‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 72 sur 384 · ROUTE 14. LE COL DE VELATE · texte numérisé non relu

ROUTE 14. LE COL DE VELATE

la fumée s’élève et sort par une ouverture formée dans le toit. LA vais:

selle et la batterie de euisine sont rangées dans un coin, auprès de l’un des trous; quelques provisions sont accrochées aux solives. Si la faim le presse, et si le local ne le rassasie pas, on lui servira dans ce milieu obscur quelques morceaux d’un ragoût fortement épicé, qu’il sera étonné de manger avec plaisir, et un verre de yin presque noir qui ne sent pas trop la peau de bouc. Ce modeste repas , qui succède à celui' d'Elisondo et qui prépare au soupèr de Pampelune, coûte 5 euartillos (environ 20 centimes).

A la sortie d’Olagüe, un ruisseau, l’Ezcati , vient se jeter dans l’Ulzama. Après avoir gravi une petite cûtè, on passe à, 3kil. (82 kil.), Éluloin, puis à, 1 kil. 1/2. (83 kxl. 1/2) . Burulain , hameau qui possède une posada comparable à celle d’Olagüe.

Presque tous les villages de la Navarre contrastent par leur laideur et leur misère avec ceux des provinces basques.

> 7 kil. (90 kil. 1/2.) Ostiz, v. de 21Û hab. , est situé sur le penchant d’une montagne à la g. de la route.

On traverse ensuite plusieurs hameaux entre Ostiz et

4 kil. (94 kil. 1/2.) Sorauren, v.

de 218 hab. , dont l’église couronne une hauteur sur la' g. Un pont de 4 arches y franchit l’Ulzama.

Après le désastre de la Maya et la retraite de Roncevaux (V. R. 1 4 et 21), les Anglais se retirèrent en désordre vers Pampelune et ne s’arrêtèrent qu’à Sorauren , à 7 kil. au N. de cette ville. En même temps la garnison de Pampelune fit une sortie, et le général anglais O’Donnel, qui commandai t lès assiégeants, fut obligé

d’enclouer les canons et de faire sauter ses magasins; sans l’arrivée opportune d’un corps espagnol, il aurait entièrement levé le siège. A la nouvelle de la défaite de ses troupes, Wellington s’empressa de partir pour Sorauren et se fit accompagner de toutes les divisions disponibles. Quand il arriva , il était temps; les Français occupaient déjà les hauteurs situées au N." du village, au nombre de 32 000; les alliés n’étaient que 28000, mais ils occupaient une position redoutable sur une chaîne de rochers trèsescarpés, entre les deux rivières du Guy et du Lanz. Vers midi la bataille commença; la droite des Français , commandée par le général Clauzel , essaya de tourner la gaiiche des Anglais en pénétrant dans : la vallée du Lanz ; mais tout d’un coup une brigade portugaise apparut sur les hauteurs à droite et les Français furent pris entre trois feux; ils se virent obligés de battre en retraite. Au centre, la lutte fut plus longue et plus terrible; pendant toute la journée, le sommet de la colline fut énergiquement disputé; plusieurs fois les Français re1 jetèrent les alliés vers Pampelune; mais, sans cesse attaqués par des troupes fraîches, ils se virent enfin obligés de se retirer en désordre au fond de la vallée, et laissèrent 3000 morts sur le champ de ha taille.

La gauche de l’armée , commandée par d’Erlon , plus heureuse , avait chassé les Anglais devant elle jusqu’à une lieue de Pampelune ; mais après la défaite du centre elle dut se retirer précipitamment. Le lendemain, le maréchal Soult ordonna la retraite, et fut harcelé par les troupes anglaises, dont le nombre

augmentait à chaque instant; près- %

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que enveloppé dans la vallée d’Estevan , il parvint à grand’peihe à ramener son armée au delà de la frontière.

3kil. (97 kil. 1/2.) ^rreou Vinarrea, v. de 405 hab. On franchit l’Ulzamasurunbeaupontde pierre, puison laisse à g. Ihierte avant d’atteindre

1 kil. (98 kil. 1/2) Villava, v.

de 373 h., située sur la rive dr. de l’ULzama. A l’entrée de la ville sont les ruines d’un ancien monastère de Trinitaires. On passe ensuite dans la vallée de l’Arga; mais dès la sortie de Villava, on aperçoit Pampelune sur un mamelon, au centre d'une plaine formée par un immense cercle de montagnes d’un aspect un peu gris. Cette plaine , qui a 7 1. (40 kil.) de circonférence, et qui est d’une fertilité et d’une richesse remarquables, se nomme la cBmpina ou cuenca de Pampelune.

Les montagnes commencent à 3 ou 4 kil. , de la ville, et leurs pentes ' sont couvertes de vignes, d’habitations et de villages pittoresquement groupés. Le pic de Relate, le point le plus élevé de cet amphithéâtre, est à 22 kil.;. d’autres sommets qui courent de l’E.

au S. sont à une distance double.

La route monte doucement sur un talus élevé qui domine une partie de la plaine et qui décrit une grande courbe en vue et à g. de la ville.

Les monuments, les habitations, les clochers, les vieux remparts de Pampelune, apparaissent successivement aux regards du voyageur à mesure qu’il s’en approche. Ênfin il entre dans la ville par la porte Saint- Nicolas, au-dessus de laquelle se lit le millésime 1600..

3 kil. (101 kil. 1/2.) Pampelune.

(Hôtels : le Parador general , à l’entrée de l’avenue de la Taconera

(25 réaux par jour), et la Fonda del Infante, en face, au-dessus du bureau principal des diligences (dîner, 12 réaux); Café' Suisse à côté du théâtre; Casino, très-bien tenu, également près du théâtre. - Bains aux deux extrémités de la ville : plazuela de Recoletas , et auprès du palais du capitaine-général.

— Voitures. Courrier pour Madrid et Saragosse tous lesjours. Diligencia* postas de Navarra, venant de Tolosa , s’arrêtant à Pampelune et continuant vers Saragosse per Tudela.

(De Pampelune à Tolosa 60 réaux r de Pampelune à Saragosse 122 r.)

— De Pampelune à Punta-la-Reynaç Estella , Logrono, tous les deux jours, — de Pampelune à Tafalla et Peralta, tous les deux jours, — pour Sangileza tous les jours. Carieras et carritos , voitures à deux ou quatre roues non suspendues, pour les autres communications.) \

Pampelune, en espagnol, Pamplona, la capitale de la province de • Navarre, est assise sur une émi* nence au pied de laquelle coule l’Arga, et d’oil elle domine une vaste étendue de pays. Sa population actuelle s’élève à 15000 âmes.

C’est une ville forte, bien bâtie et bien administrée; les rues en sont bien pavées et proprement tenues.

Elle est la résidence d’un capitainegénéral, le siège d’un évêché et d’une audiencia ou cour suprême ayant juridiction sqr 230000 h. Ses fortifications, dont une partie parait devoir être abandonnée ou reculée, sont en assez mauvais état, notamment celles de la citadelle.

Elles forment à peu près un quadrilatère rectangulaire. La citadelle, commencée en 1571, d’a-:

près les ordres de Philippe II , sous la direction de George Paleazo ,

est un pentagone régulier de 252 mètres de côté extérieur, fortifié d’après le premier système de Vauban et sur le modèle de la citadelle d’Anvers.

La plaxa de l Castillo, aujourd’hui place de la Constitution, une des plus belles places de la Péninsule, présente un grand carré régulier de 133 mètres dë côté, formé , au S. , par le théâtre et le palais de la Députation provinciale , derrière lesquels est la place de Taureaux, et sur les autres faces, par des édifices à trois ou quatre rangs de balcons , dont quelquesuns ont un caractère d’ancienneté assez remarquable. Les rez-dechaussée sont disposés en galeries oü en arceaux, mais sur des plans différents, et dont l’aspect nuit à l’harmonie de l'ensemble. Au centre est une belle fontaine monumentale «urmontée de' la statue de la Bienfaisance et alimentée par les eaux de l’aqueduc de Subisa.

Le théâtre a été construit en 1840 ét 1841 sur l’emplacement d’un couvent dè carmélites déchaussées; il a peu d’apparence au dehors : sa façade n’a rien de monumental, mais l’intérieur én est commode, bien distribué; les couloirs en sont vastes; et il peut contenir 800 personnes.

La plaxa de la Fruta est un petit quadrilatère situé au centre de la ville et servant de marché, comme l’indique son nom (place aux fruits) ; à l’une de ses extrémités s’élève la maison de ville. La place de Abajo, sur laquelle se tient le marché, mérite l’attention des étrangers. La surveillance de l’administration, municipale se porte avec un soin exclusif sur les denrées de toute nature destinées à l’ali-

mentation publique. Lès règles qui président à la fixation du prix des denrées , les précautions employées pour prévenir la hausse des grains, pour éviter les coalitions et les monopoles, pour empêcher les erreurs volontaires de poids de la part des Vendeurs, pour contrôler le bon état des denrées, des viandes et des poissons, pour assurér la bonne et saine fabrication du pain au meilleur marché possible, toutes ces institutions très-remarquables, ét spécialêment dues aux administrations qui se sont succédé à Pampeluqè, sont bien réellement dignes d’une étude sérieuse. Les étrangers ne devront pas manquer , en se faisant expliquer l’organisation du marché , de voir le repeso y visita, l’un des étals â la viande, le t’ineulooü la municipalité emmagasine les grains qu’elle apporte sur le marché aux époques où la haussa serait à craindre, et les hornos où, par ses soins également, le pain est .fabriqué pour les particuliers et en raison d’un compte courant de grains qu’ris fournissent.

La place de Taureaux, d’une époque plus récente, peut contenir ’ 8000 personnes. Ce chiffre, comparé à celui de la capacité du théâtre, indique d’une manière assez exacte combien les Espagnols préfèrent cet amusement barbare aux distractions plus douces et plus calmes de la comédie où des œu1 vres lyriques.

Les jeux de paume Sont dans le voisinage du théâtre et de la place de Taureaux. Deux salles , placées l’une à côté de l’autre, Appartiennent à la municipalité, qui les afferme au profit des établissements de bienfaisance dont nous parlerons ci-dessous, quand nous aurons visité

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les principaux édifices religieux et civils.

La casa municipal est un ancien édifice en pierre de taille, dont l’architecture ne se distingue que par son mauvais goût; l’intérieur seul mérite la visite des étrangers. Au bas de l’escalier , qui est vaste et bien éclairé, on a placé, au milieu du pavage, une curieuse mosaïque découverte dans les fondations d’une maison de la ville. Sur le premier palier a été incrustée dans le mur une mosaïque de même origine; contre le mur opposé pend un tableau fort ancien, portant les armoiries de la ville, et sur lequel des clous figurent toutes les mesures du royaume de Navarre , avec une légende explicative en vieux castillan. Deux beaux salons richement ornés sont destinés aux réunions de l’Ayuntamiento. Dans le plus moderne , sous un dais de damas et de velours rouge, sont les portraits du roi et de la reine , peints par don Federico de Madrazo ; le plus ancien est orné d’autres tahleaux représentant les douze rois de Navarre. La casa municipal possède quelques richesses particulières; des ornements, des bijoux qui témoignent de l’ancienne importance de Pampelune.

« La cathédrale, dit M. Cénac Moncaut, est ün des établissements religieux les plus importants , les plus complets et les plus corrects que l’Europe ait conservés. »

Elle est dédiée à la Viçrge sous le nom de N. D. del Sagrario (N. D. du Sanctuaire), et possède Une image vénérée de la Mère de Dieu, dont on fait remonter l’existence aux temps apostoliques. La première église de Pampelune fut détruite par les Maures avec la

ville, en 860. Don Sanche le Majeur ordonna sa reconstruction en 1023, et elle fut achevée en 1101 , sous l’épiscopat de Pedro de Roda.

Trois siècles après, la plus grande partie s’écroula; Charles le Noble la fit réédifier sur de nouvelle»

bases et telle qu’elle existe aujourd’hui. Les seuls débris qu’on ait recueillis de la basilique du xn* siècle ont été placés avec soin dans la niche d’un tombeau vide de la chapelle de Santa Catalina. Ils se bornent à huit chapiteaux de la porte principale.

La façade actuelle, qui date du siècle dernier, fait regretter l’ancien portail. Cette construction gréco - romaine contraste péniblement avec les richesses du style gothique que la cathédrale de Pampelüne étale de toutes parts. Lors même qu’il serait vrai, ainsi que parait en être convaincu M. Cénac Moncaut, que la France ne possède rien qui soit comparable à l’harmonie majestueuse des deux tours , il est regrettable qu’elles n’aient pas été placées partout ailleurs , et nous ne trouvons pas, comme le dit don Pascual Madoz, que gc somptueux frontispice soit comme un magnifique rideau qui prépare aux décorations qu’il recèle.

Ces deux tours , hautes de 50 mètres, d’abord carrées, deviennent octogones au troisième étage, et sont terminées par huit colonnes corinthiennes qui soutiennent une coupole impériale, et surmontées d’une corniche supportant huit urnes. Dans les entre-colonnes sont suspendues 10 cloches dont la principale, réservée pour les grandes fêtes, pèse, dit-on, 119 quintaux métriques (250 quint. d’Êspagne).

On lit sur cette cloche, à la suite

- d’une inscription un peu emphati- i que , ces mots :

Petrus Villanueva me fecit anno MDLXXXIV.

La cathédrale affecte la figure d’une croix latine; elle se compose de cinq nefs qui ont ensemble une largeur de 24 mètres 6ur une longueur de 65 mètres, depuis la porte principale jusqu’à l’abside où se trouve le maître autel. Les ogives , qui naissent dans les chapiteaux des colonnes présentent, à leur point d’intersection sous la voûte, des écns d’armes parmi lesquels sont ceux d’Aragon et de Navarre et celui de deiïa Blanca, fille de Charles le Noble : une bannière blanche en champ d’azur. Au milieu de la principale nef est le chœur (ei coro) , qui, comme tous ceux des églises espagnoles, a le tort grave d’intercepter la lumière , d’interrompre la perspective et d’enlever à la fête chrétienne l’espace dont elle a besoin pour déployer ses pompes solennelles.

Une belle grille, chef-d’œuvre de serrurerie de la Renaissance, entoure le chœur; une inscription, placée sur l’une des barres, indique que cette grille fut faite par Guillaume Croenat, en 150Î.

L’élégance , le confort et la richesse du chœur, contrastent avec la nudité glaciale du reste de l’église. Nulle part, ni une chaise ni un banc ; quelques paillassons seulement, étendus entre les deux chœurs, préservent les femmes, qui restent agenouillées ou assises sur leurs talons pendant la durée de l’office, de la froideur humide des dalles.

A l’entrée du chœur, est le tombeau de Charles 111 de Navarre et

de sa femme Léonor de Castille ’. Les deux statues royales, en albâtre, sont couchées sur le couvercle , et , sur, les coussins qui supportent leurs têtes, on lit les mots Bonne foy, bonne foy. Tous deux portent le manteau royal et la couronne en tête ; leurs mains sont croisées ; le roi a les pieds appuyés sur un lion , la reine sur deux lévriers couchés.

La boiserie du chœur a été sculptée en 1530 par Miguel Anchetea; elle est tout en chêne apporté exprès d’Angleterre. Elle se compose de deux rangs de stalles, l’un plus élevé que l’autre, et comptant 56 sièges au rang supérieur, 44 au rang inférieur , toutes précieusement travaillées. Chaque dossier du premier rang est occupé par Un personnage en demi-relief, de 40 cent, de hauteur. Ces personnages représentent des saints, des prophètes, des patriarches, et, au-dessus du siège central, le Christ ressuscité portant la croix. « Une riche corniche Renaissance, dit M. Cénac Moncaut, règne au-dessus des grands personnages et complète cette magnifique boiserie... Dans le couronnement nous trouvons une petite tête profane, correspondant à chaque caricature , et mille caprices Renaissance se jouant dans les intervalles. Ce magnifique couronnement de l’œuvre se termine par de gracieuses têtes d’hommes, de femmes et d’enfants, correspondant-par deux, à l’intérieur de chaque stalle. » ,

Nous sommas obligé de signaler

1. L’inscription gravée sur le tombeau du roi dit par erreur don Karlos lill de Navarra. Cb&rles le Noble était le troisième du nom , et il n’y a pas eu do Charles IV. Cette erreur a échappé à M. Cénac Moncaut.

rapidement et sans détails les antres particularités remarquables de la cathédrale de Pampelune : — la capilla mayor, où se trouve le maître autel , fermée comme le c oro par une grille magnifique ; le maître autel est en bois doré, dans un style gréco-romain qui contraste avec l’ornementation du temple; — les nefs latérales : dans celle de gauche sont les fonts baptismaux en jaspe rouge; plus loin, au sjxième pilier, une statue de la Viergede grandeur naturelle , sculptée en pierre ; — les sacristies : l’une servant aux chapelains et dans laquelle existe une grande fenêtre, ouvrant sur le rempart, et d’où l’on contemple un panorama magnifique; l’autre consacrée aux chanoines. Cette saçristie très-vaste affecte la forme d’un T ; elle est tendue en damas et entourée de peintures dont quelques-unes sont remarquables.

On y conserve une image de N. D.

del Pilar, et une motte de terre sur laquelle la tradition dit que la mère de Dieu a posé le pied. Dans la salle capitulaire , se voit l’image de D. N. del Sagrario dont nous avons parlé; elle est placée audessus du siège destiné à l’évêque.

En se dirigeant vers le cloître, on remarquera l’image colossale d’un saint Christophe, auprès d’une petite porte ogivale, ouvrant sur un bel escalier en limaçon qui monte aux galeries supérieures , et sur une armoire de bois dans laquelle on renferme les livres dé musique.

La porte qui conduit au cloître est une des plus belles que la fin du W* siècle pou» ait laissées ; elle se trouve dans lé croisillon méridional de la cathédrale, et débouché dans l'angle N. O. des galeries.

Cette porte magistrale, dessinée

dans’ies proportions les plus harmonieuses, possède un tympan orné d’une grande composition en relief, représentant la mort de Ig Vierge. Tout autour, dans les piliers, dans les soubassements . sont des ornements et des scènes qui en font un véritable chef-d’œuvre de goût et d'harmonie.

Il nous faut encore énumérer à la hâte les trésors de sculpture et les monuments qué renferme ce cloître magnifique : le tombeau en marbre élevé au général Mina ; le mausolée du comte de Gages, français, ancien vice-roi de Navarre, monument élevé en 175&, par ordre du roi d’Espagne Charles III et par les soins du sculpteur Robert Michel; le tombeau de don Lionel de Navarre, fils naturel de Charles le Noble’ et de sa femme; l’adoration des Mages, groupe considérable dû au ciseau de Jacques Perut; la Barbaiana, belle chapelle gothique construite par l'évêque Barbazano, et dans laquelle on conserve de précieuses reliques (deux épines de la couronne du Sauveur, données par un roi de France, un morceau de la vraie croix envoyé en 1400, à Charles le Noble, par l’empereur Manuel Paléologue, et une pancarte en parchemin orné de sceaux portant la signature de l’empereur et attestant l’authenticité de la célèbre relique). En face du tombeau de Lionel de Navarre est , sous un arc richement orné, celui de l’évêque don Miguel Sanchez de Asyain; les sculptures de ce monument ont gravement souffert pendant la guerre de l’indépendance. A côté s’ouvre tme porte remarquable donnant accès dans la Salle précieuse. Les sculptures de cette porte sont dignes d’attention , comme

toutes celles du cloître. Les deux' piliers sont formés par les statues de l’ange Gabriel et de la Vierge, et le tympaù, divisé en quatre panneaux , représente une série de scènes de la vie de la Mère de Dieu. Sur la porte elle-même est sculpté un paysage. La Salle précieuse servait autrefois à la réunion des cortès du royaume de Navarre, et les évêques y prêtaient sçsment.

• Son nom ne lui vient pas des richesses qu’elle pouvait renfermer ni des ornements qui la décoraient; elle est ainsi appelée parce que, lorsque les chanpines s’y rendaient pour tenir chapitre , ils chantaient le cantique : Pretiom in conspeetu tuo..,. La chapelle de la Santa Crut, bâtie en saillie complète dans l’intérieur du préau, nous semble aujourd'hui plus digne d’attention..

La grille qui ferme les quatre arcar des quelle occupe sur la galerie est un vénérable souvenir de l’histoire belliqueuse de Navarre. M. Cénac Moncaut prétend avoir recueilli de la tradition navarraise que cette grille entourait la tente du Miramolin, le jour de la célèbre bar taille de las Navas de Tolosa, où elle fut enlevée par les chevaliers de don Sanche le Fort. Nous ne croyons pas les Navarrais, assez naïfs pour commettre une semblable équivoque et pour ignorer cette gloire de leur nation, à laquelle ils doivent l’orle qui entoure l’écu de leurs armes. La tente de Mobamed-al- Nassr était entourée d’un retranchement formé de chaînes de fer; don Sanche enleva ces chaînes pompe, trophée de la victoire ; des fragments, qui en ont été conservés, se retrouvent encore dans la cathédrale de Tudçla et dans la salle des archives dq la députation provin-

ciale à Pampelune; et la plus grande quautité fut reforgée pour construire les grilles de la chapelle de la Santa Crux. L’erreur de tradition que M. Cenac Moncaut se donne la peine de rectifier ne vient pas des Navarrais; c’est, de sa part, une simple faute de traduction : on à dit que cette clôture de la chapelle était faite des grillos qui entouraient latente de l’émir; mais grillos signifie chaînes et non paq grilles.

L’inscription suivante placée sur un panneau à l’entrée de la chapelle nous parait, du reste, assez précise :

Cingere quæ cernis crucifixion ferrea

vincla . . ,

Barbarie» gémis funere rupta manent, Sanctius exuvias discerptas vindice ferrô Hue, illuc sparsit stemmata trusta pius.

Anno 1212:

En sortant du cloître qq doit aller visiter le réfectoire, dont la porte s’ouvre à peu de distance de la chapelle de la Santa Crux , puis contempler des galeriês des combles la beilè campagne de Pampelune. L’ornementation de ces galeries est d’ailleurs digne d’être étudiée, « La meilleure partie de la Navarre , dit l’écrivain que nous avons déjà cité, étale aux regards des vallées fertiles , couvertes de bourgs et de moissons... Les couvents de sainte Claire et de sainte Engracé, où Jean d’Albret s’était établi en 1612 pour di?

riger le siège de Pampelune, s’élèvent sur l’autre bord de l’Arga.

Plus au S. , Villava < Bure ta , Quatro-Ventos , Varios- Pianos et Carrasa , forment au pied du mont historique de Riniega une ligne de villages dépourvus d’animation et de fraîcheur , mais non de souvenirs récents, eücore chers aux

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"belliqueuses populations de la montagne.... Puis l’ermitage de Saint- Firmin de Aldapa , dont la chapelle s’élève sous les fenêtres du vieux Palais-Royal, ceux de N. D. de la O , de Sainte-Anne , de Saint-Martin , de Saint-Michel, celui de laTrinidad, près de Carrasa, audacieusement perehé sur des rochers inabordables, parmi lesquels le regard n’oserait chercher que des nids d’aigles et de vautours. »

Il flpus reste à signaler au voyageur la paroisse de saint Saturnin, premier évêque de Pampelune.

L’église, qui est ancienne, renferma de Curieuses sculptures, une chapelle dédiée à N. D. del Camino, un autel placé sous l’adoration de saint Michel et richement doré. Non loin de la paroisse, au carrefour formé par plusieurs rues, dont l’une est la calle mayor, une pierre porte l’inscription suivante en lettres de bronze :

Aqui esta el pozo — con cuya agua — Segun tradition — Bautisà san Sa- (urnino — A los primeras cristianos — En esta ciudad.

« Ici est le puits avec l’eau duquel , d’après la tradition , saint Saturnin baptisa les premiers chrétiens en cette ville. »

Mentionnons encore la paroisse de San-Lorenzo, sa sacristie, son clocherde forme bizarre , sa chapelle principale, dédiée à saint Firmin et spécialement consacrée aux cérémonies de l’Ayuntamiento ; enfih la basihca de saint Ignace de Loydla et le palais de la Députation provinciale, qui renferme quelques peintures, quelques documents curieux, et qui possède de beaux jardins.

l'hôpital général est un vaste édifice, placé du côté N. de la

ville et près de l’Arga. Il peut contenir jusqu’à 800 lits. La casa de la Misericordia, située sur la promenade de la Taconera, sert de refuge aux pauvres valides ; les enfants de l’ Iréclusa y viennent lorsqu’ils ont atteint sept ans , pour y recevoir l’éducation primaire et se préparer à suivre un état. — L ’lnclusa, ou la Maternité, a été fondée en 1804, par don JoaqUin Xavier de Lasaga, prieur de Roncevaux et depuis évê- * que de Pampelune. Elle recueille les enfants trouvés de toute la province et les orphelins de père et de mère jusqu’à l’âge de sept ans; on y reçoit également les orphelins de mère et les enfants que les mères ne peuvent nourrir ou faire nourrir par des nourrices. A sept ans, les garçons élevés par l’établissement 'passent à la casa de Misericordia; les filles restent jusqu’à ce qu’elles puissent être , soit placées au dehors comme servantes ou comme ouvrières, soit mariées.-

Parmi les promenades de la ville , la Taconera , qui s’étend devant la citadelle, est la plus importante.

La municipalité fait entretenir avec un soin particulier cette belle promenade, qui est le point de réunion de toute la population. Le salon (on nomme ainsi dan$ les promenades d’Espagne l’allée principale , où se montrent de préférence les promeneurs élégants et les riches toilettes) a 126 mètres de long et 38 mètres de largeur.

Pampelune a reçu les titres de Müy nobieymuy leal et quelquefois aussi elle prend celui d’impériale; elle a pour armes un lion rampant couronné, tenant une épée dans sa patte dextre et pour orle les chaînes de Navarre., Son. origine se perd dans la nuit des temps; c’est i’an-

eienne Pompeiopolis. Le roi des Visigoths, Euric, s’y établit en 466.

Près d’un siècle après, les Franks s’en emparèrent sous Childebert; ils la conservèrent jusqu’à l’invasion de Leovigilde et des Goths. En 738, elle tomba au pouvoir des Arabes , qui s’y maintinrent douze ans. Les Navarrais, ayant expulsé les Arabes, sa placèrent sous la protection de Charlemagne ; mais celui-ci devint bientôt, pour Pampelune un ennemi plus redouté que ne l’avaient été les Maufes; voulant, dit-on, la punir de la résistance qu’elle apportait à ses désirs d’adjoindre la Navarre à la couronne de France , il profila de son passage à main armée à travers la Navarre , lorsqu’il marcha sur Saragosse , pour ravager le pays et renverser les murailles de la capitale.

La déroute et la destruction de l’arrière-garde de Charlemagne dans les gorges de Roncevaux furent la vengeance des Navarrais (V. R. 21).

Pampelune devint le chef- lieu du comté de Navarre, quand Garcia Inigo s’efforça au vur siècle de reconstituer son indépendance, et elle fut la capitale de la monarchie que. Sancho Abarca fonda ensuite en 905. Le 22 juin 1512 , une armée nombreuse, envoyée par le roi de Castille Ferdinand le Catholique , sous le commandement du duc d’Albe, et profitant des dissensions qui partageaient la Navarre, vint mettre le siège devant Pampelune.

Elle dut capituler deux jours après.

Le roi Jean de Labrit tenta en 1521, avec le secours du roi de France , de reprendre sa capitale; il s’empara du château, mais sans aucun résultat, et cette attaque fut signalée par un seul incident mémorable, la blessure que reçut en prenant part à la défense de la ville un

jeune homme d’un grand courage, capitaine au Service du roi catholique et gentilhomme de Biscaye, Ignace de Loyola. Lorsque le nom du fondateur de la Société de Jésus fut devenu célèbre, les habitants de Pampelune se souvinrent de ce fait d’armes et érigèrent à la mémoire de saint Ignace, et sur la place même où il était tombé blessé, une chapelle ( basilica ) qui existe encore aujourd’hui auprès de la place de Taureaux et derrière le palais de la Députation provinciale.

En février' 1808 , une division française, reçue comme alliée, entra dans Pampelune et y prit ses logements. Le général d’Armagnac, qui la commandait, avait ordre de s’installer dans la citadelle ; voici comment s’effectua sans coup férir ce hardi coup de main. Un détachement de soldats sans armes avait été conduit dans la citadelle pour y recevoir des vivres; le chef de bataillon Robert était parmi eux déguisé. Il avait neigé : en attendant la distribution , quelques soldats firent des boules de neige et s’amusèrent à se les jeter. La partie s’engagea, tous y prirent part et un groupe vint, en jouant, se placer sur le pont-levis de manière à empêcher qu’on pût le lever. Alors , à un signal convenu , d’autres se précipitèrent sur le corps de garde , surprirent les hommes et les désarmèrent. Un peloton de grenadiers caché dans une maison voisine vint prêter main-forte, une force plus nombreuse accourut aussitôt, et la citadelle fut occupée en un instant. Après la triste déroute de Vittoria, Joseph se réfugia à Pampelune et s’opposa à la destruction des murailles de cette ville, que ses généraux voulaient renverser en se retirant. La place

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fut laissée sous le commandement du général Cassan qui y soutint pendant quatre mois un siège pénible, et qui fut enfin obligé de capituler quand le maréchal Soult eut en vain essayé de le délivrer.

De Pampelune à Saint-Sébastien (V.

R. 1 1 ); — a Saint-Êticnne-de-Baïgorry, par les Aldudes (V. R. n); — à Saint-Jean- Pied-de-Port , par ftoncevaux (V. R. 21 J.

DE SAINT - J EAN-DE-I.UZ A CAMBO.

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