‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 96 sur 384 · ASCENSION DE LA PENA DE OROEL · texte numérisé non relu

ASCENSION DE LA PENA DE OROEL

Une journée, aller et revenir, 8 h. de montée; sentier jusqu’à mi-côte. Cette excursion et la suivante sont empruntées à M. Willkomm. (V. la Bibliographie.)

Vue de Jaca, cette montagne de grès, qui fait partie d’une chaîne parallèle à celle des Pyrénées, apparaît comme une crête prolongée de l’E. à l’O. , et redressée à son extrémité de manière à imiter la forme d’un sphinx au repos; elle n’est accessible que du côté de l’O. , car des trois autres côtés elle se termine par des parois perpendiculaires de plus de 300 mèt.

de hauteur.

Après avoir marché pendant une heure environ dans la direction de la montagne que l’on voit toujours se dresser en face de soi , on arrivé à l’ermitage de Nuestra Senora de

ia Cwera, ainsi nommé parce qu’on a Utilisé comme chapelle l’entrée d’une grotte qui s’étend à une grande distance clans l’intérieur de la montagne. Là, on fera bien de se munir d’eau, car on ne doit pas en trouver plus haut dans les anfractuosités des rochers. Au delà de l’ermitage, on s'élève peu à peu à travers les taillis , et bientôt on se trouve sur un vaste plateau désert qui forme la base même de la pyramide, et dont les pentes, couvertes de genêts et de buis, se relèvent doucement du côté de l’O. Plus haut on pénètre dans une vaste forêt composée de pins, de sapins et de hêtres, et, après deux heures de marche, on [atteint enfin la partie inférieure de la crête, où se dresse une grande croix de bois.

Le reste de l’ascension est assez difficile ; il faut suivre une arête de rochers d’environ 2 mèt. de large , qui contourne le sommet du côté du N. et de l’O. ; quelques fentes interrompent çà et là ce chemin dangereux , au-dessous duquel s’ouvre le précipice; mais on peut se retenir aux broussailles qui croissent pafmi les pierres. Enfin , quand on est arrivé à l’O. même du cône, il faut s’aider des mains et des pieds, et gravir en ligne droite jusqu’au sommet , dont la hauteur totale au-dessus de la mer est d’après M. Willkomm de 1760 mèt. environ.

Le panorama que l’on découvre alors est immense, mais triste ; car, aussi loin que peut s’étendre le regard , on ne voit que des vallées noires de forêts, des parois de rochers et des sommets dénudés ; cependant au N., les sommets neigeux des Pyrénées interrompent un peu la monotonie de ce chaos montagneux, et au S. apparaissent les lignes

ITINÉRAIRE DES PYRENEES

bleuâtres et indistinctes de la Sierra de Moncayo.

EXCURSION AU CLOiTRR DE SAN JUAN DE LA PANA.

Route de mulets. Une journée, aller et retour.

On suit pendant 1 kil. 1/2 le chemin très-fréquenté qui mène de Jaca dans la vallée inférieure de l’ Aragon, puis on prend à g. un sentier qui s’enfonce dans un beau vallon boisé, au-dessus duquel surplombent des rochers dominés par une vieille ruine de construction mauresque.

Peu à peu les arbres diminuent, et l’on rencontre à peine encore quelques maisons de paysans entourées de noyers et de pommiers; mais la vue devient de plus en plus belle, surtout sur la Peüa de Oroel, dont on peut voir, en se retournant, l’imposant profil se dresser au-dessus de la vallée. Bientôt on entre dans un petit vallon hérissé de rochers, où un ruisseau, descendu de la montagne de San Juan, fait tourner les roues de nombreux moulins. Vers l’extrémité supérieure de ce vallon, au milieu de belles prairies, et au pied de grands escarpements rouges, se trouve le petit v. de Santa- Cruz , à côté duquel le ruisseau forme une belle cascade ondoyante d’environ 34 mét. de haut. Là, on est au pied môme de la montagne, et il ne reste plus qu’à monter péniblement, par un sentier eu zigzag, entre les pierres écroulées, et dans quelques ravines profondes creusées par les eaux, pour arriver sur le plateau au centre duquel se trouve le nouveau couvent de San Juan de la Pena, à 1144 mèt. au-dessus du niveau de la mer. De tous les côtés, sauf à l’O. , s’étendent de

vastes forêts qui augmentent la solitude et rendentd’autant plus étrange l’aspect imprévu de ces constructions de briques. Elles forment un grand carré régulier, au centre duquel se trouve l’église , qui d’ailleurs n’offre rien de remarquable , et dont les fresques ont été entièrement détruites par les pluies.

L’ancien couvent, situé à 100 mèt.

plus bas, à une petite demi-heure de distance, dans un beau vallon ombragé de hêtres , est dans un meilleur état de conservation et présente de plus un grand intérêt historique. En effet, c’est le berceau de l’Aragon.

Quand les Arabes pénétrèrent en Espagne, l’an 711, et chassèrent les Visigoths, quelques hommes résolus se réfugièrent dans la. grotte de l’ermite Galéon, renfermée aujourd’hui dans les constructions du vieux cloître. Cette grotte devint peu à peu le rendez-vous de tous les chevaliers chrétiens; après la mort de l’ermite, arrivée en 730, des pèlerins, venus des provinces voisines pour vénérerses reliques, se croisèrent eu son honneur, et, conduits par un chef Vascon nommé Ynigo Arista, battirent complètement les Arabes à la bataille d'Arasuet. La victoire gagnée, le général fut proclamé roi de Sobrarbe, province qui comprend encore aujourd’hui les vallées de l’Aragon, du Gallego et de la Cinca, et devint le chef de la puissante maison d’Aragon. Le petit v. de Panno, qu’il construisit à une petite distance de la grotte , servit de capitale au royaume naissant.

Vers le milieu du xi* siècle, Ramire I"fit bâtir, au-dessus des ossements de ses pères qu’on avait dé- |K»sés dans la grotte de Galéon, le

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