ROUTE 42. LE LAVEDAN. — GAZOST
de Lourdes, et de Oazost (454 h.), à 10 kil. , sont les plus importants.
Le torrent qui débouche dans le Gave de Pau , un peu au-dessus du Pont Neuf, est formé par la réunion, opérée près de Juncalas, du Louey, ruisseau qui descend des hauteurs dominant Cotdoussan, et du Nez , qui prend sa source au pied du Mont-Aigu et qui a creusé la sauvage et pittoresque gorge de Gazost.
Près de Gazost, dans une gorge latérale à laquelle on donne le nom de vallée de Biès , et que domine à son extrémité supérieure le pic dç Bigala, jaillissent des sources minérales froides (12«,50 à 14» centig.) et sulfureuses, inconnues pendant des siècles. Ces sources ont été longtemps là propriété de fe famille de Rûhan Rochefort; elles appartiennent aujourd'hui à M. Burgade, qui les exploite avec un succès croissant, et qui a donné son nom à la principale. Aux paysans, qui seuls fréquentaient ces bains, a succédé la bourgeoisie du département; avant peu, ce sera le tour des étrangers.
Grâce aux efforts des propriétaires , un hôtel confortable, des maisons commodes, se sont déjà construits pour les baigneurs.
L'établissement des bains est situé à côté d'une fabrique importante appartenant également à M. Burgade. Une chapelle spéciale est annexée aux bâtiments. A quelques centaines de pas commencent de magnifiques forêts qui couvrent plusieurs montagnes. On peut faire dans les environs un certain nombre d'excursions intéressantes.
LES EAUX
Eau froide, sulfureuse, iodohromurée.
Connue très -anciennement sous le nom de houn pude (fontaine puante) .
Émergence : Des schistes de transition.
Deux sources : S. Burgade , S. de Nabeas, appelée par M. 0. Henry S. du torrent.
Débit en 24 h. : Abondant d'après M. 0. Henry.
Température : 12«5 à 14».
Caractères particuliers : Eau limpide, odeur et saveur sulfureuses.
Effets physiologiques : Eau excitante, détersive, résolutive, réunissant aux propriétés des eaux sulfureuses froides celles des eaux iodo-bromurées.
Se transporte et se conserve bien en bouteilles.
Classification chimique : Eau sulfurée sodique , avec proportion notable de chlorure sodique , d'iodure et de bromure alcalins.
Analyse (0. Henry.)
Eau 1 kil.
Sulfure de sodium 0,o32o
» de calcium 0,0038
» de magnésium trac. sen.
Chlorure de sodium 0,4000
lodure el bromure alcalins.. 0,0i0i
Carbonate de soude et dépôt, i a q.oq
Silicate de soude etde potasse. | '
Carbonate de chaux et de mag.} „^,„^ oi . j i- . j i 0,0'j80
Silicate de chaux et de magn . )
Sulfate de soude 0,0100
Alumine avec silice
Phosphate terreux
Sel ammoniacal sensible ....
Oxyde de fer \ o,05%0
Matière organiq. azotée
» sulfurée
Glairine rudimentaire
0,S757 Asote indét.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
Bibliographie : Filljol,Eaux minérales desPyrt'iues. —0. Henry père. Eaux sulfureuses, iodo-broraurées,dela vallée de Gazost, analyse chimique. Bordeaux, 1857; in-8.
Le médecin- inspecteur est M. Lacrampe (d'Aspin).
Les renseignements suivants sont extraits d'une brochure publiée en 1857 par M. 0. Henry père.
« L'eau de Gazost, par sa composition chimique et sa richesse sulfureuse, se place au nombre des meilleures eaux sulfureuses de la chaîne des Pyrénées. La présence des éléments sulfureux associés aux principes iodés et bromes justifie pleinement les bons effets que cette eau produit dans une foule de cas où son usage est conseillé comme agent thérapeutique.
« On peut boire sur place cette eau minérale et la prendre en bains ou en douches : elle sera alors trèsprécieuse. Mais lorsque, dans un établissement mieux organisé que celui qui existe aujourd'hui, on saura l'administrer rationnellement en la chauffant, soit par serpentinage dans des appareils appropriés, soit mieux encore peut-être en la chauffant ))ar le système des coupages, c'est-à-dire en ajoutant aux 2/.3 ou aux 3/4 de l'eau vierge, 1/3 ou 1/4 d'eau portée à 95 ou à 100 degrés centigrades, la diminution de 1/3 ou de 1/4 dans la proportion du principe sulfureux pour les bains laissera encore un degré h'ès-satisfuisant pour l'usage balnéatiiire (9», 9 et 8", 8).
« D'après ces considérations, je pense que l'existence des sources sulfureuses, et même de celle de nature ferrugineuse dont il a été question , doivent être un jour une véritable richesse pour la vallée de
Gazost. Mais ce résultat ne pourra être obtenu que lorsque des routes faciles et commodes permettront aux malades l'accès de cette magnifique vallée, et engageront les propriétaires à construire près des sources un établissement thermal capable de répondre à toutes les exigences des applications hydrothérapeutiques. »
Des sentiers de montagnes praticables à cheval conduisent de Juncalas au sommet de la chaîne qui sépare la vallée de Castelloubon de celle de Trébons ; du faîte on peut gagner directement Bagnères de Bigorre (V. R.GO) en 1 h. 15 m. ou en 2 h. , si l'on passe par Trébons (V.
R. 60). Un gyide est nécessaire pour cette course qui n'offre pas un grand intérêt, mais qui rapproche Lourdes et Argelez de Bagnères de Bigorre.
A 2 kil. (21 kil.) de Lourdes, au confluent du Gave et du Nez qui vient d'arroser le val de Castelloubon , on traverse le Gave sur le Pont Neuf, et, suivant une belle route ombragée de noyers, on côtoie la base des montagnes escarpées de la rive g.
6 kil. (27 kil.). Les deux villages (VAgos et de Vidalos^ que l'on trouve ensuite, opposent leur vieille tour aux ruines de Hiéou sur une éminence de l'autre rive. De cette tour les communications télégraphiques transmises de Lourdes par le château de Hiéou se dirigeaient au S. sur Vieuzac.
A3 kil. plus loin (30 kil.), à dr.
et à g. de la route, sur les bords du torrent de Bergons, sont les deux villages d'Osl et d'Ày zac, contenant une population agglomérée
ROUTE 42. ARGELEZ.
d'environ 500 h. C'est là que la vallée de rXxtrème de Salles, descendue des montagnes qui dominent à ro. le pays du Lavedan , vient déboucher dans la vallée d'Argelez.
L'Extrême de Salles , que le Bergons arrose dans toute sa longueur, est remarquable par les beaux groupes de noyers qui ombragent ses pentes. Son chef-lieu est le village de Salles (571 h.), situé sur la rive dr. du torrent.
Après avoir traversé le Bergons , la route monte un peu. et, du haut d'une petite côte , on peut contempler le beau bassin d'Argelez, « riche plaine de deux lieues d'étendue, dit M. de Chausenque,nivelée par d'anciennes alluvions et fertilisée par les eaux du Gave qui, au sortir des sombres gorges où mille obstacles l'irritaient, s'étend et ne mugit plus. De loin , elle ressemble à une forêt, et, sur les diverses zones de ses montagnes, des champs, des prairies, des villages demi-cachés dans les arbres ou couronnant des mamelons, des pâturages, des bois de sapins et enfin de belles sommités neigeuses, lui forment un cadre digne d'elle. En s'éloignant de la plaine . la température est de plus en plus refroidie; mais ici, le soleil a retrouvé sa force pour mûrir les fruits de la vigne et du figuier....
Au delà, presque plus de fruits; le domaine de la culture est restreint à des prairies ou à quelques champs éparsau milieu des rochers.
« Au milieu du bassin paraît la ville d'Argelez, au débouché de la vallée d'Azun qui , plus haute que celle du Gave, est aussi moins réchauffée, mais ne le cède à nulle autre en sites gracieux.... Au fond de la plaine s'élève la montagne de Sûulom, base du pic de Viscos, qui
sert de méridienne à Lourdes. A ses côtés, deux gorges fameuses, aux pentes abruptes, se croisant dans l'éloignement, remontent jusqu'à la crête de la chaîne : celle de Cauterets, de l'aspect le plus hérissé, avec ses monts granitiques drapés de sapins, et celle de Baréges se prolongeant entre de hautes pyramides jusqu'aux sommités de Gavarnie, où l'on reconnaît la pointe du Piméné. Il est même un endroit sur la route auprès de Vidalos, d'où se découvrent la tour du Cylindre et le dôme blanc du Mont-Perdu. »
Avant d'entrer à Argelez , on traverse le faubourg de Vieuzac , patrie du célèbre Barrère. On y voit encore un donjon télégraphique plus considérable que ceux de Vidalos et de Hiéou. « Comme tour à signaux, Vieuzac transmettait ses feux au château de Saint-Savin, dépendant de l'abbaye de ce nom , et maintenant détruit de fond en comble ; puis à celui du Prince Noir, dont les belles ruines dominent encore la vallée d'Azun. »
2 kiL (32 kil.) Argelez (hôt. de France) , chef-lieu d'arrondissement , du dép. des Hautes-Pyrénées, petite V. de 1662 h., est située sur la ri?e g. du Gave d'Azun, près de son confluent avec le Gave de Pau, et adossée aux pentes boisées du Gez. Elle n'a de remarquable que sa position , car elle ne possède aucun édifice curieux à montrer au voyageur, et son histoire est presque nulle. On y travaille à la construction d'une église.
D'Argelez aux Eaux-Bonnes par le val d'Azun et le col de Tortes (V. R. 37).
Au sortir d'Argelez on franchit le Gave d'Azun; on laisse : à g., le petit village de Lau , dont l'église
ITINIÊRAIRE DES PYRÉNÉES.
neuve est sans aucun style, puis, àdr. , Balagnas (ensemble 371 h.); on aperçoit dans le lointain , sur la rive dr. du Gave le château d'Àreyte, et bientôt on arrive près de l'abbaye de Saint-Savin qui se trouve un peu à ro. de la roule , ainsi que le village de même nom (609 h.).
Sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui les restes de cette abbaye s'élevait du temps des Romains, le Palatium Âmilianum; mais, comme tant d'autres édifices du midi de la France , ce palais fut détruit par l'armée du calife Abder-Rharaan. Plus tard, saint Savin, fils de Hentilius, comte de Poitiers, vint chercher une retraite au milieu de ces ruines , et y passa treize annéesdans la prière. Enfin sur ces débris, Charlemagne bâtit un monastère , où , d'après la chronique , Roland , le merveilleux paladin , magnifiquement accueilli par les moines, pourfendit, pour payer son écot, les deux géants impies Alabastre et Passamont. Aussi l'abbaye garda-t-elle une grande réputation de sainteté , et , lorsque Louis le Débonnaire fit demander des contributions et des hommes de guerre à presque tous les couvents de France, il n'osa réclamer des moines de Saint- Savin que leurs prières.
En 843, les Normands envahirent le Bigorre, et le monastère de Saint-Savin s'écroula dans les flammes. Raymond P', comte de Bigorre, le rebâtit vers le milieu du X* siècle, et confirma la donation de Charlemagne , en y ajoutant l'octroi de l'épaule droite et de la peau de tous les sangliers , cerfs et isards pris dans la vallée. Le fermier du lac de Gaube devait aussi apporter un demi -quintal de truites à l'abbé de Saint-Savin , et les pas-
teurs acquittaient un tribut de deux fromages par an. Ce n'est pas tout :
lors des processions l'abbé payait d'un baiser de paix un bouquet que lui donnait la jilus jolie fille d'Argelez (Bascle de* Lagrèze).
Berlin a célébré dans ses poésies :
Le long dîner, la courte messe Du bon abbé de Saint-Savin.
La vallée de Saint-Savin formait une véritable république fédérale sous la présidence de l'abbé. Les femmes y avaient voix délibérative aussi bien que les hommes , et l'histoire nous rapporte qu'un jour une femme appelée Gualhardine de Fréchon opposa son veto à l'unanimité de tous les citoyens.
Les bâtiments de l'abbaye de Saint-Savin qui s'élevaient au N. de l'église viennent d'être acquis par le ministère d'Etat, et M. Bœswilwald, architecte des monuments historiques, a reçu la mission de réparer les appartements qui composent ce qui reste de l'abbaye.
La salle capitulai re va être rendue à l'église pour lui servir de sacristie. Le grand jardin sera entretenu pour l'agrément des voyageurs. L'ancienne cuisine et la salle à manger ont été mises à la disposition du maître d'hôtel de Pierrefitte, afin que les étrangers qui viennent visiter Saint-Savin puissent y trouver un restaurant convenable. En outre, pour faciliter les excursions à cheval ou en voiture de Pierrefitte à Argelez par Saint- Savin, la route de Saint-Savin à Argelez va être rectifiée.
L'église de Saint-Savin est un des édifices de style roman les plus remarquables des vallées pyrénéennes. La seule porte qui y donne entrée est située sur la façade ceci-