‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 173 sur 382 · LUZ · texte numérisé non relu

LUZ

Xiuz (Hôtels : deVVnivers, bon , le meilleur de la vallée , recommandé , du Midi, de Londres, des Pyrcnées , etc. Maisons meublées : Ca- Zaux, Cazavieille, Coujet, Cousture-Daunet, Druène - Flamand, Sarrat, Theil, Vergé, etc.), le cheflieu de la vallée de Baréges, se trouve situé îi 739 met. , au débouché de la vallée du Bastan, dans le bassin auquel il a donné son nom , et qui, avant que le Gave ne se fût taillé dans le roc la gorge de Pierrefitte, était certainement un lac. Sa population fixe s'élève à 1642 h.

a C'est une petite ville toute rustique, dit M. Taine, d'apparence originale et agréable. Les rues, étroites et cailloutées , sont traversées d'eaux courantes ; les maisons grises se serrent pour avoir un peu d'ombre. Le petit bassin triangulaire où se sont groupées les maisons de Luz et les treize villages qui l'environnent est charmant de fraîcheur et de grâce; dans le fond, des prairies et des ruisseaux; sur les collines, des pâturages verts ; tout autour, des pics,

des crêtes et des sommets descendant vers la plaine par des croupes mollement arrondies.

a Luz était autrefois la capitale des vallées environnantes, qui formaient une sorte de république; chaque commune délibérait sur ses intérêts particuliers : quatre ou cinq villages formaient un rie, et les députés des quatre vies se réunissaient à Luz.

ce Le rôle des impositions se faisait de temps immémorial sur des morceaux de bois qu'ils appelaient totchoux, c'est-à-dire bâtons. Chaque communauté avait son totchou , sur lequel le secrétaire faisait avec un couteau des chiffres romains dont seul il connaissait la valeur. L'intendant d'Auch, qui ne se doutait pas de ces usages , ordonna en 1784 à un des employés du gouvernement de lui apporter les anciens registres; celui-ci arriva suivi de deux charretées de totchoux. v

Ces pays de montagnes sont naturellement libres. Ils savaient conserver leurs libertés et ne laissèrent jamais impunies les tentatives que firent les seigneurs contre leurs fors.

La charte de Bigorre est une des plus anciennes qu'on connaisse. Le comte Bernard la donna en 1090, et en cela ne fit que confirmer des |)rivilé;res acquis. Voici quelle était cette charte :

a Les gentishommes ne j)euvent bâtir un château ni le rebâtir île pierre .sans le consentement du comte, sur peine de démolition, et ceux qui en ont doivent assurer le comte qu'il ne lui sera fait aucun dommage au moyen de oe château , et qu'ils le lui mettront dans la main, qu'il soit courroucé ou qu'il ne le .soit pas.

a La franchise, paix, sauveté et immunité .seront conservées aux monastères et aux églises paroissiales dans les limites désignées, sauf qu'un voleur public y pourra être i>ris. La paix sera gardée en tout tem])s aux clercs, aux moines, aux dames et à leur suite, en sorte que, si (juclqu'un s'est réfugié auprès d'une dame, sa personne soit assurée en réparant le dommage (pfil aura fait. Les rustiijues seront toujours en paix, et ni les bœufs ni les fers du labourage ne pourront être saisis. S'ils sont cautions de leurs seigneurs, ils ne pourront être contraints que juscpi'à la concurrence de ce qu'ils doivent à leur seigneur.

a La chasse et la pêche sont défendues aux paysans , sauf pour l'usage des seigneurs et des gentilshommes. Le comte a trois corvées (le charroi chaque année sur les ]»ersonnes franches et libres, et un repas chaciue année , une jmule i Noël et un agneau h. Pâques. Les jtersonnes franches, non plus que les paysans, ne sont obligées d'aller à la guerre que pour la défense de la terre. Le comte a droit à un repas chez le vicomte de la Barte , à Posac, â Bénac, à Ossun, à Antin, â l'Abatud (V. Marca). »

M. de Laboulinière ajoute d'autres détails. D'après lui, les femmes étaient toujours servies à table par leurs maris avec toutes les marques du respect. Maintenant les i>rogrès de la civiUsation ont tout changé :

la femme n'oserait plus s'asseoir à table en même temps que son mari; elle ne jouit qu'une fois de cet honneur, au jour de la noce.

Les Etats du Bigorre se composaient de trois chambres qui opinaient séparément : celle du clergé,

celle de la noblesse, celle du tiers état, qui comprenait des consuls ou officiers principaux des communes, et des députés des vallées. Dans ces assemblées, on répartissait les impôts et l'on discutait toutes les affaires importantes. Le Bigorre, réuni par Henri IV à la monarchie, resta pays d'Etats et garda ses libertés.

a Mais le pays est indigent, dit M. Taine. On trouve des ordonnances qui réduisent de moitié le nombre des hommes d'armes auquel il est taxé, se fondant sur ce que les grêles et les gelées détruisent chaque année .ses récoltes. Plusieurs fois, pendant les guerres religieuses, il fut désert. En 1.Ô75, Mon tluc déclare a qu'il est maintenant si pauvre que a les habitants d'iceUiy sont forcés a d'abandonner leurs maisons et d'ala 1er mendier. » En 1 h9'l , les gens de Comminges ayant dévasté la contrée, a les paysans de Bigorre abandon- « nèrent la culture des terres par « manciue de bétail, et la plus grande o partie d'iceux prit la route d'Es- « pagne. » Il n'y a pas cent ans, on n'y connaissait que trois chapeaux et deux paires de souliers. »

la vallée de Luz a la réputation d'avoir été habitée autrefois par des géants de 8 pieds de haut. On les appelait les Prousous ou les Preux.

Le dejnier était le vieux Barrique, mort au commencement du siècle, à l'âge de 108 à 110 ans. On l'a enterré à côté de ses ancêtres, dans un endroit séparé que Ton montre encore.

Les antiquités de Luz se réduisent à l'hôtel de ville, qui tombe en ruines, et kVéglise paroissiale, qui fut construite par les Templiers. « Cette église, moins vaste que celle de Isaiut-Savin, reproduit, sur des di-

ITliMÉKAlIlE DES PYRENEES.

meiisiuiis iiliis étendues, dit M. Cénac-Moncaut, la simplicité toute primitive de la cliapelle de Soulom.

Même absence de croix latine , même abside en cul-de-four, même voûte, même galerie sous toiture, percée d'une rangée d'ouvertures servant de créneaux.

« Une inscription incrustée dans le mur et ainsi conçue :

Ecca esta edificald anno inc. ... b. Blnne Piisiulo lose cTanvest 6t7a,

semble nous dire que l'église fut bâtie dans le xii* siècle par Blane Passalo, habitant du bourg. Quoi qu'il en soit, le style de l'édifice prouve incontestablement par l'ensemble et les détails (ju'il api)artient à la secomle épocpie de l'ère romane.

a L'église de Luz se distingue entre toutes par son asi)ect belli- ([ueux. Son chevet est placé entre (leux tours carrées de défense , dont l'une, celle du N., est surmontée de créneaux et percée de meurtrières. Si l'on monte à son premier étage par l'escalier extérieur, on voit quatre gros fusils de rempart du xvi* siècle , laissés là sur leurs chandeliers tournants par les derniers ligueurs et tout prêts à faire feu sur les huguenots; puis, pour comi)léter cet appareil de guerre, mors de brides, étriers, fers de lance, lanternes à fiinal, sont suspendus aux murailles de ce donjon.

Telle est la basilique romane, dominée par deux tours, au milieu d'une enceinte de remparts comjdétement crénelée et percée d'un double rang de meurtrières. Cette enceinte, chargée de protéger les vivants et les morts contre les attaques des Albigeois et des huguenots, entourait le cimetière. »

A l'entrée de l'église, un petit tombeau découvert sert de bénitier, et Ton montre une porte basse par huiuelle passaient les goitreux et les Cagots, race maudite. Une des tours renferme un petit musée pyrénéen (prix d'entrée, 50 c, au profit de l'église) , où l'on voit quelques armes anciennes, une urne romaine, un glaive et des fers de prisonniers découverts dans les oubliettes de la prison de Luz, démolie en 18ôl ; un beau christ en bois trouvé sous un escalier ; un calice et un encensoir d'argent, découverts, il y a environ cinquante ans, dans l'ermitage de Saint-Pierre; une statuette d'albâtre, représentant probablement un saint Michel terrassant le dragon.

« Mais l'objet le plus intéressant au point de vue archéologitiue, dit M. Lallier, est, sans aucun doute, un tombeau d'enfant du xiii* siècle, creusé dans un bloc de marbre gris-noir et encore muni de son couvercle; il a G3 centimètres de longueur sur 46 centimètres de largeur. L'inscription est gravée en caractères italiques. En voici le sens :

• Ici dessous gît la bonne

M fille de Narano de Baréges, et de «« Madeleine Nahera, morte en la « dernière semaine d'avril de l'an- « née 1236. Gille de Sera creusa ce a tombeau et grava l'inscription. »

A part cette église, la ville de Luz n'offre rien de remarquable; on visitera seulement avec intérêt les fabriques de laines dites de Baréges.

Promenades. Un monticule qui se dresse au-dessus de Luz , de l'autre côté du Bastan, porte encore les ruines du vieux château de Sainte-Marie. D'après M. Céuac- Moucaut , « c'était autrefois un

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