‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 189 sur 382 · ROUTE 48. DE GAVARNIE A LA BRECHE DE ROLAND · texte numérisé non relu

ROUTE 48. DE GAVARNIE A LA BRECHE DE ROLAND

Inrjïo, unie, continue, el Ions ces • filets qui drapent le pourtour du cirque sont devenus d'imposantes chutes. Ce sont toutes les trombes du ciel qui fondent à la fois. »

On disait autrefois que la cascade de (iavarnie prenait sa source dans im lac glacé, situé sur les hauteurs du Marhoré. C'est une erreur, ainsi qu'on peut s'en convaincre cpiand on observe le Marboré du haut du Vignemale. La source, reconnue pour la première fois en 1847, est à 2331 met. d'altitude. Le niveau moyen du cirque est à 1220 met.

au-dessus du niveau de la mer.

De Gavarnie à la brèche de Rolaod.

6 h. environ, aller et retoui'. Un j;i)i<lc eAi aljsolumenl ntcessaiif. Cette cuiirse intéressante est beaucoup plus facile et surtout moins dangereuse qu'on ne le dit généralement; mai.- il ne faut l'entrepreiidie que si on a le pied sur, el si l'on n'est pas sujet aux vertiges. Des guides ont monté des ff mmes en chaises à porletirs ju8(]u'îi la bicclie. Des crampons pouront être utiles a»ix personnes qui n'ont janiais escaladé de glaciers. On fera bien d'empoiter des provisions.

Quand on a dépassé la Cantine, on suit d'abord le sentier qui mène au fond du cirque; puis, après avoir traversé le torrent, on oblique sur la dr. Le point vers lequel on se dirige ne présente d'abord, comme les autres parois du cinjue, que de hautes murailles à pic : on ne sait par oii l'ascension peut être possible. Mais, (juand on est arrivé en face de la cascade, près d'un enfoncement noirci par l'eau, tout à coup le rocher semble s'ouvrir et laisse voir une espèce de ravin caché qui monte, avec une inclinaison pres(pie verticale, dans un schiste calcaire, dont

les couches obliquement rompues forment de légères aspérités suffisantes pour un pied exercé.

En 45 min. d'une montée roide on s'élève sur le premier gradin, et on se trouve à l'extrémité inférieure d'ime longue pente herbeuse, nommée Fts-Savradets. De là on voit parfaitement le cirque s'ouvrant comme une onle (chaudière) immense et noire au milieu des neiges éblouissantes du plateau.

La pente d'Ets-Sarradets se convertit peu h peu en un vallon étroit et rapide, semé de flaques de neige entre les murs du faux Taillon et la partie inférieure du glacier de la brèche, qui dresse à g. son talus inaccessible. Au sommet de ce vallon, il faut gravir un mur de rochers entassés et couverts de neige, pour atteindre le glacier escarpé que l'on doit escalader; là, on est souvent obligé de tailler des degrés dans les glaces. Un faux pas pourrait être mortel. On doit donc marcher avec précaution et suivre les conseils du guide. A mesure qu'on s'élève, la pente devient plus douce ,et, arrivé au point culminant (1 h.), on peut marcher librement vers la brèche sur un plateau de neige. Là, on croit d'abord pouvoir franchir la brèche de plain-pied; mais l'accès en est toujours défendu par im large fossé (jue les rayons du soleil ont creusé dans la glace, et dans letjuel il faut descendre pour remonter de l'autre côté, au moven des aspérités du roc. Enfin le .seuil est dépassé (2804 met.), et le regard avide plane sur les régions vaporeuses de l'Espagne.

La brèche que Roland tailla dans le roc vif d'un coup de sa Durandal est , dit M. de Chausenque, « une ouverture d'environ 40 niéf.

à la base et 60 met. au tiers ilesa hauteur; les deux murailles se prolongent d'environ un quart de lieue avec une élévation assez régulière de plus de 100 met. , en se courbant au S. jusqu'à la fausse brèche; à l'K. se dressent d'énormes assises dominées par les Tours du Cylindre, qui couronnent cet édifice de géants. Au-dessous, sur une pente rapide, gisent les fragments épars qui , en s'écroulant , ont formé la brèche. Le couronnement de la nmraille surplombe d'au moins 12 à 15 met. du côté du S., où les pluies battantes, les alternatives subites de chaud et de froid , et toutes les causes atmosphéricpies «le dégradation , ont plus de force.

La roche, toute criblée de fissures, se délite en meiuis débris rectangulaires, et, dans un temps peu éloigné, cette masse énorme ne peut man'qiier de s'écrouler, comme il est arrivé aux rochers dont les ruines ont formé la brèche et la fausse brèche. Tôt ou tard, l'immense bloc qui sépare les deux brèches tombera en débris ; un tremblement de terre assez violent suffirait pour en déterminer la chute. A l'E., les masses plus épaisses et s'appuyant au cœur du Marboré sont pour longtemps inébranlables.

a Au S., les montagnes, brusquement abaissées de 120(3 à 1600 met., pour ne diminuer ensuite (pie par des gradations insensibles , font un contraste frappant avec le versant du N. Les premières pentes au-dessous de la brèche ne sont qu'un désert brûlé sans neige et sans végétation ; au bas de cet espace aride s'aperçoivent les crevasses d'Ordessa, si profondément ouvertes dans le plateau qui , du côté de TO. , sert de ba^e au Mont-rcidu ; et

plus loin la vue s'égare sur une suite de chaînons arrondis jusqu'aux collines bleuâtres dont l'Êbre suit la base, et môme dans les jours sereins jus(pi'à la Sierra deMoncayo, qui sépare l'Aragon de la Castille.

a Ce (pii frappe surtout dans cette vue générale du versant espagnol , c'est l'absence complète de végétation; seulement à l'E. , on voit les petits bouquets d'arbres du Gistain ; partout ailleurs, c'est à peine si on on aperçoit quelques pelouses vertes. Le maïupie d'herbe sur le versant espagnol a de tout temps troublé la paix entre les populations coutiguès : les chroniques locales rapportent (pi'en 1319, les Espagnols de Broto firent une incursion armée dans la vallée de Baréges i)our y conquérir des pâturages. Les Bigourdaiis parvinrent à repousser les Espagnols et les forcèrent de signer à Gavarnie une paix onéreuse qui les soumettait à un tribut de vin et de brebis; plus tard, en 1390, les Espagnols obtinrent cependant la jouissance de certains pâturages moyennant une redevance annuelle.

Aucune de ces anciennes habitudes ne s'est perdue : les Espagnols afferment toujours des plateaux herbeux sur le versant français, et il ne se passe guère d'étés sans querelles sanglantes entre les montagnards des deux pays. »

De la brèche de Roland, on peut monter en 1 h. 30 min. à la Tour du Marboré, et en 30 min. au Casque.

L'ascension du Casque , bien que demandant moins de temps, est plus difficile que celle de la Tour.

On peut aussi descendre en 6 ou 7 h. à Fanlo, v. espagnol ou l'on trouve une petite auberge (Antonio Sanchez). La descente est fort roide.

Ou a d'abord à franchir le pas de

ITINÉRAIKE DES PYRÉNÉES.

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