‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 193 sur 382 · ROUTE 51. DE GÈDRE A HÉ AS · texte numérisé non relu

ROUTE 51. DE GÈDRE A HÉ AS

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

ravin triste et nu: une gorge sauvage remplace les prairies verdoyantes et les l)ouquets d'arbres.

« On passe de la vie à la mort : ce ne sont plus que terres éboulées, blocs entassés, parmi lesquels on distinguait naguère des tronçons de sapins, misérables restes de la forêt qu'entraîna l'effroyable débordement de 1788. » Ce passage est dangereux quand il pleut , mais surtout au printemps : les terres détrempées glissent et entraînent des blocs

de rochers.

On se trouve alors (30 min.) au niveau du Gave, qu'on avait longtemps dominé, et bientôt on débouche dans un petit bassin, formé par le confluent de la vallée d'IIéas et de la vallée d'Estaubé. L'ouverture de cette dernière vallée .se montre, à dr. vers le S., entre le Coumélie et la montagne d'Héas, appelée aussi le Montferrand et le pic d'Agude (2380 met.) ; son niveau est fort élevé au-dessus du niveau de la vallée d'Héas : elle se termine , à son extrémité inférieure, par une haute muraille de rochers, du haut de laquelle bondit avant de se réunir au torrent d'Héas, le Gave amiuel elle donne son nom. (V. R. 52).

Un énorme monceau de ruines qu'il faut escalader sépare ce petit bassin du bassin supérieur où se trouvent, à 1480 met. de hauteur, la chapelle et le hameau d'Héas.

11 serait naturel de croire que tous ces rochers amoncelés sont descendus du sommet des montagnes dont ils couvrent les flancs; mais la tradition montre encore dans la partie moyenne du pic d'Héas l'escarre d'où ils se sont détachés. C'est de Ih qu'en 1650 tomba Tavalanche de pierres qui remplit le fond du val-

lon et rebondit jusque sur la pente opposée. L'accumulation des eaux du torrent en amont de cette barrière infranchissable forma un vaste lac qui ne dura qu'un siècle et demi. En 1788, une autre convulsion de la nature le détruisit avec l'obstacle qui l'avait créé. L'inondation fut tellement terrible, que

la plaine de Luz disparut entièrement sous les eaux, et que le Bastan fut refoulé jusqu'à Baréges. Des étrangers saisis de terreur s'enfuirent i\ Bagnères de Bigorre par le col de Tourmalet.

La nature, l'origine, la situation de ces blocs, k travers lesquels on chemine péniblement , rai)pellent le Chaos de Gavarnie; mais les rochers sont loin d'être aussi grands.

Un seul bloc soutiendrait la comparaison : on l'appelle par excellence le caillou de rAnaijé {arrayé est, dans le langage du pays , le nom générique de tous les monceaux do rochers écroulés).

On raconte que la statue de la Vierge descendit des cieuxpour s'abattre sur ce bloc, où elle resta jus(iu'àce que les pasteurs, touchés de la voir sans abri , lui eurent bâti plus loin une chapelle. Dès ce moment , Iheureux bloc fut doué de propriétés miraculeuses, et le moHidre de ses fragments est un talisman préservateur; les pèlerins viennent en procession en casser chacun un petit morceau. Après la mort du duc de Berry, M. de Vaudreuil proposa de transporter le roc de l'Arrayé i\ Paris, pour élever au duc de Berry un monument qui rappelât, dit-il, ttl'énormité de l'attentat, la grandeur de notre i)erte et l'étendue de nos regrets: douze à quinze millions et dix années suffiraient. • M. de Chausenque pense

nue la vénération des montagnards Dour ce rocher date de l'époque des druides, alors que le bloc d'Hagetmau le dolmen de Sem, près de Vicdèssos(V.R. 83), les pierres sacrées de Héchette, à l'entrée de la vallée d'Aure (V. R. 03), et tant d'autres rochers, étaient considères comme des autels que la nature elle-même avait dressés pour son

culte.

Ce petit chaos traverse , on aperçoit une sorte de vallée nue sans arbres, arrosée par l'Aguila, et au fond de laciuelle s'élève , à 4.> m. . (2 h de marche de Gèdre), la chapelle de Notre-Dame d'Héa», entourée de quelques maisons, à 1547 met.

d'altitude. « Cette chapelle, dit la légende, a été biUie par trois maçons, que trois chèvres , suivies de trois chevreaux, venaient tous les jours nourrir de leur lait ; au bout de trois mois, l'édifice était presque achevé, lorsque les trois maçons, sans doute ennuyés de boire toujours du lait, résolurent, à la première occasion, d'égorger l'un des chevreaux et de le faire rôtir. Mais les chèvres étaient fées; elles devinèrent le complot et ne reparurent plus, si bien que les maçons se virent exposés à mourir de faim et furent obligés de descendre dans la vallée pour y chercher de la nourriture. »

La chapelle d'Héas, bàtie en forme de croix, est surmontée d'un petit dôme ; la porte et les deux pilastres sont de marbre, ainsi (lue l'atticiue, où les fidèles vont adorer une statue de bois. 11 y a deux autres statues dans l'intérieur de la chapelle: l'une, également en bois, est ornée d'un riche manteau et coiffée du capulet rouge des montagnards; l'autre, en faïence, est très-petite,

et on ne l'expose à la vénération des fidèles que dans les grandes solennités. Le maître autel est richement doré, les murs sont ornés de peintures à fresque assez grossières. L'église peut contenir trois ou quatre cents personnes. Le 15 août et le 8 septembre, l'affluence des pèlerins est considérable.

Près de la chapelle se trouve une espèce de cantine où l'on peut, au besoin, passer la nuit.

D'Héas à Aiagnouct par les Aiguillons (Y. R. 53) ; - il Gavaruie par le Coumtlic i,Yoy. ci-de&sous).

D Héas au fond du cirque de Troumouse.

2 h. 30 m., pour aller, l h. 30 m.

poin- levenir. Chemin en partie praticable à cheval.

Au fond du vallon d'Héas, se dresse un rocher très-aigu qui se détache fièrement du flanc de la montagne : c'est une véritable aiguille que l'on nomme fort improprement la tour de Lieuzaube ; d'après Ramond, elle offre beaucoup de ressemblance avec le Mônch, dans l'Oberland Bernois. Au pied de cette aiguille, la vallée se rétrécit, puis, s' élargissant de nouveau, elle forme le petit cirque de verdure {ouïe ou oukttc), de la Combe du four, entouré de hautes montagnes et dominé au fond par la beUe masse do Troumouse (3086 met.) , avec ses étages superposés de gazon et de neige.

La vallée d'Héas se bifurque :

du bras de l'O. , plus élevé , descend 1 le Gave de Maillet , qui fait plusieurs chutes; l'autre bras, celui deTouyew, beaucoup plus large, suit la direction de la vallée principale , et se termine au pied du cirque du cot6 de l'K. Le Gave qui le parcourt,

lit

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forme aussi plusieurs belles cascades, dont la plus élevée est celle de Mataras. C'est dans ce vallon que se trouvent les mines abandonnées (le Touyères et de Sainte-Marie^ d'où Ton tirait autrefois de l'argent, du cuivre et du plomb.

Entre les deux vallons s'élève une masse considérable de granit, qui forme au N. le mur de soutènement du cirque de Troumouse. Pour apercevoir le cirque, il faut encore gravir ce dernier escarpement.

« La vue subite ajoute à l'effet, dit M. de Cbausenque , lorsqu'on découvre à la fois cette aire au loin prolongée, reposant sur le granit que voile la verdure, et son enceinte circulaire régulièrement construite de gradins gigantesques. Ce plateau n'est point un plan nivelé comme la F rade de Gavarnie, le Bénououmêmele Pla de Béret; c'est une continuité d'ondulations, de' petites buttes et de courbes , dont toutes les formes sont adoucies et toutes les pentes revêtues de pelouses. Mais ces inégalités disparaissent sous les masses du pourtour, et l'œil n'y voit qu'une plaine de verdure dont la teinte paraît plus fraîche auprès de la zone continue de neige et déboulis, qui, sur de rapides talus, i)récèdent partout les murailles, noirs soubassements des glaciers et des crêtes qui sont les ileurons de cette immense couronne. »

a Je n'ai rien vu dans les Alpes, dit Ramond, qui ressemblât parfaitement à nos ouïes, parce que les Alpes n'ont rien qui ressemble à la chaîne du Mont-Perdu. Loule de Gavarnie, surtout, est un de ces objets qu'on cherche en vain hors des Pyrénées; je ne pourrais en

donner une idée aux habitants de

la Suisse qu'en la comparant au petit bassin de Leuk, où la Gemini, surmontée de ses tours, représenterait le Marboré, moins ses cascades et ses glaciers; encore cette légère analogie ne soutiendrait guère plus les regards du peintre que ceux du géologue. L'onle d'Estaubé, beaucoup plus développée, est cependant moins remarquable en ce genre, et ne se refuserait pas tant aux comparaisons. Mais ce qui n'en souffre aucune, ce qui est extraordinaire, même dans les Pyrénées, c'est l'oule d'Héas. Lorsque, après une heure d'ascension, nous atteignîmes le plateau de Troumouse, et que nous nous trouvâmes au niveau de ce cirque majestueux, nous demeurâmes interdits à l'aspect d'un objet aussi nouveau pour nous que si nous n'avions jamais vu des montagnes.

a Les deux chaînes qui nous avaient jusqu'ici resserrés entre elles, s'écartent tout d'un coup et décrivent une courbe immense qui forme environ les quatre cinquièmes d'une circonférence complète. L'une des branches du croissant se termine à côté du spectateur par deux énormes rochers qui se projettent en avant comme deux bastions à la base du Mnnt-Ilerrant ou Mont-Ferrand (27H9 met.); l'autre branche est formée par la longue montagne dWquila ( 2G44 met.) tout unie, sans ressauts, sans anfractuosités, dont le sommet terminé eu plateforme est surmonté d'un rocher tronqué. Ce rocher qu'on appelle Tour des Aiyuillons, rappelle les Tours du Marboré, et, quoique son élévation réelle soit bien moindre {1169 met.), cependant son isolement lui donne l'avantage; il domine sans concurrents le cirque et

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