‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 141 sur 382 · ROUTE 34. LES EAUX-CHAUDES. — LE PIC DU MIDI · texte numérisé non relu

ROUTE 34. LES EAUX-CHAUDES. — LE PIC DU MIDI

(Voy. ci-dessous) et au col des Moines (V. R. 29).

Des Eaux-Chaudes an lac d'Aule.

Une journée, aller et retour.

3 h. 30 m. des Eaux-Chaudes à Bious-Artigues (Voy. ci-dessus).

Si l'on est à cheval, il faut laisser sa monture à Bious-Artigues; car le sentier devient très-escarpé. Un monte d'abord jusqu'au cirque de Ïiious-Vermette, ancien lac desséché, qu'environnent de toutes parts de hautes montagnes. Puis on s'engage à dr. dans une gorge profonde , et, après une heure de marche, on arrive sur les bords du Lac d'Aule.

En gravissant les rochers nus qui le dominent, on atteint bientôt la ligne de séparation des eaux. Du haut de ces sommets presque toujours couverts de neige , le regard embrasse les montagnes les plus élevées des deux versants des Pyrénées et les premières vallées espagnoles.

On peut revenir aux Eaux-Chaudes par les pâturages de Gaziès, bordés de forêts où abonde le coq de l)ruyère.

Ses Eaux -Chaudes à la Case de Broussette.

4 b. environ. Excunîion qui n'offie aucun intérêt.

8 kil. Gabas (\^oy. ci-dessus). En quittant Gabas , on remonte d'abord là rive g. du Gave de Broussette dans une vallée étroite et sans caractère, dont les sapins deviennent de plus en plus rares et chétifs à mesure qu'on s'élève; h moitié chemin environ, on passe sur la rive dr. , et vis-à-vis de la case on repasse sur la rive g.

La Case de Broussette a été établie de temps immémorial par la

commune de Laruns pour offrir un asile aux voyageurs qui passent les cols de Pevrelue ou d'Anéou ; c'est un gîte des plus misérables. Pendant deux mois de l'année, les habitants de cette auberge (à 1382 mètres) restent ensevelis sous 15 ou 20 pieds de neige; pendant 8 mois, ils sont isolés du reste du monde. Aussi , la case est-elle ordinairement munie de provisions pour six mois. Parfois, pendant les mois d'hiver, 70 ou 80 voyageurs bloqués par les neiges y séjournent des semaines entières. La moitié du rez-de-chaussée sert de fromagerie; on y voit jusqu'à 1800 fromages rangés sur des étagères, qu'un courant d'eau vive entretient toujours fraîches.

Ascension du Fio du Midi d'Ossau.

Une forte journée. Un bon guide est indispensal'le et il faut emporter des provisions. Il vaut mieux monter par la case de Broussette et descendre par Bious-Artigues. Les guides des Eaux- Bonnes demandent des prix exagérés.

On ne devra pas craindre de les marchander.

Cette ascension , l'une des plus difficiles des Pyrénées , ne doit être entreprise que par un beau temps parfaitement sûr; par un mauvais temps elle pourrait devenir dangereuse. Je l'ai faite en i857 dans des conditions excellentes avec Esterle, un des meilleurs guides de montagne que l'on puisse trouver aux Eaux -Bonnes et aux Eaux - Cbaudes.

Mais je ne la conseillerai à personne; ou n'est pas euffisamment récompensé de ses fatigues. Du reste, on ne doit pas l'entreprendre si l'on n'a pas la tête et le pied sûrs et si l'on n'est pas habitué aux courses de montagne».

S. B. On peut coucher soit à Gabas, soit à la caHe de Broussette. Mais, en partant de bonne heure des Eaux- Chaudes et même des Eaux-Bonnes, on a 'le temps d'arriver au sommet avant midi.

ITINERAIRE DES PYRENEES

Le Pic du midi d'Ossauy la dernière masse granitique des Pyrénées du côté de rAtlanti(iue. se distingue des autres pics de la chaîne par son isolement , par sa forme particulière , par sa double pointe , par son aspect nu et désolé, enfin par ses escarpements presque partout à pic, où la neige trouve à peine un point d'appui. Son plus haut sommet est à '288S met. au-dessus du niveau de la mer. Pendant des siècles il a été regardé comme inaccessible.

En 1581 , un seigneur de la maison de Foix , le duc de Candale , en tenta cependant l'ascension. M. de Thou, qui tenait de sa bouche le récit de ce voyage, l'a conservé dans ses Mémoires (p. 46 du XI" volume, édit. de 1742). On voit dans cette relation que , après s'être élevé audessus de la retraite des clièvres sauvages et des aires d'aigles, il ne trouva plus de marches taillées dans le roc, ni de chemin, et que s'en frayant un au moyen des échelles, des grapins et des crochets , il ne parvint qu'à une station voisine du sommet. Le sieur Cayet, lecteur d'Henri IV, pendant un séjour de la cour de Navarre aux Eaux-Chaudes, essaya aussi de gravir le Pic du Midi, mais il ne put, dit-il , a monter qu'en un jour et demi, encore bien las; et pour descendre , il fallut s'écouler d'asséant.»

Cependant le souvenir de ces tentatives se perdit peu à peu, et pendant longtemps le Pic du Midi d'Ossau conserva son ancienne réputation.

Enfin, MM. Delfau , en 1796; d'Angosseet Daugerot, en 1802; Venat, Davilette, Fourcade Gié. Lacoste, en 1818; Picoul, en 1823: de Laussat, en 1829; Gaston Sacaze, en 1840 ; le duc de Montpensier , accompagné du préfet des Basses-Pyré-

nées, du général Janin , de M. H. La Case, d'un conseiller de préfecture et de douze touristes, en 1843; et depuis cette époque un grand nombre de savants et de simples touristes, des femmes 'même, sont parvenus jusqu'au sommet. Les bergers qui font paître leurs troupeaux au pied de cette montagne ne craignent pas d'en entreprendre l'escalade.

Je vais indiquer le chemin que j'ai suivi et qui maintenant est généralement préféré.

4 h. environ , à cheval, des Eaux- Chaudes ,\ la case de Broussette (Voy. ci-dessus).

On peut monter à cheval de la case de Broussette jusqu'au col de Pombie ; mais les pentes sont fort roides, et les guides eux-mêmes, qui s'adjugent d'ordinaire les meilleurs chevaux, mettent souvent pied à terre. Le sentier, à peine tracé, gravit d'abord pendant 30 m.

des gazons escarpés dans une forêt chétive de hêtres et de sapins. Au sortir de cette forêt, on aperçoit une vallée nue et désolée, dominée par le Pic. A dr. se montre le col de Pombie, au-<lessus de pâturages aux pentes roides que l'on gravit péniblement. P^nfin, 2 h. environ après avoir quitté la case de Bruus- .setle, on atteint ce col, sorte d'arête gazonnée et courbe (jui relie le Pic du Midi au Pic Saoubiste, haut de 2209 met. De l'autre côté s'étend, dans la direction du N., un vallon nu par lequel on descend à Bious- Artigues. Là, si l'on est monté à cheval , il faut mettre pied à terre, abandonner sa monture, qu'on retrouvera plus tard , et monter à g. justju'au pied même du Pic du Midi (15 min. environ).

Gaston Sacaze a trop bien décrit,

ROUTE 34. LE PIC DU MIDI D'oSSAU.

à partir de ce point, l'ascension du Pic, pour que je ne lui emprunte pas le pas.sage suivant :

« 1" Déposant son sac, sa l)o!te, ses souliers et .son bilton ferré, il attaque le rocher par sa face N. E. ; à vingt ou trente j)as du lieu d'où il est parti , il remarque une excavation creusée par le choc des avalanches ; il aperçoit les traces du saut des isards qui ont laissé l'empreinte de leurs j)ieds dans certains creux du roc, où il se trouve quelques décompositions ou humus provenant de crottes et lichens pourris; quoique environ 30 met. de rocher perpendiculaire soient le premier escalier de cette pyramide, il surmonte cet obstacle en .s'aidant des mains et des pieds, et souvent des genoux et du dos, h la façon des ramoneurs.

« 2" Il rencontre, au-dessus de ce premier et grand escalier, une pente moins inclinée d'environ une centiiine de met., où le granit n'est pas uni, mais plus ou moins chargé d'aspérités, et même de blocs détachés de différentes grandeurs, .se soutenant les uns sur les autres.

« 3" Et successivement il attaque un autre escalier jdus difficile que le premier, mais de la même direction perpendiculaire et même orientation ; parvenu au-dessus, il grimpe une seconde pente moins inclinée, au sommet de laquelle il rencontre un troisième escalier moins difficile que les deux précédents. Jusque-là on suit la même orientation. Ici on trouve une pente transversale d'environ 200 met. du S. au N. Cette pente est inclinée de 30°, et se trouve placée entre deux grands rocliers à parois perpendiculaires, dont l'un au-dessous de celui qu'on

vient de monter, l'autre au-dessus, qu'après environ 100 met. de trajet, il faut se disposer à gravir.

Ici, on a devant soi trois espèces de ravines, mais peu enfoncées ou creusées; celle du milieu est la plus large, et par conséquent celle à monter; elle est inclinée au moins de 60°, et présente plusieurs zigzags à faire. En arrivant au sommet, on trouve un mur rond, haut d'un demi-mètre, que des chasseurs ont construit, pour qu'en revenant du haut du Pic l'on ])uisse se reconnaître. De ce lieu on monte une pente très-longue et assez large sans gazon (tout comme ce qu'on vient de monter) ; celle-ci est inclinée à 35", et vous conduit au Pic, à travers des fentes et des blocs de différentes grandeurs. Quelques tas de neige qu'on y rencontre sont là, comme placés tout exprès , afin que le curieux fatigué puisse en prendre quelques poignées qu'il porte dans la bouche pour se désal- 4érer, et qu'en quelques secondes on doit rejeter à cause de sa glaciale température. Bientôt on arrive au haut du Pic, dont on est séparé par une fissure assez profonde. Ici je me Uiis, et ne dis rien de ce qu'on voit, de ce qu'on entend, de ce qu'on pense; de savants écrivains nous l'ont déjà dit. Là, on trouve une quantité d'ardoises de diverses grandeurs portant signatures de plusieurs grands et de plusieurs savants. Ces ardoises .sont en pile, posées les unes sur les autres, contenant des noms illustres mêlés avec ceux des guides. »

A la base du Pic, les guides font ôter aux touristes leurs souliers et même leurs bas pour rendre leur pied plus sûr dans les passages vraiment difficiles. Cette précaution

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n'est pas aussi indispensable à la descente qu'à la montée.

Le panorama du Pic du Midi est plus étendu que beau; on est entouré d'abîmes nus, désolés^, béants : on se croirait sur le sommet d'un immense obélisque. Au S.

s'étendent les pftturages verts d'Anéou et de Roumigas , sur les frontières d'Espagne jusqu'au chaînon longitudinal du Canaourouye, dont les schistes hérissés semblent tachés de sang; plus loin apparaissent le chaînon plus élevé de Sainte-Hélène, les versants de Sallent et de Canfranc, les cours du Gallego et de l'Âragon, les campagnes de Panticosa.

A ro. se déploie toute la chaîne que nous avons déjîi vue du col des Moines, depuis les pics d'Aspe et de Bernères jusqu'au pic d'Anie, dont la tête se détache* en blanc sur les bois sombres que ses contre-forts vont porter au loin dans la plaine. Dans le bassin du Gave de Bious on distingue le lac Peyreget,le lac d'Ayous et le lac Bersou.

Au N. s'enfonce la vallée d'Os- Sau,dominée par la masse du pic d'Aule, drapée de neiges et de bois ; plus loin se montrent les basons de Laruns et d'Arudy; plus loin encore on découvre la ville de Pau, à moitié cachée dans une brume bleuAtre. A dr. enfin s'élève une haute barrière de montagnes, les pics de Ger, d'Amoulat, de Gabisos et de Som de Séoube, qui, à l'exception de la pointe du Vignemale et du Mont Perdu, empochent de voir les sommets des Hautes-Pyrénées. Cependant, à côté du Som de Séoube, on aperçoit vaguement une petite ligne ronde : c'est le Pic du Midi de Bigorre.

1 h. 30 m. suffisent pour des-

cendre du sommet du Pic du Midi au col de Pombie ou de Suzon , où l'on retrouve ses chevaux. On descend alors en 1 h. dans la vallée qui s'étend au S. entre le Pic de Saoubiste et la chaîne de rochers bizarrement découpée qui se détache de la base môme du Pic. On y trouve quelques misérables cabanes où l'on peut se procurer du lait. A l'extrémité inférieure s'ouvre une gorge pittoresque, trop escarpée pour qu'on s'y hasarde ; il l'aut traverser le ruisseau, et, prenant la direction de l'O., contourner la base de la ramification rocheuse du Pic du Midi, pour descendre, par un sentier fort roide, à travers une belle forêt de sapins, dans le vallon de Bious-Artigues (1 h., soit 3 h. 30 m. en comptant du sommet du Pic du Midi), qui a été décrit ci-dessus.

De Bious-Artigues on descend aisément à Gabas en 1 h. 15 m.

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