Ftiffo.", en espagnol
Moncade, deux fils jumeaux, encore en bas Age. • Les gens de Béarn, ajoute la chronique, eurent conseil entre eux, et ils députèrent deux prud'hommes du pays pour demander l'un de ces deux frères pour seigneur; et quand ils furent là, ils allèrent les voir, et les trouvèrent endormis, l'un les mains fermées, l'autre les mains ouvertes, et ils s'en revinrent avec celui qui avait les mains ouvertes. »
Gaston à la main ouverte fut un bon prince. Il défendit de son mieux, et avec le plus grand courage, son pays et son suzerain le comte de Toulouse contre les bandes avides et fanatiques de Simon de ^ Montfort. Son frère , Guillaume- Raymond à la main fermée, ne put lui succéder qu'après avoir consenti à la création d'une cour majour, institution qui parait avoir eu pour l)ut de donner de plus solides garanties à la bonne administration de la justice. Le château de Pau était un des lieux où devait siéger la cour majour. Cependant Morlaas était toujours la ville principale du Béarn.
Le fils de ce prince ne régna que six ans et laissa un enfant mineur, Gaston de Moncade, ou Gaston VII, dont nous avons déjà parlé. Il avait deux filles. Constance et Marguerite. Constance, laînée, avait épousé le comte d'Armagnac. Mais ce comte d'Armagnac avait refusé d'aider son beau-père dans une guerre qu'il avait eue à soutenir contre le roi de Navarre. Gaston réunit à Pau les Etats de Béarn et de Bigorre, et leur demanda qui ils préféraient pour souveraine, de Constance ou de Marguerite. Tous optèrent pour Marguerite et pour son mari Roger- Bernard en haine du comte d'Arma-
gnac. « Et dès lors , dit l'auteur des Annales de Foix, tant par ledit Gaston de Moncade, que par les gens desdits Estats, fut faite l'union des pays de Béarn et de Bigorre avec là comté et la maison de Foix. »
Gaston-Phœbus fut le petit-fils de Roger-Bernard. Dans sa jeunesse il chercha les aventures lointaines, alla combattre les païens du Nord sous la bannière des chevaliers Teutons, visita la Suède et la Norvège, et délivra, en revenant, les belles dames de la cour de France assiégées par les Jacques dans l'île de Meaux. De retour en Béarn , il eut à combattre le comte d'Armagnac, son voisin et son ennemi, et le battit en maintes rencontres.
« Il passait, dit l'historien des ducs de Bourgogne , pour le prince le plus sage , le plus courtois , le plus riche , le plus économe à la fois et le plus magnifique de son temps. »
Cependant l'histoire reproche deux meurtres à ce prince si sage , et son propre fils fut l'une des deux victimes. Il avait épousé Agnès de Navarre, sœur de Charles le Mauvais, avec laquelle il vivait assez mal.
Charles donna au jeune Gaston, fils unique de Phœbus, un philtre qui devait réconciUer les deux époux, et Gaston se chargea de le faire boire à son père. Or, ce philtre était tout simplement du poison. Phœbus crut son fils coupable , et le fit mourir. (Voy. Orlhez, page 70.) Mais tous les historiens attestent unanimement que les Béarnais ne furent jamais plus heureux que sous son règne. Il reconstruisit, comme nous l'avons déjà dit, le château de Pau; il en fit un séjour magnifique , et l'on ne peut douter que ces grands travaux n'aient beaucoup
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accru l'importance de la ville et sa prospérité.
Mais Orthez , sa principale résidence, resta pendant cinquante ans encore celle de ses successeurs.
Ce fut seulement le quatrième, Gaston XI, contemporain de Charles VII et de Louis XI, qui s'établit à Pau.
oc II fit du château, dit M. de Uigrèze, un palais royal. 11 l'embellit et l'agrandit encore. Il construisit les parties nord et est de l'édifice.
Il créa le Parc, cette promenade si admirée des étrangers. Il fit de Pau une ville, lui donna des armoiries, élargit son enceinte, exhaussa ses remparts, rendit son sénéchal sédentaire, y établit des jurats, concéda des foires et des marchés, et érigea en paroisse l'église de Saint-Martin. »
Il était petit-fils, par sa m&re, du roi de Navarre don Carlos III.
Il devint le gendre de dona Blanca, autre fille de Carlos III, et reine de Navarre après lui. Dona Blanca laissa trois enfants, don Carlos, prince de Viana, Blanche, reine de Castille, et enfin Léonor, comtesse de Foix, par son mariage avec Gaston XI. Don Carlos mourut empoisonné, dit-on, par sa belle-mère et peut-être par son père lui-même, don Juan, roi d'Aragon, qui convoitait la Navarre, et s'en était emparé par provision. Blanche, qui avait fait casser son mariage avec le roi de Castille Henri V Impuissant, et dont les droits sur la Navarre étaient incontestables, victime de la trahison, comme son frère aîné, fut livrée par don Juan d'Aragon au comte de Foix, qui la tint quelque temps prisonnière, l'empoisonna bientôt, — selon l'opinion générale , — et réclama la couronne de Navarre pour sa femme Léonor. On
transigea, et il fut convenu que la Navarre lui reviendrait après la mort de don Juan.
Ce fut Gaston qui mourut le premier, en 1472. Don Juan d'Aragon vécut jusqu'en janvier 1479, et Léonor, devenue reine de Navarre, expira le 12 février suivant, après avoir régné deux semaines.
Gaston eut pour successeur son petit-fils François-Phœbus, qui fut vicomte de Béarn et comte de Foix en 1472, et devint roi de Navarre en 1479, après son aïeule Léonor, François-Phœbus mourut trèsjeune, en 1483. Sa sœur, Catherine de Foix, devint après lui vicomtesse de Béarn, comtesse de Foix et reine de Navarre. Elle épousa Jean d'Albret Tannée suivante. Leur • règne fut heureux jusqu'en 1.512.
Mais une puissance formidable s'était formée à côté d'eux. Le fils de Juan d'Aragon, Ferdinand le Catholique, avait épousé la reine de Castille Isabelle, et réuni sous ses lois l'Espagne tout entière, moins la Navarre , dont il avait résolu de s'emparer h la première occasion. Il avait épousé en secondes noces Germaine de Foix, petitefille de Gaston XI par Jean de Narbonne , frère puîné de François- Phœbus. Jean de Narbonne avait déjà tenté une fois de déposséder sa sœur Catherine. Gaston de Foix.
duc de Nemours, fils de Jean et frère de Germaine , ayant péri à la bataille de Ravenne, Ferdinand le Catholique fit tout h coup revivre les prétentions de son beau-père.
Il envahit la Navarre à l'improviste et en chassa Jean d'Albret, qui mourut quatre ans après sans avoir pu s'y rétablir. Catherine le suivit de près.
Leur fils, Henri d'Albret, fut
l'ami et le compagnon d'armes de François P'. U partagea son malheur à la bataille de Pavie. Prisonnier des Espagnols, il réussit à s'évader après dix mois de captivité.
En 1527 il épousa Marguerite de Valois, la spirituelle et charmante sœur du roi de France.
a Marguerite, dit M. de Lagrèze, vint fixer sa résidence à Pau. Son premier soin fut d'embellir ce séjour. Elle appela des artistes italiens pour décorer les vastes appartements qu'elle fit construire au midi, le grand escalier que l'on admire encore, la cour intérieure, et tout le dehors de l'édifice, remanié selon le style de la Renaissance.
Elle créa, près de sa royale demeure, les plus beaux jardinages qui fussent pour lors en Europe. »
Henri avait conservé le titre de roi de Navarre et recouvré du royaume perdu par son père les vallées qui descendent au nord des Pyrénées, et qu'on appela longtemps la Basse- Navarre. La cour de Pau fut trèsbrillante à cette époque. L'instruction, l'esprit, la grâce de Marguerite y attiraient, avec les seigneurs les plus illustres de ce temps, les artistes, les poètes, les savants les plus distingués. Quelques-uns des premiers docteurs de la Réforme y furent également bien reçus. Calvin persécuté s'y réfugia, ainsi que Roussel et Lefèvre d'Êtaples. Clément Marot trouva auprès de la reine de Navarre un asile honorable, et s'enorgueillit du litre de son valet de chambre. On la crut plus d'une fois au moment d'embrasser le calvinisme; elle l'aurait fait probablement, si elle n'eût été retenue par la crainte de déplaire à son frère et d'affliger son mari. Henri d'Albret, cependant, gouvernait sa-
gement son petit État, y développait l'agriculture et l'industrie, y réformait la législation, y perfectionnait l'administration, et augmentait progressivement la prospérité de sa capitale.
Il n'eut qu'un fils, qu'il perdit en bas âge , et une fiUe qui fut nommée Jeanne, et qui devait jouer un grand rôle dans l'histoire. Comme elle était destinée à régner sur le Béarn et la Navarre, François I" jugea prudent de s'assurer qu'on ne la marierait pas malgré lui. Il exigea qu'elle lui fût remise tout enfant, et la fit élever, - avec le plus grand soin d'ailleurs, — au Plessis-lez-Tours. Il était permis à sa mère de la venir voir, mais non de l'emmener. Cependant plus d'un prince convoitait sa main. Charles- Quint là demanda pour son fils don Felipe (Philippe II). Le roi et la reine de Navarre étaient très-flattés de cette alliance. Mais François 1" comprit combien il serait dangereux pour la France de laisser prendre à l'Espagnol une aussi forte position au nord des Pyrénées. A la vérité, Charles-Quint offrait au roi de France de lui laisser la faculté de racheter pour deux millions toutes les seigneuries de la maison d'Albret; mais les souvenirs, les habitudes, les vieilles' affections de tout un peuple, ne s'effacent m par acte diplomatique, ni par décret :
François rompit tout à coup la négociation entamée, et maria sa nièce Jeanne à Guillaume de la Mark, duc de Berg, de Clèves et de Juliers. Henri d'Albret et Marguerite, n'osant s'y opposer directement, firent protester les Etats du Béarn : mais le roi de France passa outre, « fit célébrer les noces à ChâteUerault, et exigea que le
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duc de Clèves entrât, en présence de témoins, dans le lit de sa femme, afin que le mariage fut réputé indissoluble '. » Ce n'était pourtant qu'une vaine cérémonie : Jeanne d'Albret n'avait encore que douze ans. Trois ans après, en 1543, le duc de Clèves étant devenu l'allié de Charles-Quint, François I" fit luimême casser ce mariage, qui n'a\ait pas été consommé. En i:)48, sous Henri II, Jeanne d'Albret épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, et devint mère, en 1553, d'Henri de Bourbon, qui devait être roi de Navarre après elle, et, après Henri III . roi de France.
Ce fut au château de Pau qu'elle accoucha, auprès d'Henri d'Albret, qui l'avait engagée à le rejoindre, lorsqu'il avait appris sa grossesse.
Les circonstances singuhères de la naissance d'Henri IV ne sont ignorées de personne. (Voy. ci-dessous page 198.) Henri d'Albret avait perdu sa femme en 1549. Il mourut luimême en 15.55, et le chef de la maison de Bourbon devint alors roi de Navarre.
Ce prince embrassa, en 1558, la religion réformée , qu'il devait abandonner plus tard : Jeanne d'Albret ne se décida pas immédiatement à le suivre dans cette voie; mais, lorsqu'elle y fut entrée, elle n'en sortit plus.
Leur union était mal assortie, et ne fut point heureuse. Jeanne avait une intelligence supérieure et un caractère énergique; Antoine était borné, faible, versatile et libertin.
Ses mœurs dissolues, ses amours de passage, blessèrent souvent la fierté de la mère d'Henri IV. Il la relégua à Vendôme lorsque, pour les motifs