ROUTE 43. CAUTERETS. — LE MONNÉ
On traverse le Gave en sortant de Cauterets, et , laissant à dr. la promenade du Mamelon-Vert, puis à g.
celle de Péguère, on suit un sentier qui , après avoir longé la base de la montagne de Péguère, tourne à dr. pour atteindre le revers du Monné, du côté du Gave de Cambasque. Cette gorge prend le nom à'Arresto. « Près de là, dit M. Bascle de Lagrèze, on montrait, il y a peu d'années, un abîme, où, suivant la tradition, furent engloutis les Aspois vaincus par les sortilèges de l'abbé de Saint-Savin (V. R. 28).
Si vers le soir, quand la brume enveloppait le précipice d'un voile mytérieux, deux ou trois pasteurs venaient à s'approcher, des gémissements souterrains se faisaient entendre. A la voix du berger, appelant son camarade, souvent une voix inconnue répondait : Que veux-tu? •
Au delà de la gorge d'Arresto, on s'élève par de larges croupes convertes de genévriers et de rhododendrons jusqu'au plateau herbei^x des Cinquets , où coule une source d'eau vive; puis on continue à monter en longeant l'arête de g.
moins difficile à escalader, et bientôt on peut s'asseoir sur la roche du sommet.
De toutes les montagnes qui environnent Cauterets, le Monné est celle dont la vue est la plus étendue. On découvre du côté de l'O., Labat de Bun , branche orientale de la vallée d'Azun, toute marquetée de prés, de bois, de champs et de villages. On distingue aussi le bosquet qui entoure la jolie chapelle de Poey-la-Houn , sur la route des Eaux-Bonnes à Argelez par le col de Tortes. La vallée d'Argelez apparaît k peine sous le Cabaliros;
mais les plaines de Tarbes et du Béarn se montrent entièrement. A l'horizon du S., se dressent les pics de Badescure, Barétons, Pêne d'Aragon , Costerillou , Som de Séoube, et les cimes du Vigneraale dominées par la Pique-Longue , sourcilleux promontoire visible de 50 lieues. Le Pic du Midi d'Ossau doit être également visible; mais, comme la fourche est tournée vers le N. 0. , et qu'il ne présente qu'une pointe, il reste confondu avec les masses du haut Azun et du Sousoueou. En abaissant les yeux, on aperçoit à ses pieds Cauterets, au fond d'un large précipice vert.
On peut redescendre par la gorge du Lion, ainsi nomnjiée à cause de la forme des rochers qui la dominent; les pentes de cette gorge sont très-douces.
De Cauterets an col d'Arrégioo.
Ascension assez fatigante sur le flanc de la montagne de Lisey, qui domine le Parc. 2 h. i/2 pour aller, autant pour revenir.
On suit au départ le chemin qui conduit à la grange de la reine Hortense, puis on monte au col d'Arregiou, plateau situé entre la gorge de Cauterets et celle de Pierrefitte, et du haut duquel on distingue Luz, Baréges, et plusieurs villages environnants.
De Cauterets à Saint-Savin , à Beaucens (V. R. W) ; — à Saint-Orcns (V. H. k2); — à Pariticosa fV. R. 36) ; — aux Eaux-Bonnes par le col de Tortes (V. R. 87); — à Lu« par la montagne (V. R. M); — au Vignemale (V. R. ki).
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
ASCENSION DU VIGNEMALE.
Un jour entier. Pour être prêt à commencer l'ascension dans la matinée, il faut aller coucher à la cabane du lac de Gaube, ou bien à l'origine du val d'Ossoue, au pied du mont Cardai. Un guide est absolument nécessaire. Le prix est par jour, d'après le tarif, de 8 fr. Chaise à porteurs, aller et retour, k hommes, 50 fr.
Le Vignemale est la plus haute montagne des Pyrénées françaises, carie Mont-Perdu etlaMalailet ta sont en Espagne. Al'E., il s'appuie sur l'immense contre-fort tiu Montferrat, tandis qu'à l'O., il se dresse de toute sa hauteur au-dessus de l'énorme précipice au fond duquel s'ouvre le port d'Oulette. Il est couronné par quatre pitons , dont trois seulement sont ordinairement accessibles; le quatrième, la Pique- Longue, haute de 3368 met., a été gravie pour la première fois en 1834 par le chasseur Cantouz.
A» AsccmsloB par I« Imc de Caube.
On peut aller à pied, en chaise à porteurs, ou môme à cheval, jusqu'à la base du Vignemale, à la cascade de Splumou$e. 5 h.
a Du lac de Gaube jusqu'au pied du Vignemale, dit M. La Boulinière, on monte sans cesse , et l'on remarque cinq ressauts successifs, à travers lesquels le Gave s'est ouvert un passage. Il en est résulté autant de cascades. La première, celle de Splumouse ou de Spumouse, ainsi nommée à cause de son écume, est la plus remarquable. Autant de vallons successifs séparent ces chaussées naturelles, et sont le réceptacle des débris des montagnes. Quelques pâturages peu fertiles y alimentent les troupeaux dans la belle saison.
a Sur le dernier ressaut, on est de plain-pied avec un plateau différent de tout ce qui précède. C'est un dédale de buttes herbeuses, de roches calcaires et granitiques, et de petits bassins, où le Gave dans son enfance coule lentement entre des bords marécageux. Les cimes granitiques du Chaharrou et de VAraillé terminent de part et d'autre les chaînons latéraux, puissants contre-forts du mont dominateur qui couronne leurs masses de granit par son énorme crête de calcaire et de schistes. »
« Enfin, ajoute M. de Chausenque, le glacier se montre au bout d'une esplanade, percé à sa base de jdusieurs arches d'où sortent des ruisseaux troublés par la boue de la moraine et couvrant de débris ce sol nivelé. D'une pente assez égale , il s'élève jusqu'au pied des murailles de la Pique-Longue, d'où, tournant à l'E. , il monte par des gonflements crevassés ou des pentes de neige très-rapides, jusqu'au port d'Ossoue et beaucoup plus haut dans les plis qui séparent les pênes. La masse obtuse de la pointe orientale du Vignemale est séparée de la seconde pointe par un col qui semble n'être qu'une crête en ruines; celle-ci se relève brusquement, puis par re.ssauts aplatis , jusqu'au cône tronqué qui la termine. La troisième, plus aiguë, s'élève entre deux profondes déchirures, mais rien n'égale la majesté de la Pique- Longue, dont le cône allongé se dresse à l'extrémité occidentale de la crête ; du haut de ce cône, de brusques ressauts descendent à l'O.
jusqu'au cul de l'Oulette entre, la France et l'Espagne.
a Le glacier du Vignemale, pas plus que les autres glaciers des
Pyrénées, n'est comparable à ceux des Alpes. On n'y voit pas ces belles crevasses transparentes , ces jeux d'aiguilles et d'arêtes qui héri.ssent ceux-ci et les font ressembler h des vagues surprises par la congélation, et la belle teinte de vert marin ne s'y montre que dans les tranches épaisses ou les parois des crevasses. Les glaciers des Pyrénées, d'ailleurs relégués sur les pentes dépouillées ou dans des fonds déserts, ne peuvent offrir comme dans les Alpes ces contra.stes charmants, ces oppositions pittoresques de leurs pyramides et de leurs cavités azurées avec les chalets, les bois et les prairies. » (Voyage dans les Pyrénées.)
Du haut du Vignemale , la vue est très-vaste, mais elle ne .s'étend que sur des montagnes , et les plaines lointaines du Béarn sont à peine indiquées par des couches de vapeurs bleuâtres. De quelque côté qu'on porte ses regards , on voit des crêtes, des rochers, des forêts noires, des neiges éclatantes, des gorges sauvages ou des pAturages déserts. Du côté de l'Espagne surtout, le pay.sage est presque effrayant à contempler ; ce n'est qu'une étendue bouleversée, aride, et d'une teinte générale jaunâtre et brûlée, excepté là où quelque nuance terne indique des bruyères ou des bois. Du côté du N. , c'est une confusion de pics ruinés, sans verdure et repoussants par leur nudité. A l'E. et à l'O. , l'œil plane sur tant de cimes qu'il est difficile de les reconnaître ; cependant, on distingue parfaitement la masse superbe du Marboré, les Tours, la hrèche de Roland et ses murailles, et enfin les Tourettes plus humbles, voisines du port de Gavainie.
n. Asc4
kl 4'Ossowa.
8 h. de montée; on peut restera cheval jusqu'au delà du plan d'Aube. C'est par là que Cantouz parvint le premier à gravir le Vignemale, en 183^. Quatre ans plus lard il servit de guide à M. de la Moskowa.qui publia dans la Revue des Deux-Mondes (tome XV, page 807^ le récit de son ascension.
Le val d'Ossoue est décrit jusqu'au pied du Cardai dans la R. 45.
Parvenu au pied du Cardai, dont la masse domine au S. le val d'O.ssoue, on le gravit, et, après une heure d'une montée roide, on atteint le Plan d'Aube, long plateaii dominé h. l'O. par les escarpements du Montferrat. Au lieu de tourner h dr. et de s'élever sur les flancs de ce pic pour atteindre le sommet de la crête qui se redresse vers le Vignemale, on continue à se diriger vers le S. , et Ton descend en Espagne dans la première gorge de la vallée de la Serbigliana. C'est alors seulement qu'on prend à dr. pour contourner les pentes méridionales du Montferrat. Ici les cavaliers doivent descendre de monture. « Au commencement , la route suivie est presque horizontale; on s'élève à peine, afin d'éviter les rochers peu abordables dont est revêtue la partie moyenne du Montferrat, et l'on suit prudemment le pied de la montagne pendant plus d'une heure.
On rencontre bientôt des ardoises mouvantes , des schistes en décomposition sur des pentes rapides; ce sol est des plus pénibles; il ne faut pas .s'y arrêter, mais poser le pied h peine, quand on rencontre une de ces veines grisâtres, et s'élancer. Au delà de ces pentes parsemées de pierres glissantes, on arrive de nouveau sur le rocher solide, et l'on monte
ITINERAIRE DES PYRÉNÉES
sans fatigue de saillie en saillie. Il n*y a qu'un seul pas difficile : c'est une espèce de cheminée de 6 à 5 met. de hauteur, tellement étroite que le corps a peine à y entrer. Audessus de ce passage, on est déjà en vue des grandes neiges, et l'inclinaison des talus augmente sans cesse. A g. un vaste cirque, semblable à ceux de Gavarnie et de Troumouse, étend son arc immense; c'est vers la g. de l'amphithéâtre qu'il faut se diriger pour atteindre la base du grand glacier.
« Alors, dit M. de la Moskowa, commence la marche la plus fatigante et la plus monotone qu'on puisse imaginer, sur ces neiges dont la blancheur éblouit. A mesure qu'on s'élève, elles présentent une inclinaison plus rapide et une surface plus ferme. Chaque guide, à son tour, marchant en tête, taille dans la neige des degrés pour placer les pieds. On avance en file, les uns derrière les autres, et toujours en zigzag , revenant sur ses pas quand on rencontre le rocher , et s'élevant à peine au-dessus de l'horizon de 10 met. à chaque fois. On marche ainsi pendant plus de deux heures. »
Le glacier dont on vient d'atteindre le sommet forme le rebord méridional d'une grande plaine de neige, espèce d'entonnoir autour duquel s'élèvent quatre pitons d'inégale grandeur, les quatre sommets du Vignemale. Vue du rebord de l'entonnoir, IsiPique-Lorigue, située à l'O. au delà du champ de neige, offre l'apparence d'une pyramide triangulaire. On l'atteint sans difficulté en une heure de marche à travers la neige.
On peut revenir du Vigneinale à Cauterets par le val de Lutour et le
lac d'Estom (V. R. 43). La première partie de la descente est périlleuse.