‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 163 sur 382 · ROUTE 42. SAINT-SAVIN · texte numérisé non relu

ROUTE 42. SAINT-SAVIN

dentale. « Neuf colonnes doriques, dont cinq à fûts de marbre . ornent chacun de ses côtés et supportent des chapiteaux couverts de sculptures très-grossières. La nef. dit M. Cénac-Moncaut , est éclairée au couchant par une grande rose sans meneaux, et au S. par deux fenêtres romanes de moyenne grandeur.

A la suite d'un transsept, d'où partent les bras assez profonds d'une croix latine voûtée à plein-cintre comme la nef principale , nous voyons se développer un chevet à trois absides, voûtées en cul -defour et d'inégale profondeur, conformément au plan de toutes les églises romanes des Pyrénées. » Sur cette église datant probablement du X* siècle, s'élève un clocher octogone à quatre fenêtres ogivales, qui évidemment n'a pu être construit avant le xir siècle. Quant au tombeau du saint, il est d'une plus haute antiquité. «Sa table de 2'", 10 de longueur et de 1 met. de largeur repose sur quatre arcatures plein-cintre , ornées de colonnes géminées avec chapiteaux à feilles hautes. Ces arcatures en marbre grossier saillent de toute l'épaisseur du fût en dehors des panneaux formés de simple ardoise, travail naïf et grossier qui rappelle évidemment le vu' siècle. »

Les travaux exécutés sous la direction si intelligente et si consciencieuse de M. Bœswilwald à l'église de Saint-Savin depuis 1855, à la suite du tremblement de terre de 1853, qui avait renversé une partie de la voûte de la nef et fendu la façade principale, comprennent la reconstruction des trois quarts d'une façade, celle des voûtes des deux premières travées de la nef, la reconstruction du pilier d'angle N. 0. du transsept, la dépose de la

couverture et de la charpente ruinées, la reconstruction à neuf de ces parties, ainsi que du mur de défense qui , au-dessus de la corniche de l'église primitive, porte la charpente. Ce travail de reconstruction a été fait sur la nef, les transsepts et le chœur. On rétablit en même temps les pignons des transsepts, on jointoya toutes les maçonneries et l'on remplaça le plancher usé qui couvrait le sol de l'intérieur de l'église par un plancher neuf en châtaignier posé sur des lambourdes en chêne. Les dépenses faites pour ces travaux s'élèvent à la somme de 33000 fr.

A une petite distance du S. de l'abbaye, on voit sur un rocher la chapelle de Piétad, qui rappelle un peu l'église de Lourdes -, il n'est pas impossible qu'elle date du viii« ou du IX* siècle. Un peu plus loin dans la même direction s'élève le château de Miramont , bâti par le poète béarnais Despourrins.

De ce château , mais surtout de la chapelle et de l'église, on découvre des points de vue admirables sur la vallée d'Argelez et les montagnes qui la dominent.

Du côté de PE. , sur la rive dr.

du Gave, se dressent, sur un monticule isolé du pied des montagnes de Davantaïgue, les ruines pittoresques du château de Beaucens, ancienne résidence des comtes de Lavedan , propriété actuelle de M. Fould. « Cette forteresse féodale rentre dans les principes stratégiques du moyen âge, qui voulaient que les châteaux fussent construits sur des élévations moyennes de 80 à 120 met. En efi'et, situées plus haut, les forteresses auraient été d'un accès trop pénible pour les

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habitants; situées plus bas, l'attaque aurait été trop facile; tous les châteaux importants des Pyrénées se conforment à cette règle invariable.... Beaucens, commela plupart des constructions féodales, appartient à plusieurs époques. I^ porte du N., le chemin couvert et les remparts d'enceinte datent du xiii* siècle. Le donjon, situé au centre de la place, remonte au XIV* ou au XV* siècle. Les trois premières poternes du chemin couvert du S. 0. montrent tous les caractères du XV* et du xvi* siècle dans leurs montants de marbre et leurs meurtrières à mousquets. Ces constructions sont formées de cailloux cimentés avec si peu de soin qu'elles s'écroulent au moindre choc; aussi le tremblement de terre du mois de juillet 1853 a-t-il renversé un lambeau de mur d'enceinte et fortement ébranlé la base d'une tour carrée de l'angle S. E. Le donjon seul est bien construit. » Cénac- Moncaut.

Avant 18.'>5, on n'arrivait aux ruines de Beaucens que par un sentier assez étroit. Le plateau rocheux, situé à ro. du château et touchant du côté N. à un fossé assez profond, ne possédait plus les parapets qui le bornaient au S. et à 10. Le tremblement de terre de 1853 avait renversé le mur d'enceinte à TE., et fendu la tour placée à l'angle S. E.

Une partie même de la base de cette tour s'était écroulée et menaçait d'entraîner le reste. La cour intérieure était encombrée de débris de pierres et embarrassée de broussailles qui rendaient la visite de ces ruines presque impossible. En 1855^ M. Fould, ministre d'État, le propriétaire du château, fit d'abord rectifier et construire le chemin

qui montait du village à sa propriété. Le sentier, jadis escarpé et mal entretenu , a été remplacé par une route carrossable , bien empierrée , large de 6 met. en moyenne.

Le sol rocheux du plateau et du passage compris entre la première et la deuxième porte fut ensuite escarpé (à la mine) à 0,80 cent, de profondeur. Les débris produits par cet escarpement servirent à élever des parapets tout autour du plateau et à combler le fossé situé au N. Le plateau ainsi nivelé, et recouvert de terre végétale, forme aujourd'hui une belle plate-forme gazonnée.

On consolida les arcades des portes, les maçonneries qui menaçaient ruine, et l'on reconstruisit en sousœuvre la partie écroulée de la tour située à l'angle S. E. Le mur d'enceinte à TE. fut relevé. Enfin, on disposa dans la cour intérieure un hangar destiné à abriter les chevaux des visiteurs.

Tous ces travaux, ainsi que la construction du mur de 5 met.

de hauteur qui soutient la route neuve , nécessitèrent une dépense de 15000 fr.

Au pied du château se trouve le V. de Beaucens (470 h.).

Ces excursions terminées, revenons à la route d'Argelez à Cauterets.

4 kil. (36 kil.) Adast, v. de 129 h.

2 kil. (38kil.)PierrefiUe (hôt. de la Ponte. Relais), n'est en réahté qu'un faubourg de Nestalas , v.

de 506 h., situé à 507 met. au-dessus de la mer. sur la rive g. du Gave de Cauterets. C'est à Pierrefitte que finit la vallée du Lavedan au pied du pic de Soulom, qui , sem'

ROUTE 42. BEAUCENS. — PIERREFITTE.

blable à une muraille immense , s'élève au-dessus d'un amas de rochers écroulés.

De l'autre côté du (lave, séparé de Pierrefitte seulement par un pont, se trouve le village de Soulom (395 hab.) On y remarque l'église dont le clocher, formé par une simple élévation du mur, est surmonté d'une galerie couverte et garni de mAchicoulis et de créneaux.

L'n peu au N. de cette église s'élève l'ermitage de Notre-Dame de Bédouret, confiée naguère .\ trois femmes qui se succédaient sans vœux ni statuts. Tous les habitants de la vallée racontent que les deux églises furent bâties en môme temps par des maçons amis. Quoiqu'elles fussent éloignées Tune de lautre d'une demi-lieue, tous les outils qu'ils se lançaient les uns aux autres venaient tomber à leurs l»ieds (pourquoi pas dans leurs mains?) en traversant miraculeusement tout le vallon. Près de là on montre, dans les rochers d'Artalens, les trous mystérieux habités par les fées.

Si, en sortant de Soulom, on traverse le Gave île Pau sur le pont de Villelongue (V. R. 47), on peut remonter la rive dr. du torrent jusqu'au V. de Villelongue (639 h.). Là, on prend le chemin de l'abbaye de Saint- Orens indiqué par un poteau élevé au milieu du village, et l'on gravit par un sentier escarpé et pierreux un morne assez élevé, que couronne le ham. d'Ortiac. On s'enfonce ensuite dans un ravin frais au fond duquel coule le torrent d'Isaby, qu'on traverse sur un mauvais petit pont. A partir de ce pont, les cavaliers doivent mettre pied â terre

pour monter en 15 min. aux ruines de Saint-Orens.

C'était laque, d'après la légende, saint Orens , jeune espagnol de Huesca, s'étant retiré vers les premières années du v* siècle , vivait en solitaire dans une grotte entourée de forêts; les habitants d'Auch, attirés par sa grande réputation de sainteté , vinrent le chercher dans son ermitage pour en faire leur évoque.

11 ne reste de l'abbaye que des pans de murailles d'architecture évidemment romane; la chapelle est assez bien conservée, mais les infiltrations pluviales font eff'ondrer la voûte pierre à pierre. C'est en pleine paix, vers la fin du moyen âge , que les religieux abandonnèrent l'abbaye.

Les ruines appartiennent maintenant à un brave paysan, nommé Michel Caritou, qui reçoit les visiteurs dans une grange voisine et leur offre du lait moyennant finance. Il raconte aussi la légende obligée et montre sur le roc vif l'empreinte laissée par le bâton de l'ermite.

En se plaçant sur une terrasse de rochers qui précède les ruines, et en regardant dans la direction de la vallée d'Argelez, on aperçoit à ro. Pierrefitte, la chapelle de Piétad, l'abbaye de Saint-Savin. A g., du côté de l'E. , se dresse la montagne du Hourat (trou), roc gigantesque percé à moitié de sa hauteur par une caverne profonde ; |>lus loin vers le S E., apparaît, l)ar-dessus d'autres montagnes, la crête hardie du pic de Léviste.

A trois heures de marche au-dessus de Saint-Orens, en remontant le cours de VIsahy, on trouve la vaste plaine de Prade, où paissent d'in-

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nombrables troupeaux; une belle cascade, celle de Paspiche , y donne naissance au torrent d'Isaby. Elle provient du lac de ce nom, situé au milieu de hautes montagnes sans végétation , dans une zone solitaire et glaciale que domine au N. le pic de Montaigu (2340 met.)

De ce point on peut descendre, soit à Baréges par la montagne, soit à Bagnères de Bigorre par la vallée de Lesponne. (V. R. 60).

A Pierrefitte la route se bifurque :

à g. . celle de Luz et de Barèges (V. R. 47) continue à remonter le Gave de Pau ; à dr. , celle de Cauterets remonte le Gave de Cauterets.

La route de Cauterets remonte, dans un étroit défilé , entre deu \ hautes montagnes, le Gave qui mugit à une grande profondeur. Avant 1838, elle offrait encore deux pentes trèsrapides, l'une, en sortant de Pierrefitte à la côte de l'Estains, et l'autre à moitié chemin parmi les rochers écroulés du Limaçon; depuis, les rampes ont été adoucies et la plus forte ne dépasse pas 7 centimètres.

a Le chemin, taillé à pic et quelquefois en surplomb aux flancs schisteux des montagnes de dr. , s'élargit bientôt, dit M. L^monnier, tout en suivant la rive g. du Gave, dont on aperçoit les eaux bouillonnantes à travers le feuillage épais des noyers , des frênes , des aunes et des tilleuls. La rive dr. , formée par les flancs de la montagne de Soulom, offre çà et là, au milieu des rochers qui les festonnent, de verdoyantes prairies ornées de bouquets d'arbres et de quelques métairies. A mi-chemin de Pierrefitte à Cauterets on passe, au moyen d'un pont en bois fort insigoifiant, sur la rive

dr. du torrent et au pied de la butte dite du Limaçon. A g. tombe une assez jolie cascade, a La butte du Limaçon est formée

par un double éboulement de roches calcaires , séparées des montagnes (le dr. et de g., et dont les débris forment une sorte de chaos, au milieu duquel mugit le Gave.

Un bloc énorme attire surtout l'attention par sa masse et sa position presque verticale au milieu des eaux qui , en cet endroit . font plusieurs chutes d'un bel effet. Le ravin qui près de là descend des hauteurs déchiquetées du Cahaliros mérite aussi un coup d'œil pour sa sauvage et affreuse beauté.

a Au delà du Limaçon, la gorge devient plus spacieuse; en même temps le Gave s'éloigne de la route, les champs ensemencés et les tertres couverts d'habitations deviennent plus fréquents; enfin apparaît l'étroit et pittoresque bassin de Cauterets, formé par la réunion du Cambasque avec le Gave de Cauterets. »

10 kil. de Pierrefite (46 kil. de Tarbes.) Cauterets (V. R. 43).

RBNSEIGMEMENTS GÉNÉRAUX.

HÔTELS : De France, chez Derrey père; du Lion-d'Or, chez Cazeiiave ; des Ambassadeurs, chez Pages; de l'Euro/)*, chez Pradé ; de Paris, place Sainl-Martin ; Richelieu, rue de la Raillère.

Tables d'bôtb. Déjeuner, 2 fr. soc; diner, 3 fr.^

Maisons 'meublées : Bély, Biasson , Bérut, Bordenave, Bordeu, Camua, Casenave, CouIoume,Danus, Duhuureau, Flurin,Managau, Lafont, Larrieu, Latapie, Latour et plusieurs ^autres. — Ces mai- BODS sont tout«s «ituées sur la place.

dans lii rue principale, dans la rue Saint- Martin et dans celle de la Raillère. Le prix moyeu d'une chambre à deux lits est de 5 fr. par jour. Il s'élève parfois jusqu'à 7, 8 fr., et même lo fr. Dans des maisons moins favorablement exposées et plus éloignées du centre , le prix d'une chambre varie de 2 fr. 50 c. à k fr. par jour. Les prix se réduisent des ëeux tiers pendant les mois d'août et de septembre.

MÉDECIN INSPECTEUR. M. Diffibarre, rue de la Kaillère, maison Danos.

Inspecteur adjoint. M. Cardinal , même rue, maison Fluriii.

Docteurs-Médecins. MM. Daudirac, rue de l'Eglise, maison Daudirac; Bonnet de Malherle, rue Uicbelieu, maison Byasson père; Darré , même rue, maison Darrc ; Gouët, même rue, maison Lacrampe ; Drouet, place Saint-Martin, maison Larrieu; Bordeu , rue de la Raillère, maison Bordeu; Coudret, même rue, maison Byassou lils; Buron.mêmc rue, maison Buron ; Camus, rnème rue, maison Camus.

Pharmaciens. MM. ït)os; Broca, rue Richelieu.

Librairies. MM. Dufour, rue de la Raillère, nouveautés littéraires, estampes, gravures des Pyrénées; Dufour, entrée du parc Brauhanban. On trouve chez CCS deux libraires les ouvrages archéologiques et historiques du Bigorre, du Béarn, etc., par M. Cénac-Muncaut. Prix, k'îw avec gravures, i fr. 50 o. MHS gravures.

Cabinet de lecture. Mlle Pujo Berge Pebat, place Saint Martin.

Cercle , salle de bal et concert.

Chez Mme veuve Dupont.

Cafés .- Larramiau , maison du cercle Dupont; Larramiau, place Saint-Martin; Gave, à la mairie ; Larramiau aîné, rue de la Raillère.

Guides de r* classe. Latapy, Jean, chemin du Mamelon - Vert ; Baranne , Jean-Marie; Lacarrel, Joseph; Bordères Berret, rue de Richelieu; Pont, Jean- Marie, rue Richelieu ; Genthieu, Jean- Pierre, sur la route de Pierrefitte ; Dulmo, Jean, route du Mamelon-Vert; Sarniguel-Carro, pont de la Celle : Lacate-Canon ; Poueydehau, Jeao (oncle),

près de l'Etablissement; Dulmo, Joseph, rue de Pause ; Lamarque, Vincent, rue de Pause.

Guides de 2« classe. Bordères , Joseph , près du Mamelon-Veit ; Soubie, Mathieu, rue de l'Eglise; Latapy, Jean- Pierre, chemin du Mamelon-Vert; (îézaï, Jean-Marie, pont de la Gille; Moussai, Lucien , rue Richelieu ; Vergez, Auguste, rue Richelieu, chez M. Derrey, fils ; Vergez, Joseph, rue Richelieu , hôtel du Lion-d'Or.

Les guides ne pourront exercer leur industrie qu'après s'être munis de la carte de leur classe; ils sont tenus d'exhiber cette carte aux étrangers , s'ils en sont requis.

Le prix des guides a été fixé en 1853 par un tarif. Voy. chaque course.

Loueurs de voitures. Prouzet, 3 voit.; Parade , 2 voit.; Harraca, 3 voit.; Cazenave, i voit.; Derrey père, i voit., tous rue Richelieu; Labassé, sur le pont de la Celle, 2 voit.; Harraca, lue de la Raillère, 5 voit.; Boirié, même rue, i voit. Le tarif de la journée est ordinairement de 20 à 25 fr.

Loueurs de chevaux. Baranne, Berret, Harraca, Houssat , Lacaze Lucien, Parade et Prouzet, tous rue Richelieu; Lanusse,pluce Saint-Martin; Dulmo, Latapie, Saniiguet, Guilhamassé, tous près le pont de la Celle ; Canon Lacaze, place d'Aguesseau ; Dulmo, Joseph, route de Pause ; Germain Bérot, rue de la Raillère.

Tarif des chevaux. 3, 4 et 5 fr. par jour, suivant les époques de la saison.

Loueurs d'anesses. Subercage et Page, chemin de Pause.

Tarif des chaises a PORTEURS.Voyez ci -dessous chaque course.

Omnibus. Les omnibus partent de k h.

du matin jusqu'à midi; prix des places, %0 c. pour aller, 20 c. le retour. Départ toutes les 5 minutes.

Messageries : Impériales et générales pour toute la France, par Tarbes et Pau, chez Pons, place Saint-Martin ; Dodé, pour Tarbes et correspondances, rue Richelieu , chez Ibos, pharmacien ; Carrère pour Tarbes; Renguedai, pour P!au; Coalat, pour Luz , Saint-Sauveur et Baréges , place Marchande ; Ribettes, de

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Cauiereis à Bagnères-de-Bigorre et Luchon ; Callet, pour le Béarn ; Ilarraca, Lannegrand et Gron<;o, pour Lourdes.

Sitaation.— Aspect général—Histoire.

Cauterets, b. de 1301 h., composé d'environ 200 maisons, est situé à 992 met. au-dessus de la mer, dans un bassin étroit, entre trois hautes montagnes : à l'E., Perraute, drapé de sombres et magnifiques forêts de sapins; au S., Péguère, dont le sommet est couvert de sapins et le flanc de hêtres; à l'O. , Peyrenère , parsemé de maisonnettes et de cultures, presque jusqu'aux pâturages de son triple sommet. Derrière ces trois montagnes, on aperçoit dans le lointain d'autres crêtes plus élevées; au N.

et à ro. , celles du Cahaliros et du Monné\ au S., celle de VHourmigas.

Cauterets est généralement bien bâti ; a malheureusement, dit M. Lemonnier, les maisons étant fort élevées , interceptent le peu de lumière et de soleil que les montagnes y laissent descendre; d'où résulte pour cette petite vallée un air de tristesse que le mouvement continuel des étrangers ne saurait entièrement dissiper. » En dehors de l'établissement , le bourg n'offre aucun édifice remarquable : l'église n'a d'autre mérite que d'être propre et bien tenue.

La ville de Cauterets est très-ancienne, puisque certains historiens parlent d'une visite qu'y aurait faite le grand César. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter que ses eaux ne fussent très-fréquentées au temps des rois de Navarre. La reine Marguerite, sœur de François I", y venait avec sa cour, ses poètes, ses musiciens et ses savants. Un poète

du pays composa sur elle la jolie chanson que voici :

Aiis thermes de Toulouse

Te fountaine claire y a.

Bagnan s'y paloumcttes (colombes)

Aii nounibre soun de très.

Tan s'y soun bagnadettes (baignotées)

Pendant dus ou très mes

Qu'an près la bouladette (qu'elles ont

pris le vol) Taii haut de Cautères.

Digat mi paloumettes, Que ay à Cautères ?

«< Lou rey et la reynelte S'y baignan dab (avec) nous très.

I.ou rey qu'a ùe cabane Couberie qu'ey de flous ; La reyne que n'a gn'aùie (en a une autre) Couberie qu'ey d'amous.»

A cette époque, nous dit la reine •Marguerite, un voyage aux eaux avait bien ses dangers.

« Le 1" jour de septembre, que les bains des monts Pyrénées commencent d'entrer en vertu, se trouvèrent à ceux de Caulderets plusieurs personnes, tant de France, Espagne, que d'autres lieux; les uns pour boire l'eau, les autres pour s'y baigner, les autres pour prendre de la fange, qui sont choses si merveilleuses, que les malades abandonnés des médecins s'en retournent tous guéris. Mais sur le temps de leur retour, vinrent des pluies si grandes, qu'il semblait que Dieu eCit oublié la promesse qu'il avait faite à Noé de ne détruire plus le monde par eau; car toutes les cabanes et logis du dit Caulderets furent si remplis d'eau qu'il fut impossible d'y demeurer.

a Les seigneurs français et dames (pensant retourner aussi facilement à Tarbes comme ils étaient venus), trouvèrent les petits ruisseaux si crus qu'à peine purent-ils les gayer.

Mais quaud ce vint à passer ce

Gave béarnais , qui en allant n'avait point deux pieds de profondeur, le trouvèrent tant grand et impétueux, qu'ils se détournèrent pour chercher les ponts, lesquels, pour n'être que de bois, furent emportés par la véhémence de l'eau. Et quelques-uns, cuidant rompre la violence du cours pour s'assembler plusieurs ensemble, furent emportés si promptement que ceux qui voulaient les suivre perdirent le pouvoir et le désir d'aller après. »

Sur quoi ils se séparèrent, cherchant chacun un chemin, a Deux pauvres dames , à demi-lieue deçà Pierrefîtte, trouvèrent un ours descendant de la montagne, devant lequel elles prirent la course à si grande hâte, que leurs chevaux à l'entrée du logis tombèrent morts sousellQ^; deux de leurs femmes, qui étaient venues longtemps après, leur contèrent que l'ours avait tué tous leurs serviteurs. »

C'est à Cauterets que Marguerite écrivit son Heptaméron. Elle allait avec ses femmes dans un beaupré, « le long de la rivière du Gave, où les arbres sont si feuilles que le soleil ne saurait percer l'ombre ni échauffer la fraîcheur, et s'asseyaient sur l'herbe verte, qui est si molle et délicate qu'il ne leur fallait ni carreaux ni tapis. » Et chacun à son tour contait une aventure galante.

Rabelais visita également les sources de Cauterets. Aujourd'hui le nombre des visiteurs annuels, malades ou touristes, dépasse 13 000.

On y compte généralement deux saisons : la plus fréquentée commence le 1" juillet pour finir avec le mois d'août. Avant ou après ces époques il fait souvent froid le matin et le soir.

« La richesse hydrologique de Cauterets n'a point de rivale dans les Pyrénées, dit le Manuel indicateur. Le nombre des sources de cette localité n'est égalé que par leur variété. » Les sources utilisées sont actuellement au nombre de 23, et alimentent neuf établissements formant deux groupes bien distincts, l'un à Cauterets même, et l'autre plus au S. , au confluent des Gaves de Lutour et de Marcadau. Le premier groupe comprend les eaux de César, des Espagnols, de Bruzaud, de Rieumizet, de Pause- Vieux, de Pause-Nouveau et deVieux- César. Le groupe du S. , situé à la jonction des Gaves de Lutour et de Marcadau, se compose des bains de la Raillère, du petit Saint-Sauveur, du Pré, du Mauhourat et du Bois. Les habitants de la vallée de Saint-Savin sont les propriétaires de la plupart des sources et ont le droit de s'y baigner gratuitement; mais quelques-unes appartiennent à des particuliers. Les renseignements que nous allons donner sur les établissements des deux groupes ont été puisés en grande partie dans l'ouvrage de M. Gouët.

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