, •pendant qu’on négligeait à leur égard jusqu’aux plus simples précautions indiquées par l’art militaire , Saint-Sébastien était mis à sac par ses prétendus libérateurs.
Une soldatesque effrénée, et que pas un officier ne ten(a d’arrêtet, pillait les maisons , massacrait les habitants, outrageait l’épouse sous les yeux de son époux , la fille sous les yeux de sa mère. Ici le manifeste publié après le siège par les habitants de Saint-Sébastien signale des actes d’une barbarie atroce.
Enfin l’incendie vint couronner dignement ces effroyables scènes.
Dans la soirée, les soldats anglais et portugais mirent le feu à une